Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



Karim Aïnouz
Toni Servillo
Félix Dufour-Laperrière
Jayro Bustamente
Gilles Perret
Hélène Giraud
Ryusuke Hamaguchi
Rohena Gera







 (c) Ecran Noir 96 - 20



Depuis Tombés du ciel en 1993, Philippe Lioret trace un sillon tout personnel avec une filmographie riche et éclectique, dont le point commun est de mettre l'humain au centre. C'est une fois encore le cas avec Le fils de Jean, un film limpide et d'une grande simplicité, que le cinéaste qualifie non sans malice de "thriller familial".

Rencontre avec un réalisateur pour qui le cinéma est une question d'alchimie, de travail acharné et de foi inconditionnelle en ce que l'on fait.

Ecran Noir : A l’origine du Fils de Jean, il y a une véritable rencontre avec un livre, Si ce roman pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul Dubois. Pourtant, on ne peut pas parler d’adaptation au sens strict du terme.

Le livre Bye Bye Bahia



Philippe Lioret : Non, pas du tout. J’ai lu ce livre il y a très longtemps et je l’ai adoré, mais je ne voyais pas du tout le film qu’on pouvait en faire. Et puis avec le temps, je n’ai pas cessé d’y penser et je me suis re-raconté l’histoire. Avec le temps, l’imaginaire, mon parcours personnel et tout… l’histoire a dévié. Un jour, j’ai relu le livre, et je me suis rendu compte que l’histoire que je m’étais racontée dans ma tête, ce n’était plus du tout celle-là. Elle m’avait servi d’inspiration, il y avait des mots-clefs dedans (père, découverte, fratrie, Canada…), mais c’est tout. Par honnêteté, j’ai pris les droits du livre quand même parce qu’il m’avait inspiré et qu’il le fallait. Mais quand j’ai fait lire le scénario à Jean-Paul Dubois, il m’a dit : "super, faites le film, j’écrirai le livre après !". Mais ça sert à ça les bouquins… Un bon livre, c’est ça ! Ca peut servir de source d’inspiration. Le livre était fort, il existait, ça ne servait à rien de raconter la même histoire. Il fallait aller ailleurs, et c’est là que j’avais envie d’aller. Du coup je l’ai ramené à une envie personnelle. C’est probablement le sujet sur lequel j’ai tourné le plus longtemps. Entre temps, j’ai fait trois films (Je vais bien ne t’en fais pas), Welcome, Toutes nos envies), trois ans chacun. Eh oui, mais c’est comme ça, on ne sait pas toujours comment les choses vous viennent. C’est toujours un peu mystérieux…

EN : On a aussi l’impression que vous aviez envie de revenir à quelque chose de plus léger, surtout par rapport aux deux derniers qui avaient des thèmes assez lourds [les réfugiés et le surendettement].

PL : Je savais que ce sujet, même si ce n’est pas une France comédie, avait quelque chose d’enjoué en lui, de solaire en tout cas. Ca me plaisait beaucoup, oui, j’avais envie d’aller là-dedans. Mais encore une fois, ce sont les sujets qui vous guident et dictent le temps. Je ne me suis pas dit un jour : "allez, je vais faire un drame gai, je vais faire un film solaire". C’est le sujet qui vous amène à ça, comme ce sont les personnages que l’on écrit qui mènent à certains acteurs et pas à d’autres. Et à des rencontres comme celles que j’ai fait avec Gabriel [Arcand], Pierre [Deladonchamps], Catherine de Léan, Marie-Thérèse Fortin, Pierre-Yves Cardinal… Et tous ces gens-là que j’ai découverts avec un bonheur absolu.

EN : On a l’impression que c’est la vie qui fait les choses, presque plus que vous…

PL : Ben, oui, il faut juste être là pour la cadrer un peu, quoi, c’est tout.
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