Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Primé à Berlin (Ours d’argent de la meilleure actrice pour Charlotte Rampling et du meilleur acteur pour Tom Courtenay), nommé aux Oscar (catégorie meilleure actrice), 45 ans d’Andrew Haigh (Week-end) met en scène un couple en plein préparatif de son 45e anniversaire de mariage et qui se retrouve soudain confronté à une profonde remise en questions.

Un drame intime, spectaculaire par la finesse de ses émotions, qui a joliment fait la clôture du festival du film britannique de Dinard où nous avons eu l’occasion de rencontrer son acteur principal. Sir Tom Courtenay, 78 ans, et une belle carrière cinématographique comme théâtrale à son actif, s’est confié sur ce rôle subtil de vieil homme bouleversé par les souvenirs de son passé.

Ecran Noir : Comment décririez-vous votre personnage dans 45 ans ?





Tom Courtenay : Je ne le décrirais pas vraiment… Je dirais juste qu’il s’agit de quelqu’un qui est soudainement contraint de se souvenir de sa vie lorsqu’il était jeune. Et par manque de chance, le moment où ces souvenirs lui reviennent est aussi celui où sa femme veut célébrer leurs 45 ans de mariage. Et lui se souvient de sa vie avec une autre femme, avant qu’il n’ait rencontré sa femme.

EN : Comment avez-vous rencontré Andrew Haigh ?

TC : Je ne l’ai pas rencontré, j’ai lu le scénario sur mon téléphone. Je ne le connaissais pas, je n’avais jamais entendu parler de lui. C’est arrivé de nulle part. EN : Qu’est-ce qui vous a séduit dans le scénario ?

TC : Il y a cette scène, presque au début du film, où le personnage apprend que le corps de la femme qu’il aimait dans le passé a été retrouvé et préservé par la glace dans la montagne. C’est la scène la plus puissante que j’ai lue. Je n’avais besoin de rien d’autre. Cela a immédiatement capté mon imagination.

EN : C’est comme un symbole de sa jeunesse…

TC : Oui, absolument ! Les personnages âgés regardent toujours vers leur passé et leur jeunesse. Mais là, c’est une manière brillante de rendre ça réel pour le personnage. J’ai trouvé ça merveilleux. La nouvelle dont s’est inspirée Andrew [Haigh] pour faire le film n’est qu’un tout petit fragment de l’histoire. C’est Andrew qui a tout écrit, à l’exception de cette idée de départ, la jeune fille dans la glace… Le reste, c’est lui qui l’a inventé : l’anniversaire, les relations avec sa femme qui est assez inexistante dans le livre, etc. C’est presque un scénario original basé sur une seule idée. Et aussi un mot qu’il a gardé de la nouvelle : le mot heedless . Je m’en souviens, mon personnage parle de sa jeunesse et dit qu’ils étaient heedless, c’est-à-dire assez insouciants.

EN : Une insouciance qui est au fond le privilège de la jeunesse…

TC : Oui ! Pas le privilège de ma jeunesse, mais le privilège de la jeunesse du personnage ! Et quand on regarde en arrière, certains pensent qu’ils étaient plus libres à l’époque que maintenant, mais pour moi c’est le contraire ! Je me sens plus libre maintenant.

EN : Ce qui est une belle chose, au fond !

TC : Oui, bien sûr ! Parce que j’ai été découvert très tôt, vous savez. J’étais encore à l’école d’art dramatique et je suis devenu "l’homme du moment". C’était difficile pour un jeune homme !

EN : Cela a été un fardeau pour vous ?

TC : Oui. Mais ça ne l’est plus ! Maintenant j’en profite. Je passe de bons moments à Dinard !

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