Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Quelques heures seulement après sa double victoire au Festival du film de Cabourg, le réalisateur italien Duccio Chiarini nous accordait une interview exclusive pour évoquer son dernier bébé, l'excellent Eveil d'Edoardo et tout un tas d'autres choses !
Ecran Noir: Comment on se sent après avoir remporté le Grand Prix et le Prix de la jeunesse à Cabourg?





Duccio Chiarini: C'est émouvant. Je suis très touché, sans doute parce que la France est très importante pour moi. J'ai grandi ici, j'ai vécu ici, j'ai de la famille ici. Ces prix c'est comme la cherry on the top of the cake pour moi !

EN: Pour parler de L'Eveil d'Edoardo, comment s'est passé le tournage des scènes avec les poulpes pour Matteo Creatini, l'acteur principal?

DC: Dès qu'il a lu le script, il a compris qu'il y aurait des scènes de nu et de sexe. Il savait qu'elles étaient nécessaires pour le développement narratif. Il était très généreux pendant le tournage de ces scènes mais c'est vrai que la veille du tournage, il est venu chez moi pour me dire "Je ne peux pas faire, j'ai un problème avec ce film !"

EN: Quel type de problème?

DC: Eh bien c'est à ce moment-là qu'il m'a dit "Je ne peux pas tourner ce film parce que je ne sais pas faire de vélo !" Et j'ai trouvé ça extrêmement drôle parce que de tous les problèmes qu'on aurait pu rencontrer, je ne pensais que ce serait celui-là le plus gros !

EN: Qu'a pensé votre famille du film?

DC: Mes proches l'ont adoré. J'étais surtout mal à l'aise pour Matteo [Creatini] lors de la projection à Florence parce que sa grand-mère était dans la salle.

EN: Elle ne savait pas qu'on voyait ses fesses dans le film?

DC: Pas que ses fesses ! (rires)

EN: Si certains éléments du film sont autobiographiques, qu'en est-il de la scène avec la prostituée?

DC: Certains éléments sont clairement autobiographiques, mais cette scène a un peu été poussée. Un petit peu ! (rires)

EN: Si vous pouviez donner un conseil à Matteo [Creatini] pour sa carrière future, qu'est-ce que ce serait?

DC: Je ne pense pas qu'il ait besoin de conseil. Il est naturellement doué ! Mais je lui dirai de toujours choisir ses projets, de ne jamais se lancer dans un truc qu'il ne sent pas comme une mauvaise série télé !

EN: Jamais eu envie de bosser à la télévision?

DC: C'est drôle, j'étais justement en train de me poser la question. Actuellement, le cinéma en Italie change et je dois dire que ça me tenterait beaucoup. Faut voir. Si c'est un projet de mini série sur des relations humaines, je signe.

EN: Combien a coûté le film?

DC: L'Eveil d'Edoardo? On l'a tourné avec l'argent du Biennale College de la Mostra de Venise donc 150.000 euros.

EN: Déjà des idées pour un prochain film?

DC: Oui, oui. J'espère qu'il sera tourné et coproduit en France d'ailleurs. J'ai un titre provisoire et là je bosse sur le scénario. Mais je ne peux rien dire de plus. Tout ce que je veux, c'est le tourner ici.

EN: Pourquoi cela?

DC: Parce que l'offre culturelle est si grande ici. C'est tellement plus simple d'être distribué en France qu'en Italie.

EN: Quels sont vos films préférés?

DC: Je ne sais pas pour les films, mais je sais pour les types de cinéma… J'adore le cinéma français des années 1970, 1960 et de la Nouvelle Vague. Truffaut et Rohmer, ça me parle beaucoup. Woody Allen et Fellini aussi. J'aime le cinéma social ou qui parle des sentiments. C'est le cinéma que je veux faire !

EN: Quand vous venez à Paris, qu'est-ce que vous faîtes?

DC: Toujours la même chose : des expositions et des films !

EN: Est-ce que des événements comme les attentats de Paris peuvent changer votre manière de filmer?

DC: Bien évidemment, et merci de me poser la question. Comme tout le monde, quand j'ai entendu la nouvelle, j'étais choqué. Mais le problème c'est que des tas de personnes sont abattus en Syrie et ça fait partie du quotidien. Et il suffit qu'un événement se produise à Paris et là on panique vraiment. Ça change ma manière de voir le monde, ça me fait douter de certains politiques et je me demande vraiment dans quel monde on vit ! La vie est un truc ultra fragile et que des mecs se mettent à tirer sur tout le monde comme ça, avec des convictions douteuses, c'est affligeant. Mais je dois également reconnaître que de mauvais politiciens et de mauvais journalistes ont leur part de responsabilité dans le climat de peur qui a régné à Paris et en Europe après les attentats.

EN: Vous percevez-vous comme un réalisateur engagé?

DC: Oui. Dans la mesure où je sais où est ma place, où je sais ce que je veux montrer à l'écran et ce que je veux communiquer au spectateur.

EN: Vous pensez quoi de réalisateurs qui sont ouvertement et politiquement engagés?

DC: Eh bien, si je prends le cas de Michael Moore - que j'adore -, je trouve ça important. Les réalisateurs ont raison de s'engager, de vouloir raconter une histoire de telle manière et pas d'une autre. Et en ce qui concerne les documentaristes, c'est primordial.

EN: Est-ce qu'un jour vous retournerez un documentaire?

DC: Oui, je pense. Je l'espère. Dès que j'aurai un bon sujet !

EN: Quoi de prévu après cette interview?

DC: Je file direct en Italie, j'ai encore de la promo à faire pour le film. Je pense que ça va m'occuper tout le mois de juillet et avec un peu de chance, je pourrai prendre des vacances en août.


   wyzman