Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20



Issu d’une famille d’artistes réputés, Adrian Saba semble à seulement 25 ans un jeune homme à la fois comblé et extrêmement doué : son premier long métrage, El limpiador, a été choisi pour représenter son pays dans la course aux Oscars, et son deuxième, en cours de financement, vient de remporter un fonds d’aide péruvien pour le cinéma. Si l’on ajoute à cela le fait que le scénario de ce nouveau film a été écrit dans le cadre de la résidence de la Cinéfondation, il semble évident que l’on entendra très bientôt parler à nouveau de ce jeune cinéaste.

Ca tombe bien, car El limpiador, sur les écrans à partir du 18 décembre, est une petite pépite d’intelligence, d’humour et d’humanité. Dans la ville de Lima ravagée par une épidémie, la rencontre fortuite entre Eusebio, chargé de nettoyer la ville de ses cadavres, et de Joaquin, un jeune garçon orphelin, crée une étincelle de vie pudique et pleine d’espoir. Avec sa radicalité stylistique et sa mise en scène élégante, le film impose brillamment sa singularité. Rencontre avec un cinéaste qui ne transige pas.

Ecran Noir : Il y a deux points centraux dans le film : la situation d’épidémie et la rencontre entre deux individus qui n’ont rien en commun. Qu’est-ce qui est arrivé en premier dans la construction du film ?





Adrian Saba : D’abord j’ai eu l’idée de l’épidémie. C’était plutôt un sentiment. Et puis ensuite j’ai vu un documentaire sur les "nettoyeurs médico-légaux". Ce personnage correspondait au monde que j’imaginais. Je me suis demandé à ce moment-là quel était le pire qui puisse arriver à cet homme dans ce contexte. J’ai pensé que ce serait de rencontrer un petit morceau de vie. Et pas seulement un morceau de vie, mais un petit enfant orphelin, qui est le symbole le plus fragile de la vie.

EN : Pourquoi est-ce le pire qui puisse lui arriver ?

AS : Parce que, du coup, il y a une idée de conflit, pour qu’il y ait le début d’une histoire. Si je filmais juste le nettoyeur, ce serait un peu ennuyeux… Ce serait peut-être une autre histoire. Mais je voulais écrire une histoire sur la vie et pas sur la mort.

EN : On part d’une situation catastrophique à grande échelle, cette épidémie, pour raconter quelque chose de très intime entre deux êtres…

AS : Pour moi, le plus important, quand j’ai commencé à écrire, c’était la relation entre les deux personnages. Du coup l’épidémie est passée en second plan. Je voulais juste raconter une histoire très humaine entre deux personnages qui s’aident mutuellement, de manière consciente ou inconsciente.

EN : C’est assez optimiste, comme vision. On a l’habitude de voir des films catastrophes où règne le "chacun pour soi". L’homme devient un loup pour l’homme.

AS : D’abord je n’avais pas conscience de faire un film de genre. C’était peut-être un peu idiot car il y a effectivement une épidémie… mais au moment de le faire je n’y pensais pas. Donc du coup je n’ai pas pensé aux stéréotypes des films de genre apocalyptique. Je voulais juste raconter une histoire sur le fait de rencontrer son propre destin.

EN : Avez-vous quand même été inspiré par des films existants ?

AS : Non, ou alors je n’en suis pas conscient. Ce qui se passe dans le monde m’inspire plus que les films. Les films m’inspirent plus au niveau technique : faire une prise comme ça, utiliser la musique de cette manière… Ca me paraît un peu dangereux quand les choses tournent sur elles-mêmes. En faisant un film, il n’y a pas qu’une chose qui influence, mais toute une série d’éléments. Des choses très petites : une phrase, une chanson… Quand on est inspiré, on est très sensible à tout ce qu’il y a alentour. En général, peu importe ce que l’on voit, on voit toujours quelque chose qui va aider. Ce m’arrive en ce moment. Quand j’étais dans l’avion pour venir, j’ai vu un film égyptien, Winter of discontent. Ca n'a rien à voir avec mon projet qui est sur les délinquants et les rêves. Mais dans ce film, il y a un plan où le personnage regarde la télé, et il y a un rideau qui bouge avec le vent. J’ai adoré ce plan ! Je vais mettre quelque chose d’un peu semblable dans mon film. J’avais déjà la scène, mais je n’avais pas pensé au rideau. Voilà, c’est comme ça qu’arrive la création ! Ca m’a aussi fait penser au film Heli, dans lequel il y a aussi une scène avec un rideau. Ca n’a rien à voir, mais le rideau a tout connecté ensemble.
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