Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Alain Chabat a un énorme défaut : il est foncièrement sympathique. Et accessoirement gentil, modeste et surdoué. Après le prometteur Didier, Chabat revient derrière la caméra avec le plus gros budget du cinéma français, à savoir « Astérix et Obélix : mission Cléopâtre ». Une comédie réussie qui réunit la bande comique made in Canal plus (Jamel Debbouze, Edouard Baer, Les Robins des Bois) et des acteurs d’univers antagonistes : Isabelle Nanty, Claude Rich, Dieudonné, Depardieu, Clavier, Claude Rich. Posé, drôle, intelligent. Alain Chabat serait-il trop beau pour être vrai ?
E.N : Quel est le cahier de charges à respecter quand on tourne le plus gros budget du cinéma français ?





Alain Chabat : « Claude Berri (le producteur film – NDRL) ne m’a pas imposé des critères spécifiques : il a respecté mes envies. Durant mon travail en amont j’ai eu la chance de rencontrer Albert Uderzo (créateur avec René Goscinny de la BD – NDLR) et je lui avais fait part de mon admiration pour son travail. Mon souhait le plus cher était de retrouver l’esprit de la bande dessinée, tout en l’adaptant à ma personnalité et mon humour. Trois points apparaissaient importants à mes yeux. Tout d’abord je souhaitais tourner une histoire qui permettait à Astérix et Obélix de voyager. D’autre part, selon moi, le casting parfait rassemblait le trio de choc Gérard Depardieu - Christian Clavier -Jamel Debbouze. J’étais particulièrement excité à l’idée de diriger ces trois comédiens surdoués. Enfin je souhaitais me concentrer sur un album uniquement, en y intégrant systématiquement les pirates. Dans cette optique le voyage en mer qui a lieu dans l’album et le film s’y prêtait plutôt bien. »

E.N : Pourquoi avoir choisit d’adapter l’album « Astérix et Obélix chez Cléopâtre » ?

A.C. : « Au départ je souhaitais opter pour un mélange de trois albums : « Astérix légionnaire », « Astérix Gladiateur », « Astérix et Obélix chez Cléopâtre ». Mais devant la difficulté de l’entreprise je me suis ravisé. Puis très vite avec le producteur du film, Claude Berri, nous sommes tombés d’accord : « Astérix et Obélix chez Cléopâtre » se prêtait particulièrement à une adaptation cinématographique, avec des costumes et des décors somptueux … »

E.N : Comment avez-vous réussit à diriger des comédiens d’univers aussi antagonistes que Jamel Debbouze et Gérard Depardieu ?

A.C. : « Immédiatement, Gérard Depardieu et Christian Clavier, qui avaient déjà tourné dans le premier épisode, se sont mis d’accord avec moi sur la manière dont je voulais les voir interpréter leurs personnages respectifs. Gérard et Christian sont de très grands comédiens et je n’ai rien à leur apprendre. Après ces premières recommandations qui n’en sont pas, le tournage s’est déroulé dans une ambiance excellente. Il n’y eut aucun conflit d’ego : le contact est passé très vite entre les différents acteurs. J’étais davantage inquiet en ce qui concerne la cohérence du film. On peut faire de mauvais films dans une bonne ambiance, comme de bons films dans une ambiance détestable. Ce qui ne fut pas le cas pour celui-ci … »

E.N : Christian Clavier apparaît beaucoup plus sobre que dans le premier volet signé Claude Zidi…

A.C. : « J’ai voulu coller au maximum à ma vision de la bande-dessinée et particulièrement la manière dont j’entendais parler les personnages dans ma tête : le « houba houba » du Marsupilami est écrit pareil pour tout le monde et pourtant chacun l’entend différemment ! Pour moi Astérix parle de manière très paisible. Je souhaitais également recréer à l’écran le rapport de mauvaise foi qui unit Astérix et Obélix, le côté franchouillard, qui explique en partie le succès des albums d’ Uderzo et Goscinny. »

E.N : « Astérix … » est votre deuxième film après « Didier » en tant que réalisateur. Avez-vous rencontré des difficultés durant le tournage ?

Alain Chabat : « Dans l’ensemble régnait une très bonne ambiance sur le tournage, tout était très fluide. Le seul véritable problème concernait la fatigue qui s’accumulait de semaine en semaine (le tournage a duré quatorze semaines – NDLR). J’ai également eu la tourista au Maroc : je devais diriger les comédiens depuis les toilettes au talkie-walkie (rires). Et puis nous avons du faire face à deux tempêtes de sable au Maroc. Des problèmes météorologiques prévisibles, qui ont décalé le bouclage du film de seulement deux jours. Enfin Uderzo, la petite fille de Goscinny et Claude Berri m’ont laissé carte blanche. C’était royal ! »

E.N : Concernant les fameux jeu de mots se terminant en « –ix », vous avez dû trouver votre bonheur. Vous-êtes-vous imposé des limites ?

Alain Chabat : « Adepte de jeux de mots en effet, je n’ai pas pu m’empêcher dans glisser ici et là. J’en affectionne un particulièrement, qui passe quasiment inaperçu,: « Itinéris a raison, il ne faut pas se l’SFR… ». Pour le reste, la quasi-totalité de jeux de mots restent dans l’esprit de la bande-dessinée. Mais je me suis en effet imposé des limites : exit les « weetabix », « pomme d’apix », « puréeàsaucissix »… J’avais préparé tout une liste, dont certains se retrouvent d’ailleurs dans le film à l’image de Mathieu Kassovitx …Et ces jeux de mots sont similaires dans la version américaine, car les traducteurs sont les mêmes que ceux de la BD. Mathieu Kassovitx devient ainsi Bruce Willix …(rires) »

E.N : Il s’agit également de votre première collaboration avec Jamel Debbouze …

lain Chabat : « Nous nous étions souvent croisés, Jamel et moi : j’avais participé au « Jamel show », lui était venu faire un tour dans ma vidéo « Bricolo girls ». Nous nous apprécions, sans pour autant bien se connaître. Depuis le film nous sommes vraiment devenus amis. Même ceux qui le connaissent bien sont étonnés devant ce phénomène. Jamel, c’est un iceberg, et laissez-moi vous dire qu’il est copieux. Nous n’en connaissons qu’une infime partie : il n’a pas fini de nous surprendre. On lui reproche souvent de ne faire que des comédies. Mais cela correspond le plus à son envie actuelle. La comédie n’empêche pas de faire passer des émotions : Charlie Chaplin en est le plus bel exemple. Jamel n’a pas ce complexe des films « nobles » et ceux qui ne le seraient pas (la comédie). Il a le mérite de ne pas se prendre au sérieux. Faire rire le plus grand nombre, voilà sa plus grande satisfaction … C’est une star, au sens noble du terme. Il se dégage une véritable énergie mais aussi une certaine poésie dans sa façon de jouer. Une forme de bonté dans la vie qui transparaît à l’écran.»

E.N : Jamel interprète également un titre avec le rappeur Snoop Dog …

Alain Chabat : « Je trouvais l’idée intéressante que l’acteur principal du film interprète une chanson sur la BO du film, à l’instar de Will Smith dans « Men In Black » ou « Wild Wild West » de Barry Sonenfeld. Jamel a tout de suite été enthousiaste. Nous avons alors tenté l’impossible en demandant une collaboration d’un maître du rap américain, Snoop Dog. Nous pensions qu’il allait refuser, mais avec un peu de chance et sur un malentendu, nous nous sommes dit que ça pouvait passer... Finalement, il s’est avéré que les enfants de Snoop étaient fans d’Astérix ! Ils ont alors incité leur père a participer à la BO du film. Jamel est parti enregistrer pendant dix jours à Los Angeles. Le courant est très bien passé entre eux. Snoop aurait même déclaré à propos de Jamel : « he’s my brother ! ». J’avais donné des directives concernant les paroles : la chanson devait parler d’amour et de paix. »

E.N : Vous avez croisé à la fin du tournage au Maroc Brad Pitt et Robert Redford …

Alain Chabat : « Oui, ils venaient tourner « Spy Game » (actuellement sur les écrans – NDLR). Nous étions dans le même hôtel et Pitt m’a interpellé dans le couloir de l’hôtel : « Hé Robert ! » (rires). Je ne voudrais d’ailleurs pas décevoir ses admiratrices, ni casser le mythe, mais je l’ai vu de près et croyez-moi ça ne vaut pas le déplacement ! Brad Pitt est vraiment moche, avec une peau pleine de pustules, pas rasé. Et en plus, il sent mauvais ! C’est une telle infection que les marocains de l’hôtel l’avaient surnommé Brad Pue … (rires) »

Propos recueillis par Hervé / janv 2002.


   Hervé