Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20



Présenté l'an dernier au Festival du cinéma américain de Deauville, Dark Horse accompagnait un hommage à Todd Solondz, jeune homme de 52 ans. En 7 films, il a dépeint une Amérique brisée par ses schémas et ses conventions. Dark Horse ne fait pas exception. Son oeuvre, encore méconnue, mais de plus en plus culte, lui a valu quelques prix dans les grands festivals. A la marge, avant que le public ne découvre enfin quel grand cinéaste il est.
EcranNoir : Dans votre nouveau film Dark Horse, cette fois on n’y voit pas d’enfant ou d’adolescent, le personnage principal est un trentenaire, vous en avez fini avec les jeunes ?




Todd Solondz : Je ne sais pas encore… Je ne prévois pas de traiter un genre de personnage pour ne plus en parler et passer à un autre type de personnage dans un autre film que j’aurais peut-être l’opportunité de faire ensuite. Le personnage de Dark Horse a dépassé la trentaine mais émotionnellement il est encore en train de terminer son adolescence, en un sens je suppose qu’on peut y voir chez lui des choses propres à l’enfance. Moins qu’un adulte c’est plus ce qu’on appelle aujourd’hui un adulescent, il y a chez lui des aspects de l’adolescence qu’il refuse de laisser. Il est dans une période charnière qui dure très longtemps.

EN : Ce phénomène de trentenaires immatures, célibataires, qui vivent toujours chez leurs parents, vous trouvez ça bizarre ?
TS : C’est bizarre oui mais pas dans le sens triste ou déplorable, c’est quelque chose de curieux. Vous pouvez trouver autour de vous un jeune qui prend sa vie en main avec succès, un métier, une envie de fonder sa famille ; et un autre jeune pour qui ça ne marchera pas du tout de cette façon. Devenir un adulte cela veut dire surtout prendre en charge de nouvelles responsabilités et il faut avoir la mentalité pour ça, d’autres choisiront de rester dans leur chambre et leur confort ou de continuer des études. Je pense que certaines personnes résistent à grandir, résistent à devenir adulte.

EN : Dans le film on remarque qu’il collectionne des figurines, il écoute les chansons stupides d’un jeu à la télé…
TS : Il y a beaucoup de gens qui ne sont plus jeunes ou pas si jeunes que ça qui collectionnent des comic-books, des dvds, des jeux-vidéo, des figurines, etc, c’est vraiment très répandu je pense. Cela fait parti d’une sorte de mythologie, et lieu de posséder une collection c’est en fait la collection qui vous possède. Le fait est que ces collections que les gens ont peuvent procurer une sorte de compensations à des choses ou des émotions qui manquent dans la vie.

EN : A travers l’ensemble de vos films précédents on peut dire que la cellule familiale où on devrait trouver le bonheur est toujours pervertie par un membre de la famille qui ne s’y trouve pas à sa place, cette fois avec Dark Horse le héros refuse de quitter la maison de ses parents comme si la famille était un idéal… C’est une évolution ?
TS : Je pense qu’il y a plusieurs types de famille, certaines familles fonctionnent en apportant un environnement positif dans lequel s’épanouir mais pas du tout dans d’autres familles plus dysfonctionnelles. Dans le film la mère Mia Farrow aime vraiment son fils mais elle le traite comme un enfant et toujours pas comme un adulte, le père a toujours essayé d’aider son fils mais il a en quelque sorte abandonné, tout cela exacerbe le problème du héros. A première vue c’est quelqu’un de bien, il ne fume pas, ne boit pas, ne prend pas de drogue et il a un travail, mais il ne veut pas quitter la maison de ses parents. C’est une comédie mais c’est un peu triste aussi.

EN : Après votre film précédent Life during wartime, avez-vous encore l’impression que l’Amérique est en guerre contre elle-même avec vos personnages en conflit contre ce qu’ils sont ?
TS : C’est évident qu’au niveau politique il y a de nombreux problèmes aux Etats-Unis, il suffit d’entendre certains discours des Républicains et des Démocrates. Parfois il peut sortir quelque chose de bon de certains débats, mais souvent ce sont des disputes où chacun reste sur ses positions. Si l’Amérique est en guerre contre elle-même, on peut considérer peut-être que cela dure depuis très longtemps peut-être. J’aime la paix et je souhaite la paix, mais on n’obtient pas la paix parce qu’on la désire. Beaucoup de gens disent qu’ils aiment la paix mais en fait ceux-là aiment la paix après avoir gagner leur guerre. Je crains de dire des choses un peu stupides parce que je ne suis pas un intellectuel, et parce que je ne saisis pas toutes les implications politiques de diverses positions du système américain actuel.

EN: Certains se plaisent à vous considérer comme un cinéaste dérangeant qui aime choquer, ça vous convient ?
TS : J’aime l’idée de quelqu’un qui n’est pas entièrement sympathique et qui soit un peu brusque, j’aime plutôt une personne qu’on présenterait ainsi. Moi j’aime que les spectateurs se rendent compte que des situations ne sont qu’une surface qui cache quelque chose d’autre de plus profond ou de plus caché ou de plus critiquable. Au delà des apparences il y a des comportements auxquels il faut prêter attention, même si on préférait se voiler la face. Le personnage de Dark Horse est dans le film comme la métaphore d’un marginal ou d’un ostracisé en décalage avec ce que la société attend de lui, quelque part c’est un peu ça qui peut définir un cinéaste.

EN : Dans votre travail de metteur en scène, vous êtes plutôt méticuleux avec plusieurs répétitions ou vous laisser les acteurs un peu improviser ?
TS : Pour ce film en particulier il y a eu peut-être un peu plus d’improvisation que d’habitude, comme par exemple avec Christopher Walken. Je fais en sorte d’établir comme des paramètres spécifiques par rapport à ce que je veux filmer, il y a un peu de place pour l’improvisation. Je veux que les acteurs connaissent parfaitement leurs lignes de dialogues, après ils peuvent jouer un peu avec. La façon dont je veux qu’un une scène soit filmée est quelque chose que je pense de manière précise.

EN : Lors de la soirée en hommage à votre carrière auFestival Américain de Deauville, sur scène, vous avez évoqué avec humour le fait que vous puissiez continuer à réaliser des films bien que ceux-ci rapportent de moins en moins d’argent aux producteurs. Venir tourner en Europe vous y pensez ?
TS : C’est une possibilité à condition d’avoir un bon scénario ; je n’ai pas encore écrit quelque chose qui pourrait convenir à cette situation. Mon prochain film se déroulera probablement aux Etats-Unis, je suis américain et je ne peux pas nier ça. Je suis en quelque sorte formé par mon expérience d’avoir grandi dans le New-Jersey, et forcément ça se retrouve un peu dans mes films. Mais peut-être qu'un tournage en Europe ça arrivera un jour, qui sait ?


   Kristofy