Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Présenté en séance spéciale lors de la Quinzaine des Réalisateurs 2011, El velador de Natalia Almada est un documentaire tendu et chirurgical sur un narco-cimetière du nord du Mexique. Simplement en filmant la vie quotidienne dans ce lieu en grande partie dédié à la mémoire des trafiquants morts, la réalisatrice parle d’une violence omniprésente qu’elle ne montre jamais. Un document fort, tantôt décalé et ironique, tantôt humain et chaleureux, sur une certaine réalité du Mexique actuel.
Ecran Noir : Expliquez-nous où a été tourné El velador





Natalia Almada : C’est un cimetière au nord du Mexique, à 20h de la frontière avec les États-Unis. C’est l’état du Mexique d’où viennent de nombreux chefs de trafic de drogue. C’est connu pour ça. Mais ma famille vient aussi de là-bas. J’avais envie de faire un film sur la violence car il y a maintenant beaucoup de violence au Mexique. J’ai pensé que le cimetière était très intéressant parce que les familles des trafiquants morts font construire des chapelles, des mausolées de deux ou trois étages. On voit vraiment le désir qu’ont les défunts de ne pas être oubliés. Ils ont du pouvoir, ils ont de l’argent… Alors que ceux qui travaillent là n’ont pas d’argent.

EN : Comment est venu le principe du film, qui est un documentaire avec très peu de dialogues, aucune voix-off… qui n’explique jamais rien.

NA : J’ai commencé à tourner en ayant une idée de ce que je voulais faire, mais pas très claire. C’est au moment du tournage que le film a pris sa forme. Dans la réalité, les personnages ne parlent pas beaucoup. Il y a un code du silence. Ils ne peuvent pas dire de choses explicites sur la violence et sur les trafiquants, ce serait dangereux. Et puis c’est aussi un lieu de deuil et de recueillement, il faut être respectueux.

EN : Comment avez-vous choisi le personnage principal ?

NA : C’est un homme qui travaille là. Il arrive avec le coucher du soleil et repart le matin à l’aube. J’ai décidé qu’il serait le personnage principal car j’aime bien l’idée que son travail (veilleur de nuit) consiste à regarder. Ses yeux deviennent les nôtres.

En : Il a une autre particularité, c’est que l’une de ses principales occupations consiste à arroser sans cesse le sol…

NA : Oui, il arrose la terre pour qu’elle ne s’envole pas avec le vent, pour que cela ne fasse pas de poussière. Mais pour moi, c’est une métaphore de la situation : ce qu’il fait est complètement futile, mais il doit le faire tous les jours, et il est payé pour faire ça.

EN : Pour en revenir à la forme du film, était-ce une volonté dès le départ de ne rien expliquer ?

NA : On a l’idée que les documentaires doivent expliquer, qu’ils doivent être didactiques. Mais pour moi, ce n’est pas très intéressant. Je pense qu’on ne doit pas avoir besoin d’expliquer pour que le spectateur comprenne la situation du personnage. Il ne doit pas venir et dire « Je suis Martin, je suis le veilleur de nuit, voilà mon travail, je fais ça tous les jours… » Ce n’est pas la meilleure manière de s’approcher des gens. On doit sentir ce qu’il sent, entrer dans sa vie juste à travers son quotidien. En plus, il est comme ça. J’ai essayé de faire des interviews, mais il n’a rien dit qu’on ne voit pas à l’écran.
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