Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



Andrew Steggall
Gabriele Mainetti
William Oldroyd
Sherwan Haji
Mike Mills
Mohamed Ben Attia
Majd Mastoura
Jihane Chouaib







 (c) Ecran Noir 96 - 17





L'entrevue a débuté avec la vraie Histoire. Celle des flibustiers. Echange de données. Le rapport des puissances coloniales, la Nouvelle-France, les noirs (que le cinéma a largement sous-estimé dans sa vision des pirates). Roger Cantin est un curieux, bien documenté.
Il lui faudrait presque'un format Télé pour narrer les livres qu'il avalé... Et même 98 minutes de fiction ne suffisent pas à montrer tout ce qu'il a dans la tête, appris ou imaginé.
A défaut de TV, il s'est construit un site web et une encyclopiraterie. Webfan rencontre Webplume dans un Webcafé.
Ecran Noir : Vous avez modifié des scènes par rapport au scénario?




Roger Cantin : Oui, forcément. Il ya une scène qui n'a pas été montée, celle de la première bataille avec les espagnols. En fait la caméra devait pointer vers le sol, et on voyait les fuyards ramper en vain vers un endroit plus calme. Elle devait finir avec une montée au ciel... Contenu des difficultés de cette scène, il faut trouver des solutions créatives, des fois à la dernière minute. Là ça s'est décidé le matin. Alors on a envoyé l'équipe à l'abattoir, pour trouver des têtes de vaches, quelques entrailles...ils les ont mis au fond, et on a filmé des vautours à la place. C'est difficile à filmer ces charognards, parce qu'ils ne viennent pas en grand nombre tant qu'il y a des gens aux alentours.
Mais on a réussi à en avoir quelques-uns. Et je pense que la scène marche bien comme ça.
(les vautours observent le champ de batailles, comme alléchés à l'avance par leur festin).
Dans le même coin, on avait filmé la scène de l'étang la veille ou l'avant-veille. La température de l'eau était très froide. Surtout avec les 35 degrés à l'extérieur. Les acteurs faisaient de l'hypothermie. Fallait les sortir, les réchauffer. Ils ont été très très courageux de vouloir finir la scène. Les deux plus petits ont quasiment gelé. On les surveillait, et puis on voyait qu'ils avaient vraiment des difficultés à bouger...
On a aussi couper quelques autres scènes comme celle où le Père Lachaise contemple une fin de massacre et exprime une pensée: "Quel bel endroit, ça aurait fait un cimetière magnifique!"


Combien de temps a duré le tournage?
Le tournage a eu lieu à Cuba et au Québec, uniquement. Pour être exact, c'est 34 jours de tournage. Mais on avait en fait un forfait de 10 heures par jour. Normalement c'est négocié 12 heures. Alors on a fait un peu de temps supplémentaire pour rattraper notre retard. En long métrage, les deux dernières heures sont les plus productives...
Et puis on a perdu une journée à cause de la pluie. Pendant l'hiver, en février, y a eu de la pluie. Et à Cuba, on a eu une fin d'orage tropical qui nous a coupé une journée. On a été obligé tourner la scène en deux fois, à deux endroits différents. Mais la tempête avait rendu le terrain en champ de boue. On a vraiment été contraint d'arrêter et on a refait presque toute la scène. J'ai juste garder les contre-champs.


Et le budget du film?
C'est 3 point 8 millions de dollars canadiens (16 millions de FF). Il a fallu faire des décors, des costumes, fallait tourner à Cuba.

Ce n'est pas trop contraignant de tourner en hiver au Québec?
C'était une volonté, pour accentuer le contraste avec les Caraïbes. Mais on n'a pas été chanceux, vraiment. Dès qu'on a commencé à tourner, c'était de la pluie. Il faisait moins 5 mais il pleuvait. Si bien que tout l'équipement et nous, on devenait des glaçons.
Il a fallu là encore séparé les plans rapprochés et les contre-champs. On a décalé la séquence du baiser...D'habitude je suis chanceux avec la météo. Ce coup-ci je me suis fait rattrapé.


Pourquoi avoir voulu faire une suite à Matusalem?
Y a une raison personnelle et y a une raison technique. Alors la raison personnelle, c'est que c'était très agréable de travailler avec ces comédiens et puis c'est un sujet que j'ai trouvé intéressant et passionnant. J'avais pris des tas de notes personnelles dans des paquets de livres. Et je trouvais qu'il y a avait matière à en faire plus. Et puis je revoyais ces jeunes là, je les voyais grandir. Eux, ils demeuraient bons comédiens, même en grandissant. Je trouvais ça intéressant de rajouter quelques perosnnages, quelques idées.
Et puis j'ai ajouté quelques originalités comme demander à Marc [Labrèche] de jouer son descendant, ce qui lui donnait plus de faciliter de faire une autre création que de refaire le même personnage. Bon y a ça.
La raison qui a déclenché ça, et qui est une raison technique, je sais pas si c'est le terme, c'est que le succès du premier a incité la chaîne de cinéma Cineplex Odéon et Mac Donald à nous demander de faire un second épisode. Le premier parce que ça remplissait ses salles, le second ça lui donnait de la visibilité.
Ils le voulait pour le Noël suivant [en 94]. Mais quand on leur a dit qu'il fallait allonger 4 millions de $ sur la table, on leur a répondu qu'on allait le faire mais faut y aller par étape.
Entre temps la maison de production a été vendue. Le développement a duré 4 ans. Finalement ce n'est plus Odéon qui le distribue. Et Mac Donald a signé un contrat d'exclusivité avec Disney. On avait donc perdu nos 2 partenaires, en 3 ans.
Alors, on l'a fait quand même. On a cherché à avoir un autre commanditaire mais c'est difficile ces derniers temps de trouver un commanditaire sérieux avec un film.


Pourquoi?
Il y a eu plusieurs échecs commerciaux dans le cinéma québécois ces 2 dernières années qui ont fait qu'ils étaient pas du tout chaud à embarquer dans une production locale.
Je crois qu'il y a une compagnie de bière qui a embarqué avec Les Boys...mais enfin Les boys, le Hockey, c'est évident qu'il y a une association assez facile. Mais à part ça ils ont pas grand chose d'important.
Nous y a Sympatico qui nous a aidé. Ça nous donne une visibilité intéressante. Et puis je crois que le web, on va développer ça à l'avenir. Je crois que ça va devenir une facette intéressante. Même si on n'a pas les moyens d'Hollywood pour faire des sites élaborés, mais si on trouve des gens qui eux cherchent du contenu, comme Sympatico, ... y a toutes sortes de choses qui se font dans un film, pour préparer un film, qui epuvent être utiles pour Internet.
Moi j'ai tellement de notes sur comment faire des costumes au cinéma que je pourrais faire un site simplement sur ça. Et c'est la même chose pour tous les films. Ça ça m,intéresse. on m'appelait Education permanente dans ma jeunesse. Je suis curieux. J'aime tout savoir...c'est donner des éléments pour que les gens soient titillés, et à partir de là les gens vont faire leur propre recherche...
Y a des gens qui lisent mon roman sur Internet, et qui m'écrivent pour des fautes d'orthographe ou me donner des renseignements pour compléter l'information.


Sympatico a donné combien?
En fait ils n'ont rien mis. Ils nous offrent l'hébergement et ils nous ont aidé à faire les barres de menus, ils ont choisi les meilleures idées, et ils les ont conformé dans toute les pages. Ma filmographie est encore en construction. Je voudrais rajouter des trucs plus perosnnels.
Par exemple pour "L'assassin jouait du trombone", je voudrais raconter le développement du scénario. Ça a mis plus de 14 ans avant qu'il ne se fasse. J'ai une anecdote d'ailleurs...
J'avais envoyé la première version - à l'époque c'était très difficile de développer des comédies au Québec, il n'y avait pas eu de grands succès et dès que tu proposais une comédie, t'étais déjà un con - alors donc, j'avais été voir des gens qui avaient eu du succès au théâtre ou à la télé en comédie.
Je leur ai envoyé le scénario, je leur demandais de le lire, et si ils aimaient ça qu'il me fasse une recommandation. Avec des appuis, c'est toujours plus facile. J'ai envoyé ça notamment à Yvon Deschamps. Et quand le film est sorti en salles, 14 ans plus tard, je reçois un paquet. C'était mon scénario première version, avec une lettre du secrétaire de Yvon Deschamps, qui m'écrit que "Monsieur Deschamps est très occupé et qu'il n'a pas le temps d'écrire mon scénario...!"
En réponse j'ai envoyé deux billets pour qu'il aille voir le film.


Et qu'est-ce que vous rajouteriez d'autre sur le Net?
J'ai commencé à faire un texte sur les effets spéciaux. J'ai toujours pas terminé. Comment se sont tournés les effets spéciaux de "La vengeance de la femme en noir", notamment les chaises roulantes qui volent.
Théoriquement y a rien qui marchait, on a été obligé d'improviser. Progressivement, la partie cinéma du site va s'élaborer: ce que je pense de la comédie...


Ce que vous pensez de la comédie...Mais ça marche bien la comédie, surtout au Québec...
Ça dépend du genre de comédie. Je n'ai pas vu Les Boys, mais c'est le genre de comédie que je n'aimerais pas. Je vais rire. Je vais m'amuser mais je ne pense pas que ce soit un vrai film. C'est l'exploitation commerciale d'un concept [l'idée des Boys vient du producteur et tient en 3 lignes]. Et puis il y a des films qui ont une vraie valeur artistique.
Pour moi la comédie a une vraie valeur artistique, comme les Chaplin, les Keaton....c'ets un film de qualité. L'un n'empêche pas l'autre. Ce que j'ai essayé de faire avec mes films mais c'est plus difficile pour captiver le goût des spectateurs. OK c'est certain que le Hockey j'y joue le soir avec mes copains, et y a 400 000 québécois de 30 à 40 ans qui font ça...C'est évident qu'ils vont aller voir ça.
Les gens sont choqués parce qu'ils savent que ça ne se passe pas comme dans le film, mais ils vont aller le voir quand même. D'un côté ils peuvent pas le décrire tel que c'est, ce serait pas intéressant, alors ils extrapolent. Il y a un côté exploitation commerciale. Alors c'est important qu'un film marche mais il fait faire l'effort qu'un film dure, et que ce ne soit pas juste un film publicitaire qui sera oublié dans 6 mois. Moi J,essaie que les miens durent 10 ans. Je sais pas si j'y arrive, mais j'essaie.


Votre film cible un marché très familial mais très loin de ce que font les américains. Aujourd'hui les films familiaux américains ajoutent de la violence et du sexe pour attirer les adultes...Pourquoi vous attachez à ce style de cinéma naïf?
Y a chez moi un côté enfant, une vision d'enfant que j'ai. Deuxièmement, tu développes un style et pour les gens, pour moi c'est plus facile de présenter un film de ce genre là. C'est reconnu, je peux donc le faire. J'ai cette habilité là. Je vais faire des films qui vont fonctionné dans ce créneau là, et puis il n'y a plus personne pour me concurrencer.
Mais les prochains vont être carrément différent...


On peut en savoir plus?
C'est une comédie de suspens, polar, espionnage, je sais pas encore puisque je n'ai pas achever la fin mais en fait c'est une histoire de couple. C'est un clochard qui va rencontrer une mythomane et on va le prendre pour un agent secret. Et ils vont vivre des aventures toutes basées sur un malentendu. Lui il la prend au sérieux, mais elle, elle s'invente des personnages, des fonctions, de manière crédible.
C'est des drôles de personnages qui n'ont pas l'air très bien adaptés à la situation mais ils vont très bien se débrouiller. Là encore une partie se tournera à Cuba, parce que ma mythomane est cubaine. Pour elle le Canada c'est le paradis. Tout le monde est riche, tout le monde vit bien. Mais elle va découvrir la misère, et donc son clochard, dans le pays de ses rêves. Il n'y a pas que du bon. Ça se tournerait à l'automne, l'hiver 98, 99.
Il faut que je finisse de l'écrire et que j'aille chercher les fonds.


Pour Matusalem II, vous avez eu des fonds de la SODEC...
Oui on a eu la Sodec, Telefilm Canada, on les a tous eus. Pour 3.8 millions de $, faut qu'ils disent tous oui, sinon y a pas moyen de le financer.

Pierre Lampron, le président de la SODEC, disait que c'était de plus en plus difficile de financer le cinéma québécois...?
Oui, définitivement. C'est plus difficile parce que tout le monde a un peu moins d'argent et les films coûtent plus chers... La Conciergerie, Les Boys sont au dessus de 3 millions.

Faut prendre en compte les salaires...
Entre nous, ce n'est pas ce qui coûte le plus cher. Marc [Labrèche] est une vedette autant que les stars des Boys, et il ne coûte pas cher. Pour 20 jours, il est payé 2 000$ par jours. Ce qui est le prix que coûte Rémy Girard et tous ces comédiens. C'est pas ça qui coûte cher. C'est la quantité de techniciens, c'est tous les frais de labo, développer les films, les monter, les copies, les décors...
C'est cher parce que les américains tournent ici et les gens ont pris l'habitude d'être payés un peu plus cher. Généralement quand les techniciens tournent sur mes films, je crois qu'ils font moins d'argent que quand ils sont sur une production américaine. D'abord parce que ça dure moins longtemps. Mais je sens qu'ils ont un intérêt à tourner des films québécois. Ici on travaille vraiment en équipe.


Vous parliez d'un déclin de la comédie, tout à l'heure...
Les comédies marchent: Ding et Dong, Cruising Bar...tout ça a marché. Mais la comédie est un art aussi. Il ne faut aucun compromis dans la comédie. Si tu te trouves drôle, ça ne marche pas. Il n'y a pas de contact direct entre l,écran et le public alors il faut que ce soit techniquement parfait pour que ca réussise. C'est pas parce qu'on rit sur le plateau, qu'on rira dans une salle de cinéma. Et je crois qu'à un moment y a eu une erreur de concept qui a tué la poule aux oeufs d'or, en deux-trois flops.
J'avais sorti "La Vengeance de la femme en noir" à ce moment là. La promotion avait été vraiment mal faite. Personne n'avait vu le film et les gens ont cru que le film n'avait pas marché. Alors ça ne les a pas encouragé à le voir. Moi je m'attendais à 500 000$, 100 000 spectateurs. Mon producteur s'attendait à un million mais il a rien fait pour les atteindre. Au bout du compte, il y a eu 40 000 entrées.


Vous faîtes des tests avant la sortie?
Non. Moi j'y crois pas, parce qu'on n'a pas l'argent pour rien refaire. C'est idiot à dire. Ce sont les distributeurs qui veulent faire ça. Je les arrête à chaque fois. Sur Matusalem II, on a finit le film en juin, et la personne responsable à l'époque avait de scraintes, trouvait certaines choses confuses. Ça ne m'inquiétait pas pusique la confusion était volontaire pour que les gens se posent des questions. Alors elle me dit: "on doit faire un visionnement-teste". J'accepte.
Là y a 3 mois qui passent. On continue de monter le film, on monte le son, la musique était faîte et on était prêt à mixer. Et là j'apprend qu'il fait son visionnement-test. Ce qui est totalement inutile. Tout était dépensé, tout était déjà prêt. C'était il y a 3 mois qu'il fallait le faire. Ça n'avait aucun sens de savoir si c'était clair ou pas clair le film, puisque de toute façon, je ne peux rien changer. Le distributeur ne pouvant pas mettre des $ supplémentaires pour retourner des scènes, refaire un montage, ça ne servait à rien.
Alors on a réorienté la cession pour penser au Marketing. C'était d'ailleurs très intéressant puisque ça nous a permis de savoir que le personnage le plus populaire ce n'est pas celui de Marc Labrèche, mais celui d'Émile. On a su que le parsonnage le plus médiatique c'était Marc. Ça on s'en doutait un peu. De savoir qu'un eprosnnage comme El Diablo était finalement plus populaire qu'on pensait...comme souvent les méchants.


Et le rôle de la jeune française? Elle est très caricaturale...Maquillée, précoce...j'ai pas souvenir que mes ex étaient aussi entreprenante à cet âge là...
Oui oui...En fait, elle n'est pas française. Au départ, j'avais mis des personnages français: Marc, les pirates et puis une petite française pour jouer Béatrice, parce que je voulais faire une co-production. En fait ça n'a pas marché mais j'ai gardé l'idée. ça m'a permis de caricaturer un petit peu plus. Je sais pas comment les français vont réagir, mais je sais qu'au Québec, ça va les faire rire.

Le film se retrouvera peut-être au Festival des Films Québécois l'année prochaine...
Possiblement...

Finalement on est un peu frustré de ne pas voir les 363 autres jours d'aventures dans le film...
C'est une question d'argent. Mais l'idée c'est qu'on a écrit une série télévisée et les idées des 363 jours s'y dérouleraient...Donc on peut faire 363 épisodes. Par exemple, le navire qui les sauve de l'île, qu'on ne voit pas dans le film, deviendrait un véritable personnage de l'histoire. C'est un bateau fantôme qui a sa propre pensée, mais tout le monde l'ignore. Il agit de sa porpre volonté pour leur épargner quelques mésaventures.
Ce qui reste à trouver ce sont des partenaires, comme la France. Ou Cuba, mais on n'a pas d'entente de co-production pour l'instant.


Et le Matusalem III? les aventures de Picard?
Oui, c'était un acadien, un pirate qui a vraiment existé...pourquoi pas. Il y aurait aussi à filmer des femmes pirates...

Comment vous-sentez-vous avant la sortie?
J'ai confiance. Le film a reçu de bons échos de la part des critiques. Il faut être visible aujourd.hui, devenir le choix numéro 1 des spectateurs, leur donner envie de voir le film. La promotion est nécessaire. Le seul film que j'ai mal promu c'était "La vengeance..." et c'est mon plus gros échec. Là c'est un film pour toute la famille, grand public. Si il marche le premier week-end, c'ets gagné. Les gens ne vont pas voir des films qu'ils ressentent comme des échecs.
Bien sûr il y a des choses qui peuvent lui nuire: c'est une suite. Les adultes ont tendance à croire que l'original est toujours meilleur. Mais là le Deuxième Matusaleme, est mieux joué, l'histoire plus concentrée, le scénario plus resséré, les effets spéciaux sont meilleurs...


Et puis ça donne envie d'aller à Cuba, en plein hiver québécois...


   vincy