Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17





Ariane Ascaride est certainement le compagnon de route le plus fidèle du cinéaste Robert Guédiguian et ce, depuis le premier film du cinéaste en 1980. Elle est son épouse depuis 1975 et a joué dans la presque totalité de ses films dont Marius et Jeannette qui lui a offert le César de la meilleure actrice en 1998. Nous l’avons rencontrée au dernier Festival International des scénaristes à Bourges où son mari était à l’honneur cette année. C’est d’ailleurs Robert Guédiguian qui devait être présent mais suite à des problèmes de santé, il n’a pu faire le déplacement. Ariane Ascaride est donc venue « remplacer » son mari et derrière ses lunettes rondes et sa petite taille se cache une femme qui s’affirme à chacune de ses paroles, une femme aussi sincère et franche que Robert Guédiguian, une femme heureuse de faire partie de cette bande d’amis, une femme droite dont le regard vous sonde sagement. Et vous parle de "complicité".
Ecran noir : Au départ, aviez-vous imaginez que Robert Guédiguian ferait des films que vous joueriez dedans ?




Ariane Ascaride : Ah non pas du tout ! Non, non. D’abord, je n’avais pas imaginé… moi j’ai toujours eu envie de faire ça et je dois dire que quand j’ai rencontré Robert, je n’imaginais même pas qu’un jour il fasse du cinéma. Donc, on a fait un premier film comme ça, mais même Robert n’aurait jamais imaginé qu’on fasse 16 films ensemble. Ça c’est fait presque en dehors de nous.

EN : Donc vous êtes surprise par le parcours de Robert Guédiguian ?
AA : Surprise… (elle marque un temps d’hésitation), agréablement surprise ! Parce qu’en fait finalement, au point où en est, il y a comme ça, entre guillemet… enfin je ne sais pas si c’est entre guillemet ou pas, mais il y a une œuvre qui s’est construite. On s’est mis à assumer et on a plaisir à continuer. Mais vraiment, ce n’est pas du tout une décision de départ.

EN : Vous auriez préféré qu’il continue la politique ?
AA : Non, pas du tout. Je pense que c’est pour des raisons multiples et diverses que Robert s’est mis à faire du cinéma et il continue à faire de la politique en faisant du cinéma. C’est parce qu’à un moment donné il a pu trouver dans son militantisme un épanouissement. C’est quelqu’un qui a toujours eu envie de continuer à avoir une action directe sur la réalité et comme c’était quelqu’un qui aimait beaucoup le cinéma et par des circonstances involontaires, il s’est retrouvé mêlé au cinéma. Donc il a pris cette expression là.

EN : Est-ce que c’est toujours lui qui choisit le rôle que vous allez incarner ou est-ce que parfois vous lui demandez…
AA : Jamais ! Jamais ! Et j’y tiens. Jamais. Jamais Robert n’a écrit quelque chose pour moi. C’est lui, c’est ses histoires. Après il nous demande, aussi bien à Jean-Pierre Daroussin qu’à Gérard Meylan, d’entrer dans ses histoires. Mais jamais ! Ah non, vraiment ça m’énerverait prodigieusement de lui dire un jour « écris moi un truc ».

EN : Oui mais il pense souvent à vous en écrivant le rôle.
AA : En fait, il y pense et pas tant que ça. Il écrit avec Jean-Louis (Milési, son co-scénariste sur 10 de ses films) et au départ Robert dit « dans ce film là, il va y avoir les trois ». Après, ils n’y pensent plus, ils écrivent leurs personnages. Mais jamais, ils vont se dire « on va écrire cette séquence là pour Ariane ou Gérard .»

EN : Jean-Louis Milési a d’ailleurs déclaré que sur Marie-Jo et ses deux amours, au départ le rôle de Gérard Meylan était attribué à Jean-Pierre Daroussin et vice versa. Et ce n’est qu’à la toute fin de l’écriture qu’ils ont inversé les deux rôles.
AA : Ils écrivent les personnages d’abord. Ça peut bouger ! Peut-être qu’un jour je jouerais le rôle qu’ils ont écrit pour Gérard, on verra bien. On peut transformer. D’un coup un personnage peut devenir féminin et à ce moment là c’est un autre regard.

EN : Et vous est-il arrivez de lui dire : « je ne peux pas jouer ce rôle » ?
AA : (elle réfléchit longuement) … non… Ce que j’ai souvent envie de dire (elle s’arrête un instant pour réprimander la jeune fille qui téléphone derrière nous et réfléchit à nouveau). Je pense que j’ai eu la chance d’avoir des personnages féminins … enfin je souhaite à beaucoup d’actrices d’avoir les personnages que j’ai eu. Donc jamais je ne me suis dit « ah non ça j’ai pas envie de le faire ou ça non je ne peux pas le jouer », même si dès fois il y avait des personnages qui me faisaient peur à l’écriture, le plaisir était de chercher comment arriver à les interpréter sans voir le travail.

EN : C’était donc un défi…
AA : Vous savez, si vous vous ne mettez pas des défis quand vous êtes comédien, autant aller travailler ailleurs.

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