Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



Karim Aïnouz
Toni Servillo
Félix Dufour-Laperrière
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Gilles Perret
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Rohena Gera







 (c) Ecran Noir 96 - 20



Le 104 est un nouveau lieu. Un établissement insolite : de la culture éphémère dans un environnement social précaire. Ouvert depuis moins d'un an, cet espace pluridisciplinaire, du cinéma à l'écriture en passant par les arts plastiques. Rencontre avec Frédéric Fisbach, chef d'orchestre de ces pompes funèbres métamorphosées en résidence d'artistes.
Ecran Noir : Parler nous du projet CentQuatre (établissement public de coopération culturelle) ?





Frédéric Fisbach : Il s’agit d’un projet d’artiste porté par Robert Cantarella et moi-même. Notre réflexion était de se dire que s’il existe beaucoup de lieux d'exposition où l’on peut voir des œuvres achevées, il n’y a pas ou très peu d’espace de travail. Les artistes ne viennent donc pas à Paris travailler mais montrer le fruit de leur travail.

EN : Effectivement ils sont rarement sur place…

FF : Oui, il n’y a pas d’effervescence. Et puis le public ne peut rencontrer l’art que quand il est aboutit. Il se trouve que Robert Cantarella et moi-même, après des années de mise en scène sur des textes réputés difficiles, avons développé des expériences de protocole de travail sur la mise en relation du public pendant le temps de création (participation du public au spectacle, travail d’amateur et de professionnel…). Pour nous, il était préjudiciable que Paris ne se dote pas d’un lieu comme celui là. Nous pensions monter un projet à Berlin et au même moment nous sommes tombés sur une annonce qui mentionnait que la Ville de Paris cherchait un directeur ou une directrice pour le projet 104. Neuf mois plus tard nous avons été nommés.

EN : C’est le Maire de Paris qui vous a nommé ?

FF : Oui, c’est le Maire de Paris qui nous a nommé mais dans le cadre d’un concours. Le projet du Maire de Paris consistait à créer un lieu pour l’art et la culture, ici, à la frontière entre le 18e et le 19e arrondissement, dans l’ancien service municipal des Pompes Funèbres. Pour cela, une étude de définition puis un marché de définition a été réalisée. Le programme tenait en trois points :
- Le cadre international
- Privé-Public
- Tous les arts
Le choix du cabinet d’architecte (Atelier Novembre) a été retenu essentiellement pour deux raisons : le projet en tant que tel et son aspect fonctionnel. Le projet comprenait des modules ou espaces de travail, des ateliers de travail ou des commerces et des modules le long d’un passage qu’ils inventaient entre la rue Curial et la rue d’Aubervilliers.

EN : C’est donc cette voie que vous avez retenue…

FF : Oui. Quand nous avons été nommés, nous avons travaillé sur ces plans d’architectes et ses trois directions. Il s’agissait de tout faire. Non seulement de faire une programmation, mais aussi un organigramme, de monter la structure juridique etc. Cela nous a pris trois ans jusqu’à notre ouverture en octobre 2008.

EN : Parler nous de l’esprit du 104…

FF : Le 104 est un lieu de résidence pour des artistes venant de toutes disciplines, sans exclusive. Designer, dessinateur BD, scénariste, réalisateur, peintre, documentariste, musicien, rappeur…Ce lieu est un lieu de résidence longue pour des artistes venant du monde entier. Ce qu’on leur demande c’est d’ouvrir régulièrement leur atelier pour mettre en relation des groupes de spectateurs avec leur avancée dans leur travail. La phrase est un peu compliquée mais il s’agit simplement de comprendre que le processus de création ou le chemin de création est aussi un endroit de savoir et de partage de l’art au même titre que l’œuvre d’art.

EN : C’est donc à la fois une démarche et une ambition dans la rencontre

FF : Doublement car elle (la démarche) permet à l’artiste de rencontrer le public. Et il y a des tas d’artistes qui ne rencontrent jamais le public.

EN : Elle est là, l’ambition du 104 !

FF : En un sens. Il s’agit de travailler sur la question de la transmission qui est, selon moi, un double mouvement. Nous sommes moins dans une approche pédagogique descendante d’un maître vers un apprenant ou, en l’occurrence ici, d’un artiste vers le public, que dans un rapport permettant à l’artiste d’utiliser, au sens noble du terme, ces moments de rencontre avec le public pour travailler ses œuvres.

EN : Pensez-vous que cette notion de partage influence le travail de l’artiste ?

FF : Bien sûr. Totalement. Que ce soit pour arranger une idée, pour voir comment le public réagit et pour essayer de comprendre ce que l’on est en train de faire. On a tous besoin d’un regard extérieur.

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