Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



Karim Aïnouz
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Rohena Gera







 (c) Ecran Noir 96 - 20



Dire qu’il avait abandonné le cinéma à la fin des années 80, suite à l’échec de son deuxième long métrage… Heureusement, lassé du monde de la pub, Carlos Sorin a fini par revenir à ses premières amours avec le magnifique Historias minimas, un road movie sensible et attachant au beau milieu de la Patagonie du Sud. Depuis, on suit avec bonheur l’œuvre passionnante et subtile de ce grand observateur de la nature humaine qui, avec la fenêtre, franchit un cap dans sa carrière sans rien perdre de son talent.
Ecran Noir : On a l’impression que La fenêtre, la dernière journée dans la vie d’un vieil écrivain, marque un tournant dans votre œuvre…





Carlos Sorin : Oui, cela participe d’un processus parfaitement volontaire de rupture. Il y a eu des événements dans ma vie qui ont influé sur le sujet de ce film. D’autre part, je sentais aussi que je commençais à me répéter par rapport à mes films précédents. La continuité, ça peut être très bien, mais on peut aussi se dire : "encore la même chose…" J’ai donc eu envie d’une rupture, principalement en termes de langage.

Ecran Noir : Après plusieurs films que l’on pourrait qualifier de road-movie, vous revenez avec une histoire qui se déroule dans un lieu unique et où le voyage est surtout intérieur…

CS : Oui, c’est une autre des raisons pour lesquelles j’ai fait ce film : les films qui se passent sur la route, c’est fatigant ! On n’a pas le temps de penser, il faut toujours respecter des horaires : manger à telle heure, retourner à l’hôtel à telle heure, se mettre en route à telle heure… Et puis il faut parfois faire 400 km pour tourner les séquences suivantes. C’est presque une opération militaire dominée par la logistique ! J’ai eu envie de faire un film pendant lequel j’ai le temps de réfléchir. On a tous vécu dans la maison où nous tournions, les horaires étaient souples, nous dépendions uniquement du moment où le soleil illuminait le plus la fenêtre…

EN : Plus confortable, en somme…

CS : Oui, même si un tournage n’est jamais confortable… Mais si la commodité était le critère déterminant pour faire du cinéma, j’aurais changé de métier ! (il rit)

EN : Le titre du film, la fenêtre, n’est pas innocent.

CS : La fenêtre, par nature, est un élément métaphorique. Pour moi, cela se réfère à des souvenirs d’enfance, quand on est malade et qu’il faut rester toute la journée au lit. La fenêtre représente alors une foule de désirs ainsi que la possibilité de guérir et de sortir. C’est aussi la métaphore de cet autre monde, à l’extérieur, que l’on ne peut pas atteindre ! Curieusement, le titre du film est apparu pendant le tournage. Comme on filmait en intérieur, la fenêtre a pris bien plus d’importance qu’au moment de l’écriture. Tous les murs étaient pareils, la fenêtre semblait, elle, le seul élément attirant.

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