Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Terrasse d'un hôtel luxueux à Monaco. Zabou Breitman, entre soleil et brise marine, répond chaleureusement, vigoureusement à nos questions. Intarissable, curieuse, réfléchie, elle intellectualise, certes, mais avec franchise. Elle sait charmer, adoucir, tout en faisant preuve d'un déterminisme, d'un volontarisme indéniable. Elle parle ainsi de Je l'aimais, film qui évoque autant la passion que la transmission, la vie que la mort. Un film qui lui ressemble à partir d'un livre qui ne lui ressemblait pas du tout.
Ecran Noir : Comment est arrivé ce projet alors que vous avez toujours écrit vos scénarii ?




Zabou Breitman : J’ai été contactée par Fabio Conversi, qui avait acquis les droits. Ca ne m’était pas venu à l’idée d’adapter un livre. D’ailleurs, au début, je n’ai pas accepté. Pour moi, le cinéma c’est une écriture, il faut y mettre son style.

EN : Pourtant vous l’avez fait…
ZB :C’est venu avec le temps. Je me demandais où j’allais trouver le dénominateur commun. Ce n’était pas mon univers, Anna Gavalda. Je suis une grosse lectrice de science-fiction et de polars…

EN : Qu’est-ce qu’un dénominateur commun ?
ZB : Ce sont des strates d’où s’échappe une sensibilité commune. En tamisant, au fil des lectures, on le trouve. J’essaie, en fait, de capter où est l’envie, le désir d’y aller. Où est-ce que je me retrouve, moi, dans Gavalda ? Ma coscénariste, Agnès de Sacy savait que la contrainte de la forme permettait de révéler plus fortement un cinéaste.

EN : Qu’est-ce qui vous a séduit dans le roman ?
Le système de narration. Ce souvenir du passé qui s’imbriquait dans le présent. J’aime bien la supercherie, la disjonction dans la narration. J’adore que le personnage principal ne soit pas le personnage central. L’idée qu’il y ait un conte à part, dans le livre, m’a interpellé. J’aime l’histoire d’amour aussi, ce récit décousu. Je ne voulais pas tout changer, je voulais creuser.

EN : Il y a quand même des différences…
ZB : Chloë (Florence Loiret), je ne la comprenais pas très bien. Je l’ai transformée davantage. Sinon j’ai surtout apporté du réalisme. Par exemple je voulais que ce soit du concret, et pour moi le concret passe par le travail. Si on croit à l’univers du travail, on croit à l’histoire d’amour. Les deux personnages sont réels, j’ai donc voulu les filmer dans leur boulot, dans l’entreprise. C’est presqu’un documentaire sur le milieu professionnel dans lequel ils évoluent.

EN : Qu’est-ce qui vous fascine dans le réalisme ?
ZB : Le romanesque n’empêche pas le réel. On peut être lyrique avec la réalité, ça peut transporter. L’imaginaire s’arrête à ce qu’on connaît nous. En revanche la vie des autres est une mine d’or pour l’imaginaire. J’aime le cinéma de Depardon pour cette raison. C’était Urgences qui m’avait cnduit ) écrire Se souvenir des belles choses. J’ai aussi choisi une monteuse de documentaire, Françoise Bernard, pour faire le montage de ce film. C’est sa première fiction. Mais surtout, j’ai enfin trouvé mon double…

EN : Comment vous est venu l’idée de concilier un roman sentimental avec la dureté du monde du travail ?
ZB : Aller trouver la vérité, la crudité du sentiment, c’est pour moi l’essentiel de ma démarche. J’assume complètement le film d’amour. Le premier degré est un degré fondamental. C’est le degré de la vie. Si on ne le connaît pas, ce degré du mortel, on ne sait pas ce qu’est être amoureux.


   vincy