Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Edmonde Charles-Roux est écrivain. Présidente du jury Goncourt, elle est aussi la veuve de Gaston Deferre, l'ancien maire de Marseille et Ministre de Mitterrand. Elle fut adaptée par Francesco Rosi (Oubliez Palerme) en 1990. 22 ans après L'irrégulière (Grasset), c'est Anne Fontaine qui s'en inspire pour Coco avant Chanel.
Avec elle, dans son salon d'un appartement qui collectionne les époques, sous les toits d'un hôtel particulier de la Rive Gauche, nous explorons l'univers et les vérités de Coco Chanel.
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Edmonde Charles-Roux : Certainement, elle a une base physique très proche de Chanel, une vraie ressemblance qui est devenue, pendant le tournage, une identification. J’ai passé une heure et demi avec elle, avant le tournage. Elle en a même quelques défauts, tellement elle est exigeante vis-à-vis d’elle-même, dure parfois…

EN : Chanel était ainsi ?
ECR : Oh elle n’était pas très tendre, c’était sa vraie faiblesse.Elle ne voyait que des concurrents parmi ses collègues. Chanel avait une tendance à rester sur des positions négatives. Il y avait deux exceptions. Yves Saint-Laurent, dont elle disait qu’il était le seul à avoir compris ce qu’elle voulait faire. Elle le traitait quand même de copieur. Et puis il y avait Balenciaga. Lui refusait le prêt-à-porter, les journalistes… elle admirait ça, ce cran qu’elle n’avait pas. Elle n’a jamais osé quitter le cercle de ses amis, ni virer la presse de ses défilés. Elle ne pouvait pas casser son image, et préférait conserver sa position mondaine.

EN : Cette position qu’elle a tellement cherchée, au point de se faire entretenir par Balsan (Poelvoorde) puis aider par Boy Capel (Nivola)… Contrairement à votre roman qui détaille le contexte historique, le film ne s’embarrasse d’aucune date, hormis celle de la première scène…
ECR : Pourtant, la Guerre de 14-18 a littéralement fait « Boy » Capel. C’était un ami intime de Clémenceau, ce qui n’était pas rien et ce qui était rare. Physiquement, l’acteur n’est pas trop dans le personnage. Capel, c’était un « gard ». Dans le film, il est trop beau, trop ténébreux. Or, « Boy » c’était le charme même un garçon aigüe, sans douceur, c’était un britannique brun, fort, pas blond et fin. Avec cette Guerre, plus rien ne sera comme avant, ni les gens, ni la mode. C’est cela qu’elle accompagne.

EN : Qu’elle libère même…
ECR : Elle avait une liste de tout ce qu’elle a libéré : corset, cheveux longs, valise…

EN : valises ?
ECR : Oui, grâce à ses robes, elle disait qu’on pouvait emmener le juste nécessaire en quatre plis, quand, à l’époque, une robe Dior pesait 3 à 4 kilos. « Elle a mis les femmes à l’heure de la modernité ». Pourtant ce ne fut pas la première à enlever le corset du buste de la femme. Paul Poiret l’avait fait avant elle, peut-être trop tôt, puisque ces corps «sans carapaces étaient jugés indécents. En fait il avait semé, elle l’a dépassé.

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