Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20



Dans la région Grand-Est, Monsieur Cinéma, c’est lui ! Jean-Claude Tupin, président du groupe Majestic cinéma et épris de 7e art depuis plus de 35 ans, gère la programmation de 72 écrans. Entre incontournables et belles surprises, blockbusters et art et essai, il essaye de moduler avec sensibilité une offre cinématographique souvent monolithique. Rencontre avec un passionné qui, il n’y a pas si longtemps que ça, voyait encore presque huit cent films par an…
Ecran Noir : Parlez-nous de votre activité.





Jean-Claude Tupin : Nous faisons partie du groupe Majestic cinéma qui est une holding comprenant principalement les multiplexes de Douai, Beauvais et Compiègne, soit 29 salles pour 1,5 million d’entrées annuelles. En-dessous, il y a Ciné 70 et les Ecrans du Grand Est. En tout, cela représente 72 écrans. Notre fond de métier, c’est la programmation, c’est-à-dire mettre des films à l’écran en lieu et place de gens dont ce n’est pas forcément le métier. Par exemple, dans le département de la Haute-Saône, la plupart des salles des villes secondaires ont été rachetées par les municipalités grâce notamment aux crédits accordés par l’ADRC (agence pour le développement régional du cinéma). Cela permet de maintenir et développer une activité cinématographique dans des villes plus modestes. Ca, c’est de la vraie cartographie de salles comme il y en a en France. Evidemment, dans les petits hameaux, ces salles coûtent cher aux collectivités locales (entre 30 et 35 euros la place), mais bon, ça permet quand même que le village ne meurt pas et ça permet aussi de maintenir une activité cinématographique réelle et sérieuse.

EN : Comment fait-on concrètement la programmation d’une salle ?

JCT : On commande le film à un distributeur et ensuite on le met en place. On dit aux exploitants : par exemple, Volt c’est plutôt en matinée pour les enfants ou pendant les vacances scolaires car il va y avoir une vraie demande de la part du jeune public. Tandis que tel film plutôt tendancieux, ça va être plutôt le soir. Il faut aussi savoir faire le dispatching quand il y a une salle unique ou plusieurs salles. Pour résumer, il faut mettre les films aux meilleurs endroits et aux meilleures séances. Après, il faut se battre auprès des distributeurs pour avoir les films qui marchent en même temps qu’ailleurs. Par exemple, dans la salle unique du Scala à Neufchâteau (6000 habitants), on essaye d’avoir 3 à 4 programmes par semaine. Des films du moment et également de l’art et essai. On arrive à faire 25 000 entrées par an, ce qui, pour une ville de cette taille, est plutôt bien.

EN : Comment choisissez-vous les films parmi l’offre disponible chaque semaine ?

JCT : Il y a le bouche à oreilles et pour les films américains, le box office, qui est fiable à 90%. Quand j’ai commencé ce métier, les majors américaines nous vendaient ce qu’ils appelaient "une locomotive et des wagons", c’est-à-dire tout un programme. Aujourd’hui, on raisonne plutôt film par film et on ne peut pas se passer des locomotives. Par exemple, en février 2009, un complexe ou un multiplexe qui n’a pas Benjamin Button ou LOL, c’est une erreur fondamentale, car ce sont les films du moment. Après, dans mon cas personnel, tous les cinémas ont une classification art et essai parce que j’y tiens, et on essaie d’y faire une programmation intelligente pour compléter. Je suis aussi pour des films plus difficiles, notamment dans le cadre du Festival des Cinémas d’Asie que nous hébergeons depuis le début.

EN : Il vous arrive d’avoir des coups de cœur pour des petits films que personne n’attend et de les soutenir juste parce que vous y croyez ?

JCT : Oui, bien sûr, cela m’est déjà arrivé ! Dernièrement, il y a eu L’apprenti de Samuel Collardey. J’y croyais et ça a fait un carton. Il est resté sept semaines à l’affiche, y compris pendant les fêtes de fin d’année où l’on était pourtant blindé de films. Mais je n’ai pas voulu l’enlever car il faut laisser une vraie chance à ce type de films. Vous savez comme c’est, il n’y a pas de place pour montrer tous les films, et souvent on doit enlever des bons pour mettre des mauvais…

Dans quelle mesure la situation a changé depuis vos débuts dans le métier il y a plus de trente ans ?

JCP : Il y a vraiment une grosse différence car, quand j’ai commencé, il n’y avait pas la vidéo. On avait les films en exclusivité ou en 2e ou 3e vision. Les "mastodontes" comme Il était une fois dans l’Ouest ou Docteur Jivago pouvaient durer cinq ans avant que tout le monde les ait vus ! Alors qu’aujourd’hui, un film, c’est un pot de yaourt. Il y a une date de fraîcheur dessus et au bout de quinze jours, poubelle. Quand on prend la Grande Vadrouille qui avait totalisé 18 millions d’entrées et qu’on prend Bienvenue chez les Chtis qui fait 20 millions et quelques, s’il n’y avait pas le téléchargement et s’il y avait encore les 2e, 3e, 4e vision, etc., il aurait fait 35 ou 40 millions d’entrées !

Où en êtes-vous de votre équipement numérique ?

JCT : Ici sur Vesoul, on a déjà une salle équipée et on va y passer de toute façon. Mais je voulais faire Volt en numérique et en 3D et pour ce film le résultat n’est pas probant, donc on ne l’a pas fait. A l’heure actuelle, le numérique présente des avantages et des inconvénients. Pour un exploitant, l’avantage c’est qu’il n’y a plus de transport de copie. Ensuite, il faut une clef usb pour démarrer le projecteur et avoir accès au serveur. Mais j’ai peur que cela soit encore rigide. Par exemple, s’il y a une panne de courant pendant une séance et que la clef est programmée pour couper l’accès au serveur à une certaine heure, on ne pourra pas projeter la fin du film. Moi, je n’aime pas trop être pris en otage comme ça…


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