Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Nuri Bilge Ceylan est un habitué du Festival de Cannes dont il ne revient jamais bredouille. Grand Prix du jury et prix d’interprétation en 2003 pour Uzak, Prix de la Fipresci en 2006 avec Les Climats et enfin Prix de la mise en scène en 2008 pour Les trois singes, le cinéaste turc est probablement l’un des plus constants de ces dernières années. Quoique scénaristiquement minimaliste et par trop symbolique, son cinéma à l’esthétisme envoûtant tranche singulièrement dans le paysage cinématographique contemporain. Dans son gros pull over, il nous parle dans un chaleureux hôtel de Saint-Germain des Prés tandis que le froid glacial de l’hiver transperce déjà les os.
Ecran Noir : Quel est le point de départ des Trois singes ?





Nuri Bilge Ceylan : Ce sont souvent les situations qui me poussent à écrire mes histoires. Quand j’étais plus jeune, j’ai été témoin d’une scène où un fils giflait sa mère. Je me suis demandé quelle situation pouvait pousser un fils à faire un tel geste, à gifler sa mère qu’il aime. Ensuite, écrire un scénario, c’est comme faire un collage avec l’histoire qu’on a en tête, les choses dont on a été témoin qui attendent de sortir, toutes ces anecdotes qui attendent de ressurgir…

EN : Revendiquez-vous une identité turc dans vos films ?

NBC : Comme mes personnages sont turcs, ils réagissent comme des Turcs, mais les histoires pourraient se passer dans tous les pays. Il s’agit plus de la nature humaine en général que des Turcs.

EN : Pourquoi vos personnages semblent-ils toujours confrontés à d’immenses problèmes de communication, surtout entre hommes et femmes ?

NBC : L’incommunication entre hommes et femmes fait partie du destin de l’Homme. C’est un élément qui ne me fait pas souffrir. Je ne cherche pas particulièrement à en parler dans mes films car c’est notre destin, donc je l’ai accepté. Je préfère parler d’autre chose, comme de la chaleur entre deux personnes, qui me semble un miracle…

EN : On est également frappé par le ton éminemment mélancolique de vos films…

NBC : Parce que je suis quelqu’un de profondément mélancolique. Je sens la vie comme ça. Mes films en sont naturellement imprégnés.

EN : Parlez-nous de vos inspirations esthétiques.

NBC : Le parti pris de l’image est intuitif, c’est ce que je ressens. C’est ce que je sais faire, donc je n’y pense pas. Il y a quelque chose d’inné en moi pour rendre les choses esthétiques. Par exemple, pour Les trois singes, il me fallait une maison au bord de la voie ferrée. J’ai beaucoup marché pour la trouver et quand je l’ai vue, elle m’a tout de suite plu. Mais aucun décor, aucun lieu n’est vital pour moi. Si je ne l’avais pas trouvée, j’aurais adapté le scénario. Ils sotn interchangeables. Je ne m’attache pas beaucoup à la beauté des lieux et décors. D’ailleurs, je n’aime pas ces lieux qui sont beaux. Je préfère créer un beau plan dans un endroit pas très joli. Peut-être même que j’aurais préféré qu’il n’y ait pas la mer près de la maison… mais c’est comme ça, la voie ferrée longe la mer à Istanbul. D’ailleurs cette maison n’était vraiment pas idéale puisque le salon était trop petit.

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