Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Actrice et réalisatrice espagnole, Iciar Bollain était présente au Festival du Film de Valenciennes édition 2008. Son dernier film, Mataharis, était présenté en compétition officielle. Najwa Nimri a d'ailleurs reçu le prix d'interprétation féminine lors de ce festival pour son interprétation d'Eva, l'une des trois personnages principaux de ce film.
Ecran Noir : Pourquoi avez-vous choisi cet univers de détectives privés ? Et pourquoi trois femmes ?




Iciar Bollain : Je voulais parler de femmes qui travaillaient, qui combinaient leur vie familiale et professionnelle, qui faisaient un métier de façon digne comme c’est le cas d’Inés, la plus jeune. Le fait qu’elles soient détectives me permettait plus de réflexions. Ca me donnait aussi l’occasion de parler des secrets, de la manière dont elles se glissaient dans la vie des autres en tant que détectives. Pour moi, cela ouvrait plus le sujet. Ca ne se résumait plus seulement aux conflits que chacune d’entre elles avait chez elle. Ca apportait plus de sujets dans le film.

EN : Dans le film, on voit bien en effet que le travail n’est pas l’unique thème...
IB : Oui. Les relations de couples sont finalement presque plus importantes. J’ai vu un article dans un journal parlant d’une agence chinoise de détectives privés qui engageait uniquement des femmes. Ils disaient qu’elles étaient très douées dans le travail de détectives car elles sont très patientes, très observatrices et passent inaperçues. Personne n’imagine qu’elles puissent être détectives. Il y a aussi énormément d’agences de détectives à Madrid qui m’ont dit que les femmes étaient très douées pour ce travail.
Cette profession m’apparaissait comme très moderne, intéressante, donnant une autre dimension à mes personnages.

EN : Dans l’imaginaire des gens, les détectives privés sont plutôt des hommes…
IB : Oui, avec un costume noir. Des hommes seuls qui dorment sur le sofa de leur bureau et mangent uniquement des sandwichs. Ca me paraissait donc très intéressant de contredire ce cliché. Les détectives sont aussi des femmes qui font les courses, ont des enfants, font partie d’un couple. Elles mélangent tout. Ca me semblait ainsi plus actuel.

EN : La vie personnelle et la vie professionnelle se mélangent dans le film, surtout en ce qui concerne Eva. Pourquoi avoir choisi de faire enquêter Eva au sein de sa famille ?
IB : Le film se déroule dans trois moments distincts de la vie de trois femmes. La plus jeune est la plus idéaliste dans le métier, au début tout du moins. Mais elle se fait des illusions. A travers le cas que lequel elle enquête, elle se rend compte que son travail est sale. La plus âgée se trouve à un autre moment de sa vie. Elle est très observatrice et se rend bien compte de ce qui se passe chez les autres et dans son couple également. Le personnage d’Eva, le plus proche de moi, est quelqu’un qui veut travailler, avoir des enfants. C’est quelque chose d’assez difficile à conjuguer en Espagne. Ca me semblait intéressant d’impliquer sa profession dans sa vie privée. C’était le moyen de parler de cette limite dans un couple, celle entre la vie privée de chacun des deux acteurs du couple et ce qu’on veut savoir de ce que fait l’autre. Au final, le thème principal dans ce couple est celui de la confiance. Comment faire confiance à l’autre ? Tu ne donnes pas ta confiance contre des preuves. La confiance est un cadeau que tu fais ou que l’on te fait. Dans ce couple, cette crise qu’ils traversent leur fait comprendre qu’ils n’ont pas confiance l’un en l’autre.

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