Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



Mike Mills
Mohamed Ben Attia
Majd Mastoura
Jihane Chouaib
João Pedro Rodrigues
Radu Mihaileanu
Lucy Boynton
Todd Solondz







 (c) Ecran Noir 96 - 17





Naturelle, rayonnante, Sandrine Bonnaire embellit de film en film. Dans « C’est la vie », de Jean-Pierre Améris, elle interprète une bénévole qui s’attache à un homme mourant incarné par Jacques Dutronc. Rencontre avec une actrice à fleur de peau.
Ecran Noir : Comment s'est déroulé le tournage sachant que les acteurs professionnels côtoyaient les non-professionnels ?




Sandrine Bonnaire : « Le mélange s’est fait assez naturellement. Malgré leurs handicaps nous n’y pensions plus au bout d’un moment.
Une fois passé la barrière physique, ils sont devenus des acteurs débutants comme les autres sur le tournage. Ce qui n’était pas facile, car certains étaient en fauteuil roulant ou avaient déjà le corps et le visage marqués par la souffrance.
Mais au-delà de leur handicap, rien ne les différencie des autres. Bien sûr, nous faisions attention à ne pas laisser la fenêtre ouverte quand l’un d’eux était dans la pièce et nous surveillions qu’ils ne se fatiguent pas trop. Des petits gestes qui se font naturellement et qui rappellent au bout du compte leurs conditions. Mais cela s’arrête vraiment là.
Entre les malades et nous se sont créés des liens forts. Ainsi, j’ai entretenu une relation magnifique avec Bernard, qui lui était un malade. Il est décédé depuis.»

E.N : Comment avez-vous abordé votre personnage ?
SB : «C’est un personnage qui me ressemble. Une femme très vivante. Elle vit dans un paradoxe: elle doit faire vivre les autres alors qu’ils vont mourir.
Je pense que c’est quelqu’un qui aime la vie et qui va instinctivement vers les gens pour les aider. Je la comprends car je crois être moi-même un peu comme ça. Quand on aime la vie, on aime les autres et on veut les aider.
Jean-Pierre Améris (le réalisateur - NDLR) m’a beaucoup aidé à préparer le rôle. C’est un personnage lourd à incarner. Il ne fallait pas sombrer dans le pathos. L’atmosphère est avant tout une sphère d’espoir, une lueur de vie et d’éclat. Mon personnage est un personnage de conviction.
Pour dépasser la crainte que j’avais au début du tournage, Jean-Pierre m’a dévoilé ce qu’il ressentait lui aussi. Nos conversations m’ont permis d’être le plus naturel possible.»

E.N : Ne pensez-vous pas qu’elle est un peu maso ? Elle s’engage comme bénévole car elle a perdu elle-même son mari...
SB : « Effectivement elle demeure marquée. Mais c’est le cas pour beaucoup de bénévoles qui travaillent dans ces centres. J’en ai rencontré quelques-uns uns. Ils y travaillent souvent suite à la disparition d’un être cher.
Mais je ne crois pas que ce soit du masochisme. Les bénévoles ont souvent le regret de ne pas avoir dit au revoir à leurs proches, alors ils accompagnent les autres.
Plus qu’un transfert, il s’agit d’un relais. Ils vivent ainsi plus intensément. Pour moi la vie se déroule comme une boucle. On naît, on meurt puis on renaît. Il leur faut faire cela pour remonter et de nouveau vivre pleinement. »

E.N: Comment s’est déroulé la très émouvante scène du karaoké avec Jacques Dutronc ?
SB : « Nous l’avons tourné en plusieurs prises. C’était très drôle. Jacques ne connaissait pas le principe du karaoké et nous ne chantions pas juste. Plutôt comme des casseroles. Il ne connaissait pas la chanson et n’arrivait pas à lire le texte de l’écran car il était décalé. Et moi je chantais des notes qui sont très hautes. Tous ces petits détails ont contribué à créer une atmosphère comique. J’aime beaucoup cette scène: les rires y sont sincères, le tout demeure très naturel et cela se sent à l’écran. »

E.N : Dans vos derniers films ( Mademoiselle ) vous apparaissez moins sombre, plus sereine et rayonnante de vie ?
SB : «Concernant l’orientation de ma carrière, je suis actuellement heureuse dans ma vie et mes personnages finalement me ressemblent. Je choisis mes rôles en fonction de mes envies. Ces derniers temps, je prends davantage plaisir à jouer dans des films optimistes et moins sombres que par le passé (Jeanne d’Arc )
Mademoiselle, C’est la vie ... Autant de rôles que j’aborde avec plaisir. Et puis au delà de cette fiction de cinéma, « C’est la vie » demeure une histoire ancrée dans un profond sentiment de vie. Il faut toujours garder espoir».

Propos recueillis par Hervé / Novembre 2001


   hervé