Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Après avoir fait ses premières classes à la télévision, comme beaucoup de nouvelles stars en devenir des studios hollywoodiens, à commencer par son partenaire attractif du film de Roger Avery, James - Dawson - Van Der Beek, la jeune Jessica Biel enchaîne les rôles estampillés teenagers. La demoiselle n'a pas froid aux yeux et n'hésite pas à poser pour une série de photos torrides après avoir soufflé ses 17 bougies. De même, on la verra flirter avec les tueurs en série dans le remake du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Bref une candidate parfaite pour figurer au casting d'une adaptation d'un bouquin de Bret Easton Ellis…
Ecran Noir: Un an après “Summer Catch”, le public vous retrouve enfin à l’affiche de “Rules of Attraction”. Quel a été le cheminement pour arriver jusqu’à ce rôle ?





Jessica Biel: Mon agent m’a fait parvenir le scénario que j’ai lu et tout de suite beaucoup aimé. Il ne s’agissait pas pour une fois des sempiternelles histoires d’adolescents où tout est parfait dans le meilleur des mondes. J’avoue aujourd’hui que j’ai eu du mal à comprendre la psychologie des personnages à la première lecture mais le scénario me plaisait par son côté non-conventionnel. J’ai donc rencontré Roger Avary, le réalisateur, et après notre entretien, je l’ai supplié de me confier le rôle de Lara.

EN: Aviez-vous lu auparavant le livre de Brett Easton Ellis dont s’est inspiré Roger Avary pour son film du même titre ?

JB: Non, malheureusement... J’étais si débordée entre le tournage de ma série télé, “7th Heaven”et mes auditions que je n’ai même pas eu quelques heures pour lire le livre. Je connaissais en revanche de réputation son auteur car j’avais vu l’adaptation cinématographique d’"American Psycho”. C’est étrange car le monde détraqué qu’il dépeint dans ses romans m’attire. Je suis fascinée par ses personnages en paix avec eux-mêmes alors qu’ils découpent en tranches des corps humains!

EN: “Rules of Attraction” raconte l’histoire d’une bande d’adolescents désabusés, désorientés, prêts à assouvir tous leurs vices. Avez-vous le sentiment que la jeunesse actuelle américaine leur ressemble ?

JB: Evidemment, vous pouvez rencontrer ce genre d’ados dans les collèges ou universités américaines mais ils sont une minorité parmi l’ensemble des jeunes américains dociles et “normaux”. Disons que ce sont des outsiders que je n’ai personnellement jamais fréquentés.

EN: Roger Avary vous a-t-il proposé d’emblée le rôle de Lara ?

JB: Oui, dès notre première rencontre, il était évident que j’allais interpréter le personnage de Lara. Mais Roger souhaitait travailler avec moi en amont sur la construction du personnage et sa relation avec les autres.

EN: Comment pourriez-vous décrire Lara ?

JB: Je la perçois comme une jeune fille triste, solitaire au passé lourd de chagrin. Elle refoule l’ensemble de ses maux en utilisant une façade de sex-symbol et de garce la protégeant d’éventuelles nouvelles souffrances. Elle séduit, dévore et détruit pour cacher sa tristesse et son désespoir. C’est une âme perdue qui se cherche en utilisant des mauvais chemins. J’éprouve de la compassion pour elle et je lui pardonne complètement ses actes outranciers qui sont un véritable cri de SOS. Elle ne couche pas sans raison. Elle a juste besoin d’attention et d’affection de la part de son entourage mais elle ne sait malheureusement pas l’exprimer.

EN: Comment s’est déroulé le tournage ?

JB: C’était un vrai cirque! Aucune structure, beaucoup d’improvisation. On changeait les dialogues au dernier moment, on rajoutait des scènes, on en coupait d’autres. Mais on s’en foutait car on avait tous confiance en Roger Avary qui lui, savait exactement ce qu’il faisait. De plus, c’était un tournage vivant et spontané qui me changeait de la structure rigide de “7h Heaven” où tout est calculé, minuté et chronométré à la seconde près.

EN: Vous sentez-vous donc capable aujourd’hui de pouvoir tout jouer ?

JB: Oui, j’en ai l’impression en tous cas. J’ai appris à me familiariser avec les aspects techniques d’un tournage, à savoir les positions de la caméra, des lumières.. Je me sens donc plus à l’aise pour attaquer des rôles plus corsés. Il y a encore seulement une chose qui m’effraie, travailler sur un film sans script, un peu à la manière de Woody Allen. Cela me fait peur…

EN: N’êtes-vous pas lassée du puritanisme de l’Amérique ?

JB: Oui et je trouve cela complètement ridicule de nos jours. Prenons l’exemple des plages en Europe: On peut montrer sa poitrine sans se prendre une amende. A Los Angeles, les policiers parcourent les plages en voiture pour censurer le moindre petit bout de sein. Ce genre de comportement nous amène à produire des émissions télés intitulées “Les filles se déchainent” où l’on voit des adolescentes soulever leurs T-shirts aux passants. Il faut arrêter ce genre de conneries et être un peu moins rétrogrades sur la question. Je pense qu’au final, cela réduirait le nombre de viols et d’agressions sexuelles.

EN: Que pensez-vous de la violence exposée en permanence sur vos chaînes de télé ?

JB: On montre sans problème des tueries, des arrestations et un petit sein fait fuir l’Amérique entière. Je ne trouve pas de mots pour exprimer ma colère… Sans vous parler du problème de l’alcool chez les adolescents. La plupart des familles américaines interdisent l’alcool à la maison et un jeune ne peut pas boire légalement dans un bar ou un restaurant avant 21 ans. Les ados sont donc obsédés par l’envie de se bourrer la gueule. Un petit verre de vin à la maison avec ses parents simplifierait beaucoup de choses et dédramatiserait le tabou de l’alcool dans ce pays.

Propos recueillis par Karine mars 2003


   Karine