Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Mathieu Amalric serait-il l’homme de l’année ? On l’a vu cette année pas moins de six fois à l’écran, dont trois fois à Cannes (Le scaphandre et le papillon, La question humaine, Actrices) et toujours dans des films bénéficiant d’un retentissement important. Son rôle chez Julian Schnabel, en homme prisonnier de son propre corps, pourrait même lui valoir les honneurs des Oscars, à peine deux ans après Rois et Reine. Et ce n’est pas fini, puisqu’il est attendu en 2008 chez Arnaud Desplechin, Bruno Podalydès, Bertrand Bonello, Alain Resnais… sans oublier Marc Foster, aux commandes du 22e James Bond. De son propre aveu, le comédien ne sait pas dire non, et enchaîne les tournages, au détriment de sa propre carrière de réalisateur. Il travaille pourtant sur son prochain long métrage (le quatrième) dont il est venu parler à Poitiers, à l’occasion de la 30e édition des Rencontres internationales Henri Langlois. Mais attention, pas question d’administrer doctement une leçon de cinéma classique ! Accompagné de son coscénariste Philippe Di Folco, il a improvisé sur scène une séance de travail passionnante et dynamique, dévoilant les dessous du processus de création. Mathieu Amalric est comme ça : spontané, généreux et avide d’expérimenter. Rencontre.
Ecran noir : Pourquoi transformer la rituelle leçon de cinéma en séance de travail où vous dévoilez sur scène les "secrets" de fabrication de votre prochain film ?





Mathieu Amalric : Il me semblait plus intéressant de parler d’un film à venir car au moins on peut en parler avec les vrais mots. Tandis que quand vous parlez d’un film qui est déjà fini, en fait, vous mentez. Parce que vous plaquez après coup des intentions dont vous n’aviez pas forcément conscience. Un truc qui me plaît moi, quand je tourne, c’est de laisser la porte ouverte : tout peut arriver. Un film ça dépend de l’argent, de la disponibilité d’un acteur, de s’il fait beau ou s’il fait pas beau… Tout peut changer en fonction de ce qui vous est arrivé la veille, ou dans la nuit, si vous avez bien dormi. Vous ne filmez pas de la même manière ! Tout à coup vous avez compris que la scène, ça voulait dire ça, ou en entendant les acteurs vous vous rendez compte de quelque chose.
Mais vous savez, c’est un métier bizarre où l’on est censé parler de ce que l’on fait. Alors, des fois, on invente des formules, des choses qui auraient un sens. Alors que franchement, on est beaucoup plus perdu dans la forêt que ça. Par exemple, Le stade de Wimbledon, à part le fait qu'on était amoureux, avec Jeanne [Balibar], je ne vois pas d’autre raison pour avoir fait le film… Or, ça ne regarde personne et ça ne fait pas avancer le schmilblick. On a bien rigolé d’être avec Jeanne en Italie. De là à la filmer sur toutes les coutures… Je ne suis pas du tout désabusé, c’est quelque chose de très précieux pour moi… mais c’est le passé.

EN : Où en êtes-vous dans l’élaboration de ce film ?

MA : On a une énième version du scénario mais un scénario c’est un objet qui n’est fait que pour se transformer. C’est Fellini qui disait que c’est une espèce d’enquête sur le film à venir. On essaie d’être au plus proche de son désir et on le sait bien, dans la vie, c’est ça la chose la plus difficile. On fait parfois des choses pour de mauvaises raisons et l’on n’est pas synchrone. Malheureusement, comme cela fait longtemps que l’on travaille sur ce film à cause de ma vie d’acteurs, on s’en lasse, alors il faut tout recommencer. Retrouver le pourquoi, retrouver le comment. Mais là, quand même, c’est un peu la fin, car c’est un scénario qui nous a déjà permis d’avoir de l’argent. Notamment de la région Poitou-Charente où on va tourner une partie du film.

En : Envisagez-vous de jouer dans le film ?

MA : Non, c’est tellement plus drôle de passer par quelqu’un d’autre. Jouer dans ses films, franchement… Je l’ai fait une fois dans un de mes courts métrages : après, au montage, quel ennui ! Ca commence justement à s’inventer quand vous passez par un acteur. On l’a écrit en pensant à des gens assez précis. Un producteur qui s’appelle Paolo Branco. Jean-François Bizot, le créateur d’Actuel et de radio Nova avec qui Philippe Di Folco [le coscénariste] a beaucoup travaillé… On était dans ce genre d’influences.

EN : Comment êtes-vous arrivé au cinéma ?

MA : Acteur, ça m’est tombé dessus quand j’avais trente ans. Jamais je n’aurais imaginé que je jouerais dans des films. Je gagne ma vie dans le cinéma depuis mes 17 ans, j’ai commencé comme stagiaire et j’ai fait un peu près tous les métiers, la bouffe, le montage, tout… Je réalisais aussi mes courts métrages et puis c’est Desplechin qui a eu l’idée de me faire jouer.

EN : Pourquoi continuez-vous à jouer ? On vous a quand même vu dans six films cette année…

MA : Bon, en même temps, Un secret, je suis sur l’affiche mais c’est cinq jours de ma vie… Enfin ça me permet de payer Philippe. Mais c’est vrai, j’ai du mal à résister au désir des autres. En ce moment, je me sens plutôt comédien parce que ça fait longtemps que je n’ai pas tourné. Mais ma vie c’est de faire des films. Je ne me réveille pas le matin en me disant "est-ce que le téléphone va sonner ?" parce que là il faut que je joue. Au contraire. D’ailleurs je n’ai pas joué depuis le 5 août parce que j’ai enfin réussi à refuser, et je me sens plus à ma place. Je fais l’acteur parce que ça me fait très très peur, en fait. Parce que je ne sais pas le faire. Quand on ne sait pas le faire, on est bien obligé de travailler plus que les autres et d’inventer.
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