Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Vingt ans après leur premier long métrage (Guarapo, sélectionné aux Goyas), les frères Rios mettent un terme à leur trilogie involontaire sur l'émigration des îles Canaries avec El vuelo del guirre, dans lequel Benigno rentre à Tenerife, sa terre natale, près de quarante ans après son départ. En son absence, le pays comme les êtres ont profondément changé… Présent au Festival de Toulouse, où le film était sélectionné dans la section "panorama", Santiago Rios, accompagné du formidable acteur Carlos Alvarez-Novoa, a accepté de nous dire quelques mots sur cette trilogie inédite en France.
Ecran Noir : Parlez-nous de El vuelo del guirre.





Santiago Rios : C'est le troisième film d'une trilogie sur les mouvements migratoires (Guarapo sur l'émigration clandestine au venezuela et Mambi sur le recrutement de soldats pour la guerre de Cuba au XIXe) qui n'a pas été voulue dès le départ. C'est peut-être celui qui parle le moins de la migration… Il aborde plutôt les relations que les Canaries entretiennent avec l'Amérique. Dès le premier voyage de Christophe Colomb, les habitants des Canaries sont partis vers les Amériques. On a tous des ancêtres qui ont émigré en Argentine ou vers Cuba. Mon frère (Teodoro, le coréalisateur) et moi, nous sommes nés à Santa Cruz de Tenerife aux Canaries mais nous avons passé notre enfance à Cuba. Notre famille a avec les Canaries une relation d'aller et retour qui ne s'est jamais arrêtée.

EN : Plus que d'émigration, il s'agit de l'exil et des difficultés du retour...

SR : Notre personnage est parti au Venezuela et revient après quarante ans d'absence. Forcément, il retrouve des Canaries très différentes de ce qu'il a connu. Le "guirre" [une sorte de vautour que le personnage principal admirait dans son enfance] est une métaphore de ces Canaries qui ont été et ne sont plus. Il a disparu à cause du progrès et des pesticides. C'est également l'image de l'oiseau qui revient dans son nid et ne retrouve plus ce qu'il avait laissé. Au fond, à travers des histoires différentes, nous parlons dans les trois films de notre identité culturelle.

EN : Malgré son sujet, le film reste d'une étonnante légèreté et simplicité. Comment avez-vous trouvé ce ton ? Etait-ce présent dès l'écriture ?

SR : Oui, nous avons écrit le film comme cela, et cela a également été conditionné par le budget limité. Par exemple, nous avons tourné la scène qui se passe au Venezuela dans un jardin botanique. Bien sûr, si on avait eu plus d'argent, on serait allé tourner là-bas. Mais dès le départ, nous voulions faire un film simple, qui aille directement au cœur des spectateurs. Nous avons aussi pensé que ce type d'esthétique allait mieux avec le sujet. D'ailleurs, le vrai pilier du film, c'est Carlos [Alvarez-Novoa], notre comédien. Sans lui, on n'aurait pas fait le film.

Carlos Alvarez-Novoa : Il dit ça parce que je suis là…

SR : Pas du tout… Il a beaucoup participé à l'écriture du scénario, avec un regard très analytique. Il a tout épluché pour choisir ce qui convenait le mieux.

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