Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Gabriele Mainetti
William Oldroyd
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Jihane Chouaib







 (c) Ecran Noir 96 - 17



Grand, séduisant, sourire charmant. Bettany, jeune britannique de 32 ans, obtient tous les qualificatifs nécessaires dès qu'il s'agit de plaire. Dans une suite d'un palace Parisien, ruche d'attachés de presse, techniciens, journalistes, et avec une PLV du film derrière lui, il enchaîne les entretiens avec humour et désinvolture. Cigarette au bec, l'un des comédiens les plus marquants de l'année (souvenez-vous Dogville) ne parlera pas ici de son épouse, Jennifer Connelly. Vous avez déjà vu Ecran Noir faire du people?
Paul Bettany : Allez, on y va pour l'interrogation orale...





Ecran Noir: Rassurez-vous, ce n'est pas un examen... Avec Master & Commander et même Dogville, vous semblez désormais en première ligne. Est-ce que cela change quelque chose pour vos rôles ou vos propres souhaits?
PB: C'est très récent. Il y a encore peu de temps je n'avais pas le choix. J'acceptai les films qu'on m'offrait. Et pour moi toute offre était une perte. Alors, évidemment, c'est bien d'avoir le choix. Mais c'est aussi une difficulté : vous avez à juger, à choisir ou refuser entre un film hollywoodien et un autre Lars Von Trier. Tout le monde veut votre acceptation et quand on refuse, on déçoit forcément.

EN: Pourtant on a presque eu l'impression que vous choisissiez vos rôles. Si l'on considère Chevalier!, A Beautiful Mind, Dogville ou Master & Commander, vous jouez à chaque fois un esprit éclairé, intellectuel, ... Pas vraiment le séducteur ou la brute de service. Ce sont plutôt des personnages cérébraux. PB: Pour moi, ça reste des rôles très différents...

EN: ... Ils le sont. mais à chaque fois, on vous sent comme le gardien du Savoir, le progressiste de service.
PB: Oui mais dans Dogville, il croit qu'il est un philosophe, qu'il est même un Sage. Mais au final, il ne réfléchit pas vraiment, il est même un peu idiot.

EN: Un idiot brillant, alors.
PB: C'est Lars Von Trier! Mais bon j'ai tourné des films où j'étais un peu plus charismatiques, présent physiquement. Gangster Number One par exemple. Et là, je me sors un peu de ces intellos, avec un film que je viens de tourner, Wimbledon.

EN: Un joueur de tennis intelligent....
PB: Pas vraiment intelligent, non!

EN: Revenons-en aux comparaisons. Master & Commander se situe quasiment entièrement sur un bateau. Dogville était enfermé dans un village. Avez-vous vécu ces tournages comme des expériences similaires, presque théâtrales?
PB: En effet, les deux traitent de communautés. D'ailleurs les films de Peter (Weir) sont souvent sur des communautés ; regardez Witness, Le Cercle des Poètes disparus... Comme les deux films parlent de ça, pour moi ce ne fut pas très difficile de passer directement de Dogville à cette énorme production hollywoodienne. C'est certain qu'ils sont similaires à mes yeux. Même s'il y en a un qui a beaucoup plus d'argent à dépenser. J'aimais d'ailleurs l'idée d'être sur un film à petit budget. L'expérience était passionnante. Je voulais quelque chose de plus modeste avec le film de Von Trier. Je n'ai éprouvé aucune difficulté, pourtant, dans cette transition, car comme vous l'avez-dit, ce sont des films similaires.

EN: Vous n'avez pas abordé les deux films de la même façon, je suppose...
PB: Peter, étrangement, travaille de la même manière. Il ne fait pas répéter les comédiens. Lars non plus. Ils se concentrent sur la performance devant la caméra...

EN: Qu'est-ce qui vous a attiré dans le personnage du Dr Maturin dans Master & Commander?
PB: Je l'apprécie parce qu'il est à des miles de moi. Il est stoïque, il sait plein de choses. Tout ce que je ne suis pas! C'est très confortable à jouer finalement.

EN: Facile à incarner même en face de Russell Crowe?
PB: En fait je ne prend pas en compte ma manière de jouer par rapport à la sienne. Son personnage reste le sien. Je ne suis concerné et je ne m'inquiète que pour mon personnage et leur relation. Alors, oui il y a des difficultés à jouer deux personnages aussi différents de nous, et aussi différents entre eux. Mais nous avions quelques éléments pratiques, comme des exercices, pour nous aider ; quand nous jouions des instruments de musique par exemple, ça nous rapprochait. Et pour l'esprit solitaire, il suffisait que je me rappelle de mon foyer, très loin du tournage, comme l'était celui du Dr Maturin. C'est très compliqué de discuter de ce qui nous passe dans la tête, de cet aspect cérébral du travail. C'est à peu près du niveau de ce à quoi vous réfléchissez lorsque vous êtes aux toilettes.

EN: Et y a-t-il des différences lorsque vous jouez avec des comédiens Australiens, Britanniques et des Américains? On dit souvent que les Britanniques ont leur propre technique... Et de fait, les Australiens volent souvent la vedette aux Américains.
PB: Il n'y en a pas tant que ça. En fait, je remarque, depuis peu, que la performance commence souvent une fois que le film est terminé, lorsque celui-ci arrive en salles. Pour moi jouer c'est comme le sexe. C'est drôle à faire, mais ça devient embarrassant dès qu'il faut en discuter. J'ai passé 5 ans à jouer, entre "action" et "coupez". Vous devez être lucide sur ce point si vous voulez que ça ait du sens. Si vous passez 5 ans dans un lit comme ça, et que ça marche, la chose la moins intéressante à faire est d'en parler.

EN: Très bien parlons de vos futurs coups, après Wimbledon?
PB: Il y a Dogville avant non?

EN: Nous l'avons vu à Cannes et il est déjà sorti en France. C'est un très vieux film pour nous, vous savez...
PB: OK! Je n'ai pas de projets en fait.

EN: Pas de théâtre non plus?
PB: Ca fait longtemps que je n'en ai pas fait. Mais non en fait cela fait un moment que je n'ai pas travaillé, en dehors des tournages de Wimbledon et The Reckoning, déjà en boîte.

Propos recueillis par PETSSSsss & Vincy - Novembre 2003


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