Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20



Il est la sensation de ce festival de Cannes. Sa Vie rêvée des anges, premier film, est en compétition officielle. Il raconte le quotidien sordide d'une sans toit, ni lois dans un nord grisâtre. Pialat, Bresson, Truffaut sont appelés à la rescousse. Zonka est un passionné.
EN : C’est votre première fois à Cannes et votre premier long métrage. Quelles sont déjà à brut les premières réactions?





Eric Zonca : “ bien Cannes moi je connaissais, j’avais déjà des courts métrages qui étaient venus à “éma en France”. Mais là, avec un long métrage, déjà il y a énormément de boulot, d’interviews, de cocktails... Moi, je croyais que je venais là en vacances et mon distributeur et mon producteur rigolaient quand je leur disais ça... Effectivement, non. D'autre part, j’étais très ému de l’accueil du film lors de la compétition, enfin lors de la soirée officielle.”

EN: Comment étiez-vous dans la salle ? Aviez-vousl’impression d’avoir les yeux derrière vous ?

EZ : “, j’ai été... quand on était en bas des marches (du palais des festivals) tous, on était joyeux parce que c’était le premier film du producteur, le premier film de Natacha Reignier en tant que premier rôle, mon premier film, le scénariste c’est son premier film aussi, donc on était très heureux. Mais, quand on était dans la projection, dans le film, moi j’ai pas pu voir mon film c’était terrible. Je voyais un film laborieux, c’était impossible pour moi de voir le film. Et j’avais l’impression d’une salle morte autour de moi qui réagissait pas au film. C’est pour ça que j’étais très surpris quand le film s’est arrêté. Ca a commencé à applaudir, et j’étais très surpris de l’accueil, on a eu un bel accueil. J’avais envie de le partager avec toute mon équipe, et donc, je les ai fait se lever. Je ne pouvais pas imaginer un accueil plus chaleureux pour moi.”

EN : Qu’est ce qui est le plus important pour vous aujourd’hui, qu’est-ce qui vous ferait le plus plaisir ? Il y a plein de jeunes cinéastes et de premiers films à Cannes, exceptionnellement beaucoup... Vous parliez de la Caméra d’or tout à l’heure, est-ce que vous vous sentez dans une mouvance de jeunes cinéastes, de nouvelle génération?

EZ : “, bah j’espère (rires). J’espère que je n’appartiens pas à la... Oui, c’est un premier film. J’ai envie de parler de certaines choses. Ces choses évidemment je les voit dans les films de Manuel Poirier, de Robert Guédiguian, de ClaireSimon. Enfin il y a tout un cinéma, comme ça, un jeune cinéma français, je m’y sens bien dans ce cinéma qui parle, qui est proche du personnage, qui sont des petits personnages, dans des régions qui sont pas forcément Paris, qui sont des régions et des coins de France comme ça. On a de la chance en France parce qu’il est vivant encore ce cinéma-là.”

EN: Vous faîtes référence à des cinéastes qui sont des, on pourrait dire, du “éma d’acteur”. Vous, vous avez une expérience de comédien de formation. Est-ce que vous auriez aimé jouer, être comédien ?

EZ : “, je suis pas du tout comédien. Quand j’étais jeune, je voulais faire du cinéma. Très tôt, j’ai voulu être réalisateur. Mais, j’écrivais des histoires, je n’arrivais pas à les écrire. J’ai été vers les comédiens, vers les cours de théâtre pour apprendre comment on travaillait avec les comédiens. Et puis, comme je n’arrivais pas à écrire mes propres histoires, un jour je me suis dit : “, faut que j’arrête, je vais droit dans le mur là, pourquoi je serais pas comédien.” Et pendant un ou deux ans, c’était la seule chose qui m’était possible, mais je n’ai jamais eu d’expérience de travail de comédien, j’étais toujours dans les cours. Et je suis parti au Etats-Unis. J’étais assez mégalo à l’époque en me disant : “ pas comédien américain?”. Je suis parti au Etats-Unis pour suivre des cours de théâtre là-bas. Mais, c’est là-bas, où j’ai découverts le cinéma européen vraiment. Dans des cinémas d’art et essai new-yorkais.Et c’est là-bas où je suis revenu à écrire des histoires et à les mettre en image et à abandonner l’idée d’être comédien. Mais, maintenant, j’ai joué pour une amie, j’ai joué un petit personnage dans son court métrage et j’ai été coupé au montage parce que j’étais très mauvais, ça n’allait pas du tout. Non, je ne sais pas faire comédien. J’aime bien travailler avec les comédiens.”

EN : Comment travaillez-vous avec vos comédiens ?

EZ : “ travaille... En fait, je répète avec eux. Déjà, je leur parle du personnage, du film. Je répète avec eux. Ils ont l’impression qu’on répète pas mal, mais moi j’ai pas l’impression qu’on répète tant que ça. Et puis après, j’arrête parce que, c’est au moment du tournage après. Au moment du tournage, je leur demande un peu toujours plus, je veux toujours une autre prise, je les embête beaucoup quand même.”

EN : Qu’est-ce que vous vous voudriez, si vous voulez résumer l’histoire, simplement donner les prémisses de l’histoire, qu’est-ce qu’on pourrait dire de l’histoire de la vie rêvée des anges ?

EZ : “Résumer l’histoire... Pour moi, c’est un personnage comme Isa, qui est quand même un personnage un peu rêvé. Un personnage qui est malgré une vie de galère de petits boulots, une réalité sociale assez difficile. C’est une jeune fille qui rêve un peu à un rapport idyllique aux autres et au monde. Quand elle rencontre quelqu’un, elle lui donne toute son amitié et elle ne lâchera jamais cette personne. Et moi, j’ai rencontré des gens qui étaient comme ça. Ils me fascinent parce que je ne suis pas du tout comme ça. J’avais besoin, je pense que la vie ce n’est pas telle qu’Isa la rêve au début du film, mais la vie ça peut être quelque chose de plus tragique, et j’avais besoin de foudroyer la trajectoire de vie d’Isa par une flèche plus sombre, c’est Marie. Et Marie, elle peut rompre avec les autres. Elle peut rompre avec elle même aussi définitivement parce qu’à la fin elle meurt.”

EN : Pourquoi ce titre ?

EZ : “ vie rêvée des anges, c’est à la fois l’innocence, à la fois le rêve, une certaine illusion ou désillusion du monde.”

EN : Je crois qu’à travers ce film on doit rendre hommage à votre producteur, François Marquis, qui vous à suivi depuis le début. Est-ce que vous pouvez nous parler de votre rencontre et de votre collaboration ?

EZ : “ a commencé avec un premier court métrage où on s’est engueulé au bout de deux jours de tournage. On était vraiment fâché l’un contre l’autre. Et maintenant, on est devenu très amis.C’est quelqu’un qui sait lire mes scénarios, qui sait en parler avec moi, qui n’a jamais pensé à l’aspect production, quand on parlait du scénario. C’est quelqu’un, d’un point de vue artistique, qui me correspond tout à fait. On est en phase, on a envie de faire le même cinéma.”

EN : Vous comptez continuer avec lui ?

EZ : “à, on est en train de, oui, il produit le scénario de la jeune femme qui travaille toujours avec moi. Ca va être son premier long métrage que j’ai co-écrit avec elle, mais là c’est elle qui le réalise. Et puis il produit aussi mon prochain long métrage.”

EN : Qui est déjà en préparation ?

EZ : “, là en fait, je vais tourner. Il n'est pas en préparation parce que je tourne pour Arte, un téléfilm au mois de juillet.”

EN : Est-ce que vous voulez bien nous raconter l'anecdote de la photo d’Elodie Bouchez et de votre rencontre d’écriture avec elle ?

EZ : “ oui, en fait, l’origine de ce film, c’est ma rencontre avec une jeune fille. J’étais en train de faire un casting pour un court métrage, et puis je voyais beaucoup de comédiennes. Et arrive une jeune fille qui est comme Isa très spontanée, très naïve, pas de barrière entre elle et les autres. Elle me dit : “, je suis comédienne”. Et puis quand j’ouvre son book, je vois tout à fait qu’elle n'est pas comédienne, parce que c’était d’une façon très naïve, c’était sa vie et ses pensées, ses émotions... Enfin tout ce qu’elle avait fait. Ce n’était pas du tout dans le book d’une comédienne. Et j’ai parlé avec elle, et elle avait une telle foi dans la vie, alors qu’elle vivait de petits boulots à gauche à droite. Je ne sais pas où elle allait, quel était le futur de cette fille, moi je ne le savais pas. Et elle, en parlant avec elle, elle ne savait pas qu’elle était son futur, mais elle était bien dans sa vie, elle avançait. Et j’ai commencé à écrire sur elle, sur ce personnage, en disant que j’étais attiré par un personnage comme ça. Au bout de 40 pages, Elodie je l’ai rencontrée.

Elle m’a remit un prix pour un court métrage que j’avais fait. Dès que j’ai commencé à écrire cette histoire, c’était évident pour moi que c’était Elodie. Parce que je l’avais vue dans les Roseaux sauvages. Elle était, c’est une lumière comme ça, elle était très lumineuse, gracieuse, on est très proche d’elle tout de suite.Elodie, je lui ai dit : “à, j’ai écris une histoire pour toi, mais elle sera prête dans trois ans. Et c’était la première fois qu’on écrivait une histoire. Toujours on lui proposait des scénarios qui étaient déjà écrits. On s’était dit, qui est ce qu’on veut comme comédienne pour ce scénario là. Mais, on lui avait jamais proposée, elle n’avait jamais été elle même un personnage dans la tête d’un scénariste qui écrit une histoire, un scénario. Puis, après au bout de trois ans, je lui ai soumit, on s’était pas revu. Et elle m’a vu réapparaître avec mon scénario, et je n’avais pas changé d’idée. C’était toujours elle.”

EN : Dans votre court métrage Seule - vous avez fait trois court métrages le dernier, c’était Seule - on trouvait également deux personnages féminins qui étaient antagonistes au niveau des caractères, et là, dans La Vie rêvée des anges, on retrouve la même chose. Quel est le rapport entre c’est deux films ?

EZ :”Oui, dans Seule c’est effectivement deux personnages féminins, mais il n'y a pas d’amitié. Il y en a une dans un désarroi social et personnel intime va se coller à un autre personnage qui vit elle la galère de façon plus professionnelle, elle a ses repères. Moi j’ai eu du mal à rapprocher Seule du long métrage en fait.”

EN : Oui, Seule est beaucoup plus tragique, en fait que...

EZ : “, en plus, c’est filmé de l’exterieur Seule, jamais on n'est dans la tête du personnage. On reste toujours à l’exterieur alors qu’au contraire dans le long-métrage, j’ai voulu faire le contraire, j’ai voulu qu’on soit le plus près possible dans les émotions des personnages.”

EN : Plus de générosité également ?

EZ : “, c’est un constat assez dur.”

EN : Est ce que vous avez eu du mal à monter ce film ?

EZ : “, pas vraiment, parce qu’on avait fait trois courts métrages avec le producteur et c’était trois courts métrages qui avaient été reconnus, et on a eu rapidement l’avance sur recettes, rapidement un co-producteur... C’est un petit budget, c’est 9 à 10 millions. Mais, ça été moins difficile que ce qu’on imaginait.”

EN : Là vous êtes sous les projecteurs, premier film français en compétition à Cannes, est ce qu’on est venu vous solliciter pour des projets ?

EZ : "Là, je vais voir un producteur tout à l’heure. Donc oui , non mais ça certainement.”

EN : Question : Est ce que vous aimeriez tourner une histoire d’amour ?

EZ : “’histoire que quelqu’un a écrit, pourquoi pas, si c’est une histoire... De tout façon il y a des adaptations qui m’intéressent, mais que je trahirais énormément, c’est-à-dire, les livres qui m'attire, si j’arrive à les adapter, je trahirais énormément. J’ai besoin de rentrer dans l’écriture d’un film. Donc, travailler avec quelqu’un qui a déjà une histoire, mais la réécrire un peu avec lui, oui ça serait tout à fait possible."

EN : Dernière question, La vie rêvée des anges, comme tout film, c’est une oeuvre collective. Là, il y a beaucoup de découverte. Est-ce que vous voulez nous dire un mot sur chacune des comédiennes, des deux comédiens, les deux videurs, juste trois mots sur chacun, sur votre relation ?

EZ : “ ,Elodie, j’en ai déjà parlé. Natacha, moi j’avais imaginé une Marie brune avec des yeux foncés. Et puis, j’avais vu Natacha dans un film, elle avait un petit rôle où elle était timide réservée ; c’était son rôle. Et je ne voulais pas l’avoir en casting. En fait, c’est la personne qui s’est occupée du casting qui a forcé pour que je l’a rencontre. Et quand je l’ai vue, en plus elle est belge d’origine, donc ça m’a intéressé. Et quand je l’ai vue, on a poursuivit les castings ensemble, et j’ai vu qu’elle avait vraiment envie de jouer ce personnage. Je lui ai donnée à lire ce scénario, et elle voulait vraiment jouer ce personnage. On s’est battu tous les deux sur le tournage, ça n'a pas été facile, parce que Natacha est quelqu’un de très fier, et dès qu’on l’égratigne elle réagit. Moi, j’avais besoin de quelqu’un comme ça. Mais, moi j’aime beaucoup Natacha dans le film.

Et les deux videurs, j’avais besoin d’écrire des personnages où au début on se dit “ù là?” c’est quoi ça? c’est un peu de gros cons au début. Ils sont assez grossiers, et puis ça m’a amusé d’écrire deux personnages où, au début, le spectateur ne va pas les aimer. Puis petit à petit, comme ça se passe dans la vie, ils deviennent tendres presque. Il y a beaucoup de scènes qui ont été coupées avec le deuxième videur, entre Elodie et lui qui étaient très biens, mais on n'a pas pu les mettre dans le film. Ca m’a intéressé aussi de parler d’un groupe, de la séduction possible. Dans la salle, ça rit quand Natacha est au lit avec le videur. Mais, dans la vie, la petite amie de Patrick Mercado, qui joue le rôle du gros, elle est vachement belle. C’est un type qui séduit énormément Patrick.”

Merci beaucoup.


   chris, vincy