Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20



Susanna Styron est une réalisatrice heureuse. Shadrach est l’adaptation d’une nouvelle de son père, l’écrivain William Styron, auteur du célèbre Choix de Sophie et elle rêvait depuis des années de la porter à l’écran. Elle s’offre en outre pour sa première réalisation deux vedettes du cinéma américain en la personne de Harvey Keitel et Andie Mac Dowell.
Ecran Noir : Pourquoi s’est-il écoulé autant de temps entre le moment où vous avez lu la nouvelle de votre père en 1978 et le moment où vous l’avez finalement tourné ?





Susan Styron : Lorsque j’ai lu la nouvelle, j’ai immédiatement voulu l’adapter pour le cinéma. Mais je n’étais pas prête. A l’époque, je faisais des films documentaires. Puis en 1992, alors que je n’avais pas travaillé depuis plusieurs années, j’ai voulu reprendre ce projet. J’en ai Parlé à Bridget Terry - la productrice du film - et nous avons décidé d’écrire le scénario ensemble. Fin 1992, le scénario était prêt. Il a alors fallu trouver un financement. Et cela n’a pas été facile, c’est le moins qu’on puisse dire. Quand un scénario ne comporte ni violence, ni sexe, il n’interesse pas grand monde. Finalement, c’est la présence de Harvey Keitel qui a permis de débloquer la situation. Et lorsque Andie Mac Dowell est arrivée, cela a encore facilité les choses.

EN : Dans Shadrach, on voit une famille qui est touchée de plein fouet par la crise des années 30. Malgrè tout, elle parvient à se détourner de ses problèmes pour accompagner dans ses derniers jours un vieil homme, ancien esclave, qui revient sur la terrre où il est né. Est- ce important pour vous de parler de solidarité aujourd’hui ?

SS : Oui. Il existe toujours une personne qui a moins que vous, qui a davantage de problèmes que vous. C’est très important d’avoir toujours cela en tête et de faire quelque chose lorsqu’on le peut. Mais en même temps, ce n’est pas toujours facile. C’est une lutte permanente que celle qui consiste à aller vers l’autre lorsque l’on a soi-même ses propres problèmes. Au départ, Vernon pense à sa famille. Il essaye de trouver des combines pour qu’ils s’en sortent. Il pense être victime d’une injustice et il oublie l’injustice beaucoup plus grande qui frappe les noirs. Et puis peu à peu, il s’interesse à l’histoire de Shadrach et éprouve de la compassion pour ce vieil homme noir qu’il ne connaissait pas.

EN : Le contexte du film est dur : il y est question de l’esclavage, de la crise des années 30 aux Etats-Unis, de la misère......Pourtant, c’est une impression de sérénité qui caractérise l’atmosphère du film. Etait-ce délibéré de jouer sur ce contraste ?

SS : J’ai voulu que dans le film, on retrouve complètement l’atmosphère de la nouvelle de mon père. J’ai voulu que l’on sente tout ce qui caractérise le sud des Etats-Unis. Je pense que la famille Dabney est très réaliste. Elle est pauvre mais en même temps elle habite une région très hospitalière et très belle. Comme c’est une histoire sur le passage du temps, j’ai opté pour un style sobre. Il fallait que ce style convienne non seulement à l’histoire mais à l’époque où celle ci se déroule.

EN : Comment Harvey Keitel et Andie Mac Dowell sont-ils arrivés sur le film ?

SS : J’ai envoyé le scénario à Harvey Keitel qui m’a appelé immédiatement après l’avoir lu. Il l’avait beaucoup aimé et voulait faire le film. Cela a ensuite été plus difficile de caller cinq semaines entières de tournage avec lui qui a un emploi du temps si rempli. Quand enfin on a eu les dates, nous n’avions pas encore la comédienne pour le rôle de Trixie. Andie était libre à ce moment là. Elle a lu le scénario et s’est tout de suite décidé. Elle a adoré faire ce rôle. Andie est elle-même originaire du sud dont elle a d’ailleurs gardé l’accent. En outre, dans la vie Andie est beaucoup plus comme Trixie que comme les personnages qu’elle joue habituellement. Elle a beaucoup d’humour et elle est très sensuelle et décontractée.

EN : Et le personnage de Shadrach ?

SS : C’est un ancien facteur qui n’avait jusque là jamais tourné. Il s’est déplacé à une des nombreuses auditions que nous avions organisées. Il dégageait quelque chose de très naturel, de très profond. En outre, sa grand-mère était une ancienne esclave et il n’a eu aucun mal à comprendre ce qu’éprouvait Shadrach. Sur le tournage, nous avons tous été impressionnés par ce vieux monsieur tout à la fois intelligent, philosophe, fier et digne.

EN : Et maintenant, quels sont vos projets ?

SS : J’ai deux projets en route. Le premier est un film dont j’ai une nouvelle fois écrit le scénario avec Bridget Terry. Nous cherchons actuellement les financements. Le second concerne l’adaptation d’un livre dont nous avons acheté les droits. L’histoire se passe une nouvelle fois dans le sud !

Anne-Sophie / Ecran Noir / Juillet 1999.


   Anne-Sophie