Berlin 2019: le film de Zhang Yimou retiré de la compétition

Posté par vincy, le 11 février 2019

La compétition de la 69e Berlinale est amputée d’un film. Ils ne sont plus 16 en course pour l’Ours d’or, soit l’une des sélections les plus faméliques de l’histoire du festival de Berlin.

Le film chinois Yu miao zhong (One second) de Zhang Yimou a en effet été retiré du programme. Le festival explique ce retrait par des problèmes techniques survenus en post-production. Le film, avec Wei Fan et Zhang Yi se déroule durant la Révolution culturelle au milieu de paysages désertiques. Un prisonnier, dont la passion du cinéma l'a conduit à s'évader des camps de travail et une orpheline vagabonde se rencontrent. Elle vole la précieuse pellicule qu'il convoite et que les villageois attendent pour la projection.

La Berlinale remplacera les séances prévues pour One second par Ying xiong (Hero), du même Zhang Yimou, prix Alfred Bauer à Berlin en 2003.

Zhang Yimou venait pour la 5e fois en compétition. Il a déjà remporté l'Ours d'or en 1988 pour Le sorgho rouge ainsi que le prix du jury œcuménique et le Grand prix du jury en 2000 pour Heimweg.

Berlinale 2019 : trio amoureux à Fukuoka avec Zhang Lu

Posté par MpM, le 11 février 2019

Petit plaisir particulier de cette 69e édition berlinoise, avoir des nouvelles de Zhang Lu, réalisateur chinois que nous avions eu la chance de rencontrer au FICA de Vesoul en 2006. Il y avait d’ailleurs remporté le Cyclo d’or avec son deuxième long métrage, Grain in ear. On le retrouvait un an plus tard en compétition à Berlin avec Désert dream, puis en 2011 avec Dooman river. Ses films suivants ont ensuite eu les honneurs de Locarno (Gyeongju en 2014) et de Busan (A quiet dream en ouverture en 2016).

Le voilà donc de retour Pozdamer platz cette année avec Fukuoka, sélectionné au Forum, qui s’avère plus intéressant que la plupart des longs métrages présentés en compétition jusque-là. Même si ça n’est pas tellement difficile, vu la platitude de certains titres en course pour l'Ours d'or, il faut avouer que Zhang Lu nous surprend avec une sorte de conte allégorique qui oscille entre comédie, romance et fantastique.

Une version allégorique du cinéma d'Hong Sang-soo

Au cœur de l’intrigue, Jea-Moon, un libraire dont la vie est au point mort, qui décide sur un coup de tête de partir au Japon avec sa très jeune voisine qu’il connaît à peine. Là-bas, l’insolite duo retrouve son ancien ami et rival de collège, Hae-hyo, qui tient un bar. Tous les trois boivent, marchent dans les rues de Fukuoka, se disputent et tentent, tant bien que mal, de remettre de l’ordre dans leurs vies et leurs pensées.

Le film nous fait penser par moments à une version allégorique du cinéma d'Hong Sang-soo, avec son trio contemporain qui fait écho à l’ancien trio amoureux, et ses scènes de beuverie pleines d’humour qui n’en dévoilent pas moins la complexité des sentiments. À tout cela, Zhang Lu ajoute la tentation du fantastique, jouant avec ambiguïté sur le caractère fantomatique de certains de ses personnages, et sur l’irréalité fantasque de certaines scènes.

Emancipation

La jeune femme, So-dam, sert ainsi de médiateur énigmatique entre les deux protagonistes masculins, son plus grand pouvoir étant de permettre, par sa seule présence, aux êtres humains de se comprendre entre eux. Non seulement en aplanissant la barrière de la langue, mais aussi en rendant possible la communication en général. Cela se manifeste de manière sérieuse et profonde, lorsqu'elle incite Jea-moon et Hae-hyo à renouer le contact, mais aussi de manière plus fantaisiste, avec l'exemple du sourd muet qui met brutalement fin à un voeu de silence qui durait depuis dix années.

Le film est parsemé de jolies idées de scénario (comme celle de cette tour que l'on voit de partout, et qui disparaît pourtant, ou de cette bougie qui refuse de s'éteindre) et de plans simples (souvent fixes) mais élégants, et aux cadres recherchés. Ce n'est par exemple par un hasard si les deux personnages masculins apparaissent tous deux pour la première fois à l'écran comme engoncés dans l'image, prisonniers d'un cadre dans le cadre. Pas de hasard non plus dans l'élévation finale qui est la leur, réelle comme symbolique, et qui, en élargissant leur horizon, les libère d'une forme bien particulière de maléfice.

Zhang Lu réalise ainsi une oeuvre joyeuse, dont la légèreté apparente n'empêche nullement une profondeur plus symbolique, aux questions sans réponses. On ne sait si l'on a envie de (re)tomber amoureux après avoir vu le film, mais il est évident que l'on ne regrettera pas ce détour enchanté par Fukuoka.

Vesoul 2019 : le silence et l’exil face aux politiques absurdes

Posté par kristofy, le 11 février 2019

Comme à son habitude, le Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul propose en compétition des films de tous horizons (Chine, Corée du Sud, Inde, Japon, Iran, Philippines, Afghanistan...) La plupart de ces films, dont trois sont signés de réalisatrices, montrent des familles qui éprouvent diverses difficultés. Certaines sont en résonance avec leur pays avec en fond une critique d'un système. Deux films sont particulièrement interrogateurs, voir dénonciateurs : Widows of silence et A family tour.

Widows of silence, réalisé par Praveen Morchale : originaire de l'Inde, il s'agit de son 3ème long-métrage. Il raconte une histoire dans le  Cachemire. Une femme dont le mari est porté disparu depuis 7 ans est seule avec sa fille de 11 ans et sa belle-mère âgée muette de chagrin. Cette femme doit plusieurs fois se déplacer pour des formulaires demandant un acte de décès de son mari qu'elle n'arrive pas à obtenir, l'une des raison est d'ailleurs de lui soustraire des terres de son mari...

Praveen Morchale explique ce qui l'interpelle : « Le Cachemire est une zone très conflictuelle entre l'Inde et le Pakistan, depuis des dizaines d'années. Il y a des gens qui traversent des frontières pour disparaître et d’autres pour devenir soldat ailleurs par exemple. Il y a surtout le problème interne des gens qui sont à un moment arrêtés par des militaires et qu'on ne revoit jamais. Il y aurait 2500 femmes veuves officiellement mais plutôt environ 10000 disparus officieusement, la situation est douloureuse pour les proches surtout les épouses et les enfants. Il y a un peu plus d'un an j’ai découvert dans un article de journal le terme de ‘demi-veuve’ et je me suis intéressé à ce que ça voulait dire, en fait des femmes dont les maris ont disparus après des arrestations.

Je suis allé au Cachemire et j'y ai rencontré des gens incroyablement généreux et qui partagent beaucoup de choses, et aussi des femmes qui m'int raconté des choses horribles et absurdes qui arrivent là-bas. Les médias locaux ne parlent jamais des malheurs de ces femmes et de ces enfants, les journaux et les radios ne parlent que d'actions militaires victorieuses par exemple, mais rien de négatif sur le pays. Beaucoup de ces femmes sont illettrées ou bloquées au quotidien dans des démarches administratives, elles sont d'autant plus silencieuses ou ignorées que personne ne parlent d'elles, de ces veuves dont les maris sont morts on ne sait où ni comment. Environ 6 mois plus tard je faisais le film, le tournage a duré 17 jours dans un petit village où personne n'avait jamais vu de caméra. A l'écran c'est la réalité, les villageois jouent leur vie à l'image : le chauffeur est chauffeur, l'infirmière est infirmière. Que des non-professionnels donc sauf l'actrice principale qui a fait du théâtre et le chef du bureau d'état civil qui est en fait mon assistant qui fait l'acteur ici. Dans mon film 99% des choses sont vraies d'après ce que m'ont raconté plusieurs femmes rencontrées là-bas, sauf le final est fictif. »

A family tour, réalisé par Ying Liang : il est chinois mais il a dû s'éloigner de sa région natale pour aller vivre à Hong-Kong, sa précédente réalisation When night falls lui avait valu diverses difficultés avec le pouvoir et c'est d'ailleurs le sujet de son nouveau film. Une réalisatrice exilée à Hong-Kong parce qu'un de ses film a offensé les autorités chinoises participe à un festival dans la dissidente Taïwan. Elle en profite pour y faire venir sa mère malade qu'elle n'a pas vue depuis cinq ans. La mère participe à un voyage groupé touristique et à chaque étape la réalisatrice avec son mari et son fils va la rejoindre pour passer du temps ensemble...

Ying Liang évoque comment la Chine surveille des cinéastes : « Cette histoire est une fiction qui reflète mon histoire personnelle. Un de mes films a fait que je ne pouvais plus retourner en Chine, c'était une phase difficile et j'ai repensé totalement ma vie. La première version du scénario était à propos d'un homme réalisateur en exil et c'était trop proche de moi. Faire du personnage principale une femme réalisatrice permettait de suggérer différents choix de vie et en faire un personnage plus fort : ici ce n'est pas une femme qui suit son mari par exemple, c'est elle qui est moteur des décisions. Je suis originaire de Chine mais à Hong-Kong il y a plus de libertés, notamment pour faire des films et les montrer, mais en ce moment Hong-Kong change à une vitesse folle et en pire.

Les deux actrices sont originaires de Pékin, et je leur ai demandé clairement "voulez-vous prendre le risque d'apparaître dans mon film?" L'actrice qui joue la mère était déjà dans mon précédent film qui m'a vau des problèmes dans le rôle de la maman d'un garçon ayant tués des policiers chinois, en fait elle est aussi elle-même productrice de films indépendants comme Lou Ye, elle connait les risques de censure. Dans ma vraie vie; mes parents n'ont pas fait ce type de voyage dans un pays tiers pour me voir, c'est risqué car on ne sait pas ce qui peut se passer à leur retour. Le contact avec mes parents en Chine est comme dans ce film, c'est par internet et limité à des choses simples. Je ne peux pas leur parler de ce que je fais dans mon métier et cache certaines choses, et eux évitent de me poser certaines questions. »

BAFTA 2019: Roma et La Favorite plébiscités par les professionnels britanniques

Posté par vincy, le 10 février 2019

La cérémonie des BAFTA, les Oscars britanniques, célébrait avec sa 72e édition le dimanche 10 janvier, le meilleur du cinéma anglais.

Enfin presque puisque le prix du meilleur film britannique a désigné un film très britannique dans son ADN mais réalisé par un cinéaste grec. Les prix des meilleurs documentaire et film d'animation ont sacré des films américains. Et le prix du meilleur film et du meilleur réalisateur ont récompensé un film mexicain. Autant dire que les professionnels britanniques doivent l'avoir mauvaise en ne recevant qu'une dizaine de prix sur l'ensemble du palmarès (merci aux trois actrices primées d'avoir sauver l'honneur du cinéma anglais).

Cette allégeance au cinéma américain ne grandit pas cette cérémonie, qui fait figure d'apéritif aux Oscars. Cependant, on peut au moins reconnaître aux BAFTA d'avoir eu très bon goût cette année avec 7 prix pour La Favorite et 4 pour Roma.

Bafta d'honneur
Thelma Schoonmaker

Meilleur film
Alfonso Cuarón et Gabriela Rodríguez pour Roma
Meilleur film britannique
La favorite de Yorgos Lanthimos
Meilleur film non anglophone
Alfonso Cuarón et Gabriela Rodríguez pour Roma
Meilleur documentaire
Elizabeth Chai Vasarhelyi, Jimmy Chin, Shannon Dill et Evan Hayes pour Free Solo
Meilleur film d'animation
Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman et Phil Lord pour Spider-Man : New Generation

Meilleur réalisateur
Alfonso Cuarón pour Roma
Révélation scénariste, réalisateur et producteur
Michael Pearce (scénariste et réalisateur) et Lauren Dark (productrice) pour Beast
Meilleur scénario original
Deborah Davis et Tony McNamara pour La favorite
Meilleur scénario (adaptation)
Spike Lee, David Rabinowitz, Charlie Wachtel et Kevin Willmott pour BlackKklansman

Meilleure actrice
Olivia Colman pour La favorite
Meilleur acteur
Rami Malek pour Bohemian Rhapsody
Meilleur second-rôle féminin
Rachel Weisz pour La favorite
Meilleur second-rôle masculin
Mahershala Ali pour Green Book - Sur les routes du Sud
Meilleur espoir (choisi par le public)
Letitia Wright

Meilleure musique originale
Bradley Cooper, Lady Gaga et Lukas Nelson pour A Star is Born
Meilleure photo
Alfonso Cuarón pour Roma
Meilleur montage
Hank Corwin pour Vice
Meilleurs décors
Fiona Crombie et Alice Felton pour La favorite
Meilleurs costumes
Sandy Powell pour La favorite
Meilleurs maquillage et coiffure
Nadia Stacey pour La favorite
Meilleur son
John Casali, Tim Cavagin, Nina Hartstone, Paul Massey et John Warhurst pour Bohemian Rhapsody
Meilleurs effets spéciaux
Geoffrey Baumann, Jesse James Chisholm, Craig Hammack et Dan Sudick pour Black Panther

Court métrage d'animation britannique
Roughhouse de Jonathan Hodgson et Richard Van Den Boom
Court métrage britannique
73 Cows d'Alex Lockwood

Berlinale 2019 : Öndög de Wang Quan’an, love me tender en Mongolie

Posté par MpM, le 9 février 2019

Le cinéaste chinois Wang Quan’an est un habitué de Berlin, où il a remporté l’Ours d’or en 2007 avec Le mariage de Tuya, et présenté notamment Apart together en ouverture en 2010. Son nouveau film, Öndög, s’inspire des vastes espaces de la Mongolie extérieure où il a posé sa caméra pour raconter une histoire d’amour singulière, bercée par l’atmosphère propre au lieu.

La première séquence nous met sur une fausse piste. Une voiture parcourt la steppe de nuit. En vue subjective, on découvre le paysage à peine éclairé par les feux du véhicule. En voix off, deux hommes parlent de choses sans réelle importance, jusqu’à ce qu’ils découvrent sur le sol le corps nu d’une femme sans vie. Nous voilà donc plongés dans une atmosphère de polar, qui se dissipe pourtant quand il devient évident que la résolution du crime ne sera pas le sujet du film.

Un pas de deux dans les steppes

Dans des plans larges d’une grande beauté plastique, semblant souvent observer les personnages de loin, le cinéaste alterne l’humour et la poésie, faisant se succéder autour de cette femme morte des policiers maladroits, une jeune recrue zélée, une mère louve affamée, et une bergère à dos de chameau qui vit seule à 100km de son plus proche voisin. C’est elle qui se révèle peu à peu la véritable héroïne du film, femme à poigne qui manie habilement le fusil et le couteau, même si elle ne manque pas une occasion de faire appel à un berger qui ne pince pour elle lorsqu'elle a besoin d'aide avec son bétail.

Ce qui se joue entre ces deux-là est entre séduction et rejet, complicité et ironie. Dans cette steppe aux ciels flamboyants, ils se sentent comme deux dinosaures en voie d’extinction, tentés de conjurer leurs efforts pour ne pas disparaître.

Le rythme lent et contemplatif du film n’empêche pas le réalisateur de jouer sur les cadres et les mouvements à l’intérieur de l’image pour créer une forme de fantaisie burlesque qui tient à la fois de la magie et de l’ultra-quotidien. On retient notamment le soleil couchant sur la steppe qui baigne le paysage d'une lumière irréelle, et les chorégraphies joyeuses du jeune policier autour de la dépouille de la défunte, sur fond de Love me tender susurré par Elvis.

Célébrer la vie

Ce réalisme magique, à l’unisson de la mystérieuse steppe mongole, dépositaire de tant de secrets et de traditions, apporte un charme indéniable à Öndög, qui excelle à jouer sur son ambiance épurée pour laisser le spectateur aux prises avec ses uniques sensations, sans cesse surpris par le vent de liberté qui flotte sur cette steppe bienveillante où tout semble délicieusement permis, et par le tour inattendu que prend le récit.

Plus que la mort qui rôde dans la première séquence, c'est bien la vie, sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions, qui est ainsi célébrée au coin du feu, à la lumière des lampes frontales, en partageant une bouteille ou l'expérience d'aider un agneau à naître. Etincelle vitale contre pulsion destructrice, remède classique mais ô combien efficace pour conjurer le mauvais sort, et remettre l'extinction à plus tard.

Vesoul 2019 : Le président du jury Eric Khoo ramène ses Saveurs (asiatiques)

Posté par kristofy, le 9 février 2019

Cette année du 25ème anniversaire Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul, le président du jury international est le réalisateur de Singapour Eric Khoo. Il est entouré de trois autres cinéastes: le sud-coréen Bae Chang-ho (wem>Jeong), le palestinien Rashid Masharawi (L'Anniversaire de Leila) et le kazakh Darezhan Omirbaev (Kairat).

Le cinéma de Singapour n'a pas de meilleur ambassadeur à l'international que Eric Khoo. Dès son premier film en 1995, il a étét le premier réalisateur singapourien a être sélectionné dans différents festivals. Au Festival de Cannes il a ouvert en 2005 La Quinzaine des Réalisateurs avec Be with me, puis en compétition dans la sélection officielle en 2008 avec My Magic, et enfin, toujours en sélection officiel dans la section Un Certain Regard en 2011 avec Tatsumi, film d'animation.

Son dernier film La saveur des ramen est sorti en octobre dernier en France. A Vesoul, Eric Khoo a accompagné une nouvelle projection du film. En précisant cette info pour les gourmets : le DVD à venir devrait être accompagné d'un petit livre de recettes !

Pardon et réconciliation

«Quand on mange un plat particulier son goût ramène des souvenirs, j’ai voulu transmettre ça. La nourriture rassemble les gens en France comme dans plusieurs pays d’Asie, le repas du dimanche est souvent un plat particulier. Ici le personnage principal renoue avec ses origines, avec le souvenirs de ses parents disparus et sa grand-mère qu'il ne le connaissait pas. La nourriture c’est aussi parfois un moyen de guérison, et dans ce film il s'agit d'un moyen vers une réconciliation avec sa grand-mère. Elle est de Singapour et n'a pas pu supporté que sa fille épouse un japonais» explique-t-il.

Il précise que «La saveur des ramen est sorti dans une trentaine de pays et en dernier sorti au Japon. Le film est particulièrement sensible pour le public japonais car, si tout le monde sait qu'à un moment de l’Histoire le Japon a occupé la Chine, beaucoup de la génération actuelle ne savent pas vraiment que durant la seconde guerre mondiale le Japon avait occupé Singapour avec autant d'atrocités. Certains japonais se sont excusés pour leurs ainés. Dans le scénario le personnage allait dans le musée consacré à la guerre, l’acteur lui-même a été très touché et ému par ce qu’il y a découvert. La saveur des ramen est un message d'amour, de pardon, et de réconciliation entre les deux peuples du Singapour et du Japon»

Berlinale 2019 : Grâce à Dieu de François Ozon, reconstitution sensible rattrapée par l’actualité

Posté par MpM, le 8 février 2019

Première entrée française de cette 69e Berlinale, Grâce à Dieu, le nouveau film de François Ozon aborde la question de la pédophilie dans l'Eglise en relatant l'histoire des victimes du prêtre Bernard Preynat accusé d'attouchements sexuels sur de jeunes scouts dans la région de Lyon. Le film, qui s'est fait en secret, arrive au moment-même où le cardinal Barbarin et Régine Maire, psychologue au service du diocèse, attendent le verdict du procès dans lequel ils sont accusés d'avoir couvert les agissements du prêtre, et avant même que le principal accusé n'ait été jugé. Un recours a d'ailleurs été déposé pour reporter la sortie du film, prévue le 20 février, afin qu'il ne soit pas sur les écrans avant la fin de la procédure judiciaire.

Et le film, dans tout ça ? On comprend que les accusés (qui bénéficient jusqu'au verdict de la présomption d'innocence) ne soient pas particulièrement ravis d'y apparaître sous leur véritable nom, sans le voile pudique de la fiction pure (d'autant que les victimes, elles, n'apparaissent pas sous leur véritable identité). La narration est en effet un mélange de reconstitution quasi documentaire et d'enquête minutieuse racontant comment le premier plaignant a porté plainte contre le prêtre Preynat après avoir tenté une conciliation avortée avec l'Eglise, puis comment d'autres victimes se sont jointes à son combat en montant l'association "la parole libérée".

La première partie du film consiste ainsi notamment en un échange épistolaire (lu en voix-off) entre Alexandre Guérin (Melvil Poupaud) et Régine Maire d'une part, et le cardinal Barbarin d'autre part. Les enjeux y sont clairement posés, entre le besoin qu'éprouve la victime de voir le responsable sanctionné et la volonté de la hiérarchie religieuse d'amener l'affaire sur le terrain du pardon et de la repentance. Ces allers et retours entre les deux "camps", par le biais des lettres et des rencontres, se font sans temps mort, dans une forme de sécheresse narrative qui laisse très peu de place pour la fiction. Du personnage principal, on ne saura que ce qui a rapport à l'affaire, toute digression étant bannie, ou laissée hors champ.

François Ozon dresse ainsi en creux le portrait de l'accusé (pas vraiment à son avantage) mais aussi de Barbarin et de son équipe, présentés comme les gardiens d'une énorme machine rigide et froide qui ne pense qu'à sa propre sauvegarde. Le film décortique alors la stratégie d'évitement du cardinal, ainsi que l'incompréhension agacée, dénuée du moindre tact, de ceux qui l'entourent : "Pourquoi toujours remuer ces vieilles histoires ?" s'exclame l'un des responsables du diocèse.

On suit ensuite successivement deux autres personnages (interprétés par Denis Ménochet et Swann Arlaud) ayant été abusés par le prêtre, qui poursuivent le travail commencé par Alexandre Gérin. Le premier se met en quête d'autres victimes, en créant l'association "la parole libérée", et le second s'engage dans le mouvement, y trouvant un moyen de reconstruire sa vie. Le film bascule plus clairement dans le format de l'enquête, sans céder pour autant aux sirènes du sensationnalisme. L'aspect très clinique de la première partie laisse place à une fiction plus classique, avec quelques scènes qui permettent d'en savoir plus sur les personnages, et notamment d'appréhender les traces laissées, dans leur vie d'adulte, par les abus subis dans leur enfance.

François Ozon propose ainsi un récit sensible et pudique (malgré des flashbacks répétitifs qui n'apportent pas grand chose au récit) sur une tragédie humaine qui est celle des victimes de Lyon, mais qui pourrait être plus largement celle de toutes les victimes d'abus sexuels. Toutefois, difficile de nier que le film se fait plus précisément à charge contre l'Eglise en tant qu'institution toute-puissante qui n'a pas été capable de prendre la mesure de ce qui se passait dans ses rangs, et contre tous ceux qui ont été, volontairement ou non, les complices des agissements du prélat.

Quitte, parfois, à flirter avec un certain didactisme dans son propos. D'autant que les témoignages proposés par le film, ainsi que le récit qui est fait des agissements du cardinal Barbarin ou de ses proches, n'amènent pas vraiment le spectateur à douter de leur culpabilité, ce qui pose un vrai problème éthique. Car si on ne peut reprocher au réalisateur d'avoir voulu raconter "sa" vérité, qui est celle des victimes, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur la pertinence de laisser le verdict de fiction s'exprimer avant celui de la justice.

Albert Finney (1936-2019), acteur prodigieux et carrière prestigieuse

Posté par vincy, le 8 février 2019

L'acteur britannique Albert Finney est mort aujourd'hui à l'âge de 92 ans. Son élégance naturelle alliée à un corps robuste et un regard malicieux restent inoubliables. Fils de bookmaker, il a parfois pris des risques. Il avait refusé le rôle de Lawrence d'Arabie. Ce qui ne l'a pas empêché au fil des décennies d'obtenu cinq nominations aux Oscars, de gagner trois Golden Globes (en plus de six nominations), de remporter un BAFTA (et 8 autres nominations) et de tourner durant 50 ans au Royaume Uni comme aux Etats-Unis. Il a notamment été marié avec Jane Wenham, puis Anouk Aimée et enfin Pene Delmage.

En 2000, Steven Soderbergh le remet sur le devant de la scène en lui offrant le rôle masculin principal d'Erin Brokovich, où il joue un avocat-mentor de Julia Robert dans une "class-action" écologique. Soderbergh le réembauche pour Traffic et surtout pour Ocean's Twelve, pour une apparition dans l'épilogue, en père voleur de Catherine Zeta-Jones. Albert Finney jouera ainsi les valeurs ajoutées dans plusieurs productions hollywoodiennes: Une grande année de Ridley Scott, La Vengeance dans la peau de Paul Greengrass (en affreux Dr Hirsh) ou Skyfall de Sam Mendes (en garde-chasse de la propriété familiale de James Bond). Le 007 sera son dernier film de cinéma, il y a 7 ans.

Tim Burton lui offre aussi le rôle de Ed Bloom âgé (jeune, il est incarné par Ewan McGregor) dans Big Fish (et il fera une voix dans Les noces funèbres). Il faut dire que Finney est entouré d'un culte pour les cinéastes de cette génération.

Débutant d'abord au théâtre, aux côtés d'Alan Bates et Peter O'Tool, il joue Shakespeare durant les années 1950. On le considéra souvent comme l'héritier de Laurence Olivier. Il débute sur le grand écran en 1960, dans Samedi soir et dimanche matin de Karel Reisz. Tout au long de sa vie, épris de sa liberté, il refuse des gros cachets ou des responsabilités. L'argent ne l'intéresse pas. En 1962, il est Tom Jones dans le film éponyme de Tony Richardson. Albert Finney est l'acteur emblématique de ce Free Cinema britannique qui s'impose dans le Swinging London. Bad boy sympathique dans ce film culte, il envoute la critique qui le propulse dans le star-système. Avec Tony Richardson, il connaît aussi son plus grand succès théâtral dans les années 1960 en incarnant Martin Luther King dans Luther.

Cette liberté artistique le pousse à n'en faire qu'à sa tête. Il réalise ainsi Charlie Bubbles, autoportrait parodique où l'on croise une jeune Liza Minelli. Il fonde la société de production Memorial Enterprises, qui remporte la Palme d'or avec If..., et lance Stephen Frears avec Gumshoe (avec Finney en acteur), Mike Leigh avec Bleak moments et Tony Scott avec Loving Memory.

Audrey Hepburn et Hercule Poirot

Cela ne l'empêche pas de céder à certaines sirènes. dans les années, 1960, il tourne Voyage à deux, de Stanley Donen, périple ensoleillé et cruel avec Audrey Hepburn (avec qui il a eu une liaison) autour d'un couple. Film de guerre, thriller, comédie, il ne cherche pas à s'installer dans un genre. Il excelle en misanthrope dans le film familial Scrooge. Il campe un légendaire Hercule Poirot dans Le crime de l'Orient-Express de Sidney Lumet (qui le retrouvera pour son ultime film en 2007, le très noir 7h58 ce samedi-là, en doyen familial). Les années 1970 ne sont finalement pas moins riches, même s'il se fait rare, contrairement à Sean Connery ou Michael Caine. Admirable Fouché dans Les Duellistes de Ridley Scott (où il fut payé par une caisse de champagne), il enchaîne des films comme Looker film de SF de Michael Crichton, L'usure du temps d'Alan Parker ou L'habilleur de Peter Yates. On notera surtout sa participation aux œuvres de John Huston, la comédie musicale Annie, et le drame Au-dessous du volcan, où il transcende son personnage de consul solitaire et dépressif.

Les années 1990 peuvent être perçues comme sa traversée du désert au cinéma. Ce serait oublié son passage chez les Coen, en parrain de la mafia irlandaise dans Miller's crossing et surtout deux rôles importants chez Mike Figgis dans The Browning Version en prof homosexuel amer et chez Suri Krishnamma dans Un homme sans importance en chauffeur de bus homosexuel toujours dans "le placard".

les critiques des films d'Albert Finney

Finney tournera un tiers de sa filmographie entre 2000 et 2012, passant de Agnieszka Holland à Michael Apted, en passant par Alan Rudolph. Il a eu pour partenaire Diane Keaton, Jill Clayburgh, Jacqueline Bisset, Julia Roberts. Sur le petit écran il a incarné le pape Jean-Paul II et Winston Churchill. Il a été soldat, docteur, juge, écrivain.

A ne jamais faire trop de concession, à conserver son talent toujours intact, même pour un petit rôle, Albert Finney est resté l'un des acteurs les plus respectés. Son charme et son charisme, son refus d'être acheté par le système et son aspiration à s'en affranchir en ont fait une figure à part dans le cinéma anglo-saxon. Il savait être drôle ou inquiétant, séduisant ou antipathique, sensuel ou monumental. Mais c'est bien son esprit rebelle qui restera : il a refusé tout anoblissement et honneur royal au cours de sa vie, rejetant ainsi le titre de Sir. Pourtant, il a donné de beaux titres de noblesse au métier d'acteur.

Un film sur la naissance de Rome en latin

Posté par vincy, le 8 février 2019

Fin janvier, le film Il primo re (Le premier roi) est sorti sur les écrans italiens. La particularité du film de Matteo Rovere (Veloce come il vento) est d'avoir voulu être le plus réaliste possible. L'image a ainsi été filmée à la lumière naturelle, et le cinéaste a préféré faire appel à des cascadeurs et du maquillage plutôt qu'à des effets numériques. Mais surtout, le film est parlé en latin préroman (ou proto latin), autant dire de l'époque. Mel Gibson avait aussi utilisé une langue morte, l'araméen, dans La Passion du Christ. Certains films ont utilisé le latin, le grec ancien et d'autres dialectes disparus épisodiquement par souci d'authenticité.

Mais c'est la première fois qu'un film se déroule entièrement dans le langage supposé de l'époque. Il Primo Re raconte la naissance de Rome, qui, selon le mythe date de 753 avant notre ère, avec la rivalité de Rémus et Romulus, jumeaux abandonnés et élevés par une louve. Rémus est interprété par Alessandro Borghi tandis que Romulus est joué par Alessio Lapice.

Le réalisateur explique qu'il voulait faire un film sur cette époque historique jamais traitée avant,, alors qu'elle est "la base de notre civilisation et de la fondation de l'Occident." Un péplum de Sergio Corbucci, Romulus et Rémus, était sorti en 1961, sous un angle plus romanesque.

Le film s'est classé 4e du box office pour son premier week-end (930000€ de recettes), après avoir reçu de relativement bonnes critiques.

Le Prix Jacques Deray 2019 récompense « En Liberté! »

Posté par vincy, le 7 février 2019

Le 15e prix Jacques Deray du film policier a été attribué au film de Pierre Salvadori, En Liberté!. Le prix sera remis à l'Institut Lumière le 16 février.

En Liberté! a été salué en tant que "comédie policière joyeuse et burlesque", "pour son originalité, sa fraicheur, son humour et son rythme tonitruant".

Présenté en avant-première mondiale à la Quinzaine des réalisateurs en mai dernier à Cannes, le 9e film du réalisateur est en course pour neuf César don meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur acteur pour Pio Marmaï, meilleure actrice pour Adèle Haenel, meilleur actrice dans un second-rôle pour Audrey Tautou et meilleur acteur dans un second rôle pour Damien Bonnard. Il vient de recevoir le Prix Lumières des correspondants de la presse étrangère dans la catégorie scénario. Il a aussi été distingué du Prix SACD à Cannes.

En Liberté! a séduit 770000 spectateurs en France lors de sa sortie cet automne. Il s'agit des frasques d'Yvonne, jeune inspectrice de police, qui découvre que son mari, le capitaine Santi (Vincent Elbaz), héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années. C'est le début d'une rencontre inattendue et folle qui va dynamiter leurs vies à tous les deux.

Le film succède à Mon garçon de Christian Carion, lauréat l'an dernier.