Festival Lumière 2017 : De John Ford à Jane Campion, il n’y a qu’un pas vers les horizons lointains

Posté par Morgane, le 17 octobre 2017

Ce qu’il y a de formidable au Festival Lumière c’est son éclectisme. On peut embarquer à bord d’un train nous conduisant vers l’Ouest aux côtés de James Stewart et Vera Miles, puis, juste après, se retrouver sur une pirogue accostant sur une plage isolée de Nouvelle-Zélande et patienter avec Holly Hunter et Harvey Keitel que quelqu’un vienne nous chercher. Ou comment faire le grand écart entre deux chefs d’oeuvre du 7ème Art, L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962) et La Leçon de Piano de Jane Campion (1993)…

C’est en effet la richesse du Festival Lumière. Cette année on pourra découvrir l’univers poétique et envoutant de Wong Kar-wai, percer le mystère d’Henri-Georges Clouzot, revoir des westerns classiques sélectionnés par Bertrand Tavernier, continuer l’histoire permanente des femmes cinéastes, admirer les sublimes moments du muet, rencontrer Tilda Swinton, Diane Kurys, Anna Karina, Jean-François Stévenin, Guillermo Del Toro, voir ou revoir les grandes projections ou les nouvelles restaurations, découvrir en avant-première Shape of water de Guillermo Del Toro mais également la palme d’or The Square ainsi que les 8 épisodes de la série continuant le Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier…

John Ford réunit John Wayne et James Stewart

C’est Bertrand Tavernier qui nous a fait l’honneur de sa présence tôt ce dimanche matin pour une séance dans la grande salle de l’Institut Lumière. L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962) fait partie de sa sélection Westerns Classiques qu’il présente cette année au Festival. Il en a choisi quatorze parmi lesquels La poursuite infernale, La rivière rouge, Le train sifflera trois fois, La chevauchée des bannis
Dans L’Homme qui tua Liberty Valance, John Ford retrouve John Wayne avec qui il a déjà tourné de très nombreux films (La prisonnière du désert, La charge héroïque, L’homme tranquille, Rio Grande…) ainsi que James Stewart avec qui il vient juste de tourner Les 2 cavaliers.

Bertrand Tavernier, friand d’anecdotes, n’en manque pas sur ce film et notamment sur son tournage rappelant que John Wayne, fort reconnaissant envers Ford, qui est un réalisateur très important dans sa carrière, participe au film dès que John Ford le lui demande. Et pourtant il est bien maltraité durant le tournage, Ford n’étant pas tendre avec les vedettes, mais très amical avec le reste de l’équipe. Bertrand Tavernier revient également sur ce chef-d’oeuvre, véritable oeuvre testamentaire de John Ford réunissant de nombreux thème forts et chers au cinéaste tels que la naissance de l’Amérique, la question de l’étranger, des personnages qu’il aime à humaniser et un humour présent tout au long du film (on se souviendra de la mythique scène du steak).

Le trio masculin symbolise cette naissance d’une nouvelle Amérique. On y retrouve Valance (Lee Marvin) qui ne communique que par les coups et son fusil, Stoddard (Stewart), l’homme de loi dont les armes sont ses livres et Tom Doniphon (Wayne) qui peu à peu rangera son arme pour permettre à la loi de prendre le dessus. Et rien que pour le merveilleux duo Wayne/Stewart, le film est un vrai délice auquel s’ajoutent les personnages secondaires que John Ford ne laisse surtout pas de côté comme le superbe personnage de Mister Peabody (Edmond O'Brien), journaliste toujours saoul mais épris de liberté et beaucoup plus profond que ne le laisse penser son rôle au départ. Un magnifique John Ford. « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende! » disait-il.

Jane Campion magnifie Holly Hunter et Anna Paquin

Dimanche après-midi rendez-vous au Pathé Vaise pour la projection du célèbre film de Jane Campion, La leçon de Piano, Palme d’Or 1993. Marina Foïs est présente pour nous parler de ce film qui l’a énormément marquée à sa sortie, principalement Holly Hunter qui, sans dire un seul mot, traduit une palette émotionnelle incroyable.

Le film s’ouvre sur une voix. Une voix off, celle d’Ada, qui pourtant n’en a plus. Le paradoxe s’installe. Holly ne parle plus depuis ses 6 ans et pourtant c’est sa voix qui nous ouvre les portes (et les refermera) de ce sublime film à la fois poétique et tout en puissance et sensualité. Holly parle mais uniquement par le biais de ses doigts sur les touches de son piano qui la suit à l’autre bout du monde jusqu’en Nouvelle-Zelande où elle part vivre avec sa fille chez Alistair Stewart (Sam Neill), homme dont elle ne connaît rien mais à qui son père l’a mariée.

L’univers est hostile. Leur maison se situe dans le bush néo-zélandais où boue et racines ne font plus qu’un et où il faut se déplacer sur des planches si l’on ne veut pas s’enfoncer dans cette boue marécageuse. La jungle, elle, semble animée par les esprits. Alistair a pour voisins des Maoris, certains plus enclins que d’autres à « partager » leurs terres avec les Anglais, et un certain Baines (très belle incarnation de Harvey Keitel), un anglais un peu rustre adopté par les Maori vivant auprès d’eux. À leur arrivée, son mari donne le piano d’Ada à Baines en échange d’une parcelle de terre. Se met alors en place une sorte de jeu malsain dans lequel Ada vend son corps pour peu à peu racheter ce qu’elle a de plus cher au monde : son instrument. Et elle devient alors à son tour l’instrument de Baines.

Jane Campion joue avec les oppositions. Face au carcan du puritanisme anglais dans lequel est enfermée Ada, la réalisatrice montre la liberté des indigènes, leur vie en harmonie avec la nature. Les personnages évoluent et peu à peu les instincts naturels de chacun refont surface. Sensualité, tendresse, bestialité mais aussi la violence primaire que ne peut réfréner Alistair.

Le film, tout en nuances, nous plonge alors au cœur de ce trio amoureux où la passion et le désir sont aux premières loges. Les corps respirent, reprennent vie, remontent à la surface.
Unique élément de langage par lequel s’exprime Ada, la musique envoûtante sublime le film. On ressent à travers les notes de musique qu’elle laisse échapper, notes qui résonnent encore longtemps après que le générique ait signé le mot fin.

Harvey Weinstein : anatomie d’une sale affaire

Posté par wyzman, le 17 octobre 2017


C'est le scandale qui agite Hollywood (et donc la planète entière) depuis près de deux semaines. L'autrefois intouchable producteur Harvey Weinstein est accusé de harcèlement et d'agression sexuels. Comme nous, les médias américains sont d'avis que cette affaire est synonyme de clap de fin pour le nabab, co-fondateur de Miramax et de The Weinstein Company - avant un retour.

La magie d'Hollywood et des avocats surpayés aidant, le producteur de Pulp Fiction, Sin City ou encore Happiness Therapy pourrait en effet réatterrir sur ses pattes sans même passer par la case prison. Mais tout cela sera pour un autre épisode, tout aussi tumultueux.

Pour l'instant, concentrons-nous sur l'un des plus grands scandales qui ait jamais touché l'industrie du cinéma (ce n'est pas le premier).

Les victimes

Le 5 octobre dernier, Jodi Kantor et Megan Twohey publient un article dans le New York Times dans lequel elles accusent Harvey Weinstein de faits de harcèlement sexuel sur des actrices. L'article est porté par les témoignages d'Ashley Judd et Rose McGowan, ainsi que par les commentaires de victimes dont l'identité n'est pas révélée. Quelques jours plus tard, The New Yorker donne le coup de grâce au producteur : Lucia Evans, Asia Argento, Rose McGowan, Lysette Anthony et une cinquième femme (dont l'identité n'est pas révélée) l'accusent de viol.

Plus les jours passent, plus The New York Times, The New Yorker et même The Guardian dévoilent des témoignages de femmes qui ont eu le malheur de croiser la route d'un Harvey Weinstein en rut, avec ou sans peignoir. Parmi ces femmes, on trouve ainsi les actrices Rosanna Arquette, Kate Beckinsale, Emma de Caunes, Cara Delevingne, Judith Godrèche, Romola Garai, Heather Graham, Claire Forlani, Eva Green, Jessica Hynes, Florence Darel, Mira Sorvino, Ashley Judd, Angelina Jolie, Minka Kelly, Gwyneth Paltrow, Sarah Polley, Mia Kirshner, Léa Seydoux. Et la liste ne s'arrête pas là ! Asia Argento s'est ouverte au public en racontant son triste passé de femme violée, harcelée et abusée.

Ceux qui l'avaient dit

Les récents articles des médias cités plus haut l'attestent tous : le petit monde hollywoodien était au courant des pratiques de Harvey Weinstein. Mais entre ceux qui l'ont aidé à payer, soudoyer, faire taire ses victimes, ceux qui avaient peur de lui et ceux qui assurent n'avoir eu vent que de "rumeurs", il est possible de comprendre comment un tel monstre a pu récidiver sur plusieurs décennies. Courtney Love avait déjà laissé entendre que le comportement d'Harvey Weinstein laissait à désirer avec les jeunes actrices dès 2005. Des blagues irrévérencieuses, notamment celle de Seth McFarlane lors de la cérémonie des Oscars 2013 trouvent aujourd'hui un drôle d'écho, sans oublier le personnage de Harvey Weingard dans Entourage, décrit comme agressif, harceleur et vulgaire.

Dans 30 Rock, le personnage de Jenna Maroney (Jane Krakowski) balance quand même: "Oh arrête, je n’ai peur de personne dans le show-business. J’ai refusé des rapports sexuels avec Harvey Weinstein à trois occasions différentes… sur cinq."

Cependant, Gwyneth Paltrow assure s'être confiée à Brad Pitt, son petit ami de l'époque qui aurait exigé de Harvey Weinstein qu'il ne touche plus l'actrice. Par la suite, le producteur aurait demandé à Paltrow de ne plus jamais évoquer le sujet avec qui que ce soit. De son côté, Angelina Jolie aurait été harcelée pendant la promotion de La Carte du cœur. Le film était distribué par Miramax et Harvey Weinstein l'aurait approchée dangereusement dans une chambre d'hôtel. Résultat : l'actrice a fait de son mieux pour ne plus croiser sa route et aurait "prévenu les autres d'en faire de même".

Au micro de la BBC, la partenaire de Bob Weinstein, Kathy DeClesis, a reconnu que ce que faisait Harvey "n'était pas un secret pour le cercle fermé". Quand le prédateur n'agressait pas ses employées, il faisait appel à elles pour qu'elles organisent des rendez-vous dans des chambres d'hôtel avec de jeunes actrices. De temps à autre, les employées l'accompagnaient comme l'assure Léa Seydoux, avant de disparaître et de laisser les actrices livrées à elle-même.

Autrefois employée par TWC, Lauren O'Connor aurait envoyé une note à ses cadres pour décrire ce que les femmes devaient supporter au sein de l'entreprise, elle y compris. Tout cela après avoir découvert que sa collègue Emily Nestor avait été contrainte de masser Harvey Weinstein. Et Harvey Weinstein avait jusque-là de si grandes connexions qu'il se murmure même qu'une chaîne comme NBC a préféré fermer les yeux sur les accusations portées par plus d'une trentaine de femmes.

Au cours de l'émission "Hardtalk" de BBC World, la grande amie de Harvey Weinstein, Jane Fonda a avoué avoir eu vent des accusations de harcèlement sexuel l'an dernier mais ne pas l'avoir dénoncé pour ne pas avoir à révéler l'identité de celles qui l'accusaient. "J'aurais dû être plus courageuse et je pense qu'à partir de maintenant je le serai quand j'entendrai de telles histoires", a-t-elle déclaré.

Les conséquences pour la société

The Weinstein Company a beau employer 180 personnes, ce ne sera pas le cas encore longtemps. En effet, si Robert "Bob" Weinstein assurait le week-end dernier qu'il souhaitait sauver la société, cela passera nécessairement par de nouveaux investisseurs (via le fonds d'investissement Colony Capital, en négociations depuis hier pour acquérir une grande partie du capital, et donc du catalogue, de la société), un changement de nom, une restructuration et donc des licenciements. Déjà Hachette Books US a fermé jeudi dernier la filiale Weinstein Books. Une fois n'est pas coutume, le scandale sexuel entourant un seul homme pourrait mener à la perte de leur emploi pour des dizaines d'autres.

Si les films produits et distribués par The Weinstein Company et Miramax ont récolté plus de 300 nominations aux Oscars, cette page de l'histoire devra bientôt être tournée. A l'origine prévu pour une sortie le 24 novembre prochain, The Current War pourrait être décalé à 2018 afin d'éviter de faire un bide au box-office. Le film est en effet un drame historique avec Benedict Cumberbatch, Michael Shannon, Nicholas Hoult, Katherine Waterston et Tom Holland dont l'exploitation collait parfaitement à l'Awards season mais qui est malheureusement distribué par TWC.

Les réactions

Depuis les révélations du New York Times et du New Yorker, plus personne ne tient en place. Les 54 membres du conseil de direction de l'Académie des Oscars ont ainsi exclu Harvey Weinstein. Cette décision aurait d'ailleurs été votée "bien au-delà de la majorité requise des deux tiers" précise le communiqué de presse.

Et parce que les langues se sont largement déliées ces derniers jours, politiques et organisateurs de festivals prennent petit à petit conscience de l'ampleur du scandale. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé qu'il souhaitait retirer la Légion d'honneur à Weinstein, une décision saluée (en français) par Rose McGowan.  Et pendant que Deauville efface le nom de Harvey Weinstein des Planches, le Festival de Cannes, par les voix de Pierre Lescure et Thierry Fremeaux dénoncent "un comportement impardonnable qui ne peut susciter qu'une condamnation". Dans Quotidien (TMC), hier soir, les producteurs Marc Missionnier et Charles Gillibert, ont appelé à cessé ces pratiques et encouragé la libération de la parole.

Quentin Tarantino, qui lui doit beaucoup, a été obligé de prendre ses distances: "Ces dernières semaines, j'ai été abasourdi et j'ai eu le cœur brisé par les révélations faites sur mon ami de 25 ans, Harvey Weinstein. J'ai besoin de quelque jours de plus pour gérer ma peine, mes émotions, ma colère et mes souvenirs, et ensuite, je prendrai publiquement la parole."

Du du côté des réseaux sociaux, la fermeture temporaire du compte Twitter de Rose McGowan a suscité la colère des internautes. Certaines femmes ont décidé de boycotter la plateforme, rappelant au passage que le compte de Donald Trump est toujours opérationnel et qu'il menace quotidiennement de déclencher une guerre nucléaire. D'autres femmes (et quelques hommes) ont décidé de donner de la voix en lançant #BalanceTonPorc, un hashtag sous lequel ils racontent leurs expériences de harcèlement sexuel.

Aux Etats-Unis c'est l'actrice de Charmed Alyssa Milano qui s'est emparée du réseau social à l'oiseau bleu pour #MeToo, le pendant anglophone de #BalanceTonPorc. Le hashtag a d'ores et déjà été relayé par les actrices Debra Messing (Will & Grace), Anna Paquin (True Blood), Pauley Perrette (NCIS), Rosario Dawson (Daredevil), Evan Rachel Wood (Westworld) ou encore Gabrielle Union (Being Mary Jane).

C'est un feuilleton qui n'est pas terminé. Mais une chose est certaine: dans le marché sans foi ni loi hollywoodien, machine à broyer par excellence, l'industrie a décidé de se réguler et de jouer la transparence. La sale affaire pourrait amener d'autres cas. Les hommes et des femmes de pouvoir, qui ont harcelé actrices, acteurs, mannequins, employé(e)s, peuvent désormais craindre pour leur avenir. Le patron d'Amazon Studios, Roy Price, accusé de harcèlement en fin de semaine dernière, a d'ailleurs été évincé.

Game Over?

Une pétition pour soutenir le cinéaste Mohammad Rasoulof

Posté par vincy, le 16 octobre 2017

Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof, Prix Un Certain Regard Cannes 2017 pour son film Un homme intègre (sortie en salles le 6 décembre chez ARP Sélection), a été privé de sa liberté de circuler et de travailler comme nous vous en informions le 20 septembre dernier.

Une pétition a été lancée pour qu'il puisse à nouveau s'exprimer et circuler librement. Le distributeur français du film ARP Sélection a lancé cette pétition, qui cumule déjà 1860 signatures en quelques jours.

Rappelons que son passeport a été confisqué dès son arrivée à l’aéroport de Téhéran le 16 septembre dernier. Il a ensuite été soumis à un long interrogatoire par les Renseignements des Gardiens de la Révolution. "Les interrogatoires se poursuivront dans les semaines à venir. Deux chefs d’accusation lourds de conséquences pèsent contre lui, assortis de six années d’emprisonnement" signale le texte.

Lumière 2017 : La première séance avec La mort aux trousses

Posté par Morgane, le 15 octobre 2017

Le mois d’octobre est arrivé sur Lyon et avec lui son désormais traditionnel (neuvième édition déjà!) Festival Lumièret qui remettra son Prix Lumière cette année au grand Wong Kar-wai.

Comme de coutume, l’ouverture s’est déroulée à la Halle Tony Garnier et, comme de coutume, la salle était pleine à craquer. Les Lyonnais et autres aficionados du Festival étaient une fois encore au rendez-vous.

Mais il n’y a pas que chez les spectateurs qu’on retrouve des cinéphiles patentés. Parmi les réalisateurs/ices, acteurs/rices, certain(e)s sont fidèles au Festival. On a donc eu le plaisir de retrouver Tonie Marshall, Marina Foïs, Pierre Richard, Jerry Schatzberg, Marisa Parades, Vincent Lindon et d'autres encore… on s’attendait presque à voir débouler le tonitruant Quentin Tarantino, mais cette année il nous a fait faux-bond! D’autres ont foulé le tapis rouge de la Halle pour la première fois comme Catherine Frot, Robin Campillo, Gérard Jugnot, Tilda Swinton, Alfonso Cuaron, Guillermo Del Toro, Michael Mann… Et puis bien sûr, Eddy Mitchell qui est entré au son du Boogie Woogie, en invité spécial de cette cérémonie d’ouverture.

Rochefort dans toutes les têtes

Thierry Frémaux a pris le micro. La cérémonie a commencé, reprenant peu ou prou le même déroulement que les années précédentes. Certains s’en lassent peut-être mais elle a pour moi ce petit goût des bonnes choses que l’on connait déjà mais que l’on a si grand plaisir à retrouver. Ce sont donc enchaînés les applaudissements à Max Lefrancq Lumière, petit-fils de Louis Lumière, la diffusion de la compilation des films projetés cette année, et ils sont encore bien nombreux, l’hommage à Jerry Lewis et à Jean Rochefort décédés récemment - Bertrand Tavernier a rendu hommage à son interprète de L'horloger de Saint-Paul en ces mots : « Acteur génial et homme d’une qualité exceptionnelle » -, la diffusion des désormais classiques films des frères Krémos réalisés par les frères Lumière, puis la fameuse déclaration d’ouverture du festival par les stars sur scène et par les spectateurs dans la salle.

Une dernière séance

Pour conclure, Eddy Mitchell est monté sur scène, entouré de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, et a joué les prêcheurs. Véritable bible du cinéma et de ses anecdotes, Mister Eddy a été révélé au cinéma par Coup de Torchon du même Tavernier. Ce dernier a pris la parole : « Pour jouer un imbécile (personnage de Nono), seul quelqu’un de très intelligent pouvait le faire! » Eddy Mitchell, connu principalement comme chanteur, a aussi eu une véritable carrière au cinéma, de Coup de Torchon à Les Petits Princes en passant par Le bonheur est dans le pré, Cuisine américaine, I love you, À mort l’arbitre! etc. Le cinéma selon Eddy Mitchell, « il est tombé dedans petit. A la sortie de l’école, mon père venait me chercher et si je n’avais pas de devoir, on allait au ciné! ».

Puis toute la salle a entonné un karaoké sur La Dernière séance avant de laisser place à Hitchcock sur l’écran. Car cette année c’est La mort aux trousses qui a été projeté. Un vrai bonheur de retrouver Cary Grant et son humour en toutes circonstances face à la sublime Eva Marie Saint dans ce thriller spectaculaire qui compte au moins deux scènes d'anthologie du 7e art: la poursuite dans le champ de maïs et le final sur le Mont Rushmore.

Voilà, la neuvième édition du Festival Lumière est lancée et le rideau sur l’écran est tombé. Mais il va se lever à de très nombreuses reprises dans les salles obscures de Lyon et du Grand Lyon et ce jusqu’à dimanche 22 octobre. Projections, Ciné-concerts, Master-class, Rencontres, Dédicaces… la semaine promet d’être belle et riche cinématographiquement!

Un Airbnb pour se croire chez Wes Anderson

Posté par vincy, le 14 octobre 2017

Sur la route de Montréal à Toronto, il y a la (méconnue) presqu'île du Prince Edouard, un peu perdue au bord du Lac Ontario. Là, à Picton, Dayna a imaginé une maison à louer avec un décor qui sera familier aux fans de Wes Anderson. "J'ai toujours voulu être Tenenbaum. Chaque pièce de cette maison est inspirée d'un film du répertoire du réalisateur Wes Anderson, certaines plus subtilement que d'autres" explique la propriétaire.

Dans cette vieille résidence centenaire, on reconnaîtra ainsi l'univers du cinéaste: tableaux, objets, lits, meubles, livres, ... toute la décoration vous rappelle Moonrise Kingdom (beaucoup), La Vie aquatique, La Famille Tenenbaum, Fantastic Mr. Fox et A bord du Darjeeling Limited.

Toutes les infos et plus de photos sur la page Airbnb de Mr. Anderson's House.

Notons sinon que le prochain film du réalisateur, le film d’animation Isle of Dogs, avec les voix américaines de F. Murray Abraham, Bryan Cranston, Greta Gerwig, Jeff Goldblum, Akira Ito, Scarlett Johansson, Harvey Keitel, Bill Murray, Kunichi Nomura, Edward Norton, Yoko Ono, Liev Schreiber, Tilda Swinton et Akira Takayama, sera sur les écrans le 11 avril 2018. Il s'agit de l’histoire d’un enfant au Japon qui part à la recherche de son chien.

Sandrine Kiberlain retrouve Jeanne Herry pour un parcours dans Les champs de fleurs

Posté par vincy, le 13 octobre 2017

sandrine kiberlainJeanne Herry va débuter le tournage de son deuxième film, quatre ans après la sortie de Elle l'adore (480 000 entrées en France, deux nominations aux César dont celle de meilleure actrice pour Sandrine Kiberlain). Pour Les champs de fleurs, elle retrouve sa comédienne Sandrine Kiberlain, qui sera entourée de Gilles Lellouche, Élodie Bouchez, Olivia Côte (récemment vue dans Telle mère, telle fille et Embrasse-moi !), et Miou-Miou.

Doté d'un budget conséquent (près de 7 millions d'euros), le tournage, selon Le Film Français, commencera le 20 octobre entre Brest, l'Ile de France et la Belgique.

Le film raconte l'histoire d'un accouchement sous X et de la difficulté à adopter. La mère a deux mois pour revenir sur sa décision… Ou pas. Les services de l’Aide sociale à l’enfance et le service adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s’occuper du bébé, Théo, le porter dans ce temps suspendu, cette phase d’incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s’appelle Alice, 41 ans, et cela fait dix ans qu’elle se bat pour avoir un enfant.

Domhnall Gleeson, Will Poulter et Charlotte Rampling dans une maison hantée

Posté par vincy, le 12 octobre 2017

Le cinéaste irlandais Lenny Abrahamson, révélé au grand public par le film Room, quatre fois nommé aux Oscars et gagnant celui de la meilleure actrice pour Brie Larson, vient de terminer le tournage de son sixième film, The Little Stranger.

Filmé  à Londres et dans Yorkshire, The Little Stranger sera distribué en France par Pathé l'année prochaine. Actuellement entré en post-production, il pourrait être prêt pour Sundance et Berlin. Il s'agit de l'adaptation du roman de Sarah Waters, L'indésirable (Denoël, 2010). Lucinda Coxon (Petits meurtres à l'anglaise, Danish Girl) a écrit le scénario.

Domhnall Gleeson (The Revenant, Barry Seal, Star Wars: Episode VII et Star Wars: Episode VIII), Ruth Wilson (How to Talk to Girls at Parties, Lone Ranger), Will Poulter (Detroit, The Revenant) et Charlotte Rampling (récemment récompensée à Venise pour Hannah) tiennent les rôles principaux. Ils sont entourés de Kate Phillips (The Crown), Josh Dylan (Mamma Mia! Here We Go Again, Alliés) et Lorne MacFadyen (Grantchester).

Un quintuplé unique aux Irish Film & Television Awards

Se déroulant dans l'après guerre, l'histoire est celle du docteur Faraday, qui revient, à l'occasion d'un remplacement à Hundreds Hall, demeure des Ayres, membres de la gentry ayant subi des revers de fortune. Au fil de ses visites dans ce lieu qu'il admirait enfant, des événements étranges et des accidents se produisent. La maison, où sa propre mère a naguère travaillé comme gouvernante, semble hantée par des fantômes.

Outre Room, Lenny Abrahamson a réalisé Adam & Paul, Grand prix et prix de la Critique à Sofia en 2004, Garage, prix de la Cicae à Cannes et coup de cœur à Dinard en 2007, What Richard Did (2012) et Frank, lauréat d'une mention spéciale à Dinard en 2014, où Domhnall Gleeson jouait déjà le rôle principal. Les "César" irlandais, les IFTA Awards lui ont décerné le prix du meilleur réalisateur pour chacun de ses films, un record.

Edito : le cinéma d’animation à la fête

Posté par MpM, le 12 octobre 2017

Alors que la fête du cinéma d'animation bat son plein jusqu'à la fin du mois, avec de très nombreux événements, ateliers et projections à travers le monde, l'animation est aussi à la fête dans les sorties hebdomadaires ! Après Téhéran Tabou d'Ali Soozandeh, Dans la forêt enchantée de Oukybouky de Rasmus A. Sivertsen et Capitaine Superslip de David Soren mercredi dernier, arrivent sur les écrans cette semaine La passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman, le programme Quel Cirque ! distribué par Malavida, LEGO Ninjago : Le Film de Charlie Bean, Paul Fisher et Bob Logan et Un conte peut en cacher un autre de Jakob Schuh, Jan Lachauer et Bin-Han To.

En attendant le magnifique programme Le vent dans les roseaux d'Arnaud Demuynck, Nicolas Liguori et Rémi Durin le 18 octobre, ainsi que Zombillénium d'Arthur de Pins et Alexis Ducord (18/10), Le Monde secret des Emojis de Tony Leondis (18/10), Opération casse-noisettes 2 de Cal Brunker (25/10), Wallace & Gromit : Cœurs à modeler de Nick Park (08/11), L'étoile de Noël de Timothy Reckart (15/11), Ernest et Célestine en hiver de Julien Chheng et Jean-Christophe Roger (22/11), Les Moomins attendent Noël de Jakub Wro?ski et Ira Carpelan (29/11), Paddington 2 de Paul King (06/12), Drôles de petites bêtes d'Arnaud Bouron et Antoon Krings (13/12) ou encore Ferdinand de Carlos Saldanha (20/12).

Si une grosse majorité de ces sorties sont destinées au jeune public, les cinéphiles de tous âges trouvent désormais chaque semaine leur bonheur animé grâce à une large variété de styles, de genres et d'histoires. L'animation dite "adulte" se porte bien, de même que le cinéma "de patrimoine" qui revit peu à peu sur grand écran. Pour couronner cette belle effervescence du cinéma d'animation, la première cérémonie des European Animation Awards se tiendra à Lille le 8 décembre prochain. Y seront remis une vingtaine d' « Émile » (le nom du prix, en hommage à la fois à Émile Reynaud et Émile Cohl, deux pionniers de l’image animée) à des courts et longs métrages d'animation européens. Une première étape pour que l'animation cesse enfin d'être la cousine un peu pestiférée de la grande famille du cinéma.

Quel cirque ! Un programme d’animation enchanteur et insolite

Posté par MpM, le 11 octobre 2017

Ce n'est pas encore Noël, et pourtant Malavida nous gâte au-delà du raisonnable cette semaine avec Quel cirque !, un programme enchanteur de trois courts métrages réunis autour du thème du cirque, et issus de la grande école d'animation tchèque de la seconde moitié du XXe siècle.

Formant un ensemble cohérent, les trois films sont véritablement à destination de tous les publics, à partir de trois ans, et tellement captivants, voire émouvants, que des spectateurs adultes peuvent y aller sans hésiter, même s'ils n'ont pas d'enfants à accompagner.

Le premier film, Le petit parapluie, est réalisé par Bretislav Pojar en 1957. Cet animateur tchèque collaborateur de Jirí Trnka est connu pour sa virtuosité technique. Il a été récompensé à plusieurs reprises à Cannes (prix du film de marionnettes pour Un verre de trop en 1953, grand prix du court métrage pour Balablok en 1973 et prix du jury animation - court métrage pour Boom en 1979). Le petit parapluie, également sélectionné à Cannes en 1957, met en scène un personnage connu du grand public tchèque, Ole ferme l’œil, conçu par Trnka pour ses illustrations des Contes d’Andersen. Il est ici détourné de sa fonction première (aider les enfants à s'endormir) pour se transformer en une sorte de Monsieur Loyal facétieux et tout-puissant qui donne vie aux jouets de la maison et leur intime de se livrer à des numéros de cirque.

On est évidemment frappé par la poésie et la délicatesse de l'animation, notamment lorsque le personnage crée un Pierrot fait de bulles aériennes qui s’anime soudain, ou que des dragons de papier deviennent de terribles fauves à dompter. C'est ainsi tout un monde onirique qui apparaît ainsi sous nos yeux, le temps d'une unique représentation, magnifié par le travail de précision de Pojar, qui anime les marionnettes devant la caméra à l'aide d’une tringle, d’une gaine, d’une tige ou de fils en nylon translucides (l'un d'entre eux apparaît fugacement dans une scène) et combine ce premier plan avec une animation à plat et des ombres en arrière-plan.

Deux cœurs en piste de Zdenek Ostrcil est à la fois le film le plus récent du programme (1983), et le seul à ne pas être réalisé en volume. Le cinéaste, qui fut un proche collaborateur à la fois de Karel Zeman et de Hermina Tyrlova, choisit ici une animation image par image, en plans fixes, qui joue sur les échelles de plans pour donner un sentiment de dynamisme à l'action.

Très découpé, utilisant le montage alterné et les plans de coupe, le film raconte avec humour et légèreté une histoire d'amour contrariée entre l'acrobate et le clown du cirque. Plein de gags visuels, tournant en ridicule le "méchant" du récit, un monsieur Loyal fantoche à souhait, c'est clairement le film le plus comique du programme, ode à irrévérence, à la liberté d'esprit et à l'insouciance.

Enfin, Monsieur Prokouk acrobate de Karel Zeman et Zdenek Rozkopal reprend un personnage créé par Zeman en 1946 pour une série de films éducatifs dans lesquels il « découvre » qu’il est bon de modérer sa consommation d’alcool, de recycler ou de faire des économies. Il est donc surprenant, et par avance réjouissant pour le public, de le retrouver en acrobate dans un cirque itinérant. D'autant que Monsieur Propouk s'avère tout à fait à son aise dans cet univers où il présente un numéro époustouflant de patinage en duo avec un lion...

Dès la séquence d'ouverture, une parade d'embarcations toutes plus décalées les unes que les autres, on pénètre dans un monde insolite et humoristique qui mêle les prouesses visuelles à une très grande fantaisie. Les situations cocasses se succèdent, et détournent les attentes du spectateur : le lion danse avec la tête de son partenaire dans la gueule, il mange avec un couteau et une fourchette, le clown jongle avec un piano... La fin délivre malgré tout un message éducatif (afin de rester fidèle au personnage) qui passe d'autant mieux qu'il est distillé avec une bonne dose de second degré, à l'image du film lui-même. L'animation est évidemment remarquable, si fluide et naturelle qu'elle laisse totalement la place aux clins d’œil visuels et aux facéties du scénario.

C'est déjà une chance énorme que de pouvoir (re)découvrir ces chefs d'oeuvre de l'animation tchèque sur grand écran, mais en plus, un très beau dossier pédagogique permet de travailler sur les différents niveaux de lecture des films avec les plus jeunes, leur présentant à la fois des jeux et des informations pour mieux comprendre le principe du cinéma d'animation et, par extension, apprendre à lire et analyser l'image animée. Une occasion incontournable d'initier les jeunes cinéphiles au langage cinématographique tout en découvrant la féerie enchantée d'un monde du cirque, magnifié et même réinventé avec une fantaisie qui n'a rien perdu de son acuité.

Helen Mirren, Luke Evans, Cillian Murphy au casting du prochain Luc Besson

Posté par wyzman, le 10 octobre 2017

Luc Besson repart au combat. Après l'échec mondial de Valerian (224M$ amassés pour un budget de production estimé à 177M$), le scénariste, réalisateur et producteur de Lucy vient de dévoiler quel serait son prochain projet. Et une chose est sûre, il compte bien se rabibocher avec les critiques américaines. Pour son prochain film d'action intitulé Anna, le fondateur d'EuropaCorp a décidé de faire appel à la crème de la crème, soit l'actrice oscarisée pour son rôle dans The Queen Helen Mirren, la star de La Belle et la Bête Luke Evans et le favori de Christopher Nolan Cillian Murphy. Ils seront épaulés par Sasha Luss, la mannequin russe déjà aperçue dans Valerian.

Comme le rapporte très justement Variety, le tournage d'Anna devrait débuter le mois prochain et EuropaCorp en assurera la production. Quant à la distribution, pour ce qui est des Etats-Unis, c'est Summit Entertainment qui s'en occupera. L'an dernier, la société s'est occupée d'Insaisissables 2 et de Divergente 3. Enthousiasmé par ce nouveau projet, Jason Constantine, le directeur des qacquisitions de Lionsgate, la maison-mère de Summit Entertainment a déjà déclaré : "Luc [Besson] est un réalisateur visionnaire avec qui nous sommes fiers de poursuivre notre collaboration de longue date."

Assassiné par la presse américaine au moment de la sortie de Valerian, Luc Besson a la pression. S'il veut qu'EuropaCorp se remette sur pied, Anna doit être un carton. En effet, malgré ses 3,9 millions d'entrées en France, l'échec de son dernier film a sensiblement fragilisé l'équilibre financier de sa société de production. Comme le rappelait Capital le mois dernier, le blockbuster est loin d'avoir atteint son point de rentabilité. Aucune date de sortie concernant Anna n'a été communiquée pour le moment.