La cinéaste portugaise Teresa Villaverde à l’honneur au Centre Pompidou

Posté par vincy, le 13 juin 2019

Du Portugal on connaît le regretté et vénéré Manoel de Oliveira, le transgressif Joao Pedro Rodrigues, le poétique Joao César Monteiro, le réaliste Pedro Costa et l'audacieux Miguel Gomes. Entre les vétérans et la jeune garde montant, une femme s'est imposée, devenant par ailleurs l'une des réalisatrices les plus respectées en Europe: Teresa Villaverde.

En 7 longs métrages et trois documentaires depuis 2011, elle a brillé dans les festivals, dès le début de sa carrière: A Idade Maior, son premier film, sélectionné à la Berlinale, Três Irmaos, son deuxième long, qui a valu un prix d'interprétation féminine à Maria de Medeiros à Venise, le suivant, Os Mutantes, sélectionné à Un certain regard à Cannes, Transe présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes... Venise, c'est un peu son festival d'ailleurs, puisqu'elle y a présenté Eau et sel et Cisne, en plus de lui consacrer un documentaire. Son dernier film, Contre ton cœur, qui sortira le 19 juin en France, était en compétition à Berlin en 2017 et a été présenté à l'Acid à Cannes.

Du 14 au 30 juin, le Centre Pompidou va présenter l'ensemble de son œuvre. A 53 ans, la cinéaste continue d'explorer la difficulté du vivre ensemble et la précarité des peuples. "Autodidacte de formation, ses premières œuvres content des personnages, des lieux et des thèmes sociaux présentant des affinités avec le travail développés au même moment par d’autres cinéastes de sa génération comme Pedro Costa ou João Canijo – la mélancolie et la révolte, le sentiment d’être orphelin, l’interrogation sur la jeunesse inadaptée, l’hostilité de l’espace urbain" explique Pompidou, qui rappelle que son cinéma est "rageur, engagé et irrémédiablement féminin."

Teresa Villaverde aime filmer des survivants à un monde naturellement hostile. La notion de solidarité traverse son œuvre, énergique et combattive. "En Europe on ressent de plus en plus l’imposition d’un cinéma narratif. L’auteur écrit un scénario qu’il envoie aux bureaucrates de la télévision. Avant de naître il est déjà chez le médecin ! Mais le cinéma est bien plus qu’un fil narratif. C’est le temps, le silence, l’image, le son, le cinéma est plus proche de la poésie, du moins il devrait" explique-t-elle. Sa masterclass aura lieu le 22 juin à 17h.

La rétrospective, qui comprend 8 longs et 5 formats courts, montrera aussi Le Thermomètre de Galilée, son documentaire inédit réalisé l'an dernier, où pendant tout un été, la réalisatrice est restée avec le cinéaste  culte italien Tonino De Bernardi.

Men In Black International : le reboot de trop ?

Posté par wyzman, le 12 juin 2019

Visible depuis aujourd’hui dans les salles obscures, Men in Black International est loin de déplacer les foules. La machine à reboots qu’est devenue Hollywood  ces dernières années serait-elle enfin rouillée ?

Un nouveau casting gagnant

A l’heure où la presse spécialisée ne parle plus que de démarrage poussif du dernier X-Men, Dark Phoenix, force est de reconnaître que le sort réservé à Men in Black International risque d’être du même acabit. Aujourd'hui, à 14 heures, seuls 1406 spectateurs en noir s'étaient déplacés dans les 23 cinémas parisiens qui le projètent. Après des premiers mois de l'année bourrés de blockbusters en tout genre (Glass, Captain Marvel, Us, Dumbo, Shazam!, RocketmanAladdin, John Wick Parabellum, Pokémon Détective Pikachu, Godzilla 2), le box-office se remet lentement de la tornade Avengers : Endgame (6,7 millions d'entrées françaises, 2,7 milliards de dollars de recette à l'international). Une avalanche qui n’a laissé que peu de place aux films estivaux pour se démarquer et tenter de générer un buzz quelconque.

Pourtant, après le succès de Thor : Ragnarok (853 millions de dollars au box office mondial), Columbia et Sony ont eu une bonne idée : faire appel à deux acteurs jeunes et bankable pour camper les nouveaux héros de Men in Black. Eh oui, après trois épisodes plus ou moins réussis, qui voulait encore du duo Will Smith-Tommy Lee Jones. Sur le papier, les ajouts de Chris Hemsworth et Tessa Thompson sont pourtant une excellente idée. Le premier jouit d’une popularité entièrement liée à l’univers cinématographique de Marvel et d’un sens de l’humour que le public commence à peine à découvrir au cinéma (S.O.S. Fantômes). La seconde est une star de séries télé (Veronica Mars, Dear White People, Westworld) désormais très sollicitée au cinéma (Creed 2).

Un public trop restreint

Comme le signale très justement Variety, Men in Black International, reboot et premier volet d’une potentielle trilogie, s’adresse directement aux plus jeunes, « ceux qui connaissent la franchise mais ne sont peut-être pas assez âgés pour avoir vu l’un des films précédents ». Une assertion qui tient la route mais ne peut garantir le succès au box-office d’un film. Truffé de jeunes acteurs particulièrement populaires auprès des jeunes (Sophie Turner, Jennifer Lawrence, Tye Sheridan, Nicholas Hoult, Alexandra Shipp, Evan Peters), Dark Phoenix a fait un flop. Même son de cloche du côté du Solo : A Star Wars Story porté par Alden Ehrenreich et Emilia Clarke au Robin des Bois de Taron Egerton et Jamie Foxx en passant par le Roi Arthur de Charlie Hunnam.

Bien qu’ils aient participé à deux des plus grosses franchises de la décennie (Thor et Avengers), il se murmure aujourd’hui que Chris Hemsworth et Tessa Thompson n’ont pas les épaules assez larges pour porter un si gros film. Est-ce vrai ? A en croire les utilisateurs de Rotten Tomatoes et IMDb, c’est faux ! Plus encore, nombreux sont ceux qui répètent que le duo fonctionne à merveille et que c’est là que se joue le véritable intérêt du film. Alors comment expliquer le manque d’intérêt pour du film ? Peut-être faut-il aller voir du côté du film lui-même…

Du "vieux" modernisé

Pour réaliser ce quatrième volet (en forme de premier), les producteurs de Men in Black International ont choisi F. Gary Gray. Incontournable depuis 2015 et la sortie de NWA : Straight Outta Compton, le cinéaste de 49 ans tente ici de faire illusion mais le résultat est vain. En effet, si les effets spéciaux valaient le détour dans son précédent film, Fast and Furious 8, on ne peut pas en dire autant en ce qui concerne International. A mieux y regarder, le film semble avoir été entièrement filmé devant des écrans verts. Le manque de finesse et de clarté de l’image n'est pas digne de la saga. Réalisé avec les mêmes 110 millions de dollars que le premier Men in Black, International est visuellement décevant.

Côté scénario, l’ensemble est tout juste plaisant. S’il ne démarre véritablement que lorsque Chris Hemsworth et Tessa Thompson se retrouvent, International souffre d’un manque cruel d’originalité. Des souvenirs de M (Tessa Thompson) au final, le film de F. Gary Gray ne parvient jamais à se démarquer de ses prédécesseurs. Pire encore, il utilise des codes trop évidents (le compagnon non-terrestre, la compétition entre agents, le dénouement absurde) pour parvenir à voler de ses propres ailes.

Malgré les présences de Liam Neeson, Emma Thompson, Rebecca Ferguson et Laurent et Larry Nicolas Bourgeois (les Twins) au casting, Men in Black International manque de rythme et d'émotion. Ou comme l’écrit si The Guardian : « Il est temps d'agiter le neuralyseur face à tous les cadres impliqués et de murmurer doucement : oubliez cette franchise. »

Michel Hazanavicius se lance dans l’animation

Posté par redaction, le 12 juin 2019

Michel Hazanavicius, oscarisé et césarisé pour The Artist, va réaliser son premier film d'animation, La plus précieuse des marchandises.

Il s'agit de l'adaptation du roman de Jean-Claude Grumberg, publié en janvier dernier et toujours parmi les meilleures ventes. C'est l'histoire d'un couple de bûcherons sans enfant qui vit dans une forêt polonaise. C'est aussi le récit d'une famille juive parisienne qui est déportée dans les camps. Dans le train qui le mène vers l'enfer, le père décide de balancer l'un de ses jumeaux, empaqueté, qui atterrit dans les neiges de la Pologne. La bûcheronne, qui ne pouvait pas avoir d'enfant, réceptionne le "paquet". Sans le savoir, les destins des deux familles vont être bouleversés...

Riad Sattouf a avoué qu'il avait beaucoup aimé ce conte, en tant que président du jury du Prix du Livre Inter (le livre était parmi les dix titres sélectionnés). Au point d'ailleurs de le produire à travers sa société Les Compagnons du cinéma, en partenariat avec Ex-Nihilo, Studiocanal, Prima Linéa (La tortue rouge, La fameuse invasion des Ours en Sicile) et Les films du fleuve (la société des frères Dardenne).

Le Film Français, qui a dévoilé cette exclusivité, a révélé que la sortie était prévue pour 2022. Michel Hazanavicius (OSS 117, Le Redoutable), par ailleurs dessinateur, assurera la création graphique. le scénario sera coécrit avec le romancier, Jean-Claude Grumberg, qui a aussi été le scénariste du Dernier métro de François Truffaut et de cinq films de Costa-Gavras). Hazanavicius, qui voit ici une prolongation de son travail sur la Mémoire et la guerre après avoir réalisé The Search et produit Tuez les tous de Raphaël Glucksmann, sortira son prochain film Le Prince oublié (avec Omar Sy et Bérénice Bejo) en janvier 2020.

Prix Lumière 2019 : Francis Ford Coppola au panthéon

Posté par wyzman, le 11 juin 2019

C'est aujourd'hui que se tenait la conférence de presse précédant le Festival Lumière de Lyon. L'occasion pour les organisateurs de répondre à la question que tout le monde se pose : qui pour succéder à Jane Fonda, lauréate 2018 du Prix Lumière ?

Légendes du cinéma

Et c'est donc Francis Ford Coppola qui recevra le Prix Lumière le 18 octobre prochain à Lyon. Auteur de films devenues cultes tels que Apocalypse Now et Conversations secrètes, la trilogie du Parrain ou encore Dracula, Francis Ford Coppola est ce que l'on appelle communément un réalisateur qui ne se présente plus. Double Palme d'or à Cannes, le réalisateur se verra consacré lors d'une soirée événement, la "Nuit du Parrain", qui se tiendra le 19 octobre à la Halle Tony Garnieret permettra à petits et grands de découvrir ou re-découvrir la trilogie qui a mené Francis Ford Coppola au panthéon des cinéastes.

Et Francis Ford Coppola ne sera pas le seul homme à l'honneur.  Thierry Frémaux a en effet annoncé un pré-programme chargé: Daniel Auteuil devrait également avoir son quart d'heure de gloire. La star de La Fille sur le pont et Le Huitième Jour aura droit à une rétrospective et donnera une master-class. L'actrice Marina Valdy sera également de la partie pour l’hommage rendu à André Cayatte. Récemment primé à Cannes d'une Palme d'or pour Parasite, Bong Joon-ho sera l'un des invités d'honneur et est attendu pour une master-class qui s'annonce déjà incontournable. De même pour Ken Loach qui, après avoir reçu le Prix Lumière en 2012, revient à Lyon le temps d'une master-class et de l'avant-première de Sorry we missed you.

Surprises en tout genre

Du 12 au 20 octobre, les festivaliers auront la possibilité de découvrir en avant-première mondiale et en copie restaurée Dans la nuit, l'unique réalisation de l’acteur Charles Vanel devenue un classique parce qu'il s'agit du dernier film français muet. Il en va de même pour La roue d’Abel Gance. Avant une ressortie prévue pour le 23 octobre, la trilogie Zombie de George A. Romero sera également projetée en copies restaurées.

Notons également la rétrospective "Forbidden Hollywood, les années Warner" qui célébrera l’âge d’or hollywoodien avec une sélection de films de 1930 à 1934, avant le code de censure Hays. Un hommage doit être rendu à l’actrice Dominique Laffin, en présence de sa fille Clémentine Autain qui lui consacre l'ouvrage Dites-lui que je l'aime (Grasset). Chez les enfants, la grande séance familiale s’articulera autour de Charlie Chaplin, avec le ciné-concert L’Émigrant et autres courts métrages le dimanche 13 octobre à la Halle Tony Garnier. Enfin, Deux livres seront l’objet de séances spéciales : Amis américains de Bertrand Tavernier (Institut Lumière / Actes Sud) et Sterling Hayden, l’irrégulier de Philippe Garnier (La Rabbia).

Petite nouveauté de cette année : Lumière Classics sera doté d’un jury invité à commenter et juger une sélection des restaurations de l’année ainsi qu'une compétition de documentaires sur le cinéma. Pour plus d'informations concernant le programme détaillé de cette 11e édition du Festival Lumière, il faudra s'armer de patienter et attendre septembre.

Annecy 2019 : rencontre avec Annabel Sebag, responsable de la distribution chez Autour de minuit

Posté par MpM, le 11 juin 2019

Créée en 2001 par Nicolas Schmerkin, Autour de minuit est à l’origine une société de production spécialisée en animation, et pensée comme un espace privilégié pour des films hybrides ou expérimentaux. Depuis 2004, elle s’est lancée dans la distribution de ses propres productions, puis d’autres films correspondant à sa ligne éditoriale. Aujourd’hui, elle compte plus de 70 films produits et un catalogue d’environ 350 titres. Principalement du court métrage (dont l’Oscarisé Logorama de H5 - François Alaux, Hervé de Crecy et Ludovic Houplain), mais aussi des séries (Non-Non, l'ornithorynque chouchou des plus jeunes), et même du long métrage (Unicorn Wars, le prochain film d’Alberto Vasquez dont la société avait déjà coproduit Psiconautas).

En mai dernier à Cannes, Autour de Minuit a reçu le premier Prix du distributeur de court-métrage décerné par UniFrance et La Fête du Court Métrage. L’occasion de rencontrer Annabel Sebag, responsable du département distribution et ventes internationales de la société pour parler des enjeux spécifiques de la distribution de courts métrages d’animation et du Festival d’Annecy qui fait chaque année la part belle au format court.


Ecran Noir : Quels sont les enjeux de la distribution de courts métrages ?

Annabel Sebag : Bien sûr, l’idée principale est de diffuser les films au maximum, donc on réfléchit à la stratégie à mettre en place pour chaque film, en fonction de sa spécificité. La première chose va consister à inscrire les films en festival. C’est extrêmement important parce que les festivals sont un des premiers endroits où l’on peut voir du court. Nous travaillons avec un réseau de 350 festivals en France et à l’étranger et nous mettons en place toute une stratégie pour proposer la “première” internationale ou nationale la plus adaptée à chaque film.

Ensuite, il y a tout ce qui concerne la vente des films. Pour ceux que nous produisons, nous avons souvent des pré-achats par les chaînes de télévision françaises. Longtemps, il y a eu une sorte de chronologie des ventes : d’abord les chaînes et en parallèle les diffusions en salle, et ensuite les mises en ligne sur internet. Mais maintenant, les pistes s’entremêlent. Depuis presque dix ans, les achats télé sont en chute libre, beaucoup de département courts métrages ferment ou ont des budgets en baisse. Tout ce qui est VOD [vidéo à la demande] ou SVOD [service de vidéo à la demande par abonnement] peut donc parfois venir avant. Certains films vont aussi se prêter à une diffusion dans des musées ou des galeries. Par exemple, on travaille assez régulièrement avec Le Cube à Issy-Les-Moulineaux, comme pour le film Aalterate de Christobald de Oliveira autour duquel on avait créé une installation. Pour Estate de Ronny Trocker, il y a aussi eu une installation au 104 où le réalisateur avait fait une résidence. On essaye également de monter des expositions autour des films, notamment la collection “En sortant de l’école”. Globalement, tous les réseaux sont bons pour montrer les films.

EN : Justement, au sujet de la VOD ou SVOD, il y a un public pour le court métrage sur ces plateformes ?
AS : Oui, ça marche pas mal ! Les plateformes commencent à faire vraiment beaucoup d’efforts pour intégrer du court. On a testé différentes choses, et certaines plateformes qui sont éditorialisées fonctionnent bien. Je pense notamment à Benshi, qui fonctionne par abonnement, ce que je trouve particulièrement adapté au court métrage. Avec Universciné par exemple, on est en train de travailler sur des programmes de courts. Bien sûr, ce ne sont pas les montants des chaînes de télé, mais ça marche bien.

EN : Comment choisissez-vous les films que vous souhaitez distribuer ?
AS : Chacun repère des films et les propose au reste de l’équipe. On ne fait pas de choix par rapport au potentiel commercial d’un film. Il faut que ce soit des coups de cœur. S’il marche, c’est super, et s’il est plus difficile à vendre, c’est pas grave, on a quand même envie de le défendre. Ca peut aussi être l’occasion de repérer des réalisateurs avec lesquels faire un film par la suite, parce qu’on a envie de suivre leur travail. C’est ce qui s’est passé pour Donato Sansone (Journal animé, Robhot, Bavure en compétition officielle à Annecy cette année). On a commencé à prendre ses films en distribution parce qu’on aimait beaucoup son univers, et maintenant on produit ses films. Même chose pour Rosto (Le Monstre de Nix, Splintertime, Reruns…) C’était vraiment le coup de cœur de Nicolas Schmerkin. On a d’abord proposé de distribuer sa trilogie, et puis finalement de produire tous ses films. C’est donc aussi une manière de défricher, de repérer des auteurs.

EN : Il y a donc un marché pour le court métrage.
AS : Oui, clairement ! C’est juste qu’il est en évolution depuis une dizaine d’années. Il faut donc comprendre comment il évolue. Après, c’est un travail de fourmi. Le plus gros de l’activité, ce sont des locations de copie pour des projections non commerciales, des programmes de courts. Je pense que je reçois en moyenne une quinzaine de demandes par jour.

EN : Et le fait de proposer des films d’animation, ça aide, ou c’est un frein ?
AS : Tout le monde dit que l’animation se vend mieux. Je crois que c’est vérifié par les dernières études. C’est plus facile pour le jeune public, très clairement. Il y a aussi une question de format : ce sont des films plus courts, souvent sans paroles. Ca s’exporte bien. Je crois aussi que les gens aiment bien l’animation, tout simplement ! Car même si les achats télé, qui représentaient la plus grosse partie des ventes il y a quinze ans, sont en chute libre, on voit que les chiffres d’affaire, eux, restent stables, voire augmentent. C’est bien la preuve qu’il y a d’autres réseaux à défricher. Et toujours beaucoup de demandes pour l’animation ! Il reste bien sûr plein de choses à faire bouger. On aimerait avoir accès à des grosses plateformes comme Netflix, par exemple.

EN : Quelles sont vos attentes pour Annecy ?
AS : Elles sont de deux sortes. D’un côté, une partie de l’équipe y va pour présenter nos activités de production et pitcher des projets, mais aussi rencontrer des acheteurs de longs métrages et de séries, ou trouver un distributeur pour les longs qu’on a en développement. Ils vont aussi rencontrer des distributeurs de salle étrangers ou des télés qui a priori n’achèteraient pas du court, mais qui pourraient être intéressés par un programme. Par exemple les « Panique au Village » de Vincent Patar et Stéphane Aubier : on a coproduit trois spéciaux TV de 26’ (dont le dernier La Foire agricole est en compétition à Annecy), on expérimente un montage sous la forme de programme de 80 minutes pour le présenter à des distributeurs de longs.
Enfin, l’équipe assiste aussi aux pitchs, afin de voir s’il y a des projets qui pourraient nous intéresser.

De mon côté, je m’occupe du court métrage. Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de nouveaux acheteurs de courts au MIFA [le marché du film d’Annecy]. Donc je rencontre peu de gens que je ne connais pas encore, mais surtout ceux avec lesquels je travaille pendant l’année. Ca me permet de voir avec eux ce qu’ils ont envie de développer, quelles thématiques les intéressent, ou les projets qu’ils souhaitent mettre en place dans l’année à venir. Comme ça je peux me positionner tout de suite, et répondre à leurs besoins au plus tôt. Et bien sûr je leur présente les nouveaux films du catalogue. Et si je peux, je vois des films !

EN : On parle beaucoup, actuellement, des problématiques liées à l’animation adulte, qui a du mal à attirer les spectateurs. Quels sont les enjeux de ce type particulier de films ?
AS : Il y a un groupe de travail qui a été monté autour du long métrage d’animation pour adultes, sur l’impulsion de Nicolas Schmerkin. L’AFCA (Association française du cinéma d’animation) travaille dessus et y a associé des producteurs, des distributeurs, des exploitants… On réfléchit à la manière de faciliter la production de longs pour adultes. Comment les positionner et comment bien les sortir en salles. On pense que ce serait vraiment important de mieux impliquer les exploitants, dès la productions, pour qu’ils s’emparent des films. Qu’ils aient envie de les défendre. Il faudrait aussi travailler avec les spectateurs, parce qu’avoir une bonne presse n’est plus prescripteur. Peut-être que ça fonctionne mieux quand les spectateurs portent le film. Comme le réseau des spectateurs ambassadeurs de l’ACID qui choisissent un film “coup de cœur” et en parlent autour d’eux. Il y a une réflexion à mener aussi autour du label « jeune public » qui va jusqu’à 12 ans, et qui parfois n’aide pas la diffusion. Ça permet peut-être de rassurer les exploitants mais au finale ça ne colle pas toujours à la réalité du film, et ça le rend difficile à positionner et à sortir.

355: Marion Cotillard s’en va, Fan Bingbing revient et Diane Kruger arrive

Posté par vincy, le 10 juin 2019

Avec le départ de Marion Cotillard, qui préfère tourner le prochain film de Léos Carax, il manquait une femme au casting du thriller 355. Diane Kruger rejoint donc Jessica Chastain (productrice et initiatrice du projet), Lupita Nyong'o et Penelope Cruz. Et l'actrice chinoise Fan Bingbing, ayant réglé tous ses problèmes fiscaux et n'étant plus assignée à résidence dans son pays, peut faire partie du générique, comme prévu l'an dernier.

Lire aussi: Jessica Chastain embarque Marion Cotillard, Penélope Cruz et Lupita Nyong’o dans “355”

Le thriller d'espionnage de Simon Kinberg - scénariste de Mr & Mrs Smith, scénariste des derniers X-Men (et réalisateur de X-Men Dark Phoenix, avec Jessica Chastain) - a commencé ses premières prises de vue en mai. Mais le tournage n'aura vraiment lieu qu'à partir de début juillet à Paris, avant de partir à Londres et au Maroc.

Universal distribuera ce film estimé à 75M$ de budget, où l'on retrouve aussi Sebastian Stan (vu dans Captain America et les Avengers) et Edgar Ramirez (qui retrouve Penelope Cruz, avec qui il partage l'affiche du futur film d'Olivier Assayas) à l'affiche.

355 suit un groupe d'espionnes de différentes agences internationales. Elles doivent collaborer, malgré leurs divergences, conflits et autres méfiances, pour éviter une catastrophe planétaire. Au fil de l'enquête, elles deviennent solidaires et amies et décident de créer leur propre "label", nommé 355.

Ce nom provient de l'un des premiers espions américains, au XVIIIe siècle, qui était en l'occurrence une femme (à l'identité réelle inconnue) et considérée comme la pionnière dans le domaine.

Annecy 2019 : une édition centrée sur l’animation japonaise

Posté par MpM, le 9 juin 2019

Après avoir découvert l'éclectisme de l'animation brésilienne en 2018, retour en terrain plus connu avec cette édition 2019 du Festival d'Annecy centrée sur le Japon. Les organisateurs de la manifestation ne pouvaient guère se tromper en mettant à l'honneur l'une des animations les plus riches mais aussi les plus populaires au monde, qui n'avait pas fait l'objet d'une rétrospective à Annecy depuis exactement vingt ans.

Au programme, des nouveautés, comme Ride your wave de Masaaki Yuasa (Lou et l'île aux sirènes, Night is short, walk on girl), The Wonderland de Keiichi Hara (Colorful, Miss Hokusai) et The relative worlds de Yuhei Sakuragi en compétition longs métrages ; Les Enfants de la mer de Ayumu Watanabe en compétition Contrechamp ou encore Modest heroes, un programme de 3 courts métrages du studio Ponoc, en séance spéciale.

Mais aussi des hommages à l'animation japonaise du début du XXe siècle, la projection du premier long métrage d'animation japonaise en couleurs, Le Serpent blanc de Taiji Yabushita, et un panorama de la nouvelle vague du cinéma japonais contemporain. Enfin, plusieurs courts métrages venus du Japon sont sélectionnés dans les différentes compétitions, tels que The Dawn of ape de Mirai Mizue, Leaking life de Shunsaku Hayashi, Keep forgetting de Takahiro Shabata ou encore Somewhere soft de Satoe Yoshinari.

L'occasion de vérifier si la "perte de savoir-faire" et l' "uniformisation esthétique" déplorées par Libération dans son édition du 7 juin sont perceptibles dans les productions récentes, et si la crise plus profonde également mentionnée par Libération, touchant les animateurs, las de travailler dans des conditions déplorables, vient faire parler d'elle jusqu'à Annecy.

En parallèle, les regards se tourneront probablement avec autant d'attention vers l'animation européenne, et plus particulièrement française, qui propose cette année un large choix de films attendus, et pour certains précédés d'excellents retours du Festival de Cannes où ils étaient présentés. On pense évidemment à J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, Grand Prix à la Semaine de la critique, mais aussi à La fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti et aux Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, tous deux sélectionnés à Un Certain Regard. A leurs côtés en compétition, on découvrira en avant-première Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo et surtout notre coup de coeur L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian.

En compétition Contrechamp, nouveauté de cette année 2019, on pourra notamment découvrir Away de Gints Zilbalodis (Lettonie), Kung food de Haipeng Sun, et surtout Ville neuve de Félix Dufour-Laperrière, autre grand choc cinématographique de ce festival, et de ce premier semestre.

Côté courts, on reverra avec plaisir Je sors acheter des cigarettes de Osman Cerfon, Nuit chérie de Lia Bertels, Movements de Dahee Jeong ou encore The Little soul de Barbara Rupik, fraîchement récompensé à Cannes, et on découvrira avec curiosité les nouveaux films de Michael Frei (Kids), Franck Dion (Per aspera ad astra), Bastien Dupriez (Sous la canopée), Regina Pessoa (Oncle Tomas), Chintis Lundgren (Toomas dans la vallée des loups sauvages), Vincent Patar et Stéphane Aubier (Panique au village : la foire agricole) ainsi que le premier film d'animation de Clémence Madeleine-Perdrillat, co-réalisé avec Nathaniel H'limi, La vie de château.

Comme toujours, le festival s'agrémentera également de pitchs, work in progress et autres séances exceptionnelles, sans oublier la compétition de films en réalité virtuelle, qui permettront d'avoir un panorama complet de l'animation contemporaine et à venir. De quoi passer une semaine évidemment animée, le jeu de mots est facile, mais surtout captivante, au coeur du plus grand festival du monde consacré exclusivement à l'une des formes de cinéma les plus innovantes et singulières du moment.
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Festival international du film d'Annecy 2019
Du 10 au 15 juin
Informations et programme sur le site du Festival

Marion Cotillard laisse tomber 355 pour le prochain Carax

Posté par vincy, le 9 juin 2019

Marion Cotillard va produire un documentaire et tourner pour Leos Carax. Deux annonces faites durant le Festival de Cannes.

L'actrice a profité de son passage sur la Croisette pour confirmer sa participation au prochain film de Léos Carax, aux côtés d'Adam Driver.

Annette, "comédie musicale lyrique, puissante et romantique), se dotera aussi des Sparks pour la musique et de Marius de Vries (La La Land, Moulin Rouge) pour la coordination musicale. Le tournage (en anglais, une première pour Carax) du film débutera cet été. Le projet a beaucoup évolué, avec Rooney Mara il y a trois ans puis avec Rihanna, quelques mois plus tard. Cotillard hériterait du rôle de Mara et Rihanna a abandonné le projet en cours de route.

Cotillard a déjà une expérience de "musical" avec Nine, adaptation ciné d'un succès de Broadway.

Pour pouvoir être chez Carax cet été, la star, actuellement à l'affiche de Nous finirons ensemble, a laissé tomber le thriller "Girl Power" 355 produit par Jessica Chastain et dévoilé l'an dernier sur la Croisette.

Productrice

Par ailleurs, l'actrice produira le documentaire Bigger than Us. Le film est signé de Flore Vasseur, journaliste et chroniqueuse, réalisatrice de docus (Meeting Snowden) pour Canal+ et Arte et romancière (Une fille dans la ville, Comment j’ai liquidé le siècle, En bande organisée, Ce qu'il reste de nos rêves).

La réalisatrice suivra des jeunes entre 18 et 25 ans, qui ont en commun leurs expériences de résilience et des années d’activisme, qui en font déjà des grands témoins, et des passeurs, parfois même des sages. Ils ont changé des lois, bâti des écoles, mobilisé des femmes, des hommes et des enfants par milliers, ils luttent pour une meilleure planète. Ils refusent le statu quo, expérimentent et vivent plus fort. Ces jeunes vivent au Malawi, aux Etats-Unis, en Indonésie, au Liban, en Ecosse, au Brésil ou encore en Inde.

Le docu a récolté plus de 100000€ en financement participatif sur Ulule. Marion Cotillard et son associé de All You Need produisent avec Elzévir ce film qui aborde des causes sociales et environnementales, qui sera distribué par Mars au premier semestre 2020, visant un succès équivalent à celui de Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent.

Exclusif : découvrez le nouveau trailer de l’Extraordinaire voyage de Marona d’Anca Damian

Posté par MpM, le 8 juin 2019

Voilà plusieurs mois qu'on vous parle de L'Extraordinaire voyage de Marona, le nouveau film de la réalisatrice Anca Damian (Le voyage de monsieur Crulic, La montagne magique), une fable ultra moderne autour d'une petite chienne qui, suite à un accident, se remémore ses différents maîtres, qu'elle a tous aimés inconditionnellement.

Alors qu'il s'apprête à faire l'événement au Festival d'Annecy, avant sa sortie en janvier 2020, nous vous proposons de découvrir son nouveau trailer, qui dévoile la richesse exceptionnelle de l'univers visuel multiple imaginé par la réalisatrice.

On vous l'assure : que vous ayez sept ou soixante-dix-sept ans, vous allez craquer pour cette histoire forte et sensible qui, tout en jouant la carte de l'humour et de la légèreté, éveille tout une palette d'émotions délicates. Marona raconte en effet à la première personne son existence mouvementée, embellie par les rencontres et les découvertes, et nous emmène le plus naturellement du monde dans son univers fait de poésie et de petits bonheurs.

Visuellement, c'est une fresque virtuose et intense dans laquelle se déploie sans compter l’incroyable inventivité de sa réalisatrice. Chaque séquence est une nouvelle splendeur qui nous emporte tour à tour dans l'espace ou dans un parc à la végétation luxuriante, sur un chantier de construction ou dans une maison aux murs roses. Dans cet univers ultra coloré, rien n'est acidulé ou mièvre, mais c'est au contraire comme une explosion de teintes vives et chatoyantes qui illuminent le récit.

Anca Damian s'offre toutes les libertés, et notamment de multiplier les styles graphiques, allant parfois très loin dans l'abstraction, ou dans une représentation stylisée du monde. On a la sensation qu'elle applique au long métrage ce qu'on aime tant dans le court : cette audace formelle qui ne s'interdit aucune expérimentation, et propose un cinéma libéré des contraintes esthétiques ou narratives traditionnelles, débordant d'idées visuelles et poétiques.

Tout fonctionne, nous surprenant souvent, nous éblouissant sans cesse, et nous emportant dans les souvenirs doux amers du personnage. Avec elle, on plonge littéralement dans le système solaire, les ombres chinoises dansent sur le mur, les livres s'animent, les crêpes s'envolent... Le spectateur, comme face à un feu d'artifice, n'a pas assez de regards pour tout embrasser.

Et qui aurait dit que l'on éprouverait autant d'empathie pour un chien ? On vibre littéralement avec Marona, profondément touchés par sa découverte du monde, bouleversés par les énormes preuves d'amour qu'elle donne à ses différents maîtres, émerveillés nous-mêmes par sa capacité d'émerveillement.  Et cela va même plus loin : à voir l'être humain à travers le regard bienveillant de Marona, on reprend même un peu confiance en nous-mêmes, et en nos semblables.

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L'Extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian
Production : Aparte Film, Sacrebleu Productions, Minds Meet
Distribution : Cinéma Public Films
Sortie : 8 janvier 2020

Boy George, Aretha Franklin, David Bowie, Judy Garland… Le biopic musical est hype

Posté par vincy, le 7 juin 2019

Le carton de Bohemian Rhapsody (900M$ dans le monde) et le succès critique en Amérique du nord de Rocketman (qui s'approche déjà des 100M$ dans le monde malgré un récit plus sombre et ouvertement gay) ouvre les appétits. Sans compter les films comme La La Land et A Star is Born qui ont rouvert un boulevard aux "musicals" (Spielberg va bientôt commencer le tournage de son West Side Story). Mettons à part Céline Dion (un hommage façon Valérie Lemercier, avec un confortable budget, intitulé Dis-moi Céline) et les Beatles (détournés par Danny Boyle dans Yesterday). Les studios ont un nombre de biopics de stars de la musiques assez impressionnant dans leurs cartons.

Ainsi Baz Luhrman prépare un film extravagant (forcément) sur Elvis Presley. Stardust, un film sur David Bowie, non approuvé par les héritiers, est en cours de développement. Judy Garland, incarnée par Renée Zellweger, arrive sur les écrans cet automne. a href="http://ecrannoir.fr/blog/blog/2018/08/28/aretha-franklin-un-biopic-en-preparation-un-docu-dans-le-maquis/">Aretha Franklin avait choisi Jennifer Hudson et validé un script avant son décès pour une version ciné de sa vie. Et on parle de projets autour de Carole King ou de Bruce Springsteen.

Le dernier en date est celui sur Boy George. La MGM - qui prépare le film sur Aretha - a confirmé le projet le jour de la sortie de Rocketman. Sacha Gervasi écrira et réalisera le film sur le chanteur de Culture Club.

Boy George, avec ses origines modestes, ses looks excentriques, sa musique pop parfois audacieuse, a vendu plus de 50 millions d'albums, avec son groupe ou en solo. Pour le chanteur, c'est l'assurance de faire découvrir son répertoire à une nouvelle génération. Le cinéma sauve la musique.

Pour l'acteur qui l'incarnera, c'est presque un visa vers les Oscars. Rappelez-vous Marion Cotillard en Edith Piaf, Jamie Foxx en Ray Charles, Joaquin Phoenix en Johnny Cash, Angela Bassett en Tina Turner ou Rami Malek en Freddie Mercury.

D'autres films ont marqué leur époque, car le phénomène n'est pas nouveau même s'il retrouve une véritable dynamique: The Doors, Nowhere boy (John Lennon), Get on up (James Brown), Control (Ian Curtis et Joy Division), Bird (Charlie Parker), 8 Mile (Eminem), La Bamba (Ritchie Valens), etc... Et le cinéma français n'est pas en reste avec Cloclo, Dalida et Gainsbourg.