George A. Romero (1940-2017) rejoint le monde des morts

Posté par vincy, le 16 juillet 2017

Le réalisateur américain George A. Romero, né en le 4 juillet 1940 d'un père cubain et d'une mère américano-lithuanienne, est décédé dimanche à l'âge de 77 ans. Son manager Chris Roe a annoncé: "Le réalisateur légendaire George A. Romero est décédé dimanche 16 juillet, en écoutant la bande originale de L'homme tranquille [de John Ford, ndlr] , un de ses films préférés", ajoutant: "Il est mort en paix dans son sommeil, après un combat bref mais déterminé contre un cancer du poumon, laissant derrière lui une famille aimante, beaucoup d'amis et un héritage cinématographique qui a persisté et continuera de persister, à l'épreuve du temps".

Lire le portrait: George A. Romero, The Dead's Man

Pour tout le monde, Romero aura été celui qui a lancé le genre des films de zombies. La nuit des morts vivants, tourné en noir et blanc avec un budget d'à peine plus de 100000 dollars et des acteurs inconnus, inspiré par le roman de science-fiction "Je suis une légende" de Richard Matheson (1954) et sorti en 1968, connaît un immense succès. Il est devenu un classique, et s'est décliné à travers cinq autres suites, dont Le jour des morts-vivants et Dawn of the Dead.Derrière son amour pour les scènes de carnage, se cachait une personnalité gentille et attachante, louée par tous ses confrères.

Tous les films de George A. Romero ont été tournés à Pittsburgh, en Pennsylvanie, ville où il fait ses études universitaires, ou dans les alentours. On lui doit également la transposition d'un scénario de Stephen King, Creepshow, et l'adaptation d'un roman du même King, La Part des ténèbres.

Romero a aussi été auteur de bandes dessinées (Empire of the dead) et d'un livre jeunesse (Le Petit Monde d'Humongo Dongo).

Cannes 70 : minuit, l’heure du film

Posté par cannes70, le 27 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-52. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


Pour les films en compétition à Cannes, les séances officielles se déroulent selon un rituel devenu habituel : le message automatique « mesdames et messieurs veuillez accueillir l’équipe du film » résonne, on les applaudit pendant que le réalisateur et ses talents s’assoient au centre, la grande salle Lumière est plongée dans le noir et l’écran s’éclaire avec le début du film dans un silence sacré… Mais chaque année, il y a quelques séances dites "de minuit" (sur le programme minuit trente, en vrai plutôt 1h du matin… ça fait partie du folklore) pour des films hors-compétition où l’ambiance est différente : le plus souvent Thierry Frémaux est sur scène avec un micro pour présenter l’équipe, on applaudit en sifflant, et, quand le film commence, les noms du générique provoquent encore des applaudissements et des hurlements…

Thierry Frémaux a déjà déclaré que le Festival de Cannes repose sur 4 piliers qui sont les auteurs, le marché, les médias et le glamour ; et que « ces quatre piliers doivent être à égalité ». C’est parfois difficile quand il y a un film roumain, iranien, ou philippin en course, mais cette délicate équation s’équilibre sur l’ensemble des films sélectionnés ; elle est vérifiée aussi pour presque chaque séance de minuit. Un exemple l’année dernière avec Blood Father : retour de Jean-François Richet aux commandes d’un film tourné aux Etats-Unis, présence de Mel Gibson, fin de festival… et résultat , une grosse ambiance au rendez-vous !

Dans ces moments-là, on va non seulement au cinéma mais aussi au spectacle, le public cinéphile (relativement) sage en journée devient aussi agité que celui d’un concert. Alors que pour la sélection en compétition c’est parfois "haters gonna hate", pour les films de minuit c’est plutôt "ceux qui savent, savent". Les films des autres séances se doivent de conquérir le public, pour les séances de minuit  le public est déjà acquis d’avance au film qu’il s’attend à voir. C'est ainsi que, depuis quelques années, avec des thrillers sanglants et des documentaires rock’n’roll, les séances de minuits sont devenues un rendez-vous événementiel à ne rater sous aucun prétexte.

Les séances de minuit c’est rock !


En 2007, le groupe U2 a joué deux titres en live sur les marches juste avant la projection de U2 3D, en fait une captation d’un extrait de concert en relief à voir seulement avec des lunettes 3D. Le documentaire musical est un genre qui s’invite souvent aux séances de minuit. L’année dernière c’est Iggy Pop qui est venu pour le documentaire Gimme Danger qui lui a consacré Jim Jarmush. La chanteuse Amy Winehouse a été trouvée morte à 27 ans, de nombreuses vidéos personnelles ont été retrouvées ensuite pour que Asif Kapadia en fasse Amy à Cannes en 2015 avant de gagner un Oscar du meilleur documentaire. Et c’est justement pour anticiper un éventuel futur succès avec un Oscar que Cannes essaie d’attirer des films sur la musique à minuit, comme par exemple The Sapphires de Wayne Blair en 2012 (mais qui n'aura finalement eu des statuettes qu’en Australie).

Les séances de minuit ça fait peur !


Les zombies c’est la vie, mais c’est injustement mort pour figurer en compétition : alors séance de minuit. En 2004 on découvre ainsi L’armée des morts, c’est non seulement un très bon remake du Zombie de George A. Romero mais aussi le premier film (son meilleur ?) d’un nouveau réalisateur qui allait ensuite se consacrer au blockbuster de super-héros : Zack Snyder. L’année suivante il y aura à minuit un documentaire dont le sujet est justement les films de minuits qui deviennent de plus en plus populaires Midnight Movies : From the Margin to the Mainstream par Stuart Samuels. Mais le souvenir de celui-ci a été en partie éclipsé par l’événement organisé en introduction juste avant : une vingtaine de minutes d’images exclusives de Land of the Dead, le prochain film que tournait justement le père des zombies de retour à la réalisation. Et, cri d'effroi supplémentaire sur la gâteau horrifique, George A. Romero lui-même était présent et est monté sur scène !

Autre pointure du genre depuis son Evid Dead et après sa trilogie Spiderman, voici Sam Raimi invité en séance de minuit en 2009 pour son nouveau film Jusqu’en enfer avec une malédiction démoniaque qui avait bien fait palpiter la salle. Même si son nouveau film est plutôt raté, un grand nom du fantastique sait désormais qu’il pourra être à Cannes à minuit, comme par exemple Dario Argento en 2012 avec son Dracula 3D. 2012 toujours à minuit la claque viendra de Maniac par Franck Khalfoun et Alexandre Aja entièrement en caméra subjective du point de vue du tueur, avec l’équipe était présent William Lustig le réalisateur de l’original 30 ans avant (on espère le revoir encore à Cannes en 2018 pour le remake de son Maniac cop coproduit par Nicolas Winding Refn). Un des meilleurs films de 2016 aura été un film avec des zombies qui a été découvert à minuit à Cannes l’année dernière : Dernier train pour Busan de Sang-ho Yeon, qui a comme qualité bonus de venir de Corée du Sud, grand pays pourvoyeur de films pour les séances de minuit...

Les séances de minuit c’est asiatique !


Le savoir-faire coréen dans le genre thriller place la barre très haut, comme par exemple donc bien entendu ce Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho. En 2008 une autre séance de minuit a vu une longue ovation pour un nouveau réalisateur qui s’est imposé à coups de marteau : Na Hong-Jin avec The Chaser qui aurait d’ailleurs pu bousculer le palmarès s'il avait été en compétition (comme Old boy de Park Chan-wook en 2004). En 2015 ça sera O Piseu (Office) de Hong Won-Chan. Les autres pays asiatiques sont aussi régulièrement en séance de minuit avec certains de leurs réalisateurs les plus connus. En 2010, on découvre par exemple la grande fresque cape et épée Wu Xia de Peter Ho-Sun Chan, en 2013 c’est Blind Detective de Johnnie To et aussi Monsoon Shootout de Amit Kumar. En 2014 la surprise vient du film The Target de Yoon Hong-seung, qui est un dynamique remake du thriller français À bout portant de Fred Cavayé.

Les séances de minuit c’est aussi français !


C’est un reproche que l’on entend pour ces dernières éditions pour les films en compétition de la sélection officielle : il y a trop de films français, et pas les meilleurs. Certains films français tentent des choses dans le cinéma de genre, pas souvent pour le meilleur, mais Cannes se débrouille pour en placer certains en séances de minuit. Ainsi en 2009 on voit Ne te Retourne pas de Marina De Van dans lequel Sophie Marceau prendra l’apparence de Monica Bellucci. L’année suivante en 2010 c’est L’autre monde de Gilles Marchand avec Melvil Poupaud, Louise Bourgoin et Grégoire Leprince-Ringuet et un jeu vidéo mortel. Pour ce qui est du cinéma de genre français, la séance de minuit est presque synonyme malheureusement d’une appréciation de type : "des efforts mais peut mieux faire" (d’ailleurs Gilles Marchand avec Dans la forêt en février 2017 et Marina De Van avec Dark Touch en 2014 ont fait mieux ensuite).

D’autres films ont voulu exploiter sur leur affiche le logo du Festival de Cannes (surtout pour être vendus dans d’autres pays) mais bien qu’étant du genre "séance de minuit", ils n’ont pas pu avoir cette séance de prestige et ont été relégués pour ça en séance spéciale du Cinéma de la Plage (qui ne rend pas service aux nouveaux films) comme en 2015 Les enragés ou en 2010 La meute. Curieusement les séances de minuit sont plutôt bénéfiques à n’importe quel film, sauf aux films français qui semblent eux mieux accueillis en passant par La Semaine de la Critique : comme Grave (dans les salles depuis le 15 mars) l’année dernière ou A l’intérieur en 2007.

Cocorico, il y a quand même chez nous un cinéaste qui a pour particularité d’avoir eu plusieurs films en séance de minuit : c’est Gaspar Noé. En 2015 Love 3D provoque presque une émeute car il y a beaucoup plus de spectateurs présents que de places dans le théâtre Lumière, même à minuit (il n'y avait eu aucune séance plus tôt pour les journalistes, et un surnombre de tickets avaient distribués pour cette séance), en 2002 Irreversible est bien dans la compétition officiellen en course pour la palme, mais a quand-même été projeté à minuit avec quelques personnes qui ont dû en sortir avant la fin (quelques malaises à cause du mixage sonore avec des infra basses, et également dus à la longue scène de viol). Programmer Gaspar Noé à minuit provoque assurément un certain buzz : un buzz bénéfique partagé à la fois par le cinéaste et par le Festival.

On pourrait d'ailleurs mesurer le degré de réussite d’une édition du Festival de Cannes non pas seulement à son palmarès mais pourquoi pas aussi à ses films de minuit, et au buzz qui en est résulté. Alors, qu’en sera-t-il pour Cannes 2017 ?

Kristofy pour Ecran Noir

L’instant zappette: Dear Black people, arrêtez de mourir dans les séries!

Posté par wyzman, le 30 août 2015

*Si vous n'aimez pas les spoilers, ne lisez pas les lignes qui suivent !* L’événement de la semaine passée était sans aucun doute le lancement de Fear The Walking Dead, le spin-off en forme de prequel de la série que l'on ne présente plus : The Walking Dead. Également diffusée sur AMC le dimanche soir, la nouvelle série en chantier a réussi son lancement puisqu'ils étaient pas moins de 10,1 millions d'Américains à suivre ce qui va être une véritable hécatombe. Si aujourd'hui, nous sommes amenés à vous parler de ce pilote, ce n'est pas pour sa qualité (relative) ou pour vous donner de multiples raisons de regarder la série mais pour évoquer l'un de ses désagréments : le traitement des personnages noirs.

Annoncée et teasée depuis des mois, Fear The Walking Dead a la particularité d'être portée par des acteurs d'origines ethniques diverses style United Colors of Benetton. La série suit en effet les péripéties d'une famille recomposée. Nick et Alicia sont les enfants (blancs) de Madison. Celle-ci est en ménage avec Travis, lui-même incarné par l'acteur néo-zélandais et de couleur Cliff Curtis. Travis a déjà eu un enfant, Chris, avec Liza, une hispanique. Le meilleur ami de Nick, Calvin, est un jeune Afro-Américain. Idem pour Matt, le petit copain d'Alicia. De la diversité, en veux-tu en voilà ! Malheureusement, si producteurs et scénaristes tenaient ici le bon bout, ils se sont littéralement vautrés au moment d'écrire les prémisses de ce qui va être un bain de sang. Explications.

Dans ce genre d'exercice (le pilote d'une série d'horreur), il est évident qu'il faut un, voire plusieurs morts. Dans Fear The Walking Dead, Calvin, l'ami de Nick, s'avère être son dealer et donc le responsable de son bad trip de la veille. Et un cliché, un ! Plus encore, après une altercation qui mène à la mort de Calvin, celui-ci se retrouve transformé en zombie. Ne nous demandez pas où est la logique, nous nous posons également la question. Mais peu importe ! Transformé, Calvin s'attaque à la mère de Nick avant d'être écrasé par le pick-up familial à de multiples reprises. Et le pilote s'achève sur Calvin, bien amoché, mais encore prêt pour un autre round. Quant à Matt, le petit copain noir d'Alicia, il lui fait faux bond lors d'un rencard et, Fear The Walking Dead oblige, nous supposons qu'il lui est arrivé quelque chose de grave. Comprenez une attaque de zombie.

Questions : pourquoi toujours commencer par sacrifier le personnage noir ? Est-il plus facilement dispensable qu'un autre personnage ? Sa mort est-elle moins signifiante et plus appropriée au moment de lancer une série ? Nous posons la question. Et visiblement, nous ne sommes pas les seuls. Forbes s'amuse déjà à dire que, dans la mesure où le principal du lycée d'Alicia est également un Afro-Américain, on pouvait s'attendre à ce qu'il soit tué et/ou transformé dès le pilote. En face, HitFix fait le parallèle avec The Walking Dead qui, depuis ses débuts, a pris la mauvaise habitude de donner aux personnages Afro-Américains des "storyline minimes juste avant qu'ils ne soient amenés à mourir". Et là, le doute s'empare de nous. L'action de Fear The Walking Dead se situe à Los Angeles, une ville qui compte 4 millions d'habitants intra-muros dont seulement 10% de Noirs. S'il ne fait aucun doute que la série montrera des personnages noirs succomber (ne nous leurrons pas), les scénaristes ne sont pas pour autant allés piocher dans les 49% d'Hispaniques présents à Los Angeles lors du recensement de 2010.

Si la série veut s'affranchir de The Walking Dead, elle a tout intérêt à faire preuve de plus de réalisme ! Hors de toute volonté de politiser son propos, il s'agit d'un simple conseil. Dans Fear The Walking Dead, il n'est pas question de forêts et de bois ou encore de champs mais d'une métropole connue pour sa diversité et son incroyable tolérance. Après la déception Scream (MTV), l'adaptation télé qui s'est débarrassée dans cet ordre de la rousse, la lesbienne et l'Asiatique - faute d'avoir de personnage noir -, il semble qu'aucune nouveauté de cet été ne soit en mesure de lier tension dramatique et bonne représentation de la diversité. Dans la saga cinématographique, il aura tout de même fallu attendre le second volet pour qu'un personnage Afro-Américain apparaisse clairement à l'écran - et décède.

Même UnREAL (Lifetime), drame phénoménal sur les coulisses d'une émission de télé-réalité, n'a pu s'empêcher de faire passer les hispaniques pour des filles exotiques et faciles et les noires pour des aimants à embrouilles vulgaires. Diffusées sur des chaînes du câble, ces trois séries (Fear The Walking Dead, Scream et UnREAL) ne font que confirmer ce que l'on pensait déjà : la diversité se trouve désormais sur les grands networks, dans les œuvres de Oprah Winfrey, Shonda Rhimes et Lee Daniels ou encore Justin Simien (Dear White People) ! Un comble.

L’instant Court : des zombies Deep Inside…

Posté par kristofy, le 9 juillet 2013

Comme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après le court-métrage En Douce avec Camille Claris, voici l’instant Court n° 114.

A l’affiche depuis mercredi dernier, World War Z n’est pas du tout le meilleur film de la semaine ni le meilleur film de zombies, mais l’invasion de Brad Pitt est mondiale. Cette adaptation du roman de Max Brooks semble d’autant plus décevante que son autre bouquin Guide de survie en territoire zombie est sur la table de chevet de ceux qui attendent voracement la quatrième saison de la série Walking Dead

Le tournage de cette grosse production américaine World War Z a eu lieu dans plusieurs pays avec plus d’un millier de figurants (et un petit rôle pour le français Grégory Fitoussi). Un court-métrage avait déjà imaginé les conditions de ce type de tournage justement du point de vue de deux figurants, c’était il y a deux ans en 2011 dans le cadre de l’opération ‘Talents Cannes Adami’.

Ce soutien aux jeunes talents en direction des professionnels (directeurs de casting, producteurs…) fêtait ses 20 ans cette année, et ce sont d’anciens ‘Talents’ des années précédentes qui sont passés derrière la caméra avec le thème  « Les moments forts d’un acteur, d’une actrice » : Aure Atika (Talents Cannes 1994), Léa Drucker (Talents Cannes 1995), Clément Sibony (Talents Cannes 1996), Elodie Navarre (Talents Cannes 1996), Tomer Sisley (Talents Cannes 1999), Alice Taglioni (Talents Cannes 2002) et Pierre Niney (Talents Cannes 2007).

Parmi les courts-métrages ‘Talents Cannes Adami’ réalisés en 2011 il y avait Deep Inside qui donc montrait avec humour les 8 minutes de préparation de deux figurants avec le clap ‘action’ d’une production américaine d’un film de zombies avec une star, ici Keira Knightley. On y évoque la méthode d’acting à l’américaine d’être habité par le vécu de son personnage, et le stress de rater sa performance aussi courte soit-elle…

Voici donc ici le court-métrage Deep Inside réalisé par par Marc Gibaja (Ma vie n'est pas une comédie romantique), avec Juliette Lamboley et Vincent Menjou-Cortès. Les Américains tournent à Paris, au cimetière du Père-Lachaise, un film de zombie avec Ashton Kutcher et Keira Knightley. Dans une tombe, deux figurants français maquillés en morts-vivants, attendent le mot magique « action » pour sortir de leur trou et vivre enfin leur moment de gloire...

Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait de Deep Inside.

Sitges : le cinéma fantastique à l’honneur

Posté par MpM, le 6 novembre 2008

Festival international du film de Catalogne à SitgesPour sa 41e édition, le Festival international du film de Catalogne, consacré au cinéma fantastique, a confirmé le succès croissant rencontré lors des éditions précédentes avec pas moins de 140 000 festivaliers sur une dizaine de jours. Qu’est-ce qui attire les amateurs du cinéma de genre à Sitges ? Probablement la diversité des films présentés, allant de l’épouvante pure et dure au surnaturel, en passant par la science fiction et l’héroïc fantasy. Par le passé, des cinéastes aussi différents que Woody allen (Scoop), Jaume Balagueró (Rec) ou Hayao Miyazaki (Le château ambulant) ont ainsi participé à la compétition principale !

Sans surprise, cette année, il y en avait donc encore pour tous les goûts. Après le très moyen Mirrors d’Alexandre Aja en ouverture, la compétition a enchaîné Surveillance de Jennifer Lynch (meilleur film), Eden Lake de James Watkins (Prix du jury), Le bon, la brute et le cinglé de Kim Jee-woon (meilleur réalisateur et meilleurs effets spéciaux), The Sky Crawlers de Mamoru Oshii (meilleure musique), Tale 52 d’Alexis Alexiou (meilleur scénario), Red de Trygve Allister Diesen and Lucky McKee (Brian Cox meilleur acteur), Martyrs de Pascal Laugier (prix des meilleurs maquillages FX)… Soit à la fois le plus radical et le plus délirant, le plus pervers et le plus philosophique. Hors palmarès et hors compétition, on croisait également Transsiberian de Brad Anderson, Rocknrolla de Guy Ritchie, Dachimawa Lee de Ryoo Seung-wan ou encore The broken de Sean Ellis.

Côté événements, un hommage a été rendu au film 2001, Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick dont c’était le 40e anniversaire. Les réalisateurs Nicholas Meyer (C’était demain, Star Trek 2, 4 et 6…) et John Carpenter (New York 1997, Los Angeles 2013, The thing…) ont par ailleurs reçu un "Time Machine Award" (Prix de la machine à remonter le temps) pour l’ensemble de leur carrière. Enfin, et les mini-events trauma du festival de cannes sont battus à plate couture, une parade de zombies ("Eastpak Zombie Walk") a réuni plusieurs centaines de personnes déguisées en zombies et autres morts vivants, sous la houlette du spécialiste George Romero qui a lui-même donné le coup d’envoi.

L’édition 2009 du Festival de Sitges devrait faire la part belle à l’univers d’Alien (on fêtera le 30e anniversaire du premier volet dirigé par Ridley Scott) et au phénomène Ghostbusters. Avec peut-être, pour fêter l’événement, un défilé nocturne de fantômes ?

BIFFF 2008 expressionism kitsch and Roma

Posté par denis, le 6 avril 2008

Le suranné a toujours un goût de douce mélancolie qui ne demande qu’à réinvestir l’affect des spectateurs du BIFFF. Loin des grosses productions actuelles, avec SFX digitaux monstrueux et bande-son tonitruante, quelques films résistent à l’appel du toujours plus avec les nouvelles techniques, et préfèrent se tourner vers leurs aînés pour construire bout à bout des pelloches fleurant bon les eighties voire les sixties.

The Aerial

Commençons par The Aerial, film espagnol réalisé par Esteban Sapir, pamphlet sévère sur la colonisation des esprits dont l’esthétique rappelle autant les films de Murnau que ceux de Guy Maddin. Construit en ombres chinoises, en superposition de plans, en images irisées et sur des surimpressions de dialogues, The Aerial est un exercice de style surprenant, ne tombant jamais dans la démonstration de savoir-faire de son réalisateur mais appliquant par amour du cinéma les multiples techniques du langage cinématographique. On peut même oser faire le grand écart entre l’utilisation de ces dialogues incrustés dans l’image rappelant le Domino de Tony Scott et le maelstrom de plans se chevauchant digne de L’homme à la caméra de Dziga Vertov. D’ailleurs tout le spectre du cinéma expressionniste se retrouve dans le film, de l’utilisation des ombres et des lumières aux axes de caméra tarabiscotés, sans oublier les décors parfois en trompe-l’oeil et sentant bon le carton pâte sortis tout droit du Cabinet du Dr Caligari. Et tout cela ne serait qu’une suite de référence si The Aerial n’était pas aussi contemporain dans son propos et si humain dans le traitement de ses personnages. Une famille résiste à l’hégémonie du directeur d’une chaîne de télévision qui a asservit toute la population. Après avoir mangé leurs paroles, les habitants ne parlent plus, ce dictateur veut aussi s’approprier leurs mots et leurs pensées. « Il nous a pris la parole, mais ils nous restent encore les mots » dit le grand-père, décidé à ne pas se laisser abattre. A l’heure actuelle où Rupert Murdoch, Bouygues et autres oligarques des médias s’arrangent pour asseoir leurs pouvoirs, The Aerial est une excellente piqûre de rappel. Et puis souvenez vous, la fameuse Métropolis de Fritz Lang date de 1927. Pourtant son approche des classes sociales et sa démonstration de la manipulation des masses sont toujours aussi pertinentes au XXIème siècle. Métropolis, The Aerial, même combat et même croyance en l’image pour réveiller l’imaginaire. L’imaginaire, seul territoire encore inexploré par tous ces assoiffés du pouvoir.

Flick

Changement d’épaule avec Flick, film semblant sortir tout droit d’une petite production des années 80, avec zombie belliqueux et bande-son rock’n roll. Pour son premier film, le réalisateur a joué la carte de l’esthétique kitsch et pulp, avec moult éclairages flashys bleus verts rouges grimant son film comme une B.D. live. D’ailleurs l’insert de cases de B.D. pour les scènes d’action appuie son parti pris de réaliser un petit film héritier du cinoche d’exploitation monté avec trois francs six sous, et rappelant lors de quelques séquences un certain Evil Dead tant pour son personnage principal grimé en Ash que pour le rouge gore éclaboussant les murs. Pâtissant d’une histoire assez simpliste, le gentil Flick revient d’entre les morts habillé de son éternel costard à la Elvis pour se venger de ceux qui l’ont ridiculisé lors du bal quand il avait 20 ans, Flick se voit donc avec plaisir principalement pour les souvenirs qu’il réanime quand on découvrait en cachette ces petites VHS d’horreur sans grande envergure mais fabriquées dans le respect du genre. Et puis il ne faut pas oublier le caméo de Faye Dunaway en flic manchot combattant cet Elvis mort-vivant. Du cinoche d’antan quoi !

La trilogie d'Argento

Et nous arrivons maintenant à ce qui aurait du être la continuité par excellence d’un cinéma révolu, un cinéma bercé par Mario Bava et par l’esthétique baroque, transporté par une folie meurtrière et social, diabolique et surréaliste, ce cinéma d’antan que seuls les noms de Carpenter ou Argento peuvent ressusciter. Voilà maintenant plus de 25 ans que les fans d’Argento attendaient une suite à Inferno et Suspiria, plus d’un quart de siècle que l’on désirait voir le dernier épisode de sa fameuse trilogie sur les Trois Mères. Mais de la même manière qu’un grand cru devient du vin de sauce si l’on attend trop longtemps, Argento a laissé les années prendre le pas sur son imaginaire débridé, et ne livre aujourd’hui qu’une bien triste conclusion à ses deux précédents chefs d’œuvre.

Par où commencer tant la déception est grande. Abandonnant totalement ce qui faisait sa marque de fabrique, à savoir des éclairages oniriques jusque là inégalés et une utilisation quasi subliminale de la musique (ah la séquence dans l’appartement dans Inferno), Argento opte pour une approche réaliste afin de mieux plonger Rome dans un délire dionysiaque sombrant involontairement dans le Z grotesque. Une fois passé ce changement de cap desservant le film, les éclairages sont proches du téléfilm et les lieux ne sont jamais mis en valeur, il devient impératif de retrouver les ambiances ésotériques qu’Argento affectionnait tant. Nous sommes dans le monde de la sorcellerie et de la magie noire, où les apparences sont trompeuses et où la réalité se cache derrière l’invisible. Du moins c’est ce qu’Argento fait dire à l’un de ses personnages sans prendre lui-même en compte ces règles de base. Sans jamais accorder une quelconque concordance des lieux et des personnages, les acteurs apparaissent les uns après les autres pour la minute d’après se faire trucider, et les déambulations de la pauvre Asia ne sont compréhensibles que pour elle-même, le spectateur s’interroge sur ce qui défile devant ses yeux. Et plus le métrage avance et plus l’on se rend compte que le maître transalpin choisira à chaque fois les mauvaises directions pour construire son chant du cygne bien funeste. Il est pourtant évident que quelques signes cabalistiques et des demoiselles habillées en succubes ne suffisent pour construire et rendre crédible cette deuxième chute de Rome tant annoncée. Et si les meurtres sont suffisamment sauvages et balancés selon la régularité d’un métronome, sur ce point là Argento remplit plus que le cahier des charges et donne à voir éventrements, émasculation, égorgements en cascade et même une pénétration par arme blanche particulièrement sadique, ils ne viennent que compenser un manque dont le réalisateur semble bien avoir conscience sans pouvoir toutefois y remédier. Sa plus mauvaise idée sera alors l’utilisation d’éléments érotique pour donner le change. Des poitrines généreuses se dévoilent, des femmes font l’amour entre elles, la Mère en question se balade un sein dénudé. On se croirait être dans la pantalonnade ironique de La Neuvième porte de Polanski, et le comble est atteint lors de l’orgie finale, caricature involontaire d’un sabbat. Notre belle Mother of tears tombe alors dans les limbes d’un Z italien. On passera sur le jeu des acteurs, Asia trouve ici peut-être l’un de ses plus mauvais rôles, et la dernière scène du film, quasi insultante pour tous les fans du maître. Pourtant les épisodes réalisés par Argento pour les Masters of Horror avaient laissé espérer une résurrection improbable. Las. Cette troisième mère aurait mieux fait de ne jamais voir le jour.