Xavier Dolan rejoint Jessica Chastain et James McAvoy au casting de Ça 2

Posté par wyzman, le 21 juin 2018

La nouvelle est tombée il y a quelques minutes seulement : Xavier Dolan rejoint la distribution de Ça 2 dans un rôle secondaire, aux côtés de Jessica Chastain et James McAvoy.

Une suite très attendue

D'après les premières informations récoltées par Deadline, Xavier Dolan incarnera Adrian Mellon dans la suite de l'adaptation cinématographique du roman de Stephen King. Dans ledit roman, Adrien Melton est un homme gay vivant à Derry et victime de harcèlement.

Andy Muschietti, qui a mis en scène le premier volet de la saga, sera de retour à la réalisation. Cette suite qui présentera les enfants du Losers 'Club tourmentés par Pennywise à l'âge adulte. James McAvoy incarnera Bill, Bill Hader Richie, Jessica Chastain Beverly, James Ransone Eddie, Andy Bean Stanley, Jay Ryan Ben et Isaiah Mustafa sera Mike. De son côté, Bill Skarsgard sera également de retour sous les traits de Pennywise.

Toujours d'après Deadline, le tournage de Ça 2 devrait débuter en juillet. L'an dernier, Ça a rapporté 700 millions de dollars au box office mondial. Acclamé par la critique et adoré par le public pour J'ai tué ma mèreLaurence Anyways, Mommy et plus récemment Juste la fin du monde. La date de sortie de son prochain film, Ma Vie avec John F. Donovan, devrait être prochainement annoncée. En septembre dernier, il avait annoncé sur Twitter que "Ça est [son] film préféré du 21e siècle".

Très attendu par les fans de films d'épouvante, Ca 2 sera également l'occasion pour de nombreux cinéphiles de voir Xavier Dolan et Jessica Chastain ensemble sur grand écran. Au casting de Ma Vie avec John F. Donovan, Jessica Chastain a récemment dû être coupée au montage, pour des raisons artistiques. Cette annonce avait fait l'effet d'une bombe.

Quinzaine 50 – 20 cinéastes nés à la Quinzaine des réalisateurs

Posté par vincy, le 14 mai 2018

Héritière directe de ceux qui voulaient affranchir le cinéma de ses chaînes en 1968, la Quinzaine célèbre cette année sa 50e édition. L'occasion d'une promenade à son image - en toute liberté, et forcément subjective - dans une histoire chargée de découvertes, d'audaces, d’enthousiasmes, de coups de maîtres et de films devenus incontournables.

En partenariat avec Critique-Film. Retrouvez tout le dossier ici.


La quinzaine a souvent eu du flair, soit en choisissant des réalisateurs prolifiques d'une cinéphilie peu exposée (Oliveira, Lester James Peries, Ray ...), soit en fidélisant des cinéastes "étiquettés" cannois, soit encore en sélectionnant des réalisateurs qui n'avaient qu'un ou deux longs métrages (pas forcément exportés) à leur actif (Paul Pawlikowski, Todd Solondz, Stephen Frears, Todd Haynes, Denys Arcand, Ann Hui, Atom Egoyan, Roberto Benigni, Ken Loach ...). Elle a aussi manqué les débuts de Hou Hsiao-hsien et Aki Kaurismaki, n'a jamais choisi Pedro Almodovar ou Nanni Moretti, et a souvent invité Newell, Chahine, Oshima, Fassbinder, Schroeter ou encore Carle.

Aussi la sélection suivante n'intègre pas des cinéastes passés par la Quinzaine comme Théo Angelopoulos, Abderrahmane Sissako, Ang Lee, Bong Joon-ho, Gregg Araki, Michel Ocelot, Lynne Ramsey, Werner Herzog, ou tous ceux que nous venons de citer, puisqu'on ne peut pas dire qu'ils aient été révélés par la sélection parallèle. Cependant on notera que trois d'entre eux sont en compétition pour la Palme d'or cette année. Et que certains ont reçu par la suite Palmes ou/et Oscars.

Bob Rafelson - Head (1969)
Produit et coscénarisé par Jack Nicholson, ce film musical est l'adaptation au cinéma d'une série télévisée The Monkees créée par Bob Rafelson. Le film sera un échec public. Mais avec Five Easy Pieces en 1970, nommé à l'Oscar du meilleur film, et Le facteur sonne toujours deux fois en 1980, le cinéaste deviendra à la fois culte et populaire.

Lucian Pintilie - La reconstitution (1970)
Son premier film, en 1965, Dimanche à six heures, n'avait pas connu une carrière internationale fracassante malgré ses prix à Mar del Plata. Avec ce deuxième long, le cinéaste roumain s'offre une belle exposition qui en fera une figure de proue du cinéma roumain dans la période communiste. Deux fois en compétition à Cannes par la suite, avec Un été inoubliable et Trop tard, il recevra pour Terminus Paradis un Grand prix du jury à Venise.

George Lucas - THX 1138 (1971)
C'est le premier long métrage de Lucas. Déjà dans la Science-fiction. Déjà à Cannes. Sans aucun doute cette sélection lui a conféré l'aura d'un auteur singulier, avant son American Graffiti et surtout avant Star Wars, qui le propulsera sur une autre planète du cinéma. C'est évidemment son ouvre la plus audacieuse.

Martin Scorsese - Mean Streets (1974)
C'est son troisième long métrage (après Who's That Knocking at My Door et Bertha Boxcar), mais c'est véritablement le premier à se frayer un chemin vers l'international. Mean Streets, dans la mouvance du nouveau cinéma américain initié par Coppola (qui le produit), Rafelson, Hopper, Lucas et Spielberg (tous deux avant leur passage au blockbuster), précède Alice n'est plus ici et Taxi Driver (Palme d'or deux ans plus tard). Le film révèle Robert de Niro, grâce auquel il reçoit ses premiers prix d'interprétation, et Harvey Keitel.

André Téchiné - Souvenirs d'en France (1975)
Six ans après son premier film, Pauline s'en va, primé à Venise, le cinéaste galère. Ce deuxième film si tardif, avec la présence de Jeanne Moreau en tête d'affiche et de Marie-France Pisier, qui sera césarisée l'année suivante, va lui ouvrir les portes du 7e art. Surtout, on se souvient de Pisier balançant l'une des répliques cultes du cinéma français: "Foutaises ! Foutaises !"

Jim Jarmusch - Stranger than Paradise (1984)
Quatre ans après Permanent Vacation, Jim Jarmusch débarque à Cannes avec son 2e film, une version longue d'un court métrage réalisé un an plus tôt. Il a tout juste 31 ans. Et il devient rapidement une sensation du festival. Le film obtient la Caméra d'or à Cannes et le Léopard d'or à Locarno quelques mois plus tard. Un tremplin vers la compétition puisqu'il y sera 8 fois sélectionné, emportant le Grand prix du jury pour Broken Flowers en 2005. Il n'a jamais été nommé à un seul Oscar.

Spike Lee - Nola Darling n'en fait qu'à sa tête (1986)
C'est son premier long métrage trois ans après son film de fin d'études. Le turbulent Spike Lee surgit dans la cinéphilie mondiale avec sa Nola. Non seulement ce fut un énorme succès mais il glana plusieurs prix dont celui du meilleur premier film aux Independent's Spirit Awards. Tourné en 12 jours, il insuffle un ton nouveau dans le cinéma indépendant américain. Le film sera même décliné en série tv. Et Spike Lee est de nouveau en compétition cette année.

Terence Davies - Distant voices, Still lives (1988)
Après trois moyens métrages, le romancier et réalisateur britannique dévoile la délicatesse de son style dans ce premier long. Et ce sera la découverte d'un grand auteur. Le film sera récompensé par un Léopard d'or au Locarno Festival 1988 et cité pour le César du meilleur film européen. Il emporte également le prix FIPRESCI à Cannes puis à Toronto. Davies revient de loin: faut de budget conséquent, il a du tourner le film durant les week-ends pendant deux ans.

Michael Haneke - Le septième continent (1989)
Le futur cinéaste double-palme d'or a commencé sa carrière à l'écart du Bunker. Connu dans son pays pour ses téléfilms, il arrive avec son premier long métrage dans la section parallèle. Il y présentera les deux suivants avant d'être "upgradé" en compétition pour presque tous les films qui suivront. C'est déjà le style Haneke avec cette histoire d'une famille dont la vie quotidienne n'est rythmée que par des actes répétitifs jusqu'à s'autodétruire.

Jaco Van Dormael - Toto le héros (1991)
Quatre ans avant le carton du Huitième jour en compétition, le réalisateur belge arrive à Cannes dès son premier coup (en même temps il n'a réalisé que quatre longs métrages en près de 30 ans). Après quelques documentaires et courts métrages, ce succès public autour d'une histoire existentielle et de revanche (comme tous ses films), formellement originale, récolte toutes les récompenses: Caméra d'or à Cannes, quatre prix du cinéma européen, un césar du meilleur film étranger, quatre "César" belges...

James Mangold - Heavy (1995)
Bien avant de tourner pour les studios et les méga-stars (Logan, Wolverine 2, Night and Day , Walk the Line et Cop Land entre autres), le réalisateur américain est venu discrètement présenté son premier film à la Quinzaine, quelques mois après son avant-première à Sundance. Le film, avec Liv Tyler, est dans la lignée du cinéma américain des seventies, un peu prolétaire, un peu dramatique.

Jean-Pierre et Luc Dardenne - La promesse (1996)
C'est leur troisième fiction, et les deux frères belges sont déjà auteurs de plusieurs documentaires. Pourtant, avant qu'ils ne soient consacrés par une double Palme d'or, les Dardenne surgissent en mobylette avec un néophyte, Jérémie Renier. Tout y est déjà: la classe moyenne (plutôt celle du bas), la caméra à l'épaule, la conscience morale, le dilemme biblique, la jeunesse. C'était bien la promesse d'un certain cinéma qui allait conquérir le plus grand des festivals. Le film obtient une quinzaine de prix dans le monde.

Jafar Panahi - Le ballon blanc (1995)
De retour en compétition à Cannes cette année, le cinéaste iranien condamné à ne plus tourner ni à sortir de son pays, s'est envolé dans les étoiles il y a 23 ans à la Quinzaine avec son Ballon Blanc, drame familial poétique. C'est le seul film du réalisateur qui est sorti en Iran. Caméra d'or avec ce film, Panahi enchaînera ensuite avec un Léopard d'or au Festival international du film de Locarno pour Le Miroir, un Lion d'or à la Mostra de Venise pour Le Cercle et un Ours d'or du meilleur film au Festival de Berlin pour Taxi Téhéran. Manque plus que la Palme.

Naomi Kawaze - Suzaku (1997)
Après plusieurs documentaires, dont l'écriture influera sur celles de ses fictions, la japonaise Naomi Kawase passe au long métrage avec un drame familial dans un village en déclin. Elle aussi reçoit la prestigieuse Caméra d'or à Cannes, ouvrant la voie à six sélections en compétition ou à Un certain regard. Elle est récompensée d'un Grand prix du jury en 2007 et auréolée d'un Carrosse d'or de la Quinzaine des réalisateurs en 2009.

Bruno Dumont - La vie de Jésus (1997)
Les débuts de Bruno Dumont ont commencé au milieu de la Croisette, deux ans avant son Grand prix du jury pour L'Humanité et neuf ans avant son deuxième Grand prix du jury pour Flandres. Cet abonné au Festival (Ma Loute fut en compétition) n'a jamais dédaigné revenir à cette sélection qui l'a révélé. on y a vu l'an dernier Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc et surtout la série tv P'tit Quinquin. Dumont filme déjà le Nord, la précarité, les exclus, avec des comédiens non professionnels, avec au centre un jeune chômeur qui vit chez sa mère à Bailleul dans un triangle amoureux pas joyeux. Le film recevra en plus le Prix Jean Vigo et une mention spéciale à la Caméra d'or.

Sofia Coppola - Virgin Suicides (1999)
Prix de la mise en scène l'an dernier à Cannes avec Les proies, lauréate d'un Lion d'or à venise, auteure d'un film culte et populaire (Lost in Translation, qui remis Bill Murray sur les rails et révéla Scarlett Johansson), l'héritière Coppola a fait ses premiers pas à Cannes avec un film qui a vite fait le buzz. Kirsten Dunst n'était pas encore connue. Kathleen Turner n'avait plus le glam d'antan. Pourtant cette tragédie familiale, enveloppée des mélodies mélancoliques du groupe Air, a lancé sa carrière avec des projections blindées et l'affirmation d'une cinéaste qu'il fallait suivre.

Cristian Mungiu - Occident (2002)
Dès son premier film, le cinéaste roumain arrive à Cannes, qu'il ne quittera plus d'une manière ou d'une autre: en sélection officielle, dans un jury... ou au palmarès en 2007 avec la Palme d'or, le Prix FIPRESCI pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, en 2012 avec le Prix du scénario pour Au-delà des collines et en 2016 avec le Prix de la mise en scène pour Baccalauréat. Occident est sans doute le plus "léger" de ses films, se focalisant sur l'exode des jeunes voulant partir dans la partie la plus prospère de l'Europe, dans un pays où la corruption, l'injustice et la pauvreté ne laissent pas beaucoup d'espoir...

Nadine Labaki - Caramel (2007)
En compétition à Cannes cette année avec Capharnaüm, la cinéaste libanaise, qui nous avait enchantés à Cannes avec son précédent film Et maintenant, on va où ? il y a sept ans, a d'abord fait étape à la Quinzaine avec ce premier film, le sensuel et féministe Caramel. Un salon de beauté et de coiffure de Beyrouth permettent à cinq femmes d'évoquer leurs amours (parfois infidèles) et leurs désirs (parfois tabous). Ce portrait du Liban, et de ses communautés comme de ses conflits, a charmé le Festival, et connu un joli succès public.

Xavier Dolan - J'ai tué ma mère (2009)
A quoi reconnait-on un chouchou cannois? A sa trajectoire cannoise: de la Quinzaine au Grand prix du jury de la compétition, en passant par une Queer Palm et le film chéri d'une édition (Mummy). Xavier Dolan s'est imposé dès son premier film. Les critiques se sont vite emballées autour de ce drame de la jeunesse, où l'on retrouve déjà les principaux thèmes de son œuvre et son style personnel. Anne Dorval, Manuel Tadros, Suzanne Clément sont déjà devant sa caméra. Ces 400 coups reçoivent à Cannes le prix Art et Essai CICAE et le prix de la SACD pour le scénario, puis plusieurs mois plus tard le prix du meilleur film québécois aux "César" locaux.

Damien Chazelle - Whiplash (2014)
Avant d'être le plus jeune réalisateur oscarisé pour La la Land, le cinéaste américain a débarqué avec un film faussement musical, vraiment dramatique, et totalement initiatique. Une pulsion violente autour du perfectionnisme. Le film, déjà sacré à Sundance, a fait explosé sa cote grâce à sa réception à la Quinzaine, dithyrambique, et ce quelques mois avant d'être distingué à Deauville et d'être nommé aux Oscars. Ironie de l'histoire, son scénario a été dans la fameuse Black List des grands scripts non produits et il lui a fallu réalisé un court métrage à partir d'une partie du scénario pour convaincre des producteurs. Désormais il est au firmament, parmi les noms les plus courtisés par Hollywood. Pourtant ce n'est pas le premier film de Chazelle (il en avait réalisé un quand il était étudiant). C'est cependant bien à Cannes que sa notoriété a décollé.

Cannes 2018 : ce qu’il faut retenir de la conférence de presse

Posté par wyzman, le 12 avril 2018

Malgré quinze minutes de retard, la conférence de presse du 71e Festival de Cannes tenue par Pierre Lescure et Thierry Fremaux a réservé pas mal surprises. A commencer par la sélection officielle : inattendue et rafraîchissante côté Compétition, il sera beaucoup question de diversité dans la section Un certain regard tandis que les Séances spéciales/de minuit/Hors-compétition ont de quoi réjouir les cinéphages aguerris. Voici dans le détail tout ce que vous devez savoir à moins de 4 semaines du lancement des festivités.

  • Les selfies seront bien interdits. Thierry Fremaux l'a de nouveau expliqué : "Ce ne sont pas les stars qui se prennent en photo. C'est des gens, invités par des partenaires, qui ont la chance d'être sapés comme jamais. C'est irrespectueux. Quand on a la chance d'être invité, il vaut mieux rester décent par rapport à ceux qui ne le sont pas." Tout cela avant d'ajouter : "On a des problèmes de cortège, de montées de marches, il faut faire entrer 2200 personnes dans la grande salle, les gens tombent, c'est une immense pagaille, c'est pas beau."
  • Le pass "3 jours à Cannes" pour les 18-28 ans fait un tabac. "Hier soir, il y avait 600 lettres de motivation pour le pass #3JoursACannes. On en a reçu de Chine et d’Inde !" Pour rappel, le pass permettra aux jeunes cinéphiles un peu chanceux de découvrir la sélection officielle les 17, 18 et 19 mai prochains.
  • Antoine Desrosières rejoint la sélection officielle à la dernière minute. "A genoux les gars a été ajouté à 3 heures du matin" a annoncé Thierry Fremaux avant de décrire ce film co-créé avec les actrices comme une traversée sur les "nouveaux modes de sexualité, les rapports femme/homme".
  • Les projections du matin réservées à la presse sont encore sources de questionnements. A l'écoute des journalistes, Thierry Frémaux consent : "On voudrait modifier la grille de programmation de Cannes, on veut questionner nos propre pratiques, questionner le futur, alors ce n'est pas en direction de la presse, mais des propos de galas. On n'a pas décidé de faire passer la presse après. Y compris les projections aux marchés doivent se faire après la projection de gala. On est conscients que ça va changer beaucoup de choses. On était convaincus que les télé, les radios seraient ravis, hors pas du tout..." Il ajoute : "L'embargo ça n'est pas possible. Le film est montré, tout le monde peut en parler. Projection de gala et de presse. On est en train de faire plein d'hypothèses, on parle beaucoup avec vos collègues" avant de reconnaître "La grille n'est pas facile à établir, on s'est mis nous même dans une montagne à gravir. Ça va changer beaucoup d'habitudes. C'est évident" et de conclure "Les projections d'avant Cannes nous ne les avons jamais interdites."
  • Le Festival a senti passer l'affaire Harvey Weinstein. Thierry Frémaux évoque un "tremblement de terre. Le monde n'est plus le même depuis octobre dernier. Pour aborder les femmes cinéastes, il y en a, la question des quotas ne concerne en aucun cas les quotas de sélections artistiques." La situation est néanmoins très claire pour le délégué général du festival : "Il n'y aura jamais de discrimination positive en sélection officielle à Cannes." avant de rappeler qu'il y a "trois femmes cinéastes cette année en compétition. On a beaucoup échangé avec des femmes cinéastes ces derniers temps. Et toutes nous disent que le processus de sélection n'est pas concerné par la question #metoo."
  • L'absence de Netflix serait entièrement due aux décisions de ses cadres. "Nous avons un dialogue fructueux, en dépit des apparences, avec Netflix. L'an passé, les débats sur la présence d'Okja nous ont conduit à redire que les films en compétition doivent être ouverts à la salle". Concernant l'édition 2018, Thierry Frémaux insiste : "Il y avait des candidats à la distribution des titres Netflix qui nous intéressaient, ils ont refusé donc ils ne pouvaient pas être en compétition" avant d'éclaircir : "Nous avions fait 2 propositions à ces films [Netflix] : un en compétition [Roma d'Alfonso Cuaron, NDLR] et un hors compétition (The Other Side of the Wind d'OrsonWelles) [...] pour des raisons qui leur incombent Netflix a décidé de les retirer."
  • L'absence de Paolo Sorrentino peut être expliquée. "Vous constatez qu'on a ouvert les portes et les fenêtres pour des gens jamais venus à Cannes. Le film de Paolo [Loro] sort en deux parties dont une sort avant Cannes. La nature même du projet nous a fait hésiter..."
  • Les absences de Xavier Dolan et Jacques Audiard sont regrettables pour tout le monde. "Nous avons vu le film de Dolan, on le voulait mais il est reparti en montage. Donc il n'y a de sa part aucun refus d'aller à Cannes." Parce que Cannes est rarement bon pour une course aux Oscars, Thierry Frémaux rajoute : "Il y a une stratégie d'automne donc en effet, les producteurs n'ont pas choisi Cannes. Le film de Jacques Audiard, très cher, produit par les Américains, soumis à des ventes, est toujours en montage (...) du côté des Américains, Cannes est un lieu où parfois ce n'est pas idéal, parce qu'il y a danger". Et cela, notamment parce que les critiques sont souvent plus tranchées à Cannes qu'à Toronto, Venise ou Sundance.
  • L'absence de séries télé n'a rien à voir avec la polémique Netflix. "L'an passé, nous avions des amis de Cannes, Lynch, Innaritu, Campion. Nous restons un festival de film, un festival de cinéma, on ne s'interdit pas de montrer un épisode, ça ne s'est juste pas trouvé cette année."
  • Le film de clôture n'est toujours pas choisi. "L'une de nos intentions est de terminer un samedi et que le film de clôture soit un film qui sorte. J'espère qu'on trouvera quelque chose, que ce film sorte le vendredi et soit montré à Cannes le samedi soir... Mais on n'a pas trouvé..."

Le nouveau film de Xavier Dolan ne passerait pas par Cannes

Posté par vincy, le 29 mars 2018

susan sarnadon

Dans le quotidien montréalais Le Devoir, Ma vie avec John F. Donovan (The Death and Life of John F. Donovan), le premier film en anglais de Xavier Dolan, ne ferait pas son avant-première au Festival de Cannes. Selon le journal "Le film aurait été aimé et désiré par le comité cannois de la sélection officielle, mais pour des raisons stratégiques de mise en marché, son lancement serait reporté à l’automne, au Festival international du film de Toronto (TIFF)".

Il peut y avoir un revirement de situations, et des pressions sur les producteurs, de la part des distributeurs. Mais le réalisateur québécois n'a pas forcément besoin du festival pour ce film au casting hollywoodien (Kit Harington , Jacob Tremblay, Natalie Portman, Thandie Newton, Bella Thorne, Susan Sarandon, Kathy Bates). L'objectif visé serait plutôt les Oscars. En ce sens, Toronto apparaît comme le meilleur choix. A l'exception de Tom à la ferme, projeté à Venise, Xavier Dolan a présenté tous ses films à Cannes: J'ai tué ma mère (Quinzaine des réalisateurs), Les amours imaginaires et Laurence Anyways (Un certain regard), Mommy et Juste la fin du monde (Compétition). Xavier Dolan avait aussi été membre du jury de la compétition.

Pas la fin du monde

Le cinéaste avait déjà exprimé son désir de ne pas aller à Cannes cette année, même s'il avouait que ça ne dépendait pas seulement de lui. Il avait été meurtri par les projections de Juste la fin du monde, pourtant reparti avec le Grand prix du jury, et ne voulait "pas renouveler l'expérience" de ce "goût amer". A l'époque, il avait confié: "J’ai besoin de savoir ce que les gens pensent, mais j’avais l’impression de lire un diagnostic psychologique. C’était tellement personnel et cruel que je suis revenu au Québec dans un état de choc. Il y a quelque chose qui s’est brisé et je ne pense pas que cela pourra se réparer un jour."

Xavier Dolan prépare actuellement son nouveau long métrage, Matt Max, qui sera prêt pour ... Cannes 2019.

Cette année, le cinéma canadien mise sur les nouveaux films de Denys Arcand (La chute de l'Empire américain), Sébastien Pilote (La disparition des lucioles), Denis Côté (si Répertoire des villes disparues, tout juste tourné, est prêt) ou encore Kim Nguyen (The Hummingbird project) pour être présent sur la Croisette.

Xavier Dolan coupe le personnage de Jessica Chastain dans son prochain film

Posté par vincy, le 5 février 2018

xavier dolan jessica chastain

"Lisez svp. Des nouvelles sans doute différentes de celles que vous attendiez peut-être... " voilà comme Xavier Dolan amorce son post Instagram publié cette nuit, où il annonce avoir coupé le personnage interprété par Jessica Chastain dans son prochain film, Ma vie avec John F. Donovan (The death and life of John F Donovan).

Cette nouvelle est d'autant plus surprenante que le réalisateur québécois n'a jamais caché être admiratif de l'actrice. Jessica Chastain avait été la première tête d'affiche confirmée pour ce film lors de l'annonce du projet en 2014. Leur histoire a débuté à Cannes cette année-là quand la comédienne avait tweeté son enthousiasme pour Mommy.

"Aucun sacrifice n'est envisageable"

On apprend dans son long texte instagrammé que le cinéaste est revenu au montage en mai dernier pour pouvoir présenter le film à l'automne (et sans doute viser les Oscars). "Rapidement, il devin évident qu'il n'était pas prêt". Dolan retourne alors en salle de montage en octobre "pour tenter de donner au film sa forme idéale".

jessica chastain-poster-donovan"Aucun sacrifice n'est inenvisageable, aucun compromis n'est impensable, pour la réussite d'une histoire qu'on aime" écrit-il en rappelant que "les films sont toute [sa] vie."

Une première version de quatre heures

La première version faisait plus de quatre heures. "Nous savions qu'une réflexion s'imposait sur la forme et le fond du film". Le personnage de méchant incarné par Jessica Chastain dans Ma vie avec John F. Donovan est ainsi né de la fascination pour Xavier Dolan et son co-scénariste Jacob Tierney pour les super-héros: "Un héros, un méchant, un public à protéger... C'était, pendant un moment - pendant des années, même - l'idée de notre histoire."

Evidemment, du scénario à la salle de montage, une histoire vit sa vie. Et pour "éviter toutes sortes d'interprétations sordides ou inutiles", il explique qu'il a coupé le personnage de Jessica Chastain de son film, "après mûre réflexion". "Ce fût un choix extrêmement difficile. J'éprouve envers Jessica un amour profond, et une grande admiration. Il s'agit d'une décision éditoriale et narrative, en ceci qu'elle n'est en rien relative à une performance, et entièrement à un personnage. Cette trame de "méchante", bien que je l'affectionnais particulièrement et qu'elle fût très drôle, s'insérait laborieusement dans le reste de l'histoire, qui finalement se révéla être davantage qu'une joute entre superhéros et ennemis, un récit sur l'enfance et ses rêves."

"Je suis déçu que la nature profonde de ce film n'ait pas permis à notre collaboration de voir le jour cette fois-ci", ajoute Dolan, espérant : "la vie est longue, et les rendez-vous manqués présagent de retrouvailles futures encore plus enrichissantes."

Aussi, Ma vie avec John F. Donovan se concentrera sur les relations familiales et sur les rapports mère-fils.

Xavier Dolan revient au Québec pour son prochain film

Posté par vincy, le 30 janvier 2018

xavier dolan tom à la ferme

Alors que son prochain film Ma vie avec John F. Donovan (The Death and Life of John F. Donovan) est attendu à Cannes ou à Venise, Xavier Dolan a confié qu'il reviendrait au Québec pour son prochain drame. Selon The Hollywood Reporter, il prépare actuellement Matt & Max, un film sur deux amis proches des trente ans qui se déroulerait dans la Belle province.

Le réalisateur incarnerait lui-même Max, et Anne Dorval (Comment j'ai tué ma mère, Mommy) retrouverait le rôle de sa mère.

Le reste des acteurs serait également québécois et proches du cinéaste.

A l'origine, Ma vie avec John F. Donovan devait parler d'homosexualité, et de la manière de vivre avec, sa représentation et sa place dans la société. Mais finalement, le film est davantage un drame familial qu'une réflexion sur l'identité gay. Or, depuis quelques temps, Xavier Dolan ne cache pas son intérêt pour les films LGBT, couvrant de louanges des œuvres comme Call Me By Your Name, Seule la terre ou encore Beach Rats.

Avec Matt & Max, il veut aborder plus frontalement le sujet. Il sera aussi comédien dans Boy Erased, un film sur les thérapies de conversion réalisé par Joel Edgerton. "Je ressens le besoin d'explorer des personnages qui ne sont pas nécessairement gays" explique-t-il dans un premier temps. "Mais quand j'ai lu le scénario de Boy Erased, j'ai été touché au cœur. (...) Cela m'a donné envie de revenir à l'écriture avec un scénario sur des personnages qui sont homosexuels."

Le script a été achevé il y a quelques semaines et il espère pouvoir tourner le film cet automne. "Ce sera une combinaison de Tom à la ferme, esthétiquement, et de Mommy en termes d'énergie et d'esprit."

Prometteur.

Le film que j’attends le plus en 2018: The Death and Life of John F. Donovan de Xavier Dolan

Posté par vincy, le 2 janvier 2018

Ce ne sont pas les attentes qui manquent. Et on aura forcément des surprises. Côté plaisirs coupables, j'avoue avoir hâte de découvrir Ocean's Eight, Les indestructibles 2, Ready Player One, Isle of Dogs, ou dans un registre moins blockbuster Lean on Pete. Evidemment, celui que j'aurai du placer ici s'appelle Call Me By Your Name, déjà assuré d'être mon film de l'année 2018. Mais ce serait triché: je l'ai déjà vu.

Aussi j'opte pour le prochain Xavier Dolan. Bien sûr, son dernier film nous avait déçu. Toujours doué dans sa direction d'acteur, on était frustré par son adaptation de la pièce de Lagarce. Mais si l'on prend en compte l'ensemble de son œuvre, cela reste le jeune réalisateur le plus extravagant, surprenant, singulier et l'un des plus doués.

The Death and Life of John F. Donovan est excitant à plus d'un titre. Et il est fort à parier qu'il sera dans un des grands festivals du circuit. Et pourquoi pas à Cannes? Rien que le casting fait saliver: Kit Harrington, Jessica Chastain, Jacob Tremblay, Natalie Portman, Thandie Newton, Susan Sarandon, Kathy Bates, Ben Schnetzer, Bella Thorne...

Tourné de juillet 2016 à juin 2017 à Montréal, Londres et Prague,, le film, son premier en anglais, est un mystère. Dolan a révélé très peu de choses hormis le pitch qui s'avère très en phase avec l'actualité: une éditrice d'un magazine people à ragots a publié il y a dix ans une correspondance entre une star de la télé américaine, le fameux John F. Donovan, et un garçon de 11 ans. Le film est l'histoire de l'impact et des conséquences de ce cataclysme médiatique.

Ce 7e film de Dolan fera le buzz à coup sûr. On a envie de l'aimer, d'y croire. Pas seulement pour les acteurs, pas uniquement pour le culte autour de son auteur: simplement parce qu'à chaque film, le réalisateur a su changer de registre, de style, s'embarquant dans des audaces parfois brillantes, parfois inabouties, qui nous prouvent que le cinéma n'est pas mort et que le romantisme, au sens littéraire du terme, est bien vivant.

Xavier Dolan rejoint Kidman, Crowe et Hedges dans Boy Erased

Posté par vincy, le 10 septembre 2017

xavier dolanSes Instastories sont aussi amateures et anodines que celles des autres. Ses films ont été récompensés par de multiples prix dans les grands festivals ou les palmarès de la profession. Mais Xavier Dolan n'oublie pas qu'il est aussi comédien depuis maintenant vingt ans (J'en suis! de Claude Fournier). Avant de devenir le cinéaste prodigue, on l'a vu dans La Forteresse suspendue de Roger Cantin, Suzie de Micheline Lanctôt et Martyrs de Pascal Laugier. Il s'est ensuite offert des rôles dans ses propres films (J'ai tué ma mère, Les Amours imaginaires, Tom à la ferme). On l'a aussi vu jouer dans Good Neighbours de Jacob Tierney, Miraculum de Podz et il y a trois ans dans La Chanson de l'éléphant de Charles Binamé, où il était un jeune homme déséquilibré et interné, qui lui valu une nomination aux prix Jutra (les César québécois), sa deuxième en tant qu'acteur.

Xavier Dolan sera la tête d’affiche de Boy Erased, réalisé par le comédien Joel Edgerton (Loving), aux côtés de Lucas Hedges (Manchester by the Sea), Nicole Kidman et Russell Crowe. C'est le deuxième long de Joel Edgerton après The Gift.

Adapté du livre autobiographique de Garrard Conley, Boy Erased: A Memoir of Identity, Faith and Family (inédit en France), le film raconte la vie d'un adolescent d’un petit village de l'Amérique profonde qui doit faire un choix: suivre une thérapie de conversion visant à réprimer son orientation homosexuelle ou quitter sa famille, ses amis et sa foi sans espoir de retour. Ses parents sont de fervents croyants, le père étant un pasteur baptiste.

Lucas Hedges interprétera Garrard Conley. Au générique on retrouvera aussi Joe Alwyn, Cherry Jones, Michael "Flea" Balzary, le bassiste du groupe Red Hot Chili Peppers, Jesse Malinowski et Joel Edgerton, qui se mettra dans la peau d'un thérapeute, en plus d'être scénariste et réalisateur du film.

Le film sera tourné l'an prochain.

D'ici là, Dolan finalisera son prochain long métrage, The Death and Life of John F. Donovan, son premier en anglais. Rappelons que le casting est l'un des plus excitants du moment: Kit Harington, Natalie Portman, Jessica Chastain, Bella Thorne, Kathy Bates, Thandie Newton, Susan Sarandon, Jacob Tremblay, Michael Gambon, Ben Schnetzer et Chris Zylka. Le film sera prêt pour 2018: Berlin? Cannes? Venise? Toronto? Inutile de dire que tout le monde va vouloir se l'arracher...

Cannes 70 : les temps forts du cinéma LGBT

Posté par cannes70, le 5 mai 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-13.  Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

A quelques jours du lancement de sa 70e édition, il semblait plus qu'évident de revenir sur les films LGBT qui ont marqué l'histoire du festival de Cannes. Qu'ils aient remporté des prix ou simplement choqué critiques et festivaliers, tous à leur manière ont permis aux lesbiennes, gays, bis et trans d'être représentés dans "le plus grand festival de cinéma du monde". Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, cette représentation remonte à bien plus loin que la Queer Palm, équivalent cannois des Teddy Awards. Tour d'horizon en quelques films-clefs.

Années 1970 : l'incursion d'une thématique

Bien que le cinéma présent à Cannes se soit très tôt intéressé à la sexualité de ses personnages, deux films présentés lors de cette décennie sortent du lot. Il s'agit de Taxi Driver (1976) et  Midnight Express (1978). Le premier, Palme d'or réalisée par Martin Scorsese raconte les péripéties de Travis Bickle, un ancien Marine reconverti en chauffeur de taxi. Paranoïaque et ultra sensible, il tente de secourir Iris, une prostituée de douze ans avec qui il a sympathisé. A l'instar de son scénariste Paul Schrader, Taxi Driver transpire le sexe et la transgression. Sans jamais virer dans le purement pornographique, le film de Martin Scorsese regorge de personnages à la sexualité assumée et non-hétérosexuelle. Ces personnages LGBT ne sont jamais mis en avant mais sont bien présents.

A l'inverse, Midnight Express d'Alan Parker ne rechigne pas contre un peu de frontalité. En voulant se faire de l'argent, le touriste américain qu'est "Billy" tente de rentrer chez lui avec deux kilos de haschisch. Pas de bol, une fouille au corps contrecarre ses plans et il atterrit dans une prison turque. Là-bas, il croise la route d'Erich, un autre prisonnier. Entre les séances de yoga, de méditation et les bains, une certaine tension sexuelle se fait sentir entre les deux hommes. Et le climax érotique est atteint lors d'une scène de baiser. Sont-ils homosexuels, bisexuels ou juste en manque d'affection ? Le scénario d'Oliver Stone en le précisera jamais mais l'oeuvre sur laquelle le film se base est plus claire : William "Billy" Hayes a eu des rapports sexuels consentis avec d'autres prisonniers lors de son emprisonnement.

Années 1990 : sexualité violente pour personnages ambivalents

Film d'ouverture et en compétition pour la Palme d'or lors du Festival de Cannes 1992, Basic Instinct n'a pas manqué de faire beaucoup de bruit. Catherine Tramell, riche romancière, est soupçonnée du meurtre de son amant, Johnny Boz. Assassiné au pic à glace dans des conditions qui ressemblent à celles décrites dans l'un des romans de Catherine, le policier Nick Curran soupçonne naturellement celle-ci. Personnage ouvertement bisexuel, Catherine Tramell n'a pas plu à tout le monde. Car si les scènes de sexe explicite ont été appréciées par les festivaliers à l'époque, des militants pour les droits des personnes LGBT ont été scandalisés. La raison : pour une fois qu'un personnage bisexuel a le rôle principal d'un film à gros budget, il faut que ce soit une sociopathe assoiffée de sexe !

Deux ans plus tard, nouveau coup de tonnerre. Si les films J'ai pas sommeil de Claire Denis et Priscilla, folle du désert de Stephan Elliott ont subtilement mis en scène des personnages LGBT, ce ne fut pas le cas du Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Celui-ci reçoit la Palme d'or, certes, mais la violence dont il fait preuve n'a échappé à personne. Si l'usage d'armes à feu, les insultes et les litres de faux sang déversées en ont fait un film culte, la scène de viol homosexuel n'a pas été du goût de tous. En effet, le rapport sexuel entre Zed et Marsellus est certes violent mais surtout présenté comme honteux du fait de la virilité présumée de Marsellus. Drôle pour certains, homophobe pour d'autres, cette séquence continue d'être débattue aujourd'hui encore.

En 1996, c'est le film Crash de David Cronenberg qui marque la Croisette. Prix spécial du jury, Crash suit les aventures de James Ballard, un producteur de films en couple libre et qui nourrit une fascination étrange pour les blessures après qu'il a lui-même été victime d'un accident de voiture. Il a par la suite une liaison avec Vaughan, fétichiste des corps abîmés. L'une des scènes les plus mémorables de Crash est sans doute celle où les deux amants échangent des baisers passionnés pendant plus de deux minutes, découvrent le corps de l'autre avec admiration, le tout menant à une violente sodomie. A sa sortie dans les salles françaises, Crash est interdit aux moins de 16 ans.

Années 2000 : la normalisation des sexualités

Dès 2000, Tabou de Nagisa Oshima participe à la meilleure visibilité de la communauté gay. Pendant 1h40, nous suivons les péripéties de Sozabuo Kano, jeune homme androgyne qui tente d'intégrer une milice de samouraïs. Pensé comme un thriller romantique, le film qui est en compétition pour la Palme d'or traite subtilement de l'homosexualité au 19e siècle et plus globalement du tabou que cela demeure encore dans la société japonaise. Un véritable tour de force bien éloigné de Requiem for a Dream de Darren Aronosfky, présenté la même année, et dans lequel la seule scène de sexe lesbien est filmée d'un point de vue masculin et qui plus est hétérosexuel. Et si cela pourrait être une erreur, cette scène présente dans la dernière partie du film a au moins le mérite de montrer la fascination des hommes hétérosexuels pour les rapports entre femmes comme fondamentalement malsaine.

En 2002, La Chatte à deux têtes de Jacques Nolot, sélectionné pour le prix Un certain regard, traite de l'histoire amoureuse complexe entre une caissière, un projectionniste et un vieil homme dans un cinéma pornographique. La démultiplication des sentiments et la standardisation de l'amour pluriel en font un must-see. Et il en va de même pour Elephant, Palme d'or et prix de la mise en scène 2003. Inspiré par la fusillade du lycée Columbine commise par deux adolescents américains, le film de Gus Van Sant a créé la surprise. Lors d'une scène de douche, le réalisateur de Harvey Milk met en scène un rapprochement et un baiser entre Eric et Alex, unique moyen pour ces deux souffre-douleurs de trouver une forme de réconfort quelque part. A l'image de Midnight Express, Elephant n'explique jamais s'ils étaient vraiment attirés l'un par l'autre mais suggère simplement que c'est dans les bras de l'autre que se trouve leur seul rempart contre la tension psychologique qui les anime une fois avec leurs camarades.

Par la suite, en 2006, le Shortbus de John Cameron Mitchell ira également dans ce sens. Centré sur des personnages qui se croisent et sont obsédés par leur propre sexualité et leur quête de jouissance, Shortbus fascine aujourd'hui encore à cause de ses scènes de sexe non simulées. Rapports hétérosexuels, homosexuels, à deux, à trois ou plus si affinités, Shortbus plaît par sa normalisation pleinement assumée des pratiques sexuelles soft et hard. Un projet qui fait du bien ! L'année suivante, c'est Les Chansons d'amour de Christophe Honoré qui retient notre attention et se retrouve en compétition pour la Palme d'or. Grâce au personnage d'Erwan, le réalisateur des Malheurs de Sophie banalise encore un peu plus l'homosexualité. Erwan se sait homosexuel mais n'a encore jamais eu de véritable relation et échappe ainsi au stéréotype du jeune minet parisien qui enchaîne les histoires. Et si le film n'est pas à la hauteur de nos attentes, il contient une scène à la tendresse folle entre Erwan (Grégoire Leprince-Ringuet) et Ismaël (Louis Garrel).

Pour retrouver autant de tendresse, il faudra attendre l'édition 2009 et I Love You Philip Morris de Glenn Ficarra et John Requa. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le film raconte l'histoire vraie et rocambolesque de l'escroc Steven Jay Russell (Jim Carrey), passionnément amoureux du naïf Phillip Morris (Ewan McGregor). La même année et dans la même sélection, J'ai tué ma mère intronise le surdoué Xavier Dolan. Colérique et tourmenté, le jeune Hubert tente de composer avec son homosexualité et la haine qu'il voue à sa mère. Un film fort à l'esthétique marquante.

Années 2010 : l'essor des personnages LGBT ?

Lauréat de la première Queer Palm de l'histoire du Festival de Cannes, Kaboom de Gregg Araki met en scène les péripéties de Smith, jeune étudiant toujours accompagné de sa meilleure amie lesbienne, et qui est secrètement amoureux de son éphèbe de colocataire. La même année, Xavier Dolan revient avec lui aussi une histoire centrée sur trois personnages. Les Amours imaginaires raconte ainsi le combat que se livrent Francis et Marie, deux amis de longue date, amoureux du même garçon. Ce dernier, campé par le beau Niels Schneider, est un simple objet de désir comme un autre.

En 2011, La Piel que habito de Pedro Almodovar raconte le changement de sexe d'un personnage à la mystérieuse identité. Prix Vulcain de l'artiste technicien et prix de la jeunesse, le drame espagnol fait du changement de sexe un acte quasi artistique et non une énième mutilation comme cela lui est souvent reproché. L'année suivante, la question transgenre sera brillamment soulevée par le troisième film de Xavier Dolan. Homosexualité, travestissement, transgenre ou transsexualité, Laurence Anyways permet au novice d'y voir plus clair et à la communauté trans de se sentir enfin correctement représentée sur grand écran.

En 2013, la Croisette fait preuve d'une diversité sans précédent en ce qui concerne la représentation des LGBT. Palme d'or historique, La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche traite de l'histoire passionnée et passionnante d'Adèle et Emma. La première croit que le grand amour de sa vie sera un homme jusqu'à ce qu'elle rencontre la seconde, mystérieuse lesbienne aux cheveux bleus. Egalement en compétition, Ma vie avec Liberace s'intéresse à la relation complexe de Scott Thorson, jeune homme naïf, et du célèbre pianiste de music-hall Liberace. Pendant cinq ans, Scott va tout faire pour Liberace, passant à de multiples reprises sur le billard dans le seul but de satisfaire ses désirs.

Dans la section Un certain regard, le thriller d'Alain Guiraudie L'Inconnu du lac ne passe pas inaperçu puisqu'il remporte la Queer Palm cette année-là. Un été, une plage naturiste fréquentée par des homosexuels et une série de meurtres. Tourné avec seulement 850.000€, le film fait sensation sur la croisette et révèle Pierre Deladonchamps, acteur sur lequel il faut désormais compter. Du côté de la Quinzaine des réalisateurs, impossible de ne pas mentionner Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne puisque le film invente le concept de "coming-out inversé". Soit lorsqu'un homme que l'on pense homosexuel se révèle être hétérosexuel.

Les éditions suivantes se montrent alors plus sombres, portées par des personnages LGBT en fin de course, voire en fin de vie. Dès 2014, Saint Laurent de Bertrand Bonello et Sils Maria d'Olivier Assayas donnent le la. Amours contrariées ou impossibles, décadence, haine de soi, tout y est. Cette année-là, la seule éclaircie viendra de Pride, lauréat de la Queer Palm qui raconte comment des activistes gay et lesbiens tentent de réunir des fonds pour aider les familles de mineurs britanniques touchés par la grève de 1984. Oeuvre comique, optimiste et excitante, Pride jure avec les deux films cités avant et avec ceux qui vont venir.

Car en 2015, ce sont Carol de Todd Haynes et Valley of Love de Guillame Nicloux qui étonnent. Le premier raconte l'attirance mutuelle que partagent deux femmes que tout semble opposer, dans le New York des années 1950. Tortueux et profond, Carol est porté par le charisme de ses deux interprètes principales Cate Blanchett et Rooney Mara. De son côté, Valley of Love suit les "retrouvailles" d'un couple séparé, parti à la recherche de leur fils gay qui s'est suicidé quelques mois plus tôt. Absent, ce fils qui a laissé une lettre à ses parents leur permet d'apprendre à le connaître, bien qu'il ne soit plus des leurs.

Et après ?

Dans un registre toujours aussi funeste, l'édition 2016 du festival de Cannes aura été marquée par l'adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce Juste la fin du monde. Grand prix du jury, le sixième film de Xavier Dolan narre le difficile retour dans sa famille de Louis, un écrivain parti douze ans plus tôt et qui doit désormais annoncer à ses proches sa mort future. Huit-clos troublant, cette version 2016 de Juste la fin du monde laisse entendre que Louis est atteint du sida, sans que cela ne soit le cœur du propos. Complètement assumée, son homosexualité devient dès lors un simple trait de sa personnalité et non l'unique moyen de l'identifier. A l'heure où la sélection de la Queer Palm 2017 vient d'être dévoilée, il se pourrait bien que nous ayons enfin atteint un niveau d'écriture des personnages LGBT dont on peut être fier.

Wyzman Rajaona pour Ecran Noir

César 2017: Elle, Juste la fin du monde et Divines se partagent les prix

Posté par vincy, le 25 février 2017

La quinzaine des réalisateurs peut s'enorgueillir d'avoir réalisé un carton lors de cette (trop longue et pas très drôle) 42e Cérémonie des César: Divines (3 prix), Ma vie de courgette (deux César pour un film d'animation, du jamais vu), L'effet aquatique (avec un César posthume pour Solveig Anspach) ont raflé de nombreux prix, à chaque fois mérité dans chacune de leurs catégories. La sélection officielle cannoise n'est pas en reste avec notamment le César du meilleur film étranger pour la Palme d'or de Ken Loach. Le cinéaste britannique entre ainsi dans le club fermé des double-césarisés (et seulement la deuxième fois qu'une Palme d'or obtient en plus ce César).

Plus remarquable le doublé de Xavier Dolan - réalisation, montage - en son nom propre. C'est la première fois qu'un cinéaste québécois gagne le César du meilleur réalisateur et cela conforte son Grand prix du jury à Cannes, malgré une critique divisée sur le film. On y ajoute le César du meilleur acteur (enfin!) pour Gaspard Ulliel.

Autre non-surprise venue de Cannes: le deuxième César de la carrière d'Isabelle Huppert (possédant malgré tout un record en nominations), qui a étrangement improvisé son discours (elle ne s'y attendait pas?). Elle a triomphé avec le César du meilleur film.

Sinon, il y a eu des instants inspirés (notamment l'hommage à George Clooney, avec une traduction loufoque de Jean Dujardin et un discours évidemment très politique) et le sauvetage à minuit de Valérie Lemercier (de loin la plus drôle). Il y a eu des remerciements poignants (on pense à l'émotion de Déborah Lukumuena qui cite Annie Girardot) et d'autres plus coup de poing (François Ruffin). La soirée a pourtant été longue à décoller. Les rituels ont été bien respectés (un petit coup de La La Land avec Jérôme Commandeur, le MC, et Marthe Villallonga, un grand hommage à Michèle Morgan en conclusion des disparus de l'année).

Autre hommage attendu, celui pour Belmondo. Un hommage entre copains, pas très bien calibré pour la télévision. Mais au moins ce moment d'émotion, et le montage de ses plus grands films qui l'a précédé, a montré à quel point le comédien est une des plus grandes stars que le cinéma français ait compté.

Après minuit, c'était la fin, un peu accélérée alors que ce sont les plus grands instants attendus. Mais merci à l'Académie d'avoir choisi Pedro Almodovar pour remettre le César du meilleur film (mais pourquoi la musique de La La Land?!). Le cinéma français a montré qu'il ne savait toujours pas organisé une grande cérémonie, mais il a su démontrer qu'il était ouvert et diversifié. C'est déjà ça.

Meilleur film: Elle
Meilleur réalisateur: Xavier Dolan (Juste la fin du monde)

Meilleur film étranger: Moi, Daniel Blake
Meilleur premier film: Divines
Meilleur film d'animation (long métrage): Ma vie de courgette
Meilleur film d'animation (court métrage): Celui qui a deux âmes
Meilleur documentaire: Merci Patron!
Meilleur court-métrage (ex-aequo): Maman(s) ; Vers la tendresse

Meilleure actrice: Isabelle Huppert (Elle)
Meilleur acteur: Gaspard Ulliel (Juste la fin du monde)
Meilleur second-rôle féminin: Déborah Lukumuena (Divines)
Meilleur second-rôle masculin: James Thierrée (Chocolat)
Meilleur espoir féminin: Oulaya Amamra (Divines)
Meilleur espoir masculin: Niels Schneider (Diamant noir)

Meilleur scénario: Solveig Anspach, Jean-Luc Gaget (L'effet aquatique)
Meilleure adaptation: Céline Sciamma (Ma vie de Courgette), d'après le roman Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris
Meilleure photo: Pascal Marti (Frantz)
Meilleure musique: Ibrahim Maalouf (Dans les forêts de Sibérie)
Meilleur montage: Xavier Dolan (Juste avant la fin du monde)
Meilleurs décors: Jérémie D. Lignol (Chocolat)
Meilleurs costumes: Anaïs Romand (La Danseuse)
Meilleur son: Marc Engels, Fred Demolder, Sylvain Réty, Jean-Paul Hurier (L'odyssée)