Berlin 2010 : retour sur une compétition sans choc ni révélation

Posté par MpM, le 20 février 2010

shekarshiTandis que Werner Herzog et son jury en sont désormais à négocier le palmarès de cette 60e édition, partout ailleurs, l’heure est au bilan. Avec une question cruciale : alors, 2010, bonne édition ? La réponse est en demie-teinte, comme souvent à Berlin. Car si la sélection officielle s’est révélée de bonne tenue (sans véritable désastre, à l’exception de Jud Süss d’Oskar Roehler, et dans une moindre mesure de Caterpillar de Koji Wakamatsu), elle n’a offert ni choc ni révélation.

Sur les 20 films concourant pour l’Ours d’Or, tous présentent un véritable intérêt (politique, esthétique ou scénaristique), mais en contrepartie, aucun d’entre eux n’est exempt de défauts.

Oeuvres socio-politiques

james francoFait notable, la compétition se répartissait cette année assez harmonieusement entre oeuvres socio-politiques et oeuvres plus légères, voire films de genre. Ne nous leurrons pas, ce sont clairement les premiers qui ont le plus de chance car c’est traditionnellement ce type de film qui gagne à Berlin. Pour le symbole, on voit ainsi bien Shekarchi de l’Iranien Rafi Pitts repartir avec quelque chose, dans la mesure où il s’agit de l’histoire d’un homme cherchant à venger sa famille tuée par la police lors d’une manifestation. Comme un geste fort à destination de Téhéran, et des nombreuses victimes du régime.

Dans un autre style, deux films abordant la question de la religion pourraient avoir séduit le jury. Shahada de Burhan Qurbani traite avec subtilité du recours systématique à une foi plus dure en période de crise. Il met en scène un Islam tolérant, ouvert et compassionnel qui se dresse avec force contre les dérives de croyants plus dogmatiques, délivrant un message de fraternité et d’espoir. On the path de Jasmila Zbanic s’intéresse également à la confrontation entre deux visions opposées de la religion musulmane. D’un côté une jeune femme émancipée vivant une foi libre et peu contraignante, et de l’autre son compagnon qui devient brusquement membre d’une société wahhabite conservatrice. La réalisatrice, qui refuse de prendre parti, décortique le délitement progressif de leurs relations, dû à une incompréhension mutuelle grandissante. Dans les deux cas, il ne s’agit pas tant de films sur la religion que sur la difficulté du vivre ensemble.

balAutre thème bien représenté durant cette Berlinale, l’enfance sacrifiée. D’ailleurs, le Roumain Florin Serban a une chance avec  If I want to whistle, I whistle, le portrait d’un adolescent sur le point de sortir de prison. Assez formaté, mais suffisamment fort pour marquer les esprits. En face, c’est plus difficile pour Submarino de Thomas Vinterberg qui suit deux frères (un drogué et un alcoolique) traumatisés par leur passé. Misérabiliste pendant une bonne part du film, et globalement prévisible, on est loin de Festen.

Bien sûr, on parle aussi de The Ghost writer, thriller politique sur un ex-Premier ministre britannique aux faux airs de Tony Blair. Et récompenser Roman Polanski en plein scandale judiciaire pourrait être un signe fort… à moins que cela ne soit trop “risqué” pour un festival qui ne veut surtout pas avoir l’air de prendre parti. Mais Werner Herzog aurait-il ce genre de scrupule ?

La part belle à l’humour

how i ended this summerDans l’autre catégorie, celle des oeuvres plus légères, on peut presque s’avérer gâté. Car oui, cette année, on a bien ri à Berlin ! Un rire plus ou moins subtil, selon qu’il s’agit de Zhang Yimou (A woman, a gun and a noodle shop, remake farcesque de Blood simple des frères Coen) ou de Noah Baumbach et son absurde et un peu ennuyeux Greenberg. Mais surtout, on a eu droit à une comédie scandinave complétement décalée, mélangeant polar et burlesque (A somewhat gentle man de Hans Peter Molland avec un Stellan Skarsgarg bon candidat au prix d’interprétation), et au nouveau délire des Français Delépine et Kervern, Mammuth, avec Gérard Depardieu en jeune retraité à la recherche de justificatifs administratifs… prétexte à un road-movie décapant qui a beaucoup fait rire la presse étrangère (presque autant que le show débridé qui a tenu lieu de conférence de presse). C’est moins bon que Louise Michel, mais hilarant au vu du niveau général, le tout sans être dénué de fond. Rappelons à toutes fins utiles qu’à Berlin, il existe un prix de l’audace…

gerard depardieu mammuthPour ce qui est des autres genres cinématographiques, il y en a eu pour tous les goûts. Polar brutal chez Winterbottom avec The killer inside me (Casey Affleck assure, et l’on ne s’ennuie pas une seconde), biopic sur Allen Ginsberg pour Rob Epstein (Howl, où James Franco a lui aussi impressionné), mélo familial naturaliste danois (Une famille de Pernille Fisher Christensen, tout en retenue, et avec un duo d’acteur formidable, Lene Maria Christensen et Jesper Christensen), conte initiatique argentin extrêmement ténu et efficace (Puzzle de Natalia Smirnoff, où l’on n’a d’yeux que pour la merveilleuse Maria Onetto), fable humaniste sur les rapports entre l’homme et la nature (Bal de Semih Kaplanoglu, dernier volet de sa trilogie “Yusuf”)… autant de sérieux concurrents pour un prix d’interprétation, ou une récompense de moindre importance.

a woman a gun and a noodle shopEnfin, il ne faut pas oublier How I ended this summer (Alexei Popogrebsky), thriller psychologique qui se déroule dans le cercle arctique. Lent et parfois contemplatif, mais purement envoûtant, voire palpitant. Un film ovni qui exploite habilement la beauté de ses paysages sans tomber dans l’esthétisme de carte postale, et apprend au spectateur ce que signifie vraiment l’expression “conditions extrêmes”. Accessoirement très bien accueilli par la presse internationale…

C’est pourquoi, quel que soit le résultat final, on peut d’ores et déjà affirmer que Berlin a parfaitement réussi le pari du 60e : peu de paillettes, beaucoup de curiosité, et un amour toujours renouvelé du cinéma. Et un public toujours aussi nombreux (on parle même d’un record de fréquentation). De quoi être confiant pour les 60 prochaines années…

Berlin 2010 : Werner Herzog aime-t-il le cinéma ?

Posté par MpM, le 16 février 2010

Je n’ai vu que deux films en 2009 et ils étaient si mauvais que je préfère ne pas les nommer.” Cette charmante boutade relevée par Screen est signée Werner Herzog, président du jury de cette 60e Berlinale, à qui cela doit du coup faire tout bizarre de voir en dix jours environ dix fois plus de films que pendant toute l’année écoulée…

Rendez-vous le soir du palmarès pour savoir si l’un d’entre eux, au moins, aura eu l’heur de ne pas lui déplaire.

Berlin 2010 : Un Herzog heureux qui se souvient…

Posté par vincy, le 11 février 2010

Lors de la conférence de presse du 60e Festival de Berlin, le président du jury et cinéaste allemand a préféré partager son bonheur et son enthousiasme en tant que vétéran impatient de passer le relais à une nouvelle génération. Berlin est une “importante plateforme pour les films des jeunes cinéastes“. Il a mentionné l’Ours d’or de l’an dernier, Fausta, qui vient d’être nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. “C’était important pour elle mais aussi pour son pays, où cela a eu un énorme retentissement“,parlant ainsi d’un cinéma émergent, celui du Pérou.
Venu pour la première fois il y a 42 ans, à l’âge de 25 ans, quand le cinéma est-eruropéen était encore interdit dans ce Festival créé par les anglais et les américains, et vu comme une tête de pont de la propagande occidentale, il se souvient de la rigidité et de l’élitisme de la manifestation à l’époque. “J’avais loué une salle en ville pour montrer des films aux Berlinois et aujourd’hui le festival fait exactement la même chose !“. Depuis il a été sélectionné deux fois avec Signes de vie (prix spécial pour une première oeuvre) et Nosferatu.
Je suis heureux de revenir.” Son jury et lui devront choisir le meilleur des 26 films qui leur seront présentés.  “Qu’est-ce qu’un bon film ? Cela restera toujours un secret, comme pour la grande poésie: vous ne savez pas ce qui fait sa profondeur“.

Dans un entretien, Frédéric Mitterrand évoque les difficultés de financement de certains films français

Posté par vincy, le 6 février 2010

Lors d’un grand entretien avec le Film Français paru la semaine dernière, le Ministre de la culture et de la communication Frédéric Mitterrand, évoque évidemment les problèmes conjoncturels et structurels du secteur cinéma, et notamment la faiblesse financière des petits expliotations et la mutation numérique. De manière moins tapageuse, mais toute aussi essentielle, le Ministre évoque quelques dossiers concrets concernant des problèmes de financement autour de productions ou co-productions françaises.

Il prend l’exemple du prochain film de Bertrand Tavernier. “La première chose que j’ai faite en août a été de sauver le financement du film de Bertrand Tavernier, La Princesse de Montpensier…” Il estime qu’il était “impossible de ne pas sauver Bertrand Tavernier d’un accident industriel” au nom de son image dans le cinéma français, de ce qu’il représente, quelque soit l’avis qu’on porte sur ses films. “De la même manière je me battrais pour que Milos Forman puisse faire en France son films sur Daladier et Munich. Tout comme je souhaite permettre à Werner Herzog de réaliser son rêve de filmer la grotte Chauvet“. Remarquons que ses exemples ne sont pas très “rajeunissant”.

Herzog, Président du jury de la Berlinale qui s’ouvre jeudi, prendra d’ailleurs son petit-déjeuner avec le Ministre mardi matin. On se doute que le dénouement sera heureux et le rendez-vous convivial. En revanche, plus tard dans la journée, le Ministre s’entretiendra avec Jacques Audiard et Pascale Ferran, réalisateurs césarisés et respectés, membres du Club 13. Et là, concernant l’aide aux premiers et deuxièmes films ainsi qu’aux oeuvres à budget moyen, on attend toujours qu’un Ministre suive les préconisation du rapport de ce Club, pourtant rédigé il y a bientôt deux ans.

La Berlinale présente son jury du 60e anniversaire

Posté par vincy, le 26 janvier 2010

 Autour de Werner Herzog, président du jury du 60e festival du film de Berlin déjà annoncé, il y aura un jury cosmopolite. La réalisatrice italienne Francesca Comencini, l’écrivain somalien Nuruddin Farah, la comedienne et chanteuse allemande Cornelia Froboess, le producteur espagnol José Maria Morales, l’actrrice chinoise Yu Nan et last, but not least, la star oscarisée américaine Renée Zellweger.

Le film de Polanski en avant-première mondiale à Berlin

Posté par vincy, le 15 décembre 2009

Parmi les avant-premières mondiales annoncées par le Festival de Berlin (11-21 février 2010) aujourd’hui, la plus sensationnelle est sans doute la projection de The Ghost Writer, dernier film de Roman Polanski, assigné à résidence en Suisse, en attendant d’être éventuellement extradé aux Etats-Unis pour y être jugé (voir l’affaire Polanski). The Ghost Writer, avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall et Olivia Williams sera aussi en compétition. Le film a été finalisé alors que Polanski était déjà en prison. Il sortira dans les salles françaises le 3 mars 2010.

Hors compétition une autre avant-première mondiale sera très attendue : Shutter Island, de Martin Scorsese.

Le Président du jury sera le réalisateur Werner Herzog.

Werner Herzog présidera le 60e festival de Berlin

Posté par MpM, le 19 novembre 2009

 Pour son 60e anniversaire, la Berlinale s’offre un président du jury particulièrement prestigieux en la personne du réalisateur, acteur et metteur en scène d’opéra Werner Herzog. Celui-ci, à qui l’on doit des oeuvres comme Aguirre la colère de Dieu, L’énigme de Kaspar Hauser ou encore Nosferatu Fantôme de la Nuit, est considéré comme l’une des personnalités les plus marquantes de la “nouvelle vague” allemande.

Lui même habitué des festivals internationaux, il s’est vu décerner de nombreux prix parmi lesquels l’ours d’argent du meilleur premier film pour Signes de vie (Berlin en 1968) ainsi que le prix spécial du jury et le prix de la mise en scène à Cannes (L’énigme de Kaspar Hauser en 1975 et Fitzcarraldo en 1982).

Sa personnalité complexe (le récit de ses relations houleuses avec son acteur fétiche Klaus Kinski lui a même inspiré un documentaire, My best friend) en fait a priori un président du jury exigeant et passionné dont il sera forcément instructif de découvrir et de commenter les choix…

Venise 2009 : le premier film surprise

Posté par vincy, le 4 septembre 2009

My son, my son, what have ye done de Werner Herzog est le premier film surprise invité à rejoindre les autres films en compétition au 66e festival de Venise. Herzog est déjà en compétition avec le remake de Bad lieutenant. Reçu de manière mitigée, le film permet au festival d’aligner pour la troisième journée de suite un parterre de stars internationales, parmi lesquelles Eva Mendes en prostituée droguée et Nicolas Cage en flic ripoux.

My son, my son, what have ye done raconte le parcours d’un jeune acteur qui joue dans une tragédie grecque et commet dans la vraie vie le crime au centre de la tragédie qu’il interprète: il tue sa mère. Michael Shannon est entouré de Willem Dafoe, Chloë Sevigny et Udo Kier.

Un deuxième film surprise doit encore être annoncé.

Venise 2009 : la compétition

Posté par vincy, le 30 juillet 2009

De Tornatore en ouverture au Van Dormael que personne ne voulait en passant par Chéreau, Akin et Moore, la sélection s’avère surtout renouvelée, en incluant des premiers films comme celui de l’ancien styliste Tom Ford. Etonnament la France est présente en force avec quatre films. Les américains envahissent aussi la lagune au détriment des cinémas d’Amérique latine complètement absents.

Baaria, Giuseppe Tornatore (ouverture)

Soul Kitchen, Fatih Akin

La Doppia Ora, Giuseppe Capotondi

Accident, Cheang Pou-Soi

Persecution, Patrice Chereau

Lo Spazio Bianco, Francesca Comencini

White Material, Claire Denis

Mr. Nobody, Jaco van Dormael

A Single Man, Tom Ford

Lourdes, Jessica Hausner

Bad Lieutenant: Port of Call New Orleans, Werner Herzog

The Road, John Hillcoat

Between Two Worlds, Vimukthi Jayasundara

The Traveller, Ahmed Maher

Lebanon, Samuel Maoz

Capitalism: A Love Story, Michael Moore

Women Without Men, Shirin Neshat

Il Grande Sogno, Michele Placido

36 vues du Pic Saint Loup, Jacques Rivette

Survival of the Dead, George Romero

Life During Wartime, Todd Solondz

Tetsuo The Bullet Man, Shinya Tsukamoto

Prince of Tears, Yonfan

Le prix Louis-Delluc 2008 consacre le monde rural

Posté par vincy, le 12 décembre 2008

prix louis delluc (c) vincy thomas
Avec surprise, Gilles Jacob, président du jury du Prix Louis-Delluc, a annoncé calmement que le Prix Louis-Delluc du premier film était décerné à Samuel Collardey, pour son film sorti en salle la semaine dernière, L’apprenti. Le film n’était pas dans la liste des trois finalistes. Puis, sans tambours ni trompettes, au premier étage du Fouquet’s, une partie du jury de ce Goncourt du cinéma sur l’estrade, les caméras en face, le nom du 66e prix Louis-Delluc est annoncé : Raymond Depardon (pour La vie paysanne, diffusé au dernier festival de Cannes). L’apprenti a séduit 19 446 curieux dans les salles, tandis que La vie moderne a attiré en six semaines 200 017 spectateurs. “Il y a un retour à la terre et un hommage au documentaire” explique Gilles Jacob. “Une forte majorité s’est dégagée en faveur de ce film, même si nous avons à un moment imaginé de donner le prix ex aequo aux Plages d’Agnès d’Agnès Varda.

gilles jacob raymond depardon (c) vincy thomasUne demi-heure plus tard, les primés arrivent. En tenue de week-end. Point trop de formalisme. Gilles Jacob revient, entouré des lauréats : “un grand metteur en scène, un grand docuemntariste, un homme d’image, un homme de son…” Il insiste même sur cette singularité. Car, hormis Être et avoir en 2002, le genre n’a jamais reçu ce prix. “On en avait assez d’entendre “C’est un photographe qui fait du cinéma”, alors que cela fait 30 ans qu’il fait des films, et des films magnifiques.”

gilles jacob et samuel collardey (c) vincy thomasDepardon prend la parole. “L’important c’est de faire du cinéma.” Il semble heureux. “Cela fait longtemps que vous me suivez. C’est l’aboutissement d’un parcours, une nostalgie transformée. C’est une évolution qui remonte à l’enfance, un hommage à la cinéphilie, aux cinéastes qui m’ont appris “le bon angle”.”

L’obsession d’avoir le juste regard sur les choses : “Je suis toujours un photographe qui recherche la bonne place, filmer ces paysans a été un exercice de conscience et de puissance cinématographique car je ne pouvais pas les faire répéter“. Il s’explique, sans amertume, que “le documentaire n’est pas toujours facile, il y a beaucoup de solitude, il faut beaucoup d’énergie et une idée fixe.”

raymond depardon (c) vincy thomas raymond depardon photographie (c) vincy thomasDepardon rebondit sur l’actualité en parlant de Werner Herzog et de son cinéma vérité, où l’on ne peut pas faire répéter les acteurs. Puis il laisse Samuel Collardey connaître son quart d’heure de gloire. “Les paysans sont à l’honneur et j’en suis très fier. Je suis aussi très fier d’être associé à Raymond Depardon“. Il se place directement en héritier de Depardon, avoue que, depuis la Fémis il s’est laissé accompagner par sa vision cinéphilique. Profils paysans lui a “donné envie de filmer“.

La filiation est respectée. Ce cinéma-vérité, cette caméra sans artifice, ce romanesque crû demeure le genre de films qui a le vent en poupe auprès du jury du prix Louis-Delluc ces dernières années. Raymond Deaprdon connaît une saison de tous les honneurs avec une pièce de théâtre adaptée de ses films et mise en scène par Zabou Breitman, une exposition à la Fondation Cartier. Après un César du meilleur film documentaire en 1995, le Delluc 2008 est le plus important prix de cinéma qui lui est décerné.