Le rapport Mary préconise une nouvelle classification des films

Posté par vincy, le 29 février 2016

loveAudrey Azoulay a hérité d'une patate chaude quand elle a succédé à Fleur Pellerin au ministre de la Culture et de la Communication. Ce lundi 29 février, elle a reçu le rapport commandé par Pellerin, et signé Jean-François Mary, Président de la Commission de classification des œuvres cinématographiques.

Ce rapport sur les conditions d'interdiction des œuvres de cinéma aux moins de 18 ans, dans le cadre de la procédure de délivrance des visas accordés aux œuvres cinématographiques, fait suite a plusieurs décisions judiciaires qui annulaient les visas émis pour des oeuvres violentes ou des oeuvres qui montraient des scènes de sexe explicite. L'Association Promouvoir a gagné presque toutes ses batailles, malgré deux récentes déconvenues pour Bang Gang et Les Huit salopards.

"Cette réflexion a porté sur l'automaticité de cette interdiction et sur la durée des procédures applicables" explique le ministère qui a "décidé d’engager une réforme des textes en vigueur afin d’assurer la meilleure protection possible du jeune public.

Deux axes sont retenus:

- adapter les critères qui encadrent actuellement l’interdiction aux mineurs de -18 ans pour conforter le rôle et élargir le pouvoir d’appréciation de la Commission de classification, qui représente l’ensemble des composantes de la société.

- engager une réflexion visant à simplifier les voies de recours pour réduire les délais de la procédure devant la justice administrative pour assurer la détermination de la classification d’un film.

Préalables

Le rapport de Jean-François Mary a prix en compte que "la classe d'âge entre seize et dix huit ans correspond à une étape importante du développement de l'individu sur le plan de l’autonomie personnelle et psychologique, et la classification appliquée doit respecter un équilibre entre la maturité et la fragilité des individus à cet âge de la vie."

Il considère que "les mesures de classification les plus restrictives déterminent toute l’échelle des mesures de classification en aval" et que "le choix d’une classification à seize ans ou à dix-huit ans par le ministre chargé de la culture a des effets sur la projection du film en salles bien au-delà du public des mineurs." En effet, "nombre de distributeurs et d’exploitants renoncent purement et simplement à projeter le film dans leurs salles", ce qui "tue" le film commercialement. Enfin "le choix de la classification à seize ans ou à dix-huit ans étend ses effets sur la diffusion des films à la télévision et sur la sortie des films en DVD et sur les autres supports numériques ou analogiques", ce qui a un impact considérable aussi bien sur le financement que sur l'audience du film.

Le cinéma, un "objet" pas comme les autres

Le rapport conserve l'idée que les oeuvres cinématographiques doivent bénéficier "d'un régime d'exception" en matière de censure. Il propose l'ajout d'un alinéa: "(...) il est tenu compte de l’intention ou de la démarche artistiques de son auteur, ainsi que des éventuel les mesures administratives délivrées en vue ou à l’occasion de sa diffusion."

"Cette formulation serait donc le rappel utile d’une vérité qui est déjà acquise en jurisprudence. Elle aurait le mérite de consolider l’attitude du juge
en faveur du respect de la liberté de création
."

Les mineurs majeurs sexuellement

Personne n'a réclamé la suppression de la classification X  mais le rapport souligne que "la suppression de l’interdiction aux moins de dix-huit ans peut
s’autoriser des évolutions du droit pénal lui-même en ce qui concerne ce que l’on appelle d’une expression impropre la « majorité sexuelle ».
"

Sachant que l’évolution du droit pénal ne remet certes pas en question le principe de la protection des adolescents face à certaines images, une "solution pourrait être la réécriture de l’article R. 211-12", notamment, "en tenant compte de la récente jurisprudence du Conseil d’État sur les films Love et Saw 3D."

Nouveau système de classification

La nouvelle rédaction de l’article R. 211-12 pourrait donc être : "Le visa d'exploitation cinématographique s'accompagne de l'une des mesures
de classification suivantes, en fonction du trouble que l’oeuvre ou le document est de nature à produire sur la sensibilité des personnes mineures :

1° Autorisation de la représentation pour tous publics ;

2° Interdiction de la représentation aux mineurs de douze ans ;

3° Interdiction de la représentation aux mineurs de quatorze ans ;

4° Interdiction de la représentation aux mineurs de seize ans ;

5° Interdiction de la représentation aux mineurs de dix-huit ans, lorsque l'oeuvre ou le document comporte sans justification de caractère esthétique
des scènes de sexe ou grande violence qui sont de nature, en particulier par leur accumulation, à troubler gravement la sensibilité des mineurs, à
présenter la violence sous un jour favorable ou à la banaliser

6° Interdiction de la représentation aux mineurs de dix-huit ans avec inscription de l'oeuvre ou du document sur la liste prévue à l'article L. 311-2."

Il est donc envisagé "de créer une catégorie intermédiaire entre douze et seize ans. En effet, il est clair que les capacités de distance critique à douze ans sont inférieures à ce qu’elles peuvent être entre seize et dix-huit ans. L’introduction d’une restriction à quatorze ans permettrait d’introduire une plus grande liberté d’appréciation, car le choix est souvent délicat lorsque le risque est de viser trop bas à douze ans et trop haut à seize ans."

Trouble et sexe

Il appartiendrait toujours à la commission et au ministre chargé de la culture d’élaborer une doctrine pour les critères de classification des niveaux inférieurs, en "en fonction du trouble que l ’oeuvre ou le document est de nature à produire sur la sensibilité des personnes mineures."

On modifierait aussi l'intitulé définissant l'oeuvre: "Le remplacement du critère de « scènes de sexe non simulées » par celui de « scènes de sexe »: le critère de la « non simulation » des scènes de sexe a évidemment perdu son intérêt au cours des récentes années, avec le développement des techniques numériques de mise en scène. Une scène peut être tout à fait explicite à l’écran tout en ayant été simulée lors du tournage. Plus généralement, certains films justifient une interdiction aux moins de 18 ans quant à l’effet produit sur de jeunes spectateurs sans comporter de telles scènes, et le raisonnement inverse peut tout aussi bien être tenu dans le cas où un film comportant de telles scènes ne justifie qu’une interdiction de moindre sévérité. C’est d'ailleurs ce que le Conseil d'Etat avait relevé dans l’arrêt rendu à propos du film Le pornographe cité plus haut."

Incitation à la violence

Le rapport souhaite aussi modifier la définition de la "violence dans les oeuvres cinématographiques. "L'intégration de la prévention à « l'incitation » à la violence vient en en écho aux dispositions de l'article 227-24 du code pénal. Cet ajout vise à montrer qu’au regard de la psychologie des mineurs,
l’incitation à la violence est une question en elle-même qui revêt une importance particulière.
" Sans entrer "dans le débat controversé sur le
caractère addictif des images de violence extrême
," puisqu'il "est raisonnable de penser que la société souhaite à bon droit en prémunir les jeunes", le rapport constate "que dans la période actuelle, l’on prête à la fiction cinématographique plus de pouvoir sur les comportements individuels qu’elle n’en a sans doute et l’on entend proscrire dans les films toute incitation des mineurs à la drogue, à l’alcool, au tabac etc.."

Nouvelles voies judiciaires

Enfin, en cas de contestation, ce rapport suggère de "laisser le tribunal administratif de Paris juge en premier et dernier ressort de ces affaires et de supprimer la voie de l’appel pour n’ouvrir que la faculté de saisir le Conseil d’Etat, juge de cassation. Cette solution aurait l’avantage d’établir un parallélisme entre la procédure du référé suspension de l’article R. 521-1 du code de justice administrative et le règlement de l’affaire au fond. "

Antichrist de Lars von Trier victime à son tour de l’association Promouvoir

Posté par vincy, le 3 février 2016

Et de 4. Après Saw 6, Love et La vie d'Adèle, l'association Promouvoir, proche des milieux catholiques intégristes, a réussi une fois de plus à faire plier la justice. Pendant ce temps le ministère de la Culture et de la Communication promet toujours, depuis cet été, une réforme qui ne vient pas concernant la réglementation des films.

Cette fois-ci la victime est Antichrist de Lars von Trier, avec Charlotte Gainsbourg (qui emporta le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes) et Willem Dafoe. A l'époque, le film avait attiré 145 000 spectateurs en France. Il était interdit aux moins de 16 ans. Cela ne suffisait pas puisque la Cour administrative d'appel de Paris vient d'annuler le visa d'exploitation de ce film de 2009 (autant dire que l'impact commercial est bien moindre que l'offense morale), à cause de "scènes de très grande violence" et de "scènes de sexe non simulées", soit "Un degré de représentation de la violence et de la sexualité qui exige, au regard des dispositions réglementaires applicables, une interdiction de ce film à tous les mineurs".

Pour la justice, la ministre de la Culture de l'époque, Christine Albanel, "a commis une erreur d'appréciation en se bornant à interdire sa diffusion aux seuls mineurs de moins de seize ans". Ainsi, la cour concède à une Association qui veut limiter la liberté de création au nom de principes moraux que Antichrist aurait du être interdit aux moins de 18 ans.

Le visa du film avait déjà été annulé par deux fois pour vice de forme par le Conseil d’État, en 2009 et 2012, et un nouveau visa avait été accordé à chaque fois par la ministre, rappelle l'AFP. Cette fois-ci le coup est plus rude: l'annulation du visa d'exploitation empêche la diffusion du film sur tout support, jusqu'à ce qu'un nouveau visa soit accordé (et par conséquent il ne pourra l'âtre que si le film est de facto interdit aux mineurs).

On le rappelle: un individu de 16 ans a le droit de faire l'amour mais désormais, selon la justice, il n'a pas le droit de voir un film où l'on y fait l'amour. Surtout lorsque les scènes sont explicites. Pure hypocrisie. Ou alors les juges ne vont jamais sur Internet. Quant à la violence, cela reste une affaire d'appréciation subjective. Mais à partir de 16 ans, on peut estimer que le cerveau est capable de différencier la fiction du réel, sauf pour les personnes très émotives qui, de toute façon, n'iront pas voir ce genre de films.

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Lire aussi:
Au nom du fils privé de salles à Paris
Love de Gaspar Noé finalement interdit aux moins de 18 ans
Saw 3D Chapitre final désormais interdit aux moins de 18 ans

L’instant court : Fred et Marie, avec Jean-Jacques Rausin

Posté par kristofy, le 30 novembre 2013

Fred Et MarieComme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après le court-métrage Aningaaq réalisé par Jonas Cuaron (avec la voix de Sandra Bullock de Gravity), voici l’instant Court n° 122.

Le 25 novembre, c’était la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, qui nous invite à porter quelque chose de couleur orange pour appeler à « l’élimination sans réserve, hésitation ni délai de la violence contre les femmes ». Il s’agit d’une campagne internationale soutenue par les Nations Unies.

Cette année, cette Journée en orange est prolongée par 16 jours d'action contre la violence liée au genre, jusqu’au 10 décembre qui sera la Journée des droits de l'Homme.

Quelques chiffres statistiques :

- Jusqu’à 70 pour cent des femmes sont victimes de la violence au cours de leur vie.
- Entre 500 000 et 2 millions de personnes font l’objet de traite tous les ans à des fins de prostitution, de travail forcé, d’esclavage ou de servitude, selon les estimations. Les femmes et les filles représentent près de 80 pour cent des victimes découvertes.
- On estime que plus de 130 millions de filles et de femmes actuellement en vie ont subi des mutilations génitales, principalement en Afrique et dans certains pays du Moyen-Orient.
- Le coût de la violence perpétrée par un partenaire intime, aux États-Unis seulement, dépasse 5,8 milliards de dollars par an : 4,1 milliards pour frais médicaux et soins directs et près de 1,8 milliard pour les pertes de productivité.

Nos voisins belges ont mené l'année dernière une campagne de prévention contre la violence conjugale qui a mis en scène une forme de violence conjugale à la fois répandue et difficile à définir, la violence psychologique sur l’autre. Un premier court-métrage montrait que "la violence psychologique, c'est de la violence tout court", et un second que "la violence conjugale, pour en sortir, il faut réagir".

Pour le rôle difficile de l’homme violent, il s’agit de l’acteur Jean-Jacques Rausin déjà souvent remarqué dans des courts-métrages, comme par exemple Chambre double récompensé au BIFFF ou encore En attendant le dégel récompensé au Festival de Cannes. Il sera le rôle principal du long-métrage Je me tue à le dire que prépare Xavier Séron…

Voici donc le court-métrage Fred et Marie, avec Jean-Jacques Rausin et Erika Sainte :

…et la suite, le court-métrage Marie et Fred :

L’instant Court : College Boy, le clip réalisé par Xavier Dolan

Posté par kristofy, le 12 mai 2013

college boyComme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après le court-métrage The Dance de Pardis Parker, voici l’instant Court n° 110.

Le jeune cinéaste canadien Xavier Dolan qui a été révélé au festival de Cannes avec ses trois films est depuis une semaine aussi un réalisateur de clip qui fait sensation : son premier clip est presque partout sur internet et dans les médias. Il s’agit d’images pour la chanson College Boy du groupe Indochine (auparavant Dolan avait voulu incorporer une de leurs chansons dans son film Laurence Anyways).

Le clip arrive en écho direct de l’actualité des diverses manifestations de la part de groupes dits catholiques contre le mariage pour tous : un jeune garçon (supposé homosexuel) est harcelé et violenté dans une école catholique sans la défense de personne (ni autre élève, ni prof, ni police). « Je serai trop différent pour leur vie si tranquille, pour ces gens… J’aime pourtant tout leur beau monde, mais leur monde ne m’aime pas, c’est comme ça. Et souvent j’ai de la peine quand j’entends tout ce qu’ils disent derrière moi… »

Les images font débat et internet de s’agiter pour ou contre, le chanteur du groupe Nicola Sirkis ayant dès l’origine indiqué que le clip peut ne pas convenir à des enfants de moins de 14 ans.

Le buzz sur le web (médias et réseaux sociaux) provoque un effet boule de neige et dans la foulée un début de polémique avec le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel par la voix de Françoise Laborde (membre du CSA pour le groupe de travail sur la jeunesse et la protection des mineurs) qui voudrait en interdire la diffusion à la télévision aux moins de 16 ans ou 18 ans (avec pour conséquence une diffusion possible seulement après 22h30 ou durant la nuit), alors que le clip est visible n’importe quand sur internet.

Françoise Laborde s’offusque d’une collegeboy« violence insoutenable, la violence ce n'est pas esthétique, la torture ce n'est pas esthétique... On ne dénonce pas la violence en montrant de la violence».

Réaction en chaîne : le clip devient le plus regardé et discuté du moment, et il est vu par environ un million d’internautes ! Nouvelle vérification du fameux "effet Streisand" : plus on cherche à censurer une information, plus elle est diffusée.

De son côté, le réalisateur Xavier Dolan a répondu à Françoise Laborde avec une lettre ouverte :

« Votre recommandation, davantage que de préserver l'imaginaire des jeunes, officialisera une posture sociologique sur les notions actuelles de censure, et sur l'inaptitude de l'adulte moderne à tolérer la mise en images des phénomènes sociaux dont il est directement ou indirectement responsable. Empêcher de diffuser la vidéo, c’est enfiler le bandeau que les personnages portent dans le clip, en allégorie de l'aveuglement volontaire de la société face à ces enjeux. Paradoxalement, nos seuls véritables détracteurs sont les bureaux de censure et les chaînes de télédiffusion, qui refusent de passer notre vidéoclip avant même d'avoir eu votre recommandation. Je constate qu'il existe au sein de vos groupes une culture de la lâcheté, presque instinctive, camouflée par une fausse outrance, qui font d'eux, et de vous, des complices de la stagnation. Je ne pourrai, dans cette mesure, jamais assez vous remercier de l'exceptionnelle visibilité que vous avez donné à mon travail, bien qu'il soit dommage que cette polémique n'origine non pas de votre soutien, mais de votre refus de contrer la violence par l'action plutôt que par le silence ».

collegeboyAuparavant, c’étaient les chaînes de télévision qui étaient le principal support de diffusion des clips, depuis une dizaine d’année c’est désormais d’abord internet.

Il faut savoir que les télévisions fonctionnent déjà sur le mode de l’auto-censure (c’est aussi le cas de YouTube et DailyMotion qui suppriment certains clips de leurs sites). Les sujets sensibles par rapport aux ‘bonnes mœurs’ sont pluriels : la sexualité, la drogue, le sang, la religion, la politique…

A l’international, MTV et BBC ne diffusent pas certains clips de Madonna, Rihanna, Nine Inch Nails, Marilyn Manson… C’est pareil en France : M6 a même recalé un clip du gentil Raphaël, qu'en sera-t-il du dernier clip de David Bowie The next day ? …

Avec College Boy réalisé par Xavier Dolan l’explication du CSA sera délicate : comment justifier l’interdiction d’un clip qui dénonce des violences contre un enfant ? Le CSA risque de servir de paravent derrière lequel vont se retrancher les chaînes de télé qui de toute façon n’avaient à priori pas vraiment l’intention de diffuser ce clip…

Peut-être serait-il mieux de simplement se souvenir que "la télévision c’est mieux quand on en parle", comme le conseillait justement le CSA dans l'une de ses campagne, soulignant que : « L’impact des images violentes peut être minimisé lorsque l’enfant peut dire ce qu’il a ressenti. C’est donc aux adultes d’engager la conversation avec lui. Ce sera aussi l’occasion de consolider ses repères, sa représentation du normal et de l’anormal, du juste et de l’injuste».

Voici donc ici le clip College Boy, réalisé par le cinéaste Xavier Dolan pour une chanson du groupe Indochine :

Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait de College Boy.

Hollywood annule ses soirées glam après la tuerie de Newton

Posté par vincy, le 20 décembre 2012

C'est Noël au box office, mais les traditionnelles avant-premières festives ont été annulées. Après la tuerie de l'école élémentaire de Newton, les studios ont préféré faire preuve d'humilité, de gravité, et la rigueur financière n'est pas pour leur déplaire.

Bref, pas question pour les stars de fouler le tapis rouge et de défiler au bar à cocktails. The Weinstein Company a a annulé la soirée prévue pour l'avant-première de Django Unchained. La Fox a rayé de l'agenda "people" l'avant-première et la soirée de Parental Guidance (titre ironique faisant référence aux niveaux de censure des films aux USA) et retardé l'avant-première de Pittsburgh de Jack Reacher.

Il faut dire que le débat est passionnel aux USA. Suite au massacre de Newton, la NRA (National Rifle Association) a logiquement accusé Hollywood d'être responsable de la violence ambiante du pays et rappelé que le droit de posséder une arme était constitutionnel en Amérique. Aucune étude ne prouve les propos de ce lobby surpuissant. C'est d'ailleurs Absurde quand on sait que la violence dans les films ou les jeux est encadrée par un système de "protection" des mineurs assez rigoureux, même si ce système de classification est très hypocrite, plaçant un sein dénudé au même rang qu'un meurtre de sang froid...

Mais, quelques mois après la folie meurtrière d'Aurora à une avant-première de The Dark Knight Rises, les Américains commencent à s'interroger sur ce droit constitutionnel d'accéder facilement à des armes lourdes. Tous les Américains ne s'en plaignent pas puisque les armes à feu ont été l'un des cadeaux vedette de Noël. Entre ceux qui sont partisans d'un contrôle plus strict et d'autres qui préfèreraient donner des armes aux enseignants, le président Obama, qui tend vers la première option, devra faire preuve de pédagogie.

On n'y croit moyennement. Déjà après le carnage de Columbine (qui a inspiré le roman puis le film We need to talk about Kevin, la Palme d'or Elephant et le documentaire Bowling for Columbine), on imaginait que les mentalités allaient changer. Michael Moore a d'ailleurs diffusé gratuitement son docu sur le Net juste après les événements de Newton. Et pourtant les mentalités ne changent pas et une étude récente montrait même que le nombre d'actes gravement violents avait doublé en 50 ans dans les James Bond.

Toujours plus? Mais jusqu'à quand?

James Bond est devenu deux fois plus violent depuis Dr.No

Posté par vincy, le 11 décembre 2012

james bond sean connery dr no daniel craig quantum of solaceSelon une étude de l'université d'Otago (la plus ancienne Nouvelle Zélande), des chercheurs ont constaté que la violence des James Bond a plus que doublé entre Dr No (1962) et Quantum of Solace (2008).

Dans le premier film, 109 actes violents légers ou sérieux (voire mortels) ont été répertoriés. Dans l'avant-dernier film de la série, les chercheurs en ont comptabilisé 250. Entre temps, le système de censure n'a jamais varié : 007 est vu par des enfants comme des adolescents. Car il s'agissait bien de l'objectif des chercheurs : rendre James Bond moins accessibles aux mineurs, ou en tout cas, alerter les parents que 007 n'est pas un héros plus familial que les Rambo et autres Batman.

L'étude démontre d'ailleurs que les violences légères sont stables tandis que les violences sérieuses (attaques armées, coups et blessures, mors) ont triplé. Selon le graphique publié, le film le moins violent de la série est Live and let die (Vivre et laisser mourir), qui date de 1973. C'était le premier film avec Roger Moore dans le rôle de James Bond. Et le plus violent est Tomorrow never dies (Demain ne meurt jamais) en 1997, avec Pierce Brosnan. L'acteur n'a pas ménagé sa peine, puisque le 2e du classement est Die Another day (Meurs un autre jour).

Globalement, si l'on suit la courbe, la tendance est à la hausse. Sean Connery avait atteint un pic en 1969, qui fut la "norme" de 1974 à 1989. Avec Brosnan, ce fut l'inflation. Les films avec Craig se situent dans la moyenne mais les actes très violents continuent d'être en hausse.

graphique statistiques violence james bond

Cannes 2012 : I???V??SIBL? – 10 ans après le choc

Posté par matthieu, le 23 mai 2012

Film que l'on ne présente plus et dont le scandale autour a largement contribué à son succès (plus de 500 000 entrées en France tout de même), Irréversible est ce long-métrage français réalisé par le sulfureux Gaspard Noé et qui a bousculé (choqué même) le festival de Cannes en 2002. C'est l'un des rares films à avoir divisé la rédaction d'Ecran Noir au point de publier deux critiques (l'une emballée, l'autre très réticente).

Suscitant indignations et abandons multiples pendant les séances, mais aussi acclamations et étonnements, le film, provocateur et troublant, ne laissa donc personne indifférent. À en croire cette vidéo, l'ambiance de la séance cannoise fut explosive, plaçant Noé tantôt comme un preux chevalier du 7ème art, tantôt comme une monstre anti-artistique à abattre. Si au départ Irréversible ne devait être qu'un projet mineur, celui-ci évolua progressivement vers une oeuvre plus ambitieuse au budget plus conséquent, avant de devenir ce que l'on en garde aujourd'hui... Et justement, quel souvenir dix ans après ? Oeuvre marquante et toujours controversée ?

Dès le début du film, on est happé par ce générique à l'envers qui bascule. L'aura et la réputation toujours intacts précédant le film donne l'impression au spectateur d'assister à quelque chose d'unique qui a autrefois affolé les cinéphiles. Et ce n'est pas la caméra virevoltante durant les vingt premières longues minutes qui vont nous faire dire le contraire. Le rendu est déjà indescriptible, sorte de manège sordide qui slalome entre les corps, sillonnant dans l'obscurité ce baisodrome, pour mieux en dévoiler les tréfonds sexuels de l'espèce humaine.  Ou plutôt d'homosexuels dont la présence relève de l'animal de foire et de vitrine à dégoût (ça se brûle les tétons à la bougie, ça se doigte, ça se masturbe, ça se sodomise dans tous les coins, il ne manque que les "fists" auxquels on échappe de justesse). Vingt premières minutes de mascarade expérimentale autour de sexualités débridées, le tout sur une bande son agressive qui nous oppresse voire nous enferme dans ces couloirs érotiques aux lumières folles où se pavanent des monstres. Un résultat inouï  qui se conclut par une défiguration à couper le souffle. Même dix ans après, l'ultra-violence du film n'a pas prit une ride et les effets visuels n'ont pas perdu de leur vigueur.

"Le temps détruit tout"

Lorsque l'histoire se lance enfin - certainement après que la moitié des salles se soient vidées en 2002 : la ménagère égarée comme l'homosexuel blessé ou encore l'hétérosexuel dégoûté, peu importe, ils auront participé au buzz du film en courant vers un échappatoire - on comprend comment vont s'organiser les scènes selon un ordre antéchronologique. Les mouvements fous de caméras orchestrent cette succession d'histoires qui s'emboitent pour former un récit à l'envers, ça pivote vers le ciel noir à chaque fin de scénettes pour passer à une autre sans coupure. La scène la plus marquante du film est bien évidemment l'interminable et éprouvante scène de viol de Monicca Bellucci aux formes érotisantes dans un décor électrique rouge pétant. Voyeurisme jusqu'au-boutiste. Mais c'est aussi le moment où le récit commence à prendre de la consistance et les personnages gagner en intérêt, à partir de là, on comprend ce qui se trame depuis le début : simple histoire de vengeance en milieu urbain. De même, l'ordre antéchronologique parvient enfin à toucher lorsque l'on sait ce qui va arriver à Bellucci si elle quitte la fête. Irréversible affiche l'horreur de certains faits divers qu'on préfèrerait ne jamais voir.

"Le temps détruit tout" annonce l'un des personnages au tout début, le comble d'Irréversible est alors de parcourir une temporalité inversée pour en appuyer la transgression des repères originaux : ceux de l'amour, de la vie, de l'harmonie. Sorte de fausse catharsis, on va vers le bonheur et le folie disparait au fil des minutes : ce choix artistique du réalisateur d'inverser les évènements. On va de la barbarie vers un état nature, où l'homme et la femme en tant que couple sont complètement nus et ne répondent qu'à la passion qui les unit. L'apothéose finale fait que l'on en ressort épuisé, aveuglé, avec cette sensation de vertige.

Exercices techniques ingénieux, plans séquences de longues durées et réussis avec Cassel, Dupontel et Belluci qui prouvent l'étendue de leur talent, voilà ce que l'on garde encore dix ans d'après d'Irréversible. Alors oui, le long-métrage met toujours une claque au spectateur avec sa violence très dérangeante, un sommet dans son genre, et qui ne laissait en rien présager autant d'entrées en France. Le succès est certainement dû au bouche-à-oreille, à l'entreprise cannoise, aux réactions disproportionnées et aux sélections et quelques prix engrangés par le film (meilleur réalisateur Gaspard Noé au Stockholm film festival et meilleur film étranger au San Diego Film Critics Society Awards). Irréversible s'est également bien exporté à l'étranger puisqu'une quarantaine de pays l'ont distribué - dans un cercle de salles sûrement réduit - et le réalisateur peut remercier le Festival de Cannes, facilitant l'exportation d'oeuvres aussi viscérales. À titre de comparaison, son film précédent, Seul contre tous, était distribué dans une dizaine de pays ; et son tout dernier nommé Enter The Void, dans lequel il continuait l'exploration visuelle, une petite trentaine seulement.

Gaspar Noé est de retour cette année sur la Croisette, dans un film collectif, 7 jours à La Havane, présenté à Un certain regard. Le film est présenté ce 23 mai. Irréversible avait été projeté le 24 mai 2002.

L’instant Court : Tune for two réalisé par Gunnar Järvstad

Posté par kristofy, le 8 avril 2011

Comme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après Fuck You, clip de Lily Allen réalisé par les français AB/CD/CD, voici l’instant Court n° 27.

Depuis mercredi dernier, il est beaucoup question de meurtres dans les nouveaux films à l’affiche. Le flingueur : Jason Statham est en petite forme, un film qui se flingue lui-même...  Essential Killing : Jerzy Skolimowski et Vincent Gallo portent jusqu'au bout ce film extrême où la survie d'un homme, entre errances et instinct, conduit à un minimalisme radical.

Tuer ou être tué, telle est la question. L’assassinat est tellement présent dans tous les genres de cinéma (thriller, drame, science-fiction, comédie…) que c’est bien entendu aussi le thème de nombreux films courts. Beaucoup de courts-métrages avec un meurtre ne sont guère crédibles faute de moyens (on voit que les armes sont des jouets en plastiques) ou de préparation (les tueurs sont joués par des comédiens trop amateurs). Ce qui serait remarquable, ce serait par exemple un film court sans aucun dialogue qui soit vu en même temps depuis n’importe quel pays sans problème de compréhension, ce qu'a justement réussi une équipe suédoise avec un vrai sens cinéma du cadrage et du montage.

Voila donc le court-métrage Tune for two réalisé par Gunnar Järvstad. En moins de trois minutes, on y voit en même temps la nature violente de l’acte de tuer, et en même temps son absurdité contre-nature. Une exécution sommaire va prendre une tournure aussi originale qu’inattendue…

Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait du film Tune for two.

Jeu concours Outrage de Takeshi Kitano : 10 DVD à gagner

Posté par MpM, le 1 avril 2011

outrageTakeshi Kitano a fortement contribué à faire connaître, voire à populariser en Occident, les clans de yakuzas, équivalents japonais des triades chinoises et de la mafia sicilienne. Comme leurs homologues du monde entier, les yakuzas pratiquent le racket et l'extorsion, organisent les paris clandestins, gèrent la prostitution et s'occupent de différents trafics, ce qui donne une grand latitude pour des films d'action violents et haletants.

Dans Outrage, Takeshi Kitano reprend le motif du film de yakuzas qui l'a fait connaître en Europe (Sonatine), mais sur une modalité différente, beaucoup plus cynique et désenchantée qu'autrefois.

Ainsi, ses personnages n'obéissent plus à aucun code d'honneur et ne sont mûs que par la soif du pouvoir et l'appât maladif du gain qui les poussent à s'entretuer. Devenu maître dans l'art du cynisme et de l'humour noir, le réalisateur s'en donne à coeur joie dans la violence stylisée et parfois même la surenchère sanglante. Le brio et le panache de sa mise en scène ont fait sensation à Cannes où le film était présenté en compétition l'an dernier.

A l'occasion de la sortie du DVD le 1er avril, Ecran Noir vous fait gagner 10 DVD. Pour participer au tirage au sort, il suffit de répondre à la question suivante :

Avant Outrage, Takeshi Kitano est resté dix ans sans réaliser de véritable film de gangsters. Dans le dernier, il incarnait un yakuza qui, après avoir refusé de se soumettre à un clan adverse, s'exilait aux Etats-Unis. Comment s'appelait ce film ?

Votre réponse et vos coordonnées postales sont à envoyer par courriel avant le 8 avril 2011. Aucune réponse postée dans les commentaires du site ne sera prise en compte.

The square : polar à l’australienne

Posté par MpM, le 16 janvier 2009

The squareL’histoire : Ray et Carla entretiennent une liaison secrète qui leur donne totale satisfaction, jusqu'au jour où le mari de Carla revient à la maison avec un sac rempli de liasses de billets. La jeune femme n’a alors plus de cesse que de s’enfuir avec l’argent. Elle finit par convaincre son amant de l’aider.

Ce qu’on en pense : Pour son premier film, l’Australien Nash Edgerton a choisi le terrain balisé du polar traditionnel dont il a apparemment parfaitement intégré les codes et les règles. Privilégiant les rebondissements psychologiques, son film exhale une tension lourde et poisseuse renforcée par la quasi absence de scènes spectaculaires. Ce à quoi on assiste, c’est à l’implacable mutation des personnages qui basculent méticuleusement de la normalité ordinaire à la violence et au crime. Cette énième variation sur le thème de la fatalité (un seul grain de sable suffit à enclencher la machine infernale) se double d’une réflexion sur la part d’humanité de chacun. Jusqu’où est-on prêt à aller par amour, par appât du gain ou tout simplement pour sauver sa peau ? Même si la morale finale est prévisible (le crime ne paie pas), on passe un bon moment à observer la lente et cruelle déchéance d’un Monsieur Toutlemonde confronté aux simples mais explosives conséquences de ses actes.