Guillermo del Toro et « Coco » sacrés par la guilde des Producteurs

Posté par vincy, le 21 janvier 2018

Les producteurs ont lancé la mère des batailles: les Oscars. Alors que plusieurs favoris ont été plébiscités par les critiques, que ce soit ceux de New York, Los Angeles ou la presse étrangère pour les Golden Globes, la Producers Guild of America a décerné ses prix cette nuit, donnant le pouls d'une partie de la profession (voir les nominations).

La forme de l'eau (The Shape of Water) de Guillermo del Toro l'a donc emporté sur quatre autres prétendants sérieux: Call Me By Your Name, Lady Bird, Get Out et Three Billboards outside Ebbing Missouri. Le Lion d'or du cinéaste mexicain a été couronné du meilleur film.

En revanche, Coco semble seul dans la catégorie animation, raflant un à un tous les prix ou presque depuis trois mois.

Jane a gagné dans la catégorie documentaire, The Handmaid’s Tale dans la catégorie télévision (drame), The Marvelous Mrs. Maisel dans la catégorie télévision (comédie), Black Mirror dans la catégorie série télévisée ou téléfilm, Leah Remini: Scientology and the Aftermath dans la catégorie documentaire télévisé, Last Week Tonight with John Oliver dans la catégorie talk et entertainment, The Voice dans la catégorie émission de divertissement.

Jordan Peele a, de son côté, reporté le Prix visionnaire de la guilde pour Get Out. Lors de son discours, il a évidemment parlé de ce qui préoccupe tout le monde à Hollywood depuis quelques années: "L'endroit creux est le système qui fait taire la voix des femmes, des minorités et d'autres personnes. Le lieu submergé est le président qui appelle les athlètes des fils de chiennes pour avoir exprimé leurs croyances sur le terrain et la patrie de nos plus beaux immigrants pays de merde."

Cette parole engagée a été renforcée par la victoire d'un cinéaste-producteur mexicain, et quelque part d'un film d'animation sur le Mexique: un pays qui sert de bouc-émissaire à l'idéologie nationaliste du président des Etats-Unis.

9 visages à ne pas manquer en 2018: Ophélie Bau

Posté par kristofy, le 27 décembre 2017

Ophélie Bau est encore une inconnue, mais ce ne sera plus le cas au printemps 2018 avec la sortie du nouveau film d'Abdellatif Kechiche Mektoub, My Love (chant 1). Encore une fois, le réalisateur se montre un directeur de casting et un révélateur de nouveaux talents qui a l'oeil. C'est le premier film pour de nombreux jeunes dont Shaïn Boumedine, Lou Luttiau, Alexia Chardard. Déjà présenté en compétition lors du festival de Venise, Mektoub, my love (chant 1) se révèle être autant un marivaudage de dialogues et de corps qu’un épisode de la chronique d’une famille. On a vraiment été séduit par le film, et en particulier par sa révélation absolue: Ophélie Bau'.

Amine arrive de Paris pour des vacances avec sa famille, il surprend Ophélie et Tony en train de faire l’amour, il reste derrière une fenêtre à les regarder avant de sonner pour parler à Ophélie, après le départ de Tony. Alors qu’il y a éventuel projet de mariage avec un militaire, celle-ci avoue qu’elle le voit depuis longtemps... Dès l'ouverture du film, l'actrice impose un corps sensuel. Mais passé ce moment elle devient surtout le visage (et la voix) d'un des personnages forts autour duquel s'articule le film, et derrière lui c'est le talent d'actrice de Ophélie Bau qui irradie. Premier rendez-vous avec elle au cinéma au mois de mars, avant d'autres moments où la retrouver.

Après tout c'est à Kechiche que l'on doit les découvertes de Sara Forestier, Hafsia Herzi et Adèle Exarchopoulos.

2017 dans le rétro : le cinéma de genre en quête de plus de visibilité

Posté par kristofy, le 22 décembre 2017

C’était quoi le cinéma de genre en 2017 ?

On avait déjà fait la remarque : où sont les films français avec des serial-killers masqués, des poursuites de voitures, des bagarres de kung-fu, des zombies affamés, des aliens envahisseurs...  Où sont les films de genre français ? Ils n’arrivent plus à être produits, et quand c’est le cas, ils ne parviennent pas à être distribués correctement dans les salles de cinéma. Ce genre de films, ça marche quand c’est américain… Cette vision de films américains ultra-rentables versus films français mal-aimés est toujours malheureusement d’actualité. Toutefois, 2017 marque un glissement vers une nouvelle reconnaissance du cinéma de genre.

Cette année le Genre a trouvé 2 fois un nouveau point G avec les films Grave et Get out qui ont réussi à surprendre, interpeller, choquer, et même faire l’actualité dans des médias généralistes autres que cinéma.

Ici le personnage principal est féminin pour Grave et il est noir dans Get out, soit une mise en avant de protagonistes qui étaient plutôt auparavant des victimes dans les films d’horreur… Le cinéma de genre est guidé par des codes à respecter, à détourner, à re-interpréter. C’est l’autre point commun entre ces deux films. "Le fantastique ou le paranormal contaminent peu à peu l'intrigue sans l'absorber tout à fait" comme on l'écrivait dans notre critique de Grave. Dans ces deux films, les codes du genre sont infusés dans du drame avec un peu d’humour et différents niveaux de lecture. Ici, une mise en perspectives de questionnements plus large à propos du racisme avec Get out et du déterminisme avec Grave. De plus, autant pour Jordan Peele que pour Julia Ducournau, il s’agit de leur premier long-métrage derrière la caméra, et leurs films ont fait le tour du monde avec succès : bravo !

Pour ce qui est des films américains ultra-rentables, les multiplexes ont bien profité des ventes de pop-corn grâce aux cartes illimitées avec ces différentes suites (inutiles ?): Resident Evil: Chapitre Final de Paul W.S. Anderson, Le Cercle: Rings de F. Javier Gutiérrez, Underworld: Blood Wars de Anna Foerster, Annabelle 2: la Création du Mal de David F. Sandberg, Jigsaw de Michael Spierig… Dans la même lignée de ‘faire du neuf avec du vieux’ il a fallu subir deux ratages Alien: Covenant de Ridley Scott et La Momie avec Tom Cruise (deux déceptions au box-office), et essayer de se réjouir de Ça de Andy Muschietti, énorme carton pour une vraie déception cinématographique, et de Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, qui aura davantage séduit pour son formalisme que pour son ambition.

blade runner

On remarquera que les films de type space-opéra conçu pour sortir sur tout les écrans de tout les pays de toutes planètes ont connu diverses aventures : Les Gardiens de la Galaxie 2 de James Gunn est moins bon que le premier, mais un numéro 3 est de toute façon prévu; Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson avait l’ambition de démarrer une trilogie, mais son relatif échec ne devrait pas initier une suite; et enfin le 8ème Star Wars: Les Derniers Jedi (mais 9ème film de la saga après Rogue One) ne va pas dépasser les records de recettes du Réveil de la Force, mais cela n'a aucune importance puisque désormais Disney programme un nouveau Star Wars pour chaque année jusqu’à la fin du monde.

Le cinéma de genre s’est renouvelé durant cette année 2017 avec des films comme l'enthousiasmant Split de M. Night Shyamalan (qui signe son grand retour), The Jane Doe identity de André Øvredal, It comes at night de Trey Edward Shults, et (en étant indulgent) Happy Birthdead de Christopher Landon pour les Etats-Unis. Ailleurs : en Angleterre The Last Girl-Celle qui a tous les dons de Colm McCarthy, en Australie Love Hunters de Ben Young, en Italie On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti, en Corée du Sud Tunnel de Kim Seong-hun, en France quasi-rien à part Le Serpent aux mille coupures de Eric Valette.

2017 c’est aussi un certain glissement vers une nouvelle reconnaissance du cinéma de genre : certains de ces films dépasse ‘leur public’ pour aussi avoir un plus large succès auprès du ‘grand public’. Il suffit de regarder par exemple certaines des récompenses les plus prestigieuses. Quel film a gagné le Lion d’Or au Festival de Venise ? C’est le film de monstre The Shape of water de Guillermo Del Toro ! C’est le grand favori des prochains Golden Globes avec 7 nominations aux, d’autres sont à venir pour les Oscars (sortie en France en février 2018). Un Oscar pour Del Toro n'est d'ailleurs pas impossible. Une consécration pour le maître mexicain. Quel premier film cumule le plus de récompenses ? C’est Get Out pour les cercles de critiques de Boston, Chicago, Detroit, New-York, Toronto, le National Board of Review, et bientôt aussi les Golden Globes… Il pourrait être l'un des premiers films d'horreur nommé à l'Oscar du meilleur film, en plus d'avoir été un carton en salles. De même en France, quel premier film a été le plus remarqué ? C’est Grave qui vient de recevoir le Prix Louis-Delluc du meilleur premier film après un Prix FIPRESCI à Cannes et avant quelques nominations aux Césars…

Ces différents succès n’occulte pas que le cinéma de genre est bel et bien toujours peu et mal distribué dans nos salles de cinéma, sans compter une certaine frilosité quand des œuvres ont une interdiction aux moins de 16 ans. C’est en Asie qu’il y a eu le plus de films de genre réjouissants, mais malheureusement aucune distribution chez nous : par exemple Blade of the immortal de Takashi Miike (pourtant au Festival de Cannes), Call of Heroes de Benny Chan, Opération Mékong de Dante Lam, Headshot des The Mo Brothers, The Prison de Hyun Na, Vanishing Time: a boy who returned de Um Tae-hwa,… D’ailleurs comment s’étonner de cette non-visibilité asiatique quand ces très bons films que sont El Bar (Pris au piège) de Alex de la Iglesia ou Golem le tueur de Londres avec la crème des acteurs british arrivent directement en dvd/vàd sans avoir une sortie en salles ? C’est d’ailleurs la même chose pour le film américain Leatherface des français Julien Maury et Alexandre Bustillo, pourtant à priori film-porteur puisque c’est la jeunesse du tueur de Massacre à la Tronçonneuse. Sortie directement pour le petit écran. Pour continuer sur une note triste, 2017 a d’ailleurs vu les décès des figures cultes du genre que sont Tobe Hopper et George A. Romero.

La bonne nouvelle pour 2018 c’est que les 2 patrons français du cinéma de genre (obligés par la conjoncture de travailler à l’étranger…) sont de retour : Pascal Laugier avec Ghostland le 14 mars (avec Mylène Farmer!) et Xavier Gens avec  Cold skin (et aussi The Crucifixion). On va suivre aussi la révélation des nouveaux talents avec les films Hostile de Mathieu Turi et Revenge de Coralie Fargeat.

Cadeau de Noël : un des meilleurs films de genre de cette année 2017 qui n'aura malheureusement pas été visible en France est Better watch out (nouveau titre de Safe Neighborhood, et qui en fait sortira en directement en dvd chez nous le 30 décembre sous le titre Watch out) de Chris Peckover :

9 films en langue étrangère toujours en lice pour les Oscars 2018

Posté par vincy, le 15 décembre 2017

On n'est plus à une absurdité près dans cette catégorie des Oscars: le meilleur film en langue étrangère. Le film favori des critiques (cinq associations, dont celles de New York et de Los Angeles) avaient fait de 120 Battements par minute leur vainqueur.

Mais il semble que le film de Robin Campillo, qui a été un flop au box office nord-américain (86000$ seulement en 8 semaines), ne fasse pas la même unanimité qu'en France. Un lot de consolation aux European Film Awards (le montage) et zéro nomination aux Golden Globes démontrent que l'engouement des critiques et professionnels français n'est pas partagé ailleurs. Pour les Oscars, les votants ont préféré deux autres films Queer, Les initiés et Une femme fantastique.

La liste des demi-finalistes pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère colle à peu près à celle des Golden Globes, à une exception près: le film d'Angelina Jolie (First They Killed My Father) représentant le Cambodge. Hormis ça, l'Ours d'or, la Palme d'or, et et deux Grand prix du jury (Berlin, Venise, puisque celui de Cannes c'était 120 BPM) s'affronteront pour les 5 places finales révélées fin janvier. Sur les 9 films, trois étaient à Cannes, quatre à Berlin, deux à Venise.

Les 9 finalistes:

Les initiés (Afrique du sud), sélectionné à Berlin
In the Fade (Allemagne), prix d'interprétation féminine à Cannes
Une femme fantastique (Chili), prix du scénario et Teddy Award à Berlin
Corps et âme (Hongrie), Ours d'or à Berlin
Foxtrot (Israël), Grand prix du jury à Venise
L'insulte (Liban), prix d'interprétation masculine à Venise
Faute d'amour (Russie), prix du jury à Cannes
Félicité (Sénégal), Grand prix du jury à Berlin
The Square (Suède), Palme d'or à Cannes

Call me by your name et The Shape of Water plébiscités par les critiques de L.A.

Posté par vincy, le 4 décembre 2017

Les critiques de Los Angeles ont ignoré Lady Bird, favori de ceux de New York, The Post, élu par le National Board of Review, et confirmé le choix des Gotham Awards, en plébiscitant Call Me By Your Name qui hérite de trois grands prix.

Mais la Los Angeles Film Critics Association a aussi invité The Shape of Water, Lion d'or à Venise, dans les films oscarisables. Jusque là le film de Guillermo del Toro n'avait pas été récompensé dans les premiers palmarès de l'année. Là il ramasse trois prix. Finalement, les Golden Globes joueront sans doute les arbitres, tout comme les palmarès des guildes. Une chose est certaine: il y a des favoris qui se détachent -  notamment Willem Dafoe qui fait un grand chelem en second-rôle masculin, Visages, Villages, le documentaire d'Agnès Varda, et 120 battements par minute - parmi lesquels le jeune Timothée Chalamet, primé aux Gotham, à New York et à Los Angeles, alors que Gary Oldman semblait favori pour l'Oscar du meilleur acteur.

Toute la question est de savoir si les votants aux Oscars récompenseront de nouveau un film indépendant, dont le sujet est une fois de plus une histoire d'amour entre deux hommes (comme Moonlight l'an dernier). Les critiques de Los Angeles ont rarement choisi l'Oscar du meilleur film, même s'ils ne se sont pas trompés depuis deux ans avec Spotlight et Moonlight. La compétition est ouverte...

Meilleur film: Call me by your name (finaliste: The Florida Project)
Meilleur réalisateur: Guillermo del Toro (The Shape of Water) et Luca Guadagnino (Call Me by Your Name)

Meilleure actrice: Sally Hawkins (The Shape of Water); finaliste: Frances McDormand (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri)
Meilleur acteur: Timothée Chalamet (Call me by your name) ; finaliste James Franco (The Disaster Artist)
Meilleur second-rôle féminin: Laurie Metcalf (Lady Bird); finaliste: Mary J. Blige (Mudbound)
Meilleur second-rôle masculin: Willem Dafoe (The Florida Project); finaliste: Sam Rockwell (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri)

Meilleur film d'animation: Parvana, une enfance en Afghanistan de Nora Twomey (finaliste: Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina)
Meilleur documentaire: Visages, villages d'Agnès Varda et JR (finaliste: Jane de Brett Morgen)
Meilleur film en langue étrangère: 120 battements par minute de Robin Campillo et Faute d'amour de Andrey Zvyagintsev

Meilleur scénario: Get Out (finaliste: Three Billboards Outside Ebbing, Missouri)
Meilleure image: The Shape of Water (finaliste: Blade Runner 2049)
Meilleure musique: Phantom Thread (finaliste: The Shape of Water)
Meilleurs décors: Blade Runner 2049 (finaliste: The Shape of Water)
Meilleur montage: Dunkerque (finaliste: I, Tanya)

3 raisons d’aller voir La Villa de Robert Guédiguian

Posté par kristofy, le 29 novembre 2017

Un vieil homme fatigué est victime d’un grave malaise. Tellement inquiétant que ses derniers jours vont arriver. Alors ses proches vont se retrouver autour de lui au seuil de la mort, et surtout entre eux pour un constat nostalgique de leurs vies… « Tous ces hommes et toutes ces femmes ont un sentiment commun. Ils sont à un moment de leur vie où ils ont une conscience aiguë du temps qui passe, du monde qui change... Ils savent que leur monde disparaîtra avec eux... Ils savent aussi que le monde continuera sans eux... Sera-t-il meilleur, pire ? Grâce à eux, à cause d’eux ?... »

La Villa est le 20ème film réalisé par Robert Guédiguian, et une nouvelle fois, le décor est une calanque près de Marseille, où ses comédiens fétiches Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan et Jacques Boudet sont rassemblés et entourés de la génération suivante d’acteurs de la troupe comme Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin ou Yann Trégouët. Les frères et la sœur, les parents, les amis, les amants, les voisins se retrouvent donc presque dans un huis-clos en bord de mer. C’est le moment de se faire des reproches, de confronter des convictions, peut-être de prendre un nouveau départ… Bref il faut faire le bilan.

Le temps qui passe : comme toujours chez Robert Guédiguian, le film est imprégné de nostalgie. Le capitalisme et l’individualisme, valeurs régnantes du présent, gagnent sur l’idéal de fraternité et de solidarité du passé. Les personnages s’en souviennent, et ils essaient de sauver les meubles et les apparences. Il se dégage un certain sentiment d’impuissance, mais faut-il s’en résigner ? Un court flashback sur l’insouciance de la jeunesse des personnages est en fait un extrait du film Ki lo sa ? tourné ensemble il y a déjà une trentaine d’année. Une petite audace narrative qui met en miroir deux époques et deux intentions de cinéma.

L’utopie : il y a toujours cet idéal du "vivre-ensemble", et de s’ouvrir aux autres. C’était mieux avant, mais on peut essayer que ça ne devienne pas trop pire demain. La Villa est avant tout un mélodrame familial, délicat et humble, mais le film s’ouvre aussi à l’actualité du monde avec la crise des migrants. La noirceur n'est jamais loin de la lumière provençale. Il y aurait quelques réfugiés arrivés dans les environs dont des enfants, alors que faire ? C'est le prétexte au débat, aux enjeux, aux questionnements. Entre la mort et l'art, l'amour et la vie, le film est une tragédie intime et délicate. Guédiguian veut encore croire au pouvoir des fleurs. Plutôt que d'acheter une couronne mortuaire pour ses rêves.

Le fil d’Ariane : ce n’est pas seulement le titre d’un autre film de Guédiguian, sa muse Ariane Ascaride est le moteur principal de cette histoire : elle revient pour quelques jours se reconnecter à ses racines et un douloureux secret. Dans le film c’est une actrice de théâtre renommée et son charisme sur scène avait fait forte impression. Robinson Stévenin, jeune pêcheur à la vie simple, se passionne lui aussi pour le théâtre et malgré la différence d'âge, il s’imagine lui déclarer sa flamme… Une romance ("macronienne") inattendue serait possible, et c’est d’ailleurs un souffle d’air frais dans ce film lourd de mélancolie.

3 raisons d’aller voir Ex Libris, The New York Public Library

Posté par vincy, le 1 novembre 2017

En compétition au dernier Festival de Venise, et reparti injustement sans aucune distinction, Ex Libris, The New York Public Library est le dernier documentaire du vétéran Frederick Wiseman, qui célèbre ses 50 ans de cinéma cette année, à qui l'on doit des immersions tentaculaires dans de sublimes institutions comme L'Opéra de Paris, La Comédie française ou la National Gallery. Cette fois-ci il plonge dans le réseau des bibliothèques publiques de New York.

Un portrait de l'Amérique. Sans voix off ni interviews ni commentaires, le film montre la diversité ethnique, sociale, générationnelle des usagers de ces bibliothèques, et tous les corps de métiers (et autant de compétences) qui sont nécessaires au fonctionnement de celles-ci. C'est un condensé du pays qui nous ait ainsi offert, des "stars" comme Elvis Costello et Patti Smith, aux petites mains qui numérisent, classent, ou trient les livres et les archives en passant par les animateurs, les pédagogues et les dirigeants. Davantage qu'une histoire de visages, il s'agit aussi d'une histoire de "village". Tout s'y croise: le social (aide aux immigrants, aux handicaps, aux chômeurs), le culturel (concerts, expositions), le personnel (selon ce que l'on recherche), l'économie (du besoin de mécènes aux contraintes des financiers publics), l'éducatif (pour les petits comme pour les plus grands)...

Un film très politique. Frederick Wiseman l'affirme. L'élection de Donald Trump a influé sur son montage. A travers ce tableau d'un lieu emblématique fréquenté par 17 millions de personnes chaque année, on voit bien que le cinéaste a cherché une antidote à cette Amérique de Trump. D'abord en valorisant le travail (la noble mission même) des bibliothécaires et archivistes qui ne cessent de s'adapter à leur époque, notamment avec l'accès numérique, et aux populations, parfois précaires ou délaissées par la mondialisation. Ensuite en laissant la parole à des artistes et des écrivains engagés ou des conférenciers qui fouillent les racines d'une Amérique en quête d'identité, à commencer par les questions liées aux Afro-américains et à l'esclavagisme ou celles sur la lutte des classes et le rapport aux dominants. Enfin, en rappelant qu'une bibliothèque est un pilier de la démocratie - c'est un accès à la connaissance ouvert à tous donc un rempart à l'ignorance -, en décryptant les contraintes financières dépendant à la fois des agendas publics locaux et nationaux et des attentes pas forcément d'intérêt général des mécènes et donateurs privés, il prouve si besoin est qu'une bibliothèque d'envergure mondiale comme une filiale de quartier sont des des lieux de service public (les derniers?) nécessaires à la "communauté".

Un objet cinématographique unique. D'une durée de 3h20, cette épopée particulièrement bien rythmée pour ne jamais s'ennuyer, si richement variée pour nous passionner, est un film singulier, avec ses réflexions, ses dialogues et ses respirations. C'est un grand documentaire sur le fond. Mais en ne cherchant jamais à séduire par la forme - à l'inverse d'un Michael Moore par exemple - il révèle aussi son intégrité. Du début à la fin, sans morale dictée, mais non sans subjectivité, Ex Libris, The New York Public Library prend le temps de faire le tour d'un espace multiforme, où l'on circule d'un plan à l'autre sans avoir l'impression d'avoir bougé.

92 candidats pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère

Posté par vincy, le 6 octobre 2017

92 partants pour seulement 5 finalistes. Les Oscars ont reçu un nombre record de candidatures pour la catégorie de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. C'est sept de plus que l'an dernier.

En attendant la shortlist de décembre puis les nommés définitifs le 23 janvier (les Oscars, eux, seront remis le 4 mars 2018), on notera quelques anecdotes: la langue espagnole est dominante avec 14 films (contre 8 où l'on parle français); deux films sont sans dialogues (le tunisien et l'ukrainien) ; 5 films étaient en compétition à Cannes (4 d'entre eux étaient au palmarès) et il y a aussi le Teddy Award de Berlin comme le film franco-libanais L'insulte primé à Venise ; Haïti, le Honduras, le Laos, le Mozambique, le Sénégal et la Syrie proposent un film pour la première fois ; enfin on soulignera l'entrée du Cambordge avec un film produit par Rithy Panh dont la réalisatrice n'est autre qu'Angelina Jolie.

Les 92 pays candidats (en rouge les films en français, en souligné les films coproduits par la France):

Afghanistan: A Letter To The President de Roya Sadat
Afrique du SudLes initiés (Inxeba) de John Trengove
Albanie : Daybreak de Gentian Koçi
AlgérieLa route d’Istanbul de Rachid Bouchareb
AllemagneIn the Fade de Fatih Akin
ArgentineZama de Lucrecia Martel
ArménieYeva de Anahit Abad
AustralieThe Space between de Ruth Borgobello
AutricheHappy End de Michael Haneke
AzerbaijanPomegranate Orchard d’Ilgard Najaf
BelgiqueLe fidèle de Michaël R. Roskam
BengladeshThe Cage (Khacha) d’Akram Khan
BolivieDark Skull de Kiro Russo
Bosnie-HerzégovineMen Don’t Cry d’Alen Drljevic
BrésilBingo – The King of the Mornings (Bingo : O Rei das Manhãs) de Daniel Rezende
BulgarieGlory de Kristina Grozeva et Petar Valchanov
CambodgeFirst They Killed My Father : A Daughter of Cambodia Remembers d'Angelina Jolie
CanadaHochelaga, terre des âmes de François Girard
ChiliUne femme fantastique de Sebastián Lelio
ChineWolf Warrior 2 de Wu Jing
ColombieGuilty Men (Pariente) d’Ivan D. Gaona
Costa Rica :The Sound of Things d’Ariel Escalante
Corée du sudA Taxi Driver de Jang Hun
CroatieQuit Staring at My Plate de Hana Juši?
DanemarkYou Disappear de Peter Schønau Fog
EgypteSheikh Jackson d’Amr Salama
EquateurAlba d’Ana Cristina Barragán
EspagneEté 93 de Carla Simon
EstonieNovember d’Andrus Kivirahk
FinlandeTom of Finland de Dome Karukoski
France120 battements par minute de Robin Campillo
Géorgie :  Scary Mother d'Ana Urushadze
Grèce : Amerika Square de Yannis Sakaridis
HaïtiAyiti mon amour de Guetty Felin
HondurasMorazán de Hispano Durón
HongkongMad World de Wong Chun
HongrieCorps et âme (On body and soul) d’Ildikó Enyedi
Inde : Newton d’Amit V Masurkar
Indonésie :Turah de Wicaksono Wisnu Legowo
Irak : Reseba - The Dark Wind de Hussein Hassan
IrlandeSong of Granite de Pat Collins
IranBreath de Narges Abyar
IslandeUnder the Tree de Hafsteinn Gunnar Sigurdsson
IsraëlFoxtrot de Samuel Maos
Italie : A Ciambra de Jonas Carpignano
Japon :  Her Love Boils Bathwater de Ryota Nakano
KazakhstanThe Road to Mother d'Akan Satayev
KenyaKati Kati de Mbithi Masya
KirghizstanCentaur (Kentavr) d’Aktan Arym Kubat
KosovoUnwanted d’Edon Rizvanolli
LaosDearest Sister de Mattie Do
LettonieThe Chronicles of Melanie de Viestur Kairish
Liban : L'insulte de Ziad Doueiri
Lituanie : Frost de Sharunas Bartas
LuxembourgBarrage de Laura Schroeder
MarocRazzia de Nabil Ayouch
MexiqueTempestad de Tatiana Huezo
Mongolie The Children of Genghis de Zolbayar Dorj
MozambiqueThe Train of Salt and Sugar de Licinio Azevedo
NépalWhite Sun (Seto Surya) de Deepak Rauniyar
NorvègeThelma de Joachim Trier
Nouvelle-ZélandeOne Thousand Ropes de Tusi Tamasese
PakistanSaawan de Farhan Alam
PalestineWajib d’Annemarie Jacir
PanamaBeyond Brotherhood d’Arianne Benedetti
ParaguayLos Buscadores de Juan Carlos Maneglia et Tana Schembori
Pays-BasLayla M. de Mijke de Jong
PérouRosa Chumbe de Jonatan Relayze
PhilippinesBirdshot de Mikhail Red
Pologne Spoor d’Agnieszka Holland
PortugalSaint-Georges de Marco Martins
République dominicaineWoodpeckers de José María Cabral
République TchèqueIce Mother de Bohdan Slama
RoumanieFixeur d’Adrian Sitaru
Royaume-UniMy Pure Land de Sarmad Masud
RussieFaute d’amour d’Andreï Zvyaguintsev
Sénégal: Félicité de Alain Gomis
Serbie : Requiem for Mrs J de Bojan Vuleti?
SingapourPop Aye de Kirsten Tan
Slovaquie The Line de Peter Bebjak
SlovénieMiner d'Hanna A. W. Slak
SuèdeThe Square de Ruben Östlund
SuisseL’ordre divin de Petra Volpe
SyrieLittle Gandhi de Sam Kadi
Taïwan Small Talk de Hui-Chen Huang
ThailandeBy the Time it Gets Dark d’Anocha Suwichakornpong
TunisieThe Last of Us d’Ala Eddine Slim
TurquieAyla: The Daughter of War de Can Ulkay
UkraineBlack Level de Valentyn Vasyanovych
UruguayAnother Story of the World de Guillermo Casanova
Venezuela : El Inca d'Ignacio Castillo Cottin
ViêtnamFather and Son de Luong Dinh Dung

The Disaster Artist de James Franco triomphe à San Sebastian

Posté par vincy, le 2 octobre 2017

James Franco a été consacré par le jury du Festival de San Sebastian pour son long métrage The Disaster Artist, en lui décernant le Coquillage d'Or (Concha de Oro) du meilleur film.

Le film marque ainsi un point pour les Oscars après sa présentation (en version inachevée) au South by Southwest Film Festival au printemps puis en version complète à Toronto (où il a été l'un des films les plus appréciés). James Franco sort de ses films intellos ou expérimentaux avec cette comédie qui retrace le tournage du film culte The Room de Tommy Wiseau, considéré comme un des pires de l'histoire du cinéma par la critique et pourtant prix du public au New York International Independent Film & Video Festival. Echec au box office, le film est devenu culte grâce à ses défauts. Franco a été séduit par la folie et le rêve de Tommy Wiseau, rejeté par Hollywood, et déterminé à faire son film.

The Disaster Artist, qui doit sortir en décembre aux Etats-Unis, réunit une myriade de vedettes aux côtés de James Franco: Alison Brie, Kristen Bell, Zac Efron, Dave Franco, Adam Scott, Bryan Cranston, Josh Hutcherson, Seth Rogen et Sharon Stone.

Marcela Said récompensée à San Sebastian et à Biarritz

Le jury de cette 65e édition, présidé par John Malkovich, entouré de Dolores Fonzi, Jorge Guerricaechevarria, William Oldroyd, Emma Suárez, André Szankowski et Paula Vaccaro, a aussi distingué l'Argentine Anahi Berneri, pour son film Alanis, qui devient la première femme à recevoir le prix de la mise en scène, film également récompensé par le prix d'interprétation féminine pour Sofia Gala Castiglione, le Roumain Bogdan Dumitrache comme meilleur acteur pour son rôle dans Pororoca de Constantin Popescu, le film espagnol Handia (prix spécial du jury), le film argentin Una especie de familia (prix du scénario, et par ailleurs prix d'interprétation masculine au Festival de Biarritz ce week-end) et le film allemand Der Hauptmann (The Captain) (meilleure image). Le jury a attribué une mention spéciale à l'actrice belge Anne Gruwez (Ni juge, ni soumise).

Par ailleurs, dans la section Horizontes Latinos, le jury d'Angela Molina a décerné son prix du meilleur film latino-américain à Mariana (Los Perros) de la réalisatrice chilienne Marcela Said, film sur la dictature d'Augusto Pinochet, également récompensé à Biarritz avec le prix du jury.

Deux films primés à Venise plébiscités par le public

Le prix Nouveaux Talents a récompensé la française Marine Francen pour Le semeur. Le prix du public a plébiscité Three Billboards outside Ebbing, Missouri de Martin McDonagh (qui avait reçu le prix du scénario à Venise et le prix du public à Toronto). Le public a aussi voté pour Jusqu'à la garde de Xavier Legrand à titre de meilleur film européen (après le prix de la mise en scène et le prix du meilleur premier film à Venise). Les deux films devancent Borg/McEnroe et La villa de Robert Guédiguian. Les spectateurs de San Sebastien ont moins aimé Call me by your name, 120 battements par minute, Happy End, Le musée des merveilles, Beautiful Day, The Florida Project, Faute d'amour ou The Big Sick, pourtant très appréciés et même primés à Sundance, Berlin ou Cannes. Mais le film qui a suscité le plus de rejet est Mother! de Darren Aronofsky.

Enfin, le prix FIPRESCI de la critique internationale a préféré le film espagnol Life and Nothing More de Antonio Méndez Esparza

San Sebastian a aussi honoré trois artistes avec un prix Donostia : Ricardo Darin, Monica Bellucci et Agnès Varda.

Venise 2017 : Bilan de la 74e Mostra

Posté par kristofy, le 12 septembre 2017

Cette 74ème édition du Festival de Venise s'est clôturée avec un Lion d'or sacrant Guillermo Del Toro pour The Shape Of Water : enfin une grande et belle reconnaissance pour le génial conteur d'histoire mexicain! Ce nouveau film (dont la sortie française a été décalée à février 2018, au moment des Oscars) renoue avec l'esprit de son plus grand succès Le Labyrinthe de Pan qui avait eu trois nominations aux Oscars dont celle du meilleur film en langue étrangère et  du meilleur scénario. Le jury cannois d'alors l'avait quand même oublié à son palmarès (le prix de la mise en scène avait été remis à son ami et compatriote Alejandro González Iñárritu pour Babel). A noter que le Prix de la meilleure musique de film a été remis à Alexandre Desplat pour la partition de ce film.

L'ensemble des films de la compétition était d'un beau niveau, avec une belle part de cinéastes attendus - Guillermo Del Toro, Darren Aronofsky, George Clooney, Alexander Payne, Paul Schrader, Andrew Haigh, Paolo Virzì, Abdellatif Kechiche, Ziad Doueiri, Hirokazu Kore-eda, Martin McDonagh...

Deux favoris, trois cancres

Avant l'annonce du palmarès, deux films avaient rassemblé presque de manière unanime la critique et le public :  The Shape of Water (qui était notre Lion d'or aussi), et Three Billboards Outside Ebbing, Missouri de Martin McDonagh pour lequel on prédisait comme une évidence un prix du scénario (la récompense effectivement obtenue) qui aurait pu être doublée d'un prix d'interprétation féminine pour son actrice Frances McDormand, qui semble d'ailleurs être promise de nouveau à être nommée à un Oscar (dix ans après sa nomination pour L'affaire Josey Aimes et 20 ans après avoir gagné cette statuette pour Fargo). Les films les moins appréciés semblent avoir été Una Famiglia de Sebastiano Risio (avec Patrick Bruel jouant en italien), La Villa de Robert Guediguian (qui a quand même la considération d'autres jurys avec deux prix parallèles), et (surprise) Mother! de Darren Aronofsky plutôt fraichement reçu.

Autre certitude, le Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir ne pouvait être remis que au jeune Charlie Plummer pour son rôle dans Lean on Pete de Andrew Haigh (Week-end, 45 Years). Avec ses faux airs de River Phoenix, le jeune comédien de 18 ans, révélé par la série "Boardwalk Empire", trouve ici son premier grand rôle.

Pour les prix d'interprétation le palmarès était assez ouvert. Etrange cependant d'avoir récompensé pour le meilleur acteur Kamel El Basha dans L’Insulte de Ziad Doueiri alors que le rôle principal est tenu par Adel Karam, d'ailleurs très bon. On est évidemment ravi pour Charlotte Rampling pour son deuxième grand prix dans sa carrière grâce à Hannah d'Andrea Pallaoro: elle porte vraiment le film puisque qu'elle est quasiment seule à l'image tout au long du film. On a remarqué avec un certain amusement que certains noms se retrouvaient dans plusieurs films de ce festival : Matt Damon dans Downsizing et Suburbicon, Javier Bardem dans Mother! et dans Loving Pablo, Matthias Schoenaerts dans Le Fidèle et Our Souls at Night, Kristen Wiig dans Downsizing et Mother! ;  et que le musicien Alexandre Desplat était lui au générique de trois films avec Espèces menacées, Suburbicon et The Shape of Water.

Carte Senior

La constante de ce festival est la belle présence de 'seniors' à l'écran : quand le scénario est trop simplet où quand la mise en scène est trop soporifique, c'est leur charisme qui sauve le film ou qui en fait tout son intérêt. C'est donc le cas pour Our Souls at Night qui ressemble à un téléfilm gentillet (ce sera d'ailleurs sur Netflix et pas en salles) qui réunit une nouvelle fois le couple Robert Redford et Jane Fonda qui cabotinent un peu pour notre plaisir. Dans The Leisure Seeker on y suit un vieil homme qui perd la mémoire et sa femme atteinte d'un cancer partir pour leurs dernières vacances en camping-car. Le film est attachant grâce aux talents conjugués de Helen Mirren et de Donald Sutherland. Il aurait été impossible de récompenser l'un sans l'autre au palmarès, mais Hollywood a déjà prévu en parallèle un prochain Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière à Donald Sutherland. C’est aussi le premier film américain du réalisateur italien Paolo Virzì. Andrea Pallaoro, italien, a tourné de son côté Hannah en français avec Charlotte Rampling (nota bene: les films 100% italiens étaient très inégaux). Dans Hannah les plans sont assez longs avec une caméra presque fixe et la narration, avec peu de dialogues, avance lentement, par ellipses, autour d'une vieille femme seule: son mari avait un secret immoral, elle n'est plus la bienvenue chez son fils et son petits-fils, et on ressent avec elle le poids des années et de la tristesse. De premier abord assez austère Hannah révèle sa dimension grâce à Rampling. Ne serait-ce qu'avec ce plan de cri primitif dans un cours d'expression corporelle (où elle n'arrivera pas à réciter son texte) et un plan de son corps nu sous la douche d'une piscine (qui ne veut pas d'elle comme membre à cause de son âge), Charlotte Rampling est à la fois Hannah le personnage et Hannah le film: sa Coupe Volpi est amplement méritée.

Le rejet de l'autre

Signe des temps présents, une thématique particulière infusait de nombreux films cette année à Venise : le rejet de l'autre. Le racisme envers les noirs est évoqué sans détour pour les Etats-Unis à la fois dans Suburbicon de George Clooney et dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri de Martin McDonagh, et dans une moindre mesure dans The Shape of Water de Guillermo Del Toro. Ailleurs aussi, par exemple en Australie dans Sweet Country Warwick Thornton (récompensé du prix spécial du jury). Les américains détestent les russes The Shape of Water, un libanais chrétien éprouve un lourd ressentiment contre un palestinien musulman dans L'insulte. Il y a un flic violent qui tabasse des gens dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, un policier pédophile dans Angels wear white de la chinoise Vivian Qu, un propriétaire blanc qui viole une esclave aborigène dans Sweet Country. Et on recherche aussi un violeur dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri.

Le monde des adultes en place est souvent brutal avec les enfants : un adolescent devient un moment sans abri et se fait voler son argent dans Lean on Pete, une fillette est victime d'un prédateur dans Angels wear white et manquera de la protection de sa mère (qui la punira en lui coupant les cheveux) et de certains médecins (qui vont nier son agression physique), des bébés seront vendus comme de la marchandise dans Une famiglia de Sebastiano Risio, et un petit garçon fera office de bouclier lors du divorce entre sa mère et son père parfois violent dans Jusqu'à la garde de Xavier Legrand (le prix de la mise en scène qui a été une surprise tant on attendait plutôt Abdellatif Kechiche à ce niveau).

Décidément bien des choses ne tournent pas rond : le bienfaiteur d'une église est responsable d'une pollution de l'eau dans First reformed de Paul Schrader, les migrants sont symbole d'une crise qu'on se sait pas gérer dans le documentaire Human Flow de Ai Weiwei. La plupart de ces films en compétition à Venise pourront être découverts prochainement en France, et le premier de ceux-ci sera à voir en salles dans quelques jours : Mother! de Darren Arofsky est un tour de force qui ne laisse pas indifférent en plus de provoquer de multiples résonances...