Cannes 2017: le palmarès de la sélection Un certain regard

Posté par vincy, le 27 mai 2017

Etrangement, le favori de la critique dans Un Certain Regard (le film russe Une vie étroite) a été oublié du palmarès du jury d'Uma Thurman et de son jury.

Le film iranien Lerd (Un homme intègre) de Mohammad Rasoulof a remporté le Prix Un Certain Regard. Le film sera distribué par ARP. Il s'agit de l'histoire de Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils. Il mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce. Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre. Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?

Le Prix de la mise en scène a été décerné à l'Américain Taylor Sheridan pour son premier film en tant que réalisateur, Wind River, à la fois enquête policière et état des lieux de la situation des Amérindiens. Le film sort le 30 août en France.

Le Prix du jury est revenu au mexicain Michel Franco pour Les filles d'Avril, prévu en salles le 26 juillet. Un autre Prix du jury a distingué une "performance", celle de l'actrice italienne Jasmine Trinca dans Fortunata (qui en effet porte le film avec son rôle de mère seule et combative dans un environnement pas forcément bienveillant).

Enfin, saluons le drôle de prix récompensant Barbara de Mathieu Amalric, film d'ouverture la section, qui reçoit le Prix spécial de la poésie du cinéma.

Cannes 2017: Qui est Taylor Sheridan ?

Posté par vincy, le 27 mai 2017

Taylor Sheridan, c'est le talent brut américain. Un touche-à-tout venu du Texas. A 47 ans - il a fêté son anniversaire au Festival il y a six jours - il est connu comme acteur en second-rôle, scénariste de premier plan et le voilà réalisateur. Wind River est son premier film. Un thriller présenté à Un certain regard, où un homme, Cory, traumatisé par la mort de sa fille, travaille comme chasseur de coyotes et autres prédateurs. La poisse : il trouve le corps violé d'une adolescente dans une région désertée, une réserve amérindienne, et décide d'aider un agent du FBI à trouver le coupable. Le film, avec Jeremy Renner dans le rôle principal, et Elizabeth Olsen, a déjà été présenté à Sundance cet hiver.

Avant de concourir à la prestigieuse Caméra d'or cannoise, Taylor Sheridan a parcouru un long chemin chaotique. En tant que comédien, il a joué les rôles secondaires dans des épisodes de série, de Walker, Texas Ranger à Docteur Quinn, femme médecin en passant par Star Trek: Enterprise, New York Police Blues, Les Experts: Manhattan. Malgré sa belle gueule et son regard perçant, sa carrière ne décolle pas avant 2005, quand il incarne Danny Boyd, en cousin d'un gangster et trafiquant de drogue maffieux irlandais, dans la série Veronica Mars. Mais c'est en flic dans trois saisons de Sons of Anarchy qu'il est acquiert enfin une certaine notoriété.

Au cinéma, en revanche, c'est disette. Il tourne en 2003 dans White Rush, de Mark L. Lester, polar inédit en salles, et ne retrouve le grand écran qu'avec Comancheria (High or Hell Water), présenté l'an dernier à Un certain regard, dont il a signé le scénario.

Car, voyant sa carrière de comédien faire du sur place, il décide de se lancer dans l'écriture de scénarios. Et pas des moindres. On lui doit Sicario, réalisé par Denis Villeneuve et en compétition au Festival de Cannes en 2015. Une autre histoire de drogue, de Texas et de flics, avec un FBI sans foi ni loi et des immigrés clandestins venus du Mexique. Pour le film, il se documente énormément, effectue un véritable travail journalistique et montre comment cette frontière bientôt murée est devenue une zone de non-droit. Le film reçoit trois citations aux Oscars et le scénariste est nommé aux prix de la Writers Guild of America. Il a écrit la suite, Soldado, centrée sur le personnage interprété par Benicio del Toro.

Comancheria, réalisé par David Mackenzie, est par conséquent son deuxième scénario. Il l'avait écrit quelques années avant Sicario. Le script figurait sur la fameuse Black List, ces pépites que personne n'osent produire. Un autre récit texan, avec deux frères qui braquent des banques pour rembourser une dette. C'est le bingo. Quatre nominations aux Oscars, dont celle du meilleur film et du meilleur scénario original, deux nominations aux Golden Globes, dont une pour Sheridan à titre de scénariste et une nouvelle nomination aux prix de la Writers Guild of America.

Depuis deux ans, Taylor Sheridan ne chôme pas (il a même écrit le téléfilm Yellowstone, autour d'une famille du Montana qui se bat pour sauver son ranch). Il a été enrôlé pour écrire le remake de Maryland, le film d'Alice Winocour, présenté en 2015 à Un certain regard.

Il aime les histoires simples, les paysages arides, les personnages tourmentés et solitaires. Taylor Sheridan impose son style, en ancrant des récits réalistes et contemporains dans un cadre finalement on ne peut plus classique entre film noir et western. Un Texan qui a rêvé de la lumière et l'a trouvée dans l'ombre de l'écriture.

Cannes 2017: Qui est Robin Campillo ?

Posté par vincy, le 20 mai 2017

Avec 120 battements par minute, Robin Campillo entre dans la cour des grands en étant l'un des cinéastes français en lice pour la Palme d'or. A bientôt 55 ans, il était presque temps pour ce  réalisateur-scénariste-monteur , césarisé pour son adaptation d'Entre les murs (la Palme d'or de Laurent Cantet) et nommé aux César comme meilleur réalisateur et meilleur film en 2015 pour son excellent film Eastern Boys, plusieurs fois primé dans les Festivals (dont Venise avec le prix du meilleur film dans la section Horizons).

Deux films à Cannes cette année

120 battements par minute n'est que son troisième film. Le premier long métrage, Les revenants, remonte à 2004. Le film sera ensuite décliné avec succès en série pour Canal +. Formé à l'IDHEC au début des années 1980, où il rencontre son "partner in crime" Laurent Cantet, il a coécrit et monté trois des films du cinéaste: L'Emploi du temps (2001), Vers le sud (2005), Entre les murs (2008) et Foxfire, confessions d'un gang de filles (2012). Il a aussi monté Retour à Ithaque (2014) toujours de Cantet, et Qui a tué Bambi? de Gilles Marchand. L'an dernier, il a également co-écrit Planétarium, de Rebecca Zlotowski. En plus de son film, Robin Campillo est présent cette année à Un certain regard, en tant que co-scénariste du nouveau film de Laurent Cantet, L'Atelier. Double actualité qui mérite qu'on s'attarde sur cette personnalité discrète du cinéma français.

Eastern Boys racontait l'histoire d'un plan cul qui tourne mal pour un bobo de Montreuil, mélangeant avec brio la quête du bonheur, l'homosexualité, le rapport à l'étranger, la clandestinité. Avec 120 battements par minute, le cinéaste veut évoquer la création du mouvement Act Up à la fin des années 80.

Sans frontières

Robin Campillo, à travers ses trois films, montre qu'il aime tracer, traverser puis effacer les frontières: ces limites intimes qu'on porte en nous comme ces bordures et ses murs que la société, la politique, la culture construisent pour nous enfermer. Il aime les espaces urbains comme les huis-clos isolants. Peut-être que ce rapport au monde, ce besoin d'ouverture, lui vient de son enfance. Né au Maroc en 1962, il a vécu ensuite à Madagascar. Son père était dans l'armée de l'air. C'est sur une base militaire qu'il découvre le cinéma: un endroit finalement coupé, protégé du monde, d'où il pouvait s'évader par le son et l'image grâce à Eddie Constantine, qui plaisait aux soldats, comme à Jean-Luc Godard, qui les faisaient hurler. Aujourd'hui, il vit à Montreuil.

Son cinéma, maîtrisé, est influencé par des références multiples, de Jacques Demy (la scène de cambriolage festive avec la musique électronique signée Arnaud Rebotini dans Eastern Boys) à L'Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel (Les Revenants) en passant par Truffaut, Resnais, etc. A travers ses films, il décode la domination (sociale, sexuelle, sentimentale, matérielle, politique) et le retour à la vie, cette renaissance après la mort, la maladie, ou la dépossession. Il aime installer un climat inquiet, une atmosphère singulière où ses personnages errent dans un monde étranger. Robin Campillo, en trois films, a su s'imposer comme un réalisateur prometteur et différent, en mettant en lumière les marginaux ou les mis à l'écart.

Cannes 2017: Nos retrouvailles avec Jeanne Balibar

Posté par vincy, le 18 mai 2017

Jeanne Balibar, ex-compagne de Mathieu Amalric, sera l'actrice devant incarner la chanteuse Barbara dans un biopic fictif, sous le regard de Mathieu Amalric. La comédienne ouvre Un certain regard, ce qui procure un certain plaisir. On avait cru Jeanne oubliée par le cinéma français. A Cannes, elle était du premier Desplechin en compétition, Comment je me suis disputé..., en 1996. Mais c'est en 2001, avec Va savoir, chez Jacques Rivette, toujours en compet, qu'elle a brillé, qu'elle nous a emballés, qu'elle tourbillonnait dans une fugue parisienne légère et théâtrale. Elle passe à Un certain regard l'année suivante avec 17 fois Cécile Cassard de Christophe Honoré et revient en 2004 en compétition grâce à Olivier Assayas dans Clean. Deux seconds-rôles. Elle est bien réapparue hors compétition par la suite, en voix de dessin animée ou "figurante" d'un gros casting international. Mais plus de quoi marquer les esprits.

C'est regrettable, car, avec sa silhouette de girafe, son timbre de voix envoûtant, son regard de biche, elle nous ensorcelait. Sa singularité dans le cinéma français la rendait séduisante et attachante. Aujourd'hui, Jeanne Balibar a 49 ans. Les hommes ont passé. Les fils ont grandi. Les combats sont toujours d'actualité pour cette femme engagée. Elle a eu ses galères.

Elle a débuté il y a 24 ans à la Comédie-Française et a joué dès ses débuts dans la cour d'honneur du Festival d'Avignon. Elle y fut Elvire. Quatre ans plus tard, elle quitte sa pension théâtrale pour se consacrer au cinéma, qui la sollicite de plus en plus. Le Desplechin l'a mise sur orbite. Elle devient l'une des égéries du nouveau cinéma français de la fin des années 1990. Elle tourne avec Laurence Ferreira Barbosa, Bruno Podalydès, Olivier Assayas, Benoît Jacquot, Jeanne Labrune, Raoul Ruiz, Guillaume Nicloux, et bien entendu Mathieu Amalric, qui en fait la muse de ses premiers films. On la voit aussi dans les téléfilms Balzac et Les Rois Maudits de Josée Dayan, Code 46 de Michael Winterbottom, Sagan de Diane Kurys (qui lui vaut sa quatrième nomination aux César), La Fille de Monaco d'Anne Fontaine et Le Bal des actrices de Maïwenn. Elle n'a jamais cessé de tourner. Mais elle était moins visible. Acceptant un rôle même mineur ou ne rencontrant pas le film majeur. Depuis près de dix ans, elle est même assez rare. Ses fidèles l'ont vue récemment dans la série télévisée Tunnel de Dominik Moll.

C'était au théâtre que cette intermittente savourait son travail. Molière, Duras, Genet, Corneille, Shakespeare, Tchekhov ou Claudel à ses débuts. Elle s'aventure ensuite chez Offenbach, Lem (une adaptation de Solaris), Olivier Py lui remettant le Soulier de satin à l'Odéon, Dumas en dame aux camélias, Handke à Avignon ou Dostoïevski à Berlin.

Et puis la cigale a chanté aussi, même quand l'hiver est venu. Deux albums au début des années 2000 et des chansons dans diverses compilations, en plus d'un duo avec un autre de ses ex, Philippe Katerine, intitulé "J'aime tes fesses".

Fiancée éternelle de pirates et flibustiers des arts et des lettres, Jeanne Balibar avait même essayé la co-réalisation avec Par exemple, Electre (mention spéciale au Jean-Vigo en 2012), film expérimental mettant en abime le processus de création théâtral et audiiovisuel.

Elle n'a pas été oisive, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais cela fait longtemps que Jeanne Balibar n'était pas au centre de l'intention. Ce qu'elle sera en ce jeudi 18 mai avec l'ouverture d'Un certain regard, où elle simulera une comédienne devant incarner la mythique Barbara. "Dis, quand reviendras-tu, Dis, au moins le sais-tu, Que tout le temps qui passe, Ne se rattrape guère, Que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus."

Cannes 2017: les jurys d’Un certain regard, des Courts métrages et de la Cinéfondation et de la Caméra d’or enfin révélés

Posté par vincy, le 14 mai 2017

On s'inquiétait un peu. A trois jours du lancement du 70e Festival de Cannes, il manquait les membres de trois jurys majeurs. C'est chose faite en ce dimanche présidentiel.

"Après le Jury des films en compétition, présidé par Pedro Almodóvar et dont la composition a été révélée le 25 avril dernier", voici ceux qui seront aux côtés des présidents Uma Thurman (Un Certain Regard), Sandrine Kiberlain (Caméra d’Or) et Cristian Mungiu (Courts métrages et Cinéfondation).

Jury d'Un certain regard

Uma Thurman (présidente), actrice américaine ; Mohamed Diab, réalisateur égyptien ; Reda Kateb, acteur français ; Joachim Lafosse, réalisateur belge ; Karel Och, directeur artistique du Festival International de Karlovy Vary.

Jury des Courts métrages et de la Cinéfondation

Cristian Mungiu (président), réalisateur, scénariste et producteur roumain ; Clotilde Hesme, actrice française ; Barry Jenkins, réalisateur et scénariste américain (oscarisé avec Moonlight) ; Eric Khoo, réalisateur, scénariste, producteur singapourien ; Athina Rachel Tsangari, réalisatrice, scénariste et productrice grecque.

Jury de la Caméra d'or

Sandrine Kiberlain (présidente), actrice et chanteuse française : Patrick Blossier, chef opérateur français ; Elodie Bouchez, actrice française ; Guillaume Brac, réalisateur et producteur français ; Thibault Carterot, président de M141, société de Post-Production ; Fabien Gaffez, écrivain et critique de cinéma ; Michel Merkt, président suisse.

Cannes 2017: les films d’Un certain regard

Posté par vincy, le 13 avril 2017

Ouverture
Barbara de Mathieu Amalric

La novia del desierto (La fiancée du désert)
de Cecilia Atan et Valeria Pivato (premier film)
Tesnota (Etroitesse) de Kantemir Balagov (premier film)
Aala Kaf Ifrit (La belle et la meute) de Kaouther Ben Hania
L'atelier de Laurent Cantet
Fortunata (Lucky) de Sergio Castellitto
Las hijas de abril (Les filles d'avril) de Michel Franco
Western de Valeska Grisebach
Posoki (Directions) de Stephan Komandarev
Out de Gyorgy Kristof (premier film)
Sanpo Suru Shinryakusha (Before we vanish) de Kiyoshi Kurosawa
En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui (premier film)
Lerd (Dregs) de Mohammad Rasoulof
Jeune femme de Léonor Serraille (premier film)
Wind River de Taylor Sheridan (premier film)
Après la guerre d'Annarita Zambrano (premier film)

les films en compétition
les films hors-compétition et en séances spéciales

7 films d’animation français parmi les 27 présélectionnés aux Oscars 2017

Posté par vincy, le 12 novembre 2016

Un record de 27 films a été pré-sélectionné pour l'Oscar du meilleur film d'animation, selon un communiqué l'Académie des arts et sciences du cinéma.

La surprise est la grande quantité de productions et coproductions françaises: Le Petit Prince, adaptation du roman d'Antoine de Saint-Exupéry, réalisé par l'Américain Mark Osborne, hors compétition à Cannes en 2015, et énorme succès international ; Ma vie de courgette, adaptation du roman de Gilles Paris, réalisé par le Suisse Claude Barras, présenté à la Quinzaine des réalisateurs cette année avant d'emporter le Grand prix et le Prix du public à Annecy, le Valois de diamant à Angoulême et le Prix du meilleur film européen à San Sebastian ;  Avril et le monde truqué, adapté de l'univers de Jacques Tardi, réalise par Christian Desmares et Franck Ekinci, sorti en novembre 2015, et Grand prix à Annecy en 2015 ; Phantom Boy réalisé par Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, sorti en octobre 2015 ; Tout en haut du monde réalisé par Rémi Chayé, sorti en janvier, Prix du public à Annecy en 2015 et Prix Jean Renoir en mai dernier ; La tortue rouge, réalisé par le néerlandais Michael Dudok de Wit, coproduit avec le Studio Ghibli, Prix spécial du jury à Un certain regard à Cannes cette année ; Mune, le gardien de la lune , réalisé par Alexandre Heboyan et Benoît Philippon, sorti en octobre 2015 et joli succès à l'étranger.

Certains ont de sérieuses chances d'être parmi les finalistes, même si Disney (avec ses trois blockbusters - Le monde de Dory, Zootopie et Vaiana, la légende du bout du monde) et ses concurrents hollywoodiens ont de sérieux prétendants dans la liste des présélectionnés, tout comme les studios japonais (et notamment le carton populaire Your Name et le très beau Miss Hokusai): Angry Birds, Bilal, Le monde de Dory, L'âge de glace: les lois de l'Univers, Kingsglaive Final Fantasy XV, Kubo et l'armure magique, Kung Fu Panda 3, Miss Hokusai, Vaiana la légende du bout du monde, Monkey King: Hero Is Back, Mustafa & le Magicien, Sausage Party, Comme des bêtes, Tous en scène, La bataille géante de boules de neige, Cigognes & compagnie, Les Trolls, 25 April, Your Name et Zootopia.

Des Emirats à la Nouvelle-Zélande en passant par le Canada et la Chine, la bataille sera rude. Certains ne seront peut-être pas retenus car il faut une condition indispensable: être projeté à Los Angeles avant la fin de l'année.

Il n'y aura que cinq élus le 24 janvier. Et un seul vainqueur le 26 février. Au moins 16 de ces 27 films pourront concourir dans d'autres catégories.

Edito: Happiest Days of Life?

Posté par redaction, le 20 octobre 2016

En ces temps un peu crispés et angoissants, le cinéma peut-être un bon décompresseur. On peut évidemment nier la réalité comme Brice (de Nice) qui préfère regarder son nombril que de s'intéresser au monde qui l'entoure. Ça a l'avantage de ne pas coûter très cher à la Sécurité sociale. On peut aussi adopter un chien, genre un teckel. Un animal fidèle, attachant. Et le film qui en découle a du mordant. Car un chien, s'il a besoin d'affection, ne compense quand même pas les souffrances personnelles et la solitude de ses propriétaires. Parlant de solitaire, Jack Reacher croit être un homme heureux en errant sans téléphone et sans carte de crédit au fil des motels. Ce mode de vie alternatif un peu radical n'est pas forcément conseillé à tout le monde.

Car on le voit bien, être heureux est un combat de tous les jours. Marion Cotillard dans Mal de Pierres n'y arrive pas, dévorée par sa lubricité et son envie de passion. Les Berken, horribles ogres, croient qu'avaler des Trolls (sans OGM mais avec un penchant pour les câlins) les comblera de bonheur. Olli Mäki espérait atteindre le nirvana avec la célébrité, la gloire, mais la surmédiatisation compromet son (seul) désir amoureux. Quant à Willy (1er), il a toutes les peines du monde à s'émanciper, malgré ses 50 ans passés.

Oui, vraiment, c'est pas facile de vivre. La meilleure preuve cette semaine est bio garantie sans gluten et gratinée à point: Ma Vie de Courgette. Malgré tous les malheurs qui s'abattent sur ce pauvre orphelin, il trouve quand même le moyen de voir la vie du bon côté. Soleil au beau fixe. On n'est jamais vraiment seul, finalement.

Quoique. Les films art et essai et les salles qui sont estampillées A&E se sentent justement un peu seules. A lire la tribune signée par douze exploitants (dans Le Film Français), il y a péril. Ils sont crispés et angoissés. En regardant les statistiques, ils constatent "la désaffectation des spectateurs pour une certaine typologie de films. À l’exception de quelques-uns qui font l'unanimité, souvent repérés au cours des festivals les plus prestigieux et qui, pour cette raison, ont des plans de sortie ridiculement vastes. Les spectateurs art et essai se concentrent de plus en plus sur les mêmes titres, tendance qui se confirme aussi autour des films dits ‘généralistes’. Ce n'est pas seulement le ‘public jeune’ qui déserte les salles classées, c’est le public qui déserte les films recommandés.”

L'effet s'accentue avec la VàD: un seul film "d'auteur" se classe dans le Top 20 cette semaine. Le cinéma devient de plus en plus un divertissement de masse. Hormis quelques films chaque année, le cinéma dit "d'auteur" perd en effet ses spectateurs, et avec lui la culture cinéphile. Il est peut-être temps de limiter le nombre d'écrans par sorties, de soutenir des salles qui jouent sur la durée d'exploitation d'un film, d'aider bien mieux ceux qui font le pari d'une programmation exigeante, de remettre du carburant financier dans les festivals de cinéma (relais indispensable sur tout le territoire). Il ne faut pas désespérer: avec de vieux films ou des grands auteurs, Arte parvient à séduire un à deux millions de téléspectateurs. Il y a encore de la curiosité. Mais il faut la stimuler (politique tarifaire, animation événementielle, ...). Nous ne sommes pas obligés de finir orphelins de la cinéphilie. Par essence, le 7e art est fait pour être adopté.

Oscars 2017: 85 films dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère

Posté par vincy, le 4 octobre 2016

Pour la 89e édition des Oscars, 85 pays (quatre de plus que l'an dernier) ont proposé un candidat à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère (la date limite d'inscription était hier). L'Académie des Oscars peut encore en refuser quelques uns pour cause d'inégibilité. Le 17 novembre une liste de neuf ou dix films sera proposée aux membres votants pour qu'ils choisissent les cinq nominations finales.

On notera une forte présence du Festival cannois avec sept films de la compétition, trois d'Un certain regard et deux de la Quinzaine des réalisateurs. Il y a cependant eut quelques bugs. Du côté de la Tunisie qui a du démentir le choix initial et affirmer son film définitif (A peine j'ouvre les yeux). Du côté du Brésil surtout puisque Aquarius, film favori et évident pour représenter le pays, a été retiré pour des raisons politiques. le nouveau gouvernement brésilien en a même fait une affaire personnelle. Parce que l'équipe du film avait manifesté officiellement, à Cannes, son hostilité à la destitution de la présidente brésilienne (qu'ils apparentaient à un Coup d'Etat invisible), Aquarius a été puni, entraînant la colère de la profession. Certains réalisateurs ont retiré leurs films de la liste des oscarisables par solidarité envers le réalisateur d'Aquarius, Kleber Mendonça Filho, et par désapprobation envers le gouvernement. Aquarius avait aussi subit une censure déguisé en étant interdit aux moins de 18 ans.

Notons aussi que la Chine ne présente aucun film cette année. Mais que le Yemen est sélectionné pour la première fois dans cette liste de candidats. Et pour l'anecdote on parle espagnol dans 12 des films choisis et français dans 8.

Afghanistan : Parting de Navid Mahmoudi
Afrique du Sud : Call me Thief de Daryne Joshua
Albanie : Chromium de Bujar Alimani
Algérie : Le puits de Lofti Bouchouchi
Allemagne : Toni Erdmann de Maren Ade
Arabie Saoudite : Barakah Meets Barakah de Mahmoud Sabbagh
Argentine : El ciudadano ilustre de Gastón Duprat et Mariano Cohn
Arménie : Earthquake de Sarik Andreasyan
Australie : Tanna de Martin Butler et Bentley Dean
Autriche : Stefan Zweig, adieu à l’Europe de Maria Schrader

Bangladesh : The Unnamed de Tauquir Ahmed
Belgique : Les Ardennes de Robin Pront
Bolivie : Carga sellada de Julia Vargas Weise
Bosnie Herzégovine : Death in Sarajevo (Mort à Sarajevo) de Danis Tanovic
Brésil : Little Secret de David Schurmann
Bulgarie : Losers d’Ivaylo Hristov

Canada : Juste la fin du monde de Xavier Dolan
Chili : Neruda de Pablo Larraín
Colombie : Alias Maria de José Luis Rugeles Gracia
Corée du Sud : The Age of Shadows de Kim Jee-woon
Croatie : On the Other Side de Zrinko Ogresta
Cuba : El acompañante de Pavel Giroud

Danemark : Land of Mine de Martin Zvandvliet
Egypte : Clash de Mohamed Diab
Espagne : Julieta de Pedro Almodóvar
Estonie : Mother de Kadri Kõusaare

Finlande : Olli Mäki de Juho Kuosmanen
France : Elle de Paul Verhoeven
Georgie : House of Others de Rusudan Glurjidze
Grèce : Chevalier d’Athina Rachel Tsangari
Hongkong : Port of Call de Philip Yung
Hongrie : Kills on Wheels d’Attila Till

Islande : Sparrows de Runar Runarsson
Inde : Interrogation de Vetrimaaran
Indonésie : Letters from Prague d’Angga Dwimas Sasongko
Irak : El clasico de Halkawt Mustafa
Iran : Le client d’Asghar Farhadi
Israël : Tempête de sable d’Elite Zexer
Italie : Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi

Japon : Haha to Kuraseba de Yoji Yamada
Jordanie : 3 000 Nights de Mai Masri
Kazakhstan : Amanat de Satybaldy Narymbetov
Kosovo : Home Sweet Home de Faton Bajraktari
Kirghizistan : A Father’s Will de Bakyt Mukul et Dastan Japar Uulu

Lettonie : Dawn de Laila Pakalnina
Liban : Very Big Shot de Mir-Jean Bou Chaaya
Lituanie : Seneca’s Day de Kristijonas Vildziunas
Luxembourg : Voices from Chernobyl (La supplication) de Pol Cruchten

Macédoine : The Liberation of Skopje de Rade et Danilo Serbedzija
Maroc : A Mile in my Shoes de Said Khallaf
Mexique : Desierto de Jonás Cuarón
Monténégro : The Black Pin d’Ivan Marinovic
Népal : The Black Hen de Min Bahadur Bham
Norvège : The King’s Choice d’Erik Poppe
Nouvelle-Zélande : A Flickering Truth de Pietra Brettkelly

Pakistan : Mah e Mir d’Anjum Shahzad
Palestine : The Idol de Hany Abu-Assad
Panama : Salsipuedes de Ricardo Aguilar Navarro et Manuel Rodriguez
Pays-Bas : Tonio de Paula Van des Oest
Pérou : Videophilia (and Other Viral Syndromes) de Juan Daniel Fernandez
Philippines : Ma’Rosa de Brillante Mendoza
Pologne : Afterimage d’Andrzej Wajda
Portugal : Letters from War d’Ivo M. Ferreira

République dominicaine : Flor de azucar de Fernando Baez Mella
République slovaque : Eva Nova de Marko Skop
République tchèque : Lost in Munich de Petr Zelenka
Roumanie : Sieranevada de Cristi Puiu
Royaume-Uni : Under the Shadow de Babak Anvari
Russie : Paradise d’Andrei Konchalovsky

Serbie : Train Driver’s Diary de Milos Radovic
Singapour : Apprentice de Boo Jun Feng
Slovénie : Houston, We Have a Problem! de Ziga Virc
Suède : A Man Called Ove de Hannes Holm
Suisse : Ma vie de Courgette de Claude Barras

Taïwan : Hang in Ther, Kids! de Laha Mebow
Thaïlande : Karme de Kanittha Kwanyu
Tunisie : À peine j’ouvre les yeux de Leyla Bouzid
Turquie : Cold of Kalandar de Mustafa Kara

Ukraine : Ukrainian Sheriffs de Roman Bondarchuk
Uruguay : Breadcrumbs de Manane Rodriguez
Venezuela : From Afar de Lorenzo Vigas
Vietnam : Yellow Flowers on the Green Grass de Victor Vu

Yemen: I am Nojoom, Age 10 and Divorced de Khadija al-Salami

Cabourg 2016 : La Danseuse, premier film ambitieux et miraculeux

Posté par kristofy, le 12 juin 2016

la réalisatrice Stéphanie di Giusto venue avec l’actrice Mélanie Thierry

La danseuse premier long-métrage épatant de Stéphanie di Giusto était en compétition à Un Certain regard au dernier festival de Cannes. Le film est également en compétition internationale donc au Festival de Cabourg, avant, on l'espère, un joli succès pour sa sortie en salles programmée au 28 septembre.

Il s’agit de l’adaptation en images d’un récit de la vie de Loïe Fuller, à l’orée des années 1900. La chorégraphe se met en scène dans des numéros de danse avec grande robe en voile et jeux de lumières, dont la ‘danse serpentine’, passée à la postérité. Le film évite le piège du biopic balisé mais raconte quand-même un parcours fait d’élévation vers le succès puis de chute, et surtout, il montre la passion presque folle d’une danseuse pour son art. Elle est parfois naïve, entêtée, souffrante, renfermée sur elle-même tout en brulant de l’intérieur : Soko est devenue Loïe Fuller, jusqu’à reproduire les mêmes danses à l’image. Autour d’elle un casting 4étoiles : Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, Lily-Rose Depp, François Damiens, et la participation de Louis-Do de Lencquesaing, Denis Ménochet et même Amanda Plummer, sans oublier Benoît Debie à la direction de la photographie et Carlos Ponti pour la direction artistique des décors.

"Des gestes comme la disposition des mains ou comme des regards c’était écrit."

Stéphanie di Giusto est venue, avec l’actrice Mélanie Thierry, à Cabourg pour présenter La danseuse, et aussi évoquer un long parcours :

« Ce film est un miracle, il représente 6 années de vie. Faire un premier long-métrage, un film d’époque en costume, avec en premier rôle quelqu’un comme Soko qui n’est pas une star populaire du cinéma, un projet qui coûte cher : tout ça explique 6 ans de préparation. Le projet s’est arrêté car des financiers ont eu peur, pour simplifier ça représente 3 ans d’écriture et 3 ans de production. Le scénario suit la véritable histoire de Loïe Fuller, plutôt une partie de son histoire même si j’ai pris quelques libertés parfois avec certains personnages comme pour son père et sa mère. J’ai eu 45 jours de tournage, et quand on a commencé à tourner il manquait un peu d’argent, et mis à part une semaine en Tchéquie pour le décor reconstitué des Folies Bergères comme à l’époque en fait tout a été tourné en France, même la séquence dans l’ouest américain ça a été tourné en France dans la région du Vercors. Je voulais Soko absolument pour ce rôle, je voulais aussi ces autres acteurs et actrices comme Mélanie Thierry, et je me suis battu pour les avoir. Le scénario était très très écrit, des gestes comme la disposition des mains ou comme des regards c’était écrit. Et Mélanie Thierry est une des meilleures actrices pour faire passer beaucoup de choses avec ses yeux et des regards. Il n’y a aucun effet spécial numérique, et je suis fière de ça. Pour les performances de danse avec la lumière projetée on a tourné ça en essayant de retranscrire la magie de 1900, et c’est vraiment Soko qui danse. »

Ce premier long-métrage de la réalisatrice montre une ambition et un rendu qui surclasse beaucoup d’autres films français… On peut déjà espérer à La danseuse des nominations pour la prochaine cérémonie des César.