Le Méliès de Montreuil peut s’agrandir…

Posté par vincy, le 14 mars 2010

Fin d’une guerre d’exploitants dans l’Est de Paris. Il y a trois ans, UGC et MK2 avaient déposé un recours pour “concurrence déloyale” à l’encontre du cinéma municipal de Montreuil, Le Méliès, l’un des plus importants en matière de programmation art & essai dans cette partie de l’Île-de-France. Le Méliès voulait doubler son nombre de salles, se rénover, en quelques sortes, voulait investir pour sauver son avenir (voir aussi l’actualité du 12 mars 2008). Grâce à un accord avec la Mairie de Montreuil, UGC et MK2 ont annoncé cette semaine qu’ils abandonnaient ce recours : les travaux vont pouvoir démarrer prochainement et le Méliès sera ainsi doté de six salles, et non plus trois, dès 2012. Cela en fera le plus grand cinéma art & essai de France. Actuellement,  le Méliès, créé en 1961 et municipalisé en 2002, attire 200 000 spectateurs sur ses 495 fauteuils actuels.

Plus de 20 000 signatures avaient soutenu l’appel du Méliès contre UGC et MK2. Les deux groupes s’estimaient menacés - ce qui est absurde quand on connaît le poids de chacun. UGC y voyait un concurrent à l’UGC Cité Ciné de Rosny-sous-bois, situé à 4 kilomètres, mais desservant des bassins de population très différents, avec une programmation très grand public. le complexe est l’un des cinq plus gros cinémas de France et ne connaît aucune baisse de fréquentation. MK2, sans doute plus concerné, y voyait un rival à son cinéma Place de la Nation à Paris, à quatre stations de métro (6 kilomètres), avec une programmation équivalente. Autant dire que les habitants de Montreuil ne seront plus une cible prioritaire pour ce cinéma. Cependant, Montreuil et cette zone d’achalandage représentent un bassin de population de 200 000 habitants, avec un revenu moyen en hausse. Pas de quoi paniquer.

C’est aussi un déménagement puisque l’actuel cinéma migrera dans le centre de Montreuil. Dominique Voynet, maire de la ville, espère ainsi que « le déplacement du Méliès va nous permettre de mener une vraie politique culturelle et d’atteindre un équilibre économique par la conquête d’un nouveau public. » Certains craignent cependant que la programmation ne dérive vers des films plus “commerciaux”. Dominique Voynet a explicitement parlé de “modification de l’offre commerciale“. Une perte d’identité culturelle selon les fidèles du cinéma.  L’accord entre la municipalité et les deux groupes concurrents se seraient signés en échange d’une garantie de la part du Méliès d’augmenter le prix de ses tickets. Début 2010, la place de cinéma valait donc 6 euros 50, et non plus 5 euros 50. C’est toujours un tiers de moins que chez UGC ou MK2. Le carnet de dix entrées a lui aussi augmenté, passant de 39 à 46 euros. De quoi financer une partie des investissements.

Car rien ne dit que le montage financier sera consolidé rapidement. Le Conseil Général devait apporter un tiers des 9 millions d’euros nécessaires à cette transformation. Or, le département est étouffé par une dette astronomique, des dépenses non compensées par l’Etat, et une fiscalité réduite à cause de la suppression de la taxe professionnelle. Le budget prévisionnel pour cette année fait état de grosses coupes dans le secteur culturel. A cela s’ajoute la nouvelle Loi des collectivités territoriales qui retireraient la Culture (et d’autres secteurs) aux compétences du département.

Cela promet une nouvelle bataille, mais ce coup-ci, politique.

Un prophète, de nouveau en salles le 3 mars

Posté par vincy, le 3 mars 2010

UGC n’a pas tardé à réagir à la moisson de 9 Césars pour son film Un prophète. Le co-producteur et distributeur du film ressort le film ce mercredi 3 mars dans 150 cinémas français. Il avait séduit lors de sa première exploitation 1 252 000 spectateurs et est actuellement disponible en DVD.
Le film commence sa carrière aux Etats-Unis dans 9 salles. A quelques jours des Oscars, où il est nommé (mais pas favori), le film a déjà récolté près de 200 000 $ de recettes.

UGC Ciné Cité, concept dominateur

Posté par vincy, le 17 janvier 2010

Si les petites salles vont mal, si l’exploitation souffre de lourds investissements à réaliser, les multiplexes voient la vie en rose. UGC a ainsi  clamé son triomphe. Le complexe cinématographique le plus fréquenté de France? L’UGC Cité Ciné Les Halles avec 3 287 562 entrées affiche un nouveau record européen.

Les Ciné Cité sont nés avec ce complexe de 19 salles dans le centre de Paris, il y a 15 ans. Désormais il y en à Rouen, Caen, Bordeaux, Lyon… et Strasbourg, leader provincial du réseau avec 1 738 305 spectateurs. Car UGC concentre 5 des 7 plus grosses fréquentations de l’année avec l’UGC Ciné Cité Bercy, Rosny, Strasbourg donc et La Défense. Seuls le Kinépolis Lomme (près de Lille) et le Pathé Belle-Epine l’empêchent de réaliser un grand chelem.

Ces cinq complexes concentrent à eux seuls 5,6% des entrées en France. Un spectateur sur vingt.

Millénium, version hollywoodienne

Posté par vincy, le 18 décembre 2009

Est-ce bien utile? Le carton littéraire de Stieg Larsson, la trilogie Millénium, va être adapté au cinéma par le producteur Scott Rudin.

Sony a quasiment bouclé son contrat avec la société de production scandinave Yellow Bird, déjà producteur des films et téléfilms sortis cette année. Le premier épisode a été un beau succès en Italie, espagne, Allemagne et France (1,2 millions de spectateurs) et surtout un triomphe dans les pays nordiques. Les deux suites ne sont sortis qu’en Scandinavie. Le troisième opus vest actuellement en tête du box office suédois.

Alors pourquoi Sony et Scott Rudin sont-ils intéressés par les droits en langue anglaise du livre? D’abord il y a le succès des films en Europe. Même si aucun calendrier n’est encore confirmé pour la sortie du deuxième film en France, la récente diffusion d’une bande annonce avec sous titres en français peut laisser espérer une sortie début mai. Ensuite, la trilogie littéraire commence à bien se vendre et se télécharger aux Etats-Unis.

Les principaux points du contrat, incluant les conditions financières, sont actés et devraient être signés dans les semaines qui viennent. Sony insiste sur le fait qu’il ne s’agira pas de remakes - on imagine mal les scènes SM dans un film hollywoodien - mais de versions américaines qui leur sont propres. ”Nous produirons des films basés sur les mêmes livres, mais pas sur les films suédois“, a expliqué le directeur de Yellow Bird Mikael Wallén. “Avec un peu de chance le tournage pourrait débuter en 2011 et le premier film prêt dans la seconde moitié de 2012“, a-t-il ajouté.

Seul espoir de cet étrange projet, l’implication de Scott Rudin. Producteur de Wes Anderson , The Hours, Sleepy Hollow, The Truman Show, The Queen et No Country for Old Men, on peut croire que ces adaptations anglosaxonnes ne seront pas tout à fait inutiles.

Lille accueille un nouveau multiplexe

Posté par vincy, le 7 novembre 2009

ugclille.jpgC’est dans la métropole “ch’ti” qu’il y a le cinéma le plus fréquenté de province : le Kinépolis de Lomme. 23 salles, 2,5 millions d’entrées par an, à un poil du champion national, l’UGC Cité-Ciné des Halles à Paris. Le mastodonte représente la moitié des places vendues à l’année dans la métropole.

UGC n’est pas en reste sur la ville nordiste puisqu’elle disposait déjà d’un multiplexe de 14 salles, attirant 1,1 million d’entrées. La chaîne a ouvert le 6 novembre un nouveau complexe, en banlieue, à Villeneuve d’Ascq : 12 salles mais un peu plus de fauteuils et quatre salles équipées en 3D relief. UGC espère séduire 600 000 spectateurs l’an prochain. Etonnament il n’y a pas eu de retard. Les délais ont été respectés. Cela fait plus de dix ans que Villeneuve d’Ascq attendait son cinéma, depuis la fermeture des Cinq lumières en 1998 (voir article paru dans Nord-Eclair le 4 novembre).

Lille/Roubaix/Tourcoing, quatrième agglomération de France, dispose d’un parc très dynamique puisqu’il faut ajouter les trois salles davantage “art et essai” de Michel Vermoesen : le Majestic, le Métropole et le Duplexe Roubaix, soit 19 écrans  pour 660 000 spectateurs. Ces trois cinémas acceptent aussi les cartes UGC illimité, qui ainsie st disponible dans 46 salles.

Lille est l’une des villes les plus cinéphiliques du pays avec, en 2009, déjà 3,3 millions de spectateurs, juste derrière Paris, Lyon et Toulouse ; mais devant Bordeaux, Marseille et Strasbourg. Un habitant pour quatre billets de cinéma? Lille a l’avantage d’être une ville étudiante et culturellement vivante. De la production de films (notamment avec le CRRAV) à l’enseignement (Le Fresnoy), le cinéma a toujours été à sa place.

La question est de savoir si l’augmentation de l’offre fera augmenter la demande…

Millénium 2 cartonne en Scandinavie

Posté par vincy, le 25 septembre 2009

477 000 entrées dans les quatre pays scandinaves - Suède, Danemark, Norvège et Finlande - pour le premier week-end d’exploitation du deuxième volet de la trilogie adaptée des romans de Stieg Larsson. Millenium 2 - La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, sorti le 18 septembre dans ses territoires nordiques, a battu d’une courte tête les 470 000 entrées du premier vole.

La critique a été moins enthousiaste avec cette deuxième histoire mais 181 000 Danois se sont précipités, soit davantage que de Suédois et de Norvégiens. Le deuxième épisode doit maintenant sortir en Italie et en Espagne. En France, UGC n’a toujours pas confirmé s’il sortait (et quand) la suite de la trilogie. Le premier film avait séduit 1,2 millions de spectateurs (2,9 millions dans le monde). Un record pour un film suédois.

L’Allemagne s’apprête tout juste à découvrir le premier film.

Millénium en trois volets au cinéma

Posté par vincy, le 20 mars 2009

Rien n’est simple. Au départ, les producteurs suédois, allemands et danois décident de produire la trilogie Millénium, adaptée des best-sellers de Stieg Larsson, de la manière suivante : un film, le premier tome, pour les salles de cinéma et trois fois deux épisodes pour la télévision, pour l’ensmble de la saga. UGC emporte les droits de diffusion du film pour une sortie le 13 mai 2009 en France et Canal +, il y a quelques semaines, acquiert les droits de diffusion de la série télévisée pour une programmation en octobre prochain.

UGC a ainsi grillé Pathé et EuropaCorp, sur les rangs. Surtout, la société française cherche à empêcher par tous les moyens que les producteurs scandinaves revendent les droits pour un remake américain. Car, d’une part, aucun distributeur américain ne s’est manifesté jusqu’à présent, attendant sans doute de voir si les romans allaient séduire le public états-unien ; d’autre part, le format imaginé au départ ne correspond pas à une manière d’exploiter un livre pour le cinéma. Le mélange grand écran-petit écran n’est pas dans leurs habitudes.

Il aurait pu en être autrement. Mais le grand manitou de la télévision suédoise, l’homme le plus puissant des médias scandinaves, s’est entêté avec son casting 100% suédois, son concept (1 film + 2 téléfilms) et ne s’attendait sûrement pas à un intérêt aussi vivace pour ce polar violent.

Or, le film cartonne en Suède et au Danemark et maintenant en Norvège, avec un total de 1,5 millions d’entrées. Et, surtout, refusé par Cannes - il ne correspondait pas aux critères d’exclusivité de plus en plus exigés par le Festival - il va devoir se lancer à l’assault de l’Europe, face à Anges & Démons, notamment, sans le coup de pouce marketing qu’aurait offert les marches du palais de la Croisette.

Yellow Bird et Swedish Television ont donc décidé aujourd’hui, de manière inattendue, de sortir les deux suites au cinéma. Ce qui va poser un problème pour ceux qui ont acheté les droits télévisés. Mais les producteurs assurent que les contrats ne seront pas retouchés. Le deuxième volet sortira en Suède en septembre et le troisième en novembre.

Les distributeurs étrangers vont donc désormais négociés pour les deux suites, mais surtout devront prévoir des sorties très “rapprochées”. A moins que Canal + décale sa diffusion télévisée, UGC n’aura que cinq mois pour sortir les opus deux et trois. La télévision suédoise a préféré attendre mars 2010 pour diffuser la série de six épisodes (9 heures). Etrangement, elle sera disponible en DVD dans les pays scandinaves dès décembre.

A ce point d’improvisation et d’anarchie, on ne connaît qu’un équivalent : les chaînes de télé françaises capables de mélanger les saisons d’une série américaine en une soirée. ;-)

Le Latina sauvé par Carlotta

Posté par vincy, le 12 mai 2008

On le savait en crise financière. Le cinéma Latina, deux salles totalisant 140 sièges, accueillant des festivals et une programmation gonflée, spécialement dédiée au cinéma latin, était au bord de la fermeture.
Carlotta Films, distributeurs de films et de DVD, vient d’acquérir ce lieu situé en plein Marais à Paris, à proximité du MK2 Beaubourg et surtout des UGC des Halles (Cité Ciné, Orient Express). La ligne éditoriale de Carlotta, c’est-à-dire des films d’auteurs pointus, des DVD de films art et essai et même des films du patrimoine, devraient élargir la programmation du Latina à d’autres cinématographies. Pour l’instant, la bonne nouvelle est que ce cinéma soit sauvé. De nombreuses salles (voir post du) sont en péril et la Mairie de Paris cherche un moyen (une classification ?) de protéger ces lieux culturels contre l’inflation immobilière.
L’avenir du Latina reste, cependant, fragile. Il lui faudra investir sur l’accueil, le confort et l’animation. D’autant que le Louxor (à Barbès), dédié aux cinémas méditerranéens, doit rouvrir d’ici à 2012.

voir aussi l’action de la ville de Paris pour les salles de cinéma indépendantes

Il n’y a pas que le Méliès…

Posté par vincy, le 12 mars 2008

Jusqu’à la fin du mois, le cinéma de Mons-en-Montois (Seine-et-Marne), alias le plus petit cinoche de la région Ile de France, est fermé. Baisse de fréquentation à l’automne, coîts de chauffage en forte hausse, faiblesse des subventions (à peine 1 000 euros par mois) : la trésorerie est à sec. La salle de 50 places doit donc ferme plutôt que de perdre de l’argent. Bien sûr, cela ne concerne que 424 habitants et un peu plus avec la zone d’achalandise.

A l’autre bout du spectre, l’UGC Triomphe, l’une des salles les plus connues des Champs Elysées. Une salle appartenant au plus grand des réseaux sur l’avenue la plus prestigieuse de la capitale. La pression immobilière (qui a touché aussi le bureau de poste et la pharmacie) a conduit à la fermeture définitive. Au delà des coûts, la concurrence de l’UGC Cité Ciné de La Défense a porté un coup terrible à la fréquentation du site. Les salles des Champs ont toutes menacées, sans exception. Même le Planet Hollywood (et sa salle privée) ont du renoncer à cette adresse. A terme, l’UGC Normandie et le Balzac pourraient fermer.

Tout cela se fait discrètement. Le cinéma du monde sur les Grands boulevards devrait être transformé en salle de théâtre pour Jamel. Le Gaumont Gobelins devrait accueillir la Fondation Pathé. L’UGC convention est désormais un souvenir lointain, détruit. Et n’oublions pas les grands écrans : le Kinopanorama ou plus récemment, le Grand écran Italie. Que de salles qui disparaissent.

Le mètre carré trop cher ou le nombre d’entrées en baisse n’expliquent pas tout. Les habitudes des cinéphiles ont changé, et surtout leurs lieux de sortie. Montparnasse, les Champs et Opéra, à Paris, ont fait place à l’Est parisien (de Stalingrad à Bercy/Bibliothèque nationale). De nombreux multiplexes ont émergé en très proche banlieue. La capitale n’est plus au coeur des sorties des franciliens. Manque de transports le soir et la nuit, coût astronomique des restaurants, … de nombreux facteurs expliquent la désertion de certaines zones.

Les salles art et essai sont sans doute les plus vulnérables en terme de coûts. Mais devant l’opacité des recettes (en France on ne donne que les chiffres d’entrée), impossible de savoir quelles sont les plus fragiles. Cependant, il est évident que la présence d’un cinéma dans un quartier, une ville, une zone rurale est primordiale en terme d’action culturelle ; que cela impacte sur les autres commerces qui peuvent en tirer une dynamique économique ; que des aides publiques ne sont pas forcément de la distorsion de concurrence ; qu’il va bien falloir réguler les prix du marché de l’immobilier ou fixer un tarif fixe pour les baux à usage culturel.   

Il y a une injustice à voir des salles respectées pour leur programmation ne pouvant pas développer leur “business” (le Méliès à Montreuil, le Rex à Paris, Utopia à Bordeaux) à cause de décisions parfois plus politiques que fondées. Mais il va surtout falloir démontrer que le modèle économique des grands réseaux et celui des indépendants peut coexister sainement. De par leur mission, ils diffèrent. L’un doit remplir ses salles en réduisant la tarif du billet et faire des bénéfices avec le pop corn quand l’autre cherche à fidéliser en proposant festivals, expositions, débats, concerts…  Là encore personne n’a à craindre l’autre. C’est la pluralité qui permettra au cinéma d’être toujours varié, généreux, et créatif.

Le plus bel exmple vient d’ailleurs de MK2. En plein quartier latin, il y a deux MK2 face à deux UGC. Un monopole complet pour ceux qui ont des cartes “illimitées”. Le MK2 Odéon est situé sur le boulevard Saint-Germain, visible de tous. Programmation art et essai et grand public, de Dany Boon à Sean Penn. Le MK2 Hautefeuille, à quelques pas, dans une rue cachée, propose plutôt des reprises, des films qui sont sortis il y a longtemps, des exclusivités confidentielles, des cycles, des cartes blanches aux artistes. C’est bien cette dualité sur laquelle repose toute l’industrie du cinéma, du Festival de Cannes aux Oscars, du Box Office aux cinéphiles et critiques pointues.

Plutôt que de faire la guerre aux cinémas, petits ou gros, prestigieux ou isolés, aidons-les. C’est à la fois la vitalité d’un quartier qui est en jeu mais aussi la diversité des films.