Cinespana 2017 invite à toutes les rencontres

Posté par MpM, le 27 septembre 2017

La 22e édition de Cinespana, qui commence ce vendredi 29 septembre, est placée sous le signe du renouveau. Après la baisse drastique des subventions accordées à la manifestation en 2016, l'équipe organisatrice a tout mis en oeuvre pour que le festival se maintienne au niveau qui est le sien depuis sa création, faisant notamment appel à des mécènes privés.

"Grâce à la collaboration d’importantes institutions culturelles toulousaines, mais aussi d’artistes, de professionnels, d’exploitants, de techniciens, d’enseignants et de bénévoles, Cinespaña peut proposer cette année une programmation qui déborde amplement les frontières du cinéma et invite à toutes les rencontres" soulignent ainsi Alba Paz Roig et Loïc Diaz-Ronda, les deux co-directeurs de la programmation qui succèdent à Patrick Bernabé, en préambule du dossier de presse.

Et que nous réserve concrètement cette nouvelle édition ? Sur la forme, rien n'a changé : quatre compétitions (longs métrages récents, documentaires, "nouveaux réalisateurs", courts métrages), un panorama d’œuvres inédites et distribuées, des avant-premières, des hommages... Seules deux nouvelles sections ont fait leur apparition, reprenant et clarifiant ce qui existait jusqu'alors : le Labo, qui réunit cinéma de genre, animation, détournements et expérimentations filmiques en tout genre, et Miradas, espace de réflexion sur les enjeux de la société espagnole contemporaine consacré au documentaire.

Sur le fond, les festivaliers auront comme toujours des choix à faire entre les nombreux films présentés. Parmi les temps forts, on retrouve notamment : María (y los demás) de Nely Reguera et La Chana de Lucija Stojevic (tous les deux en ouverture) ; Abracadabra de Pablo Berger (en clôture et en avant-première avant sa sortie le 3 janvier prochain) ; Vivir y otras ficciones de Jo Sol (en compétition et en avant-première avant sa sortie le 6 décembre) ; le merveilleux Psiconautas de Pedro Rivero & Alberto Vázquez (en panorama) ; Incierta gloria de Agustí Villaronga (en première française) ; El bar de Álex de la Iglesia (en panorama, alors que le film n'est distribué que via Netflix) ; les courts métrages Decorado de Alberto Vázquez (pré-sélectionné aux césar), Morning Cowboy de Fernando Pomares (sélectionné à Berlin) et Contact de Alessandro Novelli (sélectionné à Annecy)...

Sans oublier la séance monographique consacrée à l'artiste Maria Canas ("la Vierge terroriste des archives") ; le cycle sur le cinéma quiqui (genre né à la fin des années 1970, avec pour personnage principal le jeune délinquant de banlieue et pour modèle les films américains de gangs, qui trahit un climat d'urgence sociale) ; l'hommage (en sa présence) à Álex Brendemühl et de nombreux autres ateliers, rencontres et séances jeune public. De quoi séduire comme chaque année les nombreux festivaliers et professionnels pour qui Cinespana est synonyme de carrefour incontournable de tous les cinémas espagnols.

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22e édition de Cinespana
Du 29 septembre au 8 octobre 2017 à Toulouse
Informations et horaires sur le site de la manifestation
Cinespana sur Ecran Noir depuis 2007

Cartoon Forum 2017 : une 28e édition qui a tenu ses promesses

Posté par MpM, le 17 septembre 2017

Beau succès pour la 28e édition du Cartoon Forum, rencontres professionnelles consacrées aux projets de séries animées pour la télévision, qui se tenait du 11 au 14 septembre à Toulouse. Marc Vandeweyer l'a confirmé lors de la conférence de presse de clôture, si le nombre de participants était stable par rapport à l'année précédente (environ 950 producteurs, investisseurs, diffuseurs, acheteurs et plateformes SVoD/VoD), les salles où étaient présentés les projets étaient elles plus remplies que d'habitude.

En tout, 82 projets provenant de 23 pays ont été présentés aux participants venant de 40 pays. D'après un communiqué officiel, les diffuseurs et investisseurs ont évalué le cartoon Forum 2017 comme "la meilleure édition en termes de qualité de projets avec une grande diversité de genres, contenus, graphismes et de publics". Et c'est vrai qu'on a vu tous les styles : animation adulte trash avec Chicken of the dead et La survie de l'espèce (adaptation de la bande dessinée chez Futuropolis), projets artistiques ambitieux avec Romantismes et Mr Passenger, séries classiques pour pré-ados avec Les quatre de Baker street (par Folivari, d'après la bande dessinée éditée par Vents d'Ouest) et Sol & Liv (un projet polonais inspiré de mythes et légendes slaves et scandinaves), mignonneries charmantes avec Botos Family (un projet sud-coréen d'animation de marionnettes de petits chats, ) et Zibilla (un spécial de 26 minutes autour d'une petite zébrelle ostracisée, par la réalisatrice Isabelle Favez)...

Au petit jeu des statistiques, on constate que c'est le projet Stinky dogs proposé par Dandeloo, Folivari et PANIQUE! qui a eu, de loin, le plus de succès auprès des professionnels. Il s'agit d'une adaptation des livres jeunesses de Colas Gutman et Marc Boutavant à l'Ecole des loisirs portée par les réalisateurs Vincent Patar et Stéphane Aubier. Il est suivi de près par L'odyssée de Shooom (dont nous vous parlions mercredi) de Picolo Pictures et Les culottées d'Agat Films & cie, l'adaptation par Sarah Saidan des livres de Pénélope Bagieu chez Gallimard (voir notre article).

Parmi les grandes tendances de cette 28e édition, on peut ainsi noter la prépondérance des projets d'adaptation (à ceux déjà cités, il faut notamment ajouter Akissi, d'après l'ouvrage de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin chez Gallimard ainsi que Mister paper et Tatsu Nagata's weird and wonderful world dont nous vous parlions ici) et la maigre représentation des projets à destination d'un public adulte (seulement 6 projets cette année). Enfin, on a pu constater que très peu de séries jouaient la carte de récits feuilletonnants, les épisodes autonomes et indépendants étant majoritairement privilégiés, de même que les formats plutôt courts (autour de 10 minutes).

La grande question est désormais de savoir combien de ces projets verront effectivement le jour. En 27 éditions, 711 ont été financés pour un montant total de 2,5 milliards d’euros. Ce qui correspond à 37% des projets présentés, et 42% si l'on se focalise seulement sur les dix dernières années. Autant dire qu'on risque d'être déçus, et frustrés, de ne jamais découvrir sur petit écran certains de ces concepts, de ces personnages et de ces univers qui nous avaient charmés.

Cartoon Forum 2017 : autant en emportent les projets

Posté par MpM, le 15 septembre 2017

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas au Cartoon Forum de Toulouse qui a vu défiler plus de 80 projets de séries animées en seulement trois jours ! Lors de la dernière journée, quatre pitchs ont plus particulièrement retenu notre attention, dont trois qui sont des adaptations de livres pré-existants.

MIMI ET LISA
Production : Fool Moon et Maur Film
Réalisatrice : Ivana Šebestová

Mimi, la petite fille aveugle, et sa copine Lisa sont de retour ! Après une série télévisée, des livres, un DVD et même un film sorti en salles en avril 2016, les deux héroïnes slovaques s'apprêtent à revenir dans un "spécial" de 26 minutes intitulé Christmas lights Mystery. Les deux amies inséparables devront donc voyager dans le temps pour découvrir ce mystère des lumières de Noël et changer le passé pour illuminer le présent.

Dans un univers toujours aussi coloré et magique, les petites héroïnes font preuves d'imagination et de courage pour vivres des aventures acidulées prônant immanquablement des valeurs de tolérance et de vivre ensemble.

Le plus : on aime l'univers graphique très travaillé du projet, qui évoque parfois l'esthétique ultra-colorée des vitraux.
Le bémol : quoique de très bonne facture, ce nouvel épisode des aventures de Mimi et Lisa ne brille pas spécialement par l'originalité de son scénario.
A savoir : Mimi et Lisa est réalisé en 2D, selon une technique proche du papier découpé qui mêle tissus, crayons de couleur et aquarelles.

AUTANT EN EMPORTE LE TEMPS
Production : Amopix
Réalisateur : Mathieu Rolin

Aux côtés d'une équipe d'archéologues, le spectateur (entre 6 et 11 ans) découvre le principe des fouilles et enquête sur les civilisations passées. Chaque épisode fait découvrir une période spécifique et apporte à la fois des éléments historiques, des précisions de vocabulaire et des informations sur le métier d'archéologue. Le pilote laisse entrevoir une série très instructive qui se veut à la fois ludique et très scientifique, abordant aussi bien les traditions vestimentaires des Gaulois que leur habitudes alimentaires, ou encore la définition du carpologue (pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une spécialité archéologique qui s'appuie sur la connaissance et l'étude des graines et des fruits).

Elle s'accompagne de jeux qui permettent aux enfants d'approfondir les sujets traités dans chaque épisode et de renforcer leurs connaissance.

Le plus : on est enthousiaste devant le contenu intelligent et riche proposé par le pilote.
Le bémol : un graphisme 3D pas très soigné et des dialogues lourdingues entre les personnages, censés apporter un contrepoint humoristique, pourraient limiter la portée de la série.
A savoir : c'est le comédien français Patrick Préjan (qui s'est notamment spécialisé dans le doublage) qui prête sa voix au narrateur.

MISTER PAPER
Production : A private view, Beast animation, Viking film et Ketnet VRT
Réalisateur : Steven De Beul & Ben Tesseur

Adapté des livres Meneer Papier d'Elvis Peeters et Gerda Dendooven, Mister paper met en scène un bonhomme de papier qui, armé de ses ciseaux , crée et fabrique son univers au fur et à mesure de ses besoins. Avec beaucoup de poésie et de tendresse, il vit des aventures minuscules plutôt destinées aux plus jeunes.

Le plus : l'atmosphère calme et tranquille tranche avec l'hystérie hachée de certaines séries télé.
Le bémol : il y a un risque que le concept minimaliste devienne répétitif et lassant.
A savoir : le film sera réalisé en 2,5 D, car le papier et le carton sont animés directement devant la caméra et que les feuilles peuvent parfois se plier ou se froisser, apportant une notion de volume.

TATSU NAGATA'S WEIRD AND WONDERFUL WORLD
Production : 99% Animation
Réalisateur : Fabrice Fouquet

C'est encore une adaptation qui a retenu notre attention, celle des Sciences naturelles de Tatsu Nagata par Thierry Dedieu (Seuil jeunesse), un important succès d'édition jeunesse qui compte 34 albums. Cette série en 2D (imaginée dans un format de 52 fois 7 minutes) suit Tatso Nagata, personnage scientifique dynamique à la curiosité et aux capacités d'analyse gigantesques, qui vit des aventures mêlant comédie et sciences naturelles.

On y retrouve à la fois le cheminement d'investigations scientifiques sur des cas concrets de problèmes écologiques et des thèmes forts liés à la préservation de l'environnement. Le trait, épuré et très graphique, respecte celui de la BD, et donne au projet un aspect moins enfantin qui convient parfaitement à la cible (8-11 ans).

Le plus : on a beaucoup aimé le pilote (traitant des moustiques) qui adopte le ton idéal (à la fois humoristique et instructif) pour une série ludo-éducative efficace.
Le bémol : bien qu'elle s'appuie sur un succès d'édition, la série peut, aux yeux des investisseurs, représenter une prise de risque en raison de sa volonté de dépouillement et de pédagogie.
A savoir : Tatsu Nagata est un véritable scientifique japonais (chercheur, expert mondial des mutations des batraciens, professeur honoraire du "Tokyo Scientific Institute") qui collabore avec les éditions Seuil Jeunesse dans le cadre de la série inspirée de son travail. On peut le retrouver sur son blog en français.

6 événements de la rentrée à ne pas rater: Tous à Toulouse!

Posté par vincy, le 15 août 2017

Ciné Drive-in. 7-9 septembre. Labège 2.
Cartoon Forum. 11-14 septembre. Centre de Congrès Pierre Baudis.
Cinespana. 29 septembre-8 octobre. Cinémathèque de Toulouse.

On pourrait passer la rentrée à Toulouse tant la métropole occitane propose un agenda cinématographique aussi remplit que varié. Ainsi la Cinémathèque de Toulouse et Labège 2 présentent la 4e édition du festival Ciné Drive-In, pour voir un film comme aux Etats-Unis, de sa voiture ou sur un transat. Au programme cette année, Subway, Le Grand Bleu et Le Cinquième élément de Luc Besson.

Quelques jours plus tard, c'est le Cartoon Forum qui s'installe. Cet événement professionnel va réunir pendant 3 jours les producteurs qui sont à la recherche d'investisseurs et de diffuseurs. Depuis 1990, ce sont ainsi 700 séries qui ont trouvé leurs fonds. 950 participants de 38 pays sont attendus pour faire leurs pitchs. Le Cartoon Forum de Toulouse est dédié à la TV tandis que le Cartoon Movie, qui a lieu en mars à Bordeaux, est spécialisé pour le cinéma.

Tandis qu'on patientera jusqu'à la mi septembre pour connaître le programme de la Cinémathèque de Toulouse, on se précipitera fin septembre à cette même Cinémathèque, mais aussi à l'Institut Cervantes, et dans plusieurs salles de la région (dont l'UGC, l'American Cosmograph, l'Utopia...). La 22e édition de Cinespana attend près de 30000 spectateurs et proposera 120 longs et courts métrages venus d'Espagne, soit le plus important festival de films espagnols en France.

Toulouse s'impose ainsi comme un rendez-vous incontournable pour le cinéma pour la rentrée.

Cinélatino fait la part belle aux documentaires

Posté par Morgane, le 24 mars 2017

Au 29e Cinélatino de Toulouse, sept documentaires sont en compétition, quatorze dans la section Découvertes et d'autres dans les différents focus du festival...

J'ai eu l'occasion d'en découvrir quelques-uns, avec des sujets très variés et une manière de les aborder et de les filmer tout aussi différente.

Il y aura tout le monde. Ce documentaire de 2008 est réalisé par la colombienne Maria Isabel Ospina. Elle se penche sur sa famille et à travers elle, plus largement, sur la société colombienne en général. Le libéralisme à outrance et la violence qui en découle ont fait éclater de nombreuses familles colombiennes dont beaucoup de membres se voient condamner à l'exil pour s'en sortir. Là où plusieurs générations vivaient encore ensemble, ou en tout cas à proximité, les familles se retrouvent éparpillées. Dans celle de la réalisatrice, certains sont partis aux États-Unis, que ce soit à Los Angeles ou à Miami, d'autres se sont installés en Europe comme ellecas qui vit en France depuis 2000. Quant à ceux qui sont restés, le quotidien est très difficile. Dur de joindre les deux bouts, chacun essaie de se débrouiller comme il peut. Ils tentent donc de se réunir de temps à autre avec les "exilés" mais tous ne peuvent pas revenir avec ce constat amer "qu'il n'y aura plus jamais tout le monde." On sent les cœurs serrés, les larmes aux yeux qui parfois ne se retiennent pas de couler. Maria Isabel Ospina promène sa caméra avec elle au sein de sa famille, de manière touchante mais sans aucun pathos, se demandant en toile de fond comment les liens d'une famille peuvent subsister à un tel éclatement.

Rios de la patria grande. Ici on retourne quelques années en arrière dans les pas du cinéaste bolivien Humberto Rios installé en Argentine en 1960 puis exilé au Mexique pendant la dictature. Cinéaste militant, "El Negro" comme on l'appelle alors, il devient une des figures phares du cinéma social de l'Amérique latine. Le parti pris artistique du film est parfois déroutant et assez confus mais le propos reste intéressant.

Sexo, pregaçoes e politica. On traverse la frontière pour se retrouver au Brésil. Aude Chevalier-Beaumel est française mais vit au Brésil depuis 10 ans. Elle a travaillé avec Michael Gimenez à plusieurs reprises et c'est ici leur première co-réalisation. Ils sont partis de la mort de Jandira, jeune femme dont le corps a été retrouvé calciné alors qu'elle était partie se faire avorter dans une clinique clandestine. Rappelons qu'au Brésil l'avortement est strictement interdit sauf dans les cas de viol, d'anencéphalie ou de danger mortel pour la mère, sachant qu'avec la présence de plus en plus grande des évangélistes au sein du Parlement, l'avortement en cas de viol est désormais remis en question. Les deux réalisateurs ont donc pris comme point de départ cette question qui a tué Jandira?. Ils ont interviewé un grand nombre de personnalités cumulant les fonctions de député et pasteur ainsi qu'un député à l'opposé du cercle politique, pro-LGBT et lui-même homosexuel, et des femmes activistes et engagées dans des associations féministes se battant notamment pour le droit à l'avortement. Que dire de ce documentaire à part que les propos tenus sont tout simplement hallucinants. Tellement hallucinants que s'il s'agissait d'une fiction, on n'y croirait pas. Quant à la forme du documentaire, elle reste plutôt classique mais efficace et didactique. Le film produit au Brésil sera donc diffusé à la télévision brésilienne. Les réalisateurs présents à l'issue de la projection nous expliquent qu'ils n'ont eu aucune difficulté à rencontrer ces évangélistes (politiques ou non) et à recueillir leurs discours et leur parole très libérée. Ce sont des personnes qui ont l'habitude au Brésil d'être sur le devant de la scène, qui touchent des milliers de personnes, engrangent des sommes astronomiques et au final, même si ici le film est clairement orienté contre eux, cela leur fait de la publicité. On ressort de la salle quelque peu sonné et convaincu qu'en ce qui concerne le droit des femmes il est certain que même en 2017 rien n'est vraiment acquis, malheureusement.

Guatemala: cuando el futuro perdio el miedo. On remonte en Amérique centrale pour s'arrêter au Guatemala. Là encore, c'est un film coup de poing sur l'histoire guatémaltèque. En 1h30, Jordi Ferrer survole plus d'un siècle d'histoire. Alors, bien sûr, d'aucuns trouveront justement qu'il survole trop rapidement certains points qui mériteraient de s'y arrêter bien plus longuement, mais le réalisateur dresse ici de manière très intéressante la toile de fond d'un petit pays à l'histoire fort tourmentée. Un film instructif, émouvant mais sans pathos (et pourtant vu les crimes de guerre perpétrés dans les années 80, la frontière aurait pu facilement être franchie) qui dépeint le portrait d'un pays dont les communautés indigènes ont énormément souffert (et là c'est un euphémisme) et qui offre aujourd'hui encore le visage d'un pays malade se son extrême violence et de sa corruption à tous les échelons ou presque.

Jerico, el infinito vuelo de los dias. Suite à ces documentaires sombres et difficiles sur une Amérique latine à l'histoire si souvent tourmentée, le documentaire sur Jerico de la réalisatrice Catalina Mesa fait souffler une petite brise fraîche et colorée sur Cinélatino. Partie là-bas pour faire le portrait de sa grande-tante, la réalisatrice a finalement recueilli la parole d'une génération de femmes. Personnages pleins d'humour et hauts en couleur,  ces femmes discutent entre elles, souvent à deux, et Catalina Mesa les observe avec sa caméra tout en discrétion. Elles se remémorent leurs histoires d'amour, leurs peines de coeur, leurs rêves accomplis, leurs regrets, leurs tristesses mais surtout leurs espoirs. Dans ce village tout en pente aux façades colorées magnifiques, la réalisatrice filme ces femmes de très belle manière avec une grande pudeur et beaucoup de poésie. Les mains travaillent, les langues se délient en même temps, les rires éclatent et les larmes coulent parfois. On rit avec elles, notamment avec Chila et son franc-parler ou avec Luz qui prie les Saints mais les gronde aussi pour qu'ils l'écoutent mieux!. Et en sortant de la salle on rêve juste d'aller passer quelque temps dans ce village colombien perdu au coeur de la Vallée du café... La réalisatrice, présente lors de la projection, dit avoir voulu montrer un autre visage de la Colombie. "Certes, il faut regarder la part d'ombre pour la changer, mais il ne faut pas regarder que ça." (pour en savoir plus sur le film et son parcours, rendez-vous sur ce blog)/

Cinélatino 2017 : focus sur une jeunesse délaissée

Posté par Morgane, le 23 mars 2017

Jesus de Fernando Guzzoni (long-métrage en compétition), film chilien de 2016 et Gasolina (long-métrage du focus consacré à Julio Hernandez Cordon), film guatémaltèque de 2008, sont séparés par plusieurs frontières et plusieurs années mais se rejoignent néanmoins sur le thème abordé : celui d'une jeunesse paumée, abandonnée.

Dans le film Gasolina, le réalisateur suit ses trois personnages à la façon d'un road movie. Les trois adolescents vivent dans une banlieue résidentielle de Guatemala. Leur quotidien semble s'articuler autour de virées nocturnes sans but qu'ils effectuent dans la voiture de Gerardo. Dans une sorte d'errance crépusculaire, ils cherchent un peu d'essence en vidangeant des voitures et quelques centaines de pesos pour partir voir la mer. Ils déambulent dans cette ville qui n'y ressemble pas, passant de maison en maison, se brouillant puis se rabibochant, sans but plus précis que d'atteindre un jour la plage. Le spectateur se laisse prendre au jeu dans cette douce torpeur aux côtés de ces trois ados le plus souvent têtes à claques qui cherchent les embrouilles mais qui s'avèrent finalement très attachants. Jusqu'au moment où l'irréversible se produit... Ce premier long métrage de Juan Hernandez Cordon est très maîtrisé jusqu'à la surprise finale qui semble prendre de cours le spectateur tout comme les protagonistes.

L'irréversible se produit également dans le film de Fernando Guzzoni à la différence près que dans Gasolina l'irréversible sonne la fin du film alors que dans Jesus cet acte est le tournant du film. Jesus est un jeune adolescent de 15 ans qui vit seul avec son père à Santiago du Chili. Il passe ses nuits avec ses quatre potes entre drogue et alcool. Dans Gasolina, les adolescents paraissaient juste vouloir tromper l'ennui et passer le temps. Ici, la jeunesse semble désillusionnée, n'ayant rien à perdre et cherchant à repousser ses limites tout en se cherchant elle-même. Mais le groupe d'ados dérape une nuit dans un parc et c'est là que tout bascule pour Jesus. On suivait une errance et on suit désormais une repentance ou tout du moins une prise de conscience.

Le réalisateur est parti d'un fait réel qui l'avait choqué, c'est pourquoi "les scènes de violence sont réalistes et cruelles" nous dit-il. Certaines scènes sont en effet très violentes, à la limite du supportable pour le spectateur, et leur réalisme en accentue bien évidemment la violence. "Un jeune homosexuel avait été agressé dans un parc et de suite les médias avaient annoncé que c'était l'oeuvre de néonazis. J'ai donc fait des recherches sur les assassins. L'un d'eux était un imitateur de Michael Jackson et était bisexuel. Un autre appartenait à une tribu urbaine du monde oriental. Seulement l'un d'entre eux avait déjà commis un vol. La presse a simplifié ce crime avec une réflexion binaire de type méchants/gentils. Ces jeunes avaient la même origine sociale, les mêmes lieux de vie et de rencontre et c'était donc finalement un crime fratricide, et c'est cela que j'ai voulu montrer."

Un film dur devant lequel on a parfois envie de fermer les yeux. Il prend aux tripes et dérange jusque dans son dénouement final. On en ressort pris entre deux pensées, l'envie de trouver des excuses à cette jeunesse laissée pour compte face à ce crime tout à fait inexcusable. La violence de ce qu'on appelle très injustement un fait divers et qui devrait être exceptionnel au lieu d'être aussi banal.

Cinelatino 2017 : ouverture sensible avec Une vie ailleurs d’Olivier Peyon

Posté par Morgane, le 19 mars 2017

C'est la 29e édition pour le festival Cinelatino qui se déroule actuellement à Toulouse. Pour son ouverture vendredi 17 mars, la ville rose était inondée de soleil. La langue espagnole et ses nombreux accents sud-américains se mêlaient à une belle ambiance estivale et au son entraînant de la fanfare Super Panela qui lançait les festivités dans la cour de la Cinémathèque.

Pendant 10 jours, le cœur de la ville (et sa région) va battre aux rythmes de Cinelatino. Films en compétition (longs et courts de fiction, documentaires), découvertes, reprises, focus (notamment celui sur le groupe de Calí en Colombie)... mais aussi des lectures, des rencontres, des ateliers ou encore des initiations à la salsa.

Vendredi, il y avait quatre façons d'ouvrir le festival. La première se passait en plein air, avec une projection de courts-métrages précédée de la batucada Batida Louca. On pouvait également partir en Uruguay avec Olivier Peyon (Une vie ailleurs), ou bien à la "frontière" entre le Mexique, la Colombie et le Canada avec Juan Andres Arango (X-Quinientos) ou encore en Argentine avec Milagros Mumenthaler (La idea de un lago).

Rencontre avec Olivier Peyon et Maria Dupláa

Je me suis envolée en Uruguay dans un film au casting franco-uruguayen-argentin suivant une mère (Isabelle Carré) qui aidée d'un assistant social (Ramzy Bedia) retrouve son fils en Uruguay qui lui avait été enlevé par son ex-mari. Le sujet du film est fort et bouleversant et Ramzy que l'on connaît habituellement dans des rôles comiques excelle ici et transmet admirablement bien la tension dramatique. Le duo qu'il forme avec Maria Dupláa (la tante du petit garçon) respire la sincérité. Bref, Ramzy nous touche réellement par sa justesse. Ce qui n'est pas forcément le cas d'Isabelle Carré. Elle, habituellement juste dans ses personnages à fleur de peau, ne m'a pas touchée, en faisant trop pour que ce personnage de mère courage en ressorte crédible. Des gestes rapides, excédés, un phrasé peu naturel. Là où les autres acteurs tapent au bon endroit j'avais le sentiment qu'elle, était ailleurs, dans un autre registre qui ne collait pas à l'ensemble.

Olivier Peyon et Maria Dupláa étaient présents à l'issue de la projection. Le réalisateur a alors expliqué pourquoi ce film qui devait en premier lieu se tourner en Argentine s'est finalement, pour des raisons de production, déroulé en Uruguay. Pour le rôle de Maria, l'actrice devait parler français or ce n'était pas le cas de Maria Dupláa. Mais elle explique: "quand je suis arrivée au casting, toutes les autres actrices révisaient leur texte en français! On m'a alors dit que je devais parler français. Comme ce n'était pas le cas, tout mon stress s'est envolé car je n'avais alors plus rien à perdre! Je l'ai fait sans peur et apparemment c'est ce qui a plu à Olivier."

Quant au choix d'Isabelle Carré le réalisateur explique que c'est elle qu'il a sollicitée en premier. Il voulait lui proposer ce rôle qui est une sorte de contre-emploi, un rôle où "elle n'a pas le temps d'être aimable." Pour ce qui est de Ramzy, "c'est elle qui a soumis l'idée de Ramzy avec qui elle a joué dans Des vents contraires." Et pour le rôle de Felipe, l'enfant d'Isabelle Carré, c'est Dylan Cortes déjà habitué aux caméras puisqu'il a tourné beaucoup de publicités. "Au début je le trouvais presque trop parfait d'ailleurs !"

Et la soirée de se terminer par l'intervention d'un spectateur uruguayen qui vit désormais en France et qui remercie le réalisateur d'avoir si bien filmé l'Uruguay, Montevideo et d'être sorti de Montevideo pour aller filmer à Florida.

Cinespana 2016 : Jonas Trueba triomphe avec La reconquista

Posté par MpM, le 10 octobre 2016

La reconquista

Trois ans après avoir dominé la 18e édition du festival Cinespana avec son film Los Ilusos, Jonas Trueba triomphe à nouveau cette année avec son nouvel opus, La reconquista, qui a remporté trois des prix remis par le jury de Serge Avedikian, dont le plus prestigieux, la Violette d'or du meilleur film.

Il s'agit du cinquième long métrage du cinéaste, qui raconte comment deux adultes, Manuela et Olmo, se retrouvent comme ils se l’étaient promis quinze ans après avoir vécu leur premier amour d’adolescents. Le temps d’une soirée, ils revivent leur histoire et s'interrogent sur le passage du temps.

Le reste du palmarès répartit récompenses et mentions entre les six autres films en compétition, avec notamment un double prix pour La decisión de Julia de Norberto López Amado : meilleur musique et meilleure photographie, et le prix du public pour A puerta abierta de Marina Seresesky.

A noter également que c'est No cow on the ice, parcours initiatique en Suède d'Eloy Domínguez Serén, qui est sacré meilleur documentaire tandis que Jota Aronak repart avec le prix Meilleur nouveau réalisateur pour son premier long métrage Ira qui interroge les notions de justice et de sanctions.

 

Le palmarès complet

Violette d'or du meilleur film
La reconquista de Jonas Trueba

Meilleur réalisateur
Jonas Trueba pour La reconquista

Prix d'interprétation féminine
Marta Lado pour Sicixia de Ignacio Vilar
Mention spéciale
Aura Garrido pour La reconquista de Jonás Trueba

Prix d'interprétation masculine
Francesc Garrido pour La adopción de Daniela Fejerman
Mention spéciale
Àlex Monner pour La propera pell de Isaki Lacuesta et Isa Campo

Meilleur scénario
Carles Torras et Martín Bacigalupo pour Callback de Carles Torras

Meilleure photographie
Juan Molina Temboury pour La decisión de Julia de Norberto López Amado

Meilleure musique
Pedro Navarete pour La decisión de Julia de Norberto López Amado

Prix du public
A puerta abierta de Marina Seresesky

Prix du meilleur documentaire
No cow on the ice d'Eloy Domínguez Serén

Prix Nouveau réalisateur
Jota Aronak pour Ira

Meilleur court métrage
Bus story de Jorge Yúdice
Mention spéciale
I said I would never talk about politics de Aitor Oñederra

Cinespana 2016 : Alex de la Iglesia et Xavier Cugat se partagent la soirée d’ouverture

Posté par MpM, le 30 septembre 2016

Mi gran noche

Traditionnellement, le Festival Cinespana qui commence ce soir propose deux ambiances pour sa soirée d'ouverture. Cette année, les spectateurs auront le choix entre une comédie caustique signée Alex de la Iglesia, Mi gran noche, et Sexo, maracas y chihuahuas de Diego Mas Trelles, un documentaire haut en couleurs sur le musicien catalan Xavier Cugat, star d'Hollywood où il fut chef d'orchestre sur de nombreux tournages.

Dans Mi gran noche (My big night), le trublion du cinéma espagnol s'attaque à la télévision à travers l'interminable tournage d'une émission de fin d'année durant laquelle les différentes personnalités en présence rivalisent d'ego, jusqu'à ce que la situation dégénère hors de tout contrôle. Une nouvelle farce délirante et ironique par le réalisateur de Balada Triste et Les Sorcières de Zugarramurdi. Une belle avant-première que les fans ne manqueront pas, d'autant que le film n'a toujours pas de date de sortie en France...

Portrait chaleureux d'un artiste hors normes

Autre film, autre style, Sexo, maracas y chihuahuas nous emmène sur les pas d'une véritable star de la musique catalane, Xavier Cugat, le seul Espagnol à avoir eu quatre étoiles sur le Walk of Fame de Hollywood Boulevard. Comme l'indique son titre, ce documentaire plein de couleurs et de musique revient sur le parcours exceptionnel de Cugat qui fut amené à travailler avec les plus grandes stars, de Rudolph Valentino à Charlie Chaplin, en passant par Rita Hayworth, Franck Sinatra ou Woody Allen.

A grands renforts d'images d'archives, d'interviews de Cugat lui-même et d'extraits de films, le documentaire retrace le parcours étonnant de cet artiste complet surnommé le "roi de la rumba" en raison de son inspiration éminemment cubaine (il vécut à Cuba de 4 à 18 ans), et qui fit également carrière en tant que caricaturiste. Que l'on soit familier ou non du personnage, c'est par ailleurs l'occasion de se replonger dans l'âge d'or hollywoodien du cinéma muet et de revisiter un demi-siècle de cette musique "tropicale" (comme il aimait à la surnommer lui-même) qu'il a exporté aux quatre coins du monde jusqu'au début des années 70.

Au fond, que l'on soit plutôt jeu de massacre dans les coulisses de la télévision ou portrait chaleureux d'un artiste hors norme, les deux propositions sont une excellente manière de commencer cette nouvelle édition du plus grand festival européen de cinéma espagnol qui, comme à son habitude, réserve de belles découvertes, surprises et moments de convivialité.

Cinespana 2016 sous le signe de la résistance

Posté par MpM, le 27 septembre 2016

Cinespana 2016Pour sa 21e édition qui se tiendra du 30 septembre au 9 octobre, le festival Cinespana se place d'emblée sous le signe de la résistance. Celui qui est devenu la plus importante manifestation d'Europe consacrée au cinéma espagnol (hors Espagne) a en effet dû faire face cette année à une baisse de subvention de 30 000 euros, soit 10% de son budget annuel.

"Ce festival ne peut perdurer que grâce aux subventions publiques, aux partenaires privés, aux donateurs mais aussi au bénévolat", rappellent Françoise Palmerio-Vielmas et Patrick Bernabé, présidente et vice-président du festival, dans le dossier de presse de la 21e édition. "Cette diminution de ressources a des conséquences sur le fonctionnement du festival. L’ensemble de ses pôles a dû s’adapter difficilement à cette nouvelle situation."

Malgré tout, grâce aux relations qu'il a tissé au fil des années, et à la solidarité de nombreux partenaires, Cinespana parvient à proposer une édition 2016 à la hauteur des précédentes, avec un nombre égal de films répartis entre compétitions fiction, documentaire, "nouveaux réalisateurs" et courts métrages, Panorama du cinéma espagnol contemporain, hommage (en sa présence) à l'acteur Sergi Lopez, focus sur le producteur catalan Paco Poch, hommage posthume au réalisateur Miguel Picazo, rencontre avec l'écrivain Paul Preston, coup de projecteur sur le cinéma des îles Baléares, regard sur le cinéma basque, cycles "Politique et société" et "Voir et revoir", sans oublier diverses rencontres et avant-premières.

Le public toulousain aura ainsi la chance de découvrir avant tout le monde quelques films attendus comme Mi gran noche, le nouveau film d'Alex de la Iglesia, La mort de Louis XIV d'Albert Serra (en présence du réalisateur) ou encore Beyond Flamenco de Carlos Saura, mais aussi les nouveaux films d'habitués de Cinespana comme Jonas Trueba (La reconquista), récompensé en 2013 pour Los Ilusos et Ignacio Vilar (Sicixia), récompensé en 2015 pour A esmorga.

Une édition qui fait donc le pari de poursuivre coûte que coûte son engagement militant en faveur d'une cinématographie ibérique fragile, souvent indépendante, qui doit se battre pour exister. "Mais qu’en sera-t-il en 2017 ?" s'interrogent à juste titre les organisateurs. Une seule solution dans l'immédiat pour assurer l'avenir de Cinespana : s'y ruer en masse dès l'ouverture ce vendredi 30 septembre !

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21e édition de Cinespana
Du 30 septembre au 9 octobre 2016 à Toulouse
Informations et horaires sur le site de la manifestation
Cinespana sur Ecran Noir depuis 2007