Shrek, le musical arrive à Paris en 2012

Posté par vincy, le 4 août 2011

Shrek, le musical débarque à Paris le 8 février 2012. La comédie musicale sera francisée. Le Casino de Paris a déjà mis en vente les billets (à partir de 35€).

Shrek, le musical, créé à Broadway en 2008, fait actuellement sa deuxième tournée aux USA (au moins jusqu'en avril 2012) et en résidence, dans une version corrigée, à Londres depuis mai. Outre Paris, Shrek va aussi tourner en Espagne en septembre 2011 et en Australie en 2012. Il a déjà été joué en Israël en 2010.

Le spectacle, coproduit par DreamWorks Theatricals, a été joué à New York de novembre 2008 à janvier 2010, soit 478 représentations, un honnête succès. Il avait reçu 8 nominations aux Tony Awards, et avait gagné le prix des meilleurs costumes. Le disque avait été nommé aux Grammy Awards.

La comédie musicale a cependant déçu les attentes de DreamWorks avec un box office de 37,7 millions de $ à Broadway, soit un taux de remplissage moyen aux alentours de 60%. Le budget de la production est estimé à 24 millions de $. Les marchés internationaux étaient donc indispensables pour améliorer la rentabilité de ce show. A titre de comparaison, Le Roi Lion, joué depuis 5677 fois sur Broadway est en passe de devenir la plus grosse recette historique avec près de 730 millions de $ cumulés.

D'ici là, les amateurs pourront revoir l'inusable et culte Cabaret (Marigny), revivre les soirées de mariage avec Mamma Mia (Mogador), ou se laisser tenter par Dracula (Palais des Sports).

Le réalisateur de Zorba le Grec, Michael Cacoyannis : fin de crédit (1922-2011)

Posté par vincy, le 25 juillet 2011

Le cinéaste chypriote-grec Michael Cacoyannis (ou Michel, ou encore Mikhalis ou même Mihalis Kakogiannis) connu pour l'immense succès de son film Zorba le Grec en 1964 est mort aujourd'hui à Athènes à l'âge de 89 ans. Il était hospitalisé depuis 10 jours.

Il a été nommé trois fois aux Oscars pour Zorba le Grec (meilleur film, réalisateur et scénario). Le film avait aussi été cité pour l'interprétation masculine d'Anthony Quinn, et avait reçu trois statuettes : second rôle féminin pour Lila Kedrova, direction artistique et image. Zorba le Grec est l'adaptation du roman de l'auteur grec Nikos Kazantzakis et a traversé le temps grâce à la bande originale de Mikis Théodorakis.

Il s'agit d'un des plus grands cinéastes grecs. De 1954 à 1977, 7 de ses films ont été sélectionnés au Festival de Cannes (dont il avait été membre du jury en 1959) : Réveil du dimanche, Stella femme libre, La fille en noir, Fin de crédit, L'épave, Electre et Iphigénie. Electre et Iphigénie furent aussi nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Da

Il avait reçu, entre autres prix, le Grand prix des Amériques pour l'ensemble de sa carrière au festival des films du monde de Montréal en 1999.

Cacoyannis a commencé sa carrière dans le théâtre londonien, comme acteur puis metteur en scène. Il débuta sa carrière de réalisateur en 1954 avec Le réveil du dimanche. Le réalisateur dirigea les grandes figures du cinéma grec : Melina Mercouri, Elli Lambeti et surtout Irène Papas à de nombreuses reprises. Mais son succès lui permit aussi de flirter avec Hollywood. Outre le casting international de Zorba (avec Quinn, Alan Bates, Papas), il enrôla Candice Bergen (Le jour où les poissons sont sortis de l'eau), Katharine Hepburn, Vanessa Redgrave et Geneviève Bujold (Les Troyennes), ... Dans Sweet Country, il réunit Jane Alexander, Carole Laure, Franco Nero, Randy Quaid, Jean-Pierre Aumont et Pierre Vaneck.

Il réalise son dernier film en 1999 : La cerisaie, avec Charlotte Rampling, Alan Bates, Gerard Butler et Katrin Cartlidge.

"Je garde mes yeux ouverts et je m'inspire de pièces classiques, qui sont mes amies, ou de faits réels. Il n'y a aucun trait commun à travers mon oeuvre parce que je n'essaye pas d'offrir mon intimité au monde. Chaque fois que je fais un film, j'ai une inspiration. Je ne les fais pas pour ajouter une ligne à mon CV" expliquait-il dans sa profession de foi.

Attiré par la tragédie et les révoltes, les désillusions et l'attirance de la folie, Cacoyannis était aussi capable de filmer des purs moments de grâce, de comédie ou de danse. Il faisait le pont entre le néoréalisme émergeant en Italie et un classicisme dans ses sujets, mélangeant souvent la Grèce antique avec la Grèce "moderne". Il a influencé des cinéastes comme Theo Angelopoulos.

Son apogée coïncide avec celle du cinéma grec, qui produisit jusqu'à plus de cent films par an dans les années 60, lorsque le Festival du film de Thessalonique fut créé, avant de connaître le déclin de la période où le pays fut dirigé par les dictateurs.

Cacoyannis continua de tourner, à l'étranger, de mettre en scène au théâtre. Il adapta même Zorba en comédie musicale à Broadway. Il a créé en 2004 une Fondation caritative à son nom dans le but d'aider, préserver et promouvoir les arts du Théâtre et du cinéma.

Harry Potter : Daniel Radcliffe se voit grandir sur scène

Posté par vincy, le 14 juillet 2011

Du trio vedette d'Harry Potter, il est sans doute celui qui y croit le plus. pourtant : combien d'acteurs vedettes d'une saga ou d'un film phénomène, qui plus est jeunes, sans sont réellement sortis? De Star Wars (Mark Hamill comme Hayden Christenssen) au Seigneur des Anneaux (Elijah Wood comme Orlando Bloom) en passant par E.T. (Henry Thomas) ou Maman j'ai raté l'avion (Macauley Culkin), les comédiens ont sombré dans l'oubli ou les dépendances, offrant davantage de spectacle dans la presse people (et même les tabloïds trashs) que sur les tapis rouges des avant-premières.

Daniel Radcliffe, mieux entouré?, semble vouloir éviter ces erreurs. Il avait joué avant Harry Potter. Dans David Copperfield (1999) et Le Tailleur de Panama (2001). Entre ses études et les tournages des Harry Potter, Radcliffe commence à planifier l'après-Sorcier. En 2006, il se parodie dans la sitcom britannique à succès, Extras. Pour la télévision, il joue dans My Boy jack et prête sa voix dans un épisode des Simpsons. Au cinéma, il ne fait qu'une incartade : December Boys, film australien de Rod Hardy, où il incarne un orphelin. Il est davantage attendu dans The Woman in Black, thriller horrifique de James Watkins, qui sortira début 2012. il y sera un jeune avocat dans ce film signé du réalisateur d'Eden Lake.

10 ans après, le voilà donc prêt à s'émanciper : un film de genre plutôt pour plus de 16 ans, un personnage loin du gentil sorcier. Avec près de 50 millions d'euros en argent de poche (davantage que le Prince William), Radcliffe peut tout imaginer, même produire (voir actualité du 16 août 2010).

Mais le jeune comédien n'a qu'une réelle passion : la scène. En 2007 et 2008, à Londres et sur Broadway, il joue dans la pièce d'Alan Strang, Equus. Il y est un ado perturbé, devant consulter un psychiatre, jouant nu sur scène. Pour casser son image, il n'y a pas mieux.

Cette année, il a repris le grand classique musical, How to Succeed in Business Without Really Trying (Comment réussir en affaires sans réellement essayer). Rien que le titre doit lui évoquer quelque chose... Si les critiques sont mitigées, le public répond largement présent : il y a quinze jours, la salle était pleine toute la semaine, récoltant près de 1,1 million de $ grâce 11 453 places vendues. Cela en faisait le spectacle le plus vu de Broadway. C'est la cinquième fois que cette comédie enchantée et cynique est produite à New York (Matthew Broderick et Sarah Jessica Parker avaient cartonné dans les années 90).

Le tout est de décoller de sa peau ce fameux Harry Potter. A 21 ans, il a déjà du faire son mea culpa public pour avoir abusé d'alcool, et s'être rendu "dépendant" de ce vice. Son problème d'alcoolisme serait né sur le tournage du Prince du sang-mêlé et durant l'année d'Equus. La dure loi de l'apprentissage du monde adulte et du show-business.

Une épidémie virale allemande inspire l’espagnole Isabel Coixet

Posté par vincy, le 11 juin 2011

Le prochain film d'Isabel Coixet, Marburg, s'intéressera à une épidémie virale dans quatre lieux autour du monde nommés Marburg.Il s'agit de l'adaptation d'une pièce catalane de Guillem Clua, qui a travaillé à l'adaptation avec la cinéaste. La pièce a été créée l'an dernier à Barcelone.

L'histoire se déroule en août 1967 et démarre à Marburg, en Allemagne où un virus tue rapidement 23 personnes. Aucun concombre ne se cache dans le scénario, a priori. De là trois autres histoires en Pennsylvanie en 1981, en Afrique du Sud en 1999 et en Australie de nos jours, connectées à la première, prennent place. "C'est un projet très ambitieux sur la douleur, la mort et l'espoir en dépit de tout et à cause de tout" raconte la cinéaste au magazine Variety.

Le film est produit par la société française de Fabienne Servan-Scheiber, Cinteve, pour un budget d'environ 10 millions d'euros et un tournage prévue en 2012.

Isabel Coixet a construit sa réputation avec des très beaux films comme My Life without Me, The Secret Life of Words et Elegy. Son dernier essai, Map of the Sounds of the World, en compétition à Cannes en 2009, a, cependant, été un gros échec critique et public.

Guillem Clua a écrit plusieurs pièces (Les invisibles, la peau en flammes) et scénarios de séries TV.

Tristesse après la mort du scénariste Arthur Laurents (1917-2011)

Posté par vincy, le 6 mai 2011

Le scénariste Arthur Laurents s'est éteint au bel âge de 93 ans. Si sa carrière fut surtout glorieuse au théâtre en tant que dramaturge et metteur en scène (La cage aux folles entre autres), on lui doit quelques grands scénarios où il insérait toujours des éléments personnels  : La corde, d'Alfred Hitchcock, Pris au piège de Max Ophüls, Anastasia d'Anatole Litvak, Bonjour tristesse, d'après le roman de Françoise Sagan d'Otto Preminger, et Nos plus belles années, mélo culte de Sydney Pollack. Avec Le tournant de sa vie, d'Herbert Ross, en 1977, il est nommé à l'Oscar du meilleur scénario et du meilleur film. Il reçoit la même année le prix du meilleur scénario de la Writers Guild of America.

Mais Laurents est surtout l'auteur du livret de West Side Story, le drame musical transposé avec succès sur grand écran, et celui de Gypsy!.

Il était aussi l'ancien compagnon du récemment décédé Farley Granger (qui jouait dans La corde et qui est décédé le 29 mars dernier), avant de partager 50 ans de sa vie avec Tom Hatcher (mort en 2006), qui travaillait dans l'immobilier après avoir tenté une carrière de comédien.

Laurents a été blacklisté durant le marccarthisme.

Marie-France Pisier (1944-2011) : un fantôme en liberté

Posté par vincy, le 26 avril 2011

Marie-France Pisier, la promeneuse du Jardin du Luxembourg, n'était pas que cette voix si distinguée, qui l'avait rendue si singulière dans le cinéma français. Cette voix, qui lui donnait un ton si particulier dans les films de Truffaut et ses héritiers de la Nouvelle Vague, était aussi celle des femmes. Féministe engagée depuis la première heure, signataire du fameux manifeste des 342 salopes, diplômée en droit et fréquentant les cercles intellectuels et les milieux politiques, Pisier était une actrice par accident et une politicienne contrariée.

Si j'osais un aparté personnel, je voudrais écrire à quel point sa voix me ravissait, mais, encore plus, sa contemplation. Jeune cinéphile (gamin, quoi), elle faisait partie de mon panthéon de l'idéal féminin. Brune, gracieuse, élégante, égalitariste et intelligente : son féminisme et sa féminité me séduisaient bien plus que les cérébrales froides ou les géniales tragiques qui émergeaient alors dans le cinéma français.

L'absente de la Croisette

Quelle tristesse d'apprendre, à distance, sa mort, à 68 ans. Retrouvée morte dans sa piscine, une nuit de week-end pascal. L'autopsie est en cours.  Une fin précoce, inattendue, "choquante" selon l'expression de son amie Kristin Scott-Thomas, que Pisier avait dirigée dans sa première réalisation. On devait la voir au prochain Festival de Cannes (voir l'actualité du 30 mars dernier). Elle avait été récemment interviewée dans le cadre du documentaire Belmondo, Itinéraire... qui sera présenté à l'occasion de l'hommage à Jean-Paul Belmondo.

Pisier a joué deux fois avec l'acteur le plus populaire de France. Une première fois en 1976, au sommet de sa gloire cinématographique, dans Le corps de mon ennemi (1,8 million d'entrées), d'Henri Verneuil. Film noir sur la corruption, elle incarnait une bourgeoise raffinée qui s'encanaillait avec le voyou Bébel. Elle retrouvera le comédien dans la comédie L'As des As (5,5 millions d'entrées), où elle joue une journaliste qui s'apprête à interviewer Hitler et pousse Belmondo à jouer les sauveurs d'un enfant juif.

La Colette de Truffaut

Mais Marie-France Pisier a surtout été la muse de deux cinéastes, que tout relie. François Truffaut qui l'a découverte, et André Téchiné, qui l'a consacrée. Le premier en a fait le pendant féminin de Jean-Pierre Léaud dans la série des Antoine Doinel. Elle répond à une petite annonce, alors qu'elle n'a aucune information, pour devenir le rôle principal féminin d'Antoine et Colette (1963). Sa désinvolture, son chic naturel, sa vivacité conquièrent le cinéaste, qui, parlant de sa voix, disait qu'elle était son meilleur atout et son pire handicap. Cette voix qui pouvait être à la fois distante, snob, moqueuse, cinglante, ironique, indifférente, blessante...

Elle prolongera l'aventure avec Truffaut dans Baisers volés (1968) et surtout L'amour en fuite (1979), qu'elle co-scénarise avec le cinéaste, Jean Aurel et Suzanne Schiffman. Elle revient en ex-amour et brillante avocate.

Après Truffaut, Marie-France Pisier trouve un deuxième mentor, Robert Hossein qui l'emploie pour trois polars (La mort d'un tueur, Les yeux cernés, Le Vampire de Düselldorf). Pisier prend alors son envol et tourne avec Alain Robbe-Grillet (Trans-Europe Express), Charles Belmont (L'écume des jours, d'après le best-seller de Boris Vian), Stanislas Stanojevic (Le journal d'un suicidé, mésestimé), Luis Bunuel (Le fantôme de la liberté, avant-dernier film du maître espagnol) et Jacques Rivette (Céline et Julie vont en bateau, qu'elle co-scénarise aussi). Ce ne sont pas forcément des rôles principaux, mais à l'époque sa vie est un peu ailleurs : étudiante politiquement impliquée, ex-fiancée de Daniel Cohen Bendit qu'elle fait revenir en France, au premier rang pour la légalisation de l'avortement... Et à la télévision elle est l'une des héroïne du feuilleton populaire Les gens de Mogador.

Sans compromis chez Téchiné

En 1969, elle avait rencontré le deuxième cinéaste marquant de sa carrière. Avant Catherine Deneuve, le jeune André Téchiné en a fait son égérie : Pauline s'en va, Souvenirs d'en France, Barrocco, Les Soeurs Brontë. Dans Souvenirs d'en France, avec Jeanne Moreau, Pisier est sophistiquée et donne à quelques séquences des moments cultes de cinéma. "Foutaises!" aurait-elle clamé... Avec Barrocco, en second rôle face à la jeune Isabelle Adjani, elle gagne ses gallons : un an après son César dans Cousin, cousine, elle en remporte un second. Dans Les soeurs Brontë, entre Adjani la tragédienne et Huppert la cérébrale, elle trouve sa place en soeur aînée dont le destin sera le moins malheureux de tous. Le film est sélectionné à Cannes. Elle y retournera pour L'oeuvre au noir, d'André Delvaux (d'après Marguerite Yourcenar), en 1988 et pour Le temps retrouvé, de Raoul Ruiz, en 1999. Parfaite dans l'univers de Proust en madame Verdurin

Auparavant, en 1975, Cousin, Cousine de jean-Charles Tacchella, aura connu un joli succès, avec un prix Louis-Delluc et trois nominations aux Oscars. Parfaite pour donner la réplique aux monstres sacrés et aux stars, elle sait leur voler la vedette et habiter un personnage en un geste, un mot, un regard. Elle tourne à l'étranger (La montagne magique, d'après Thomas Mann) et dans des productions de grands auteurs français comme Le prix du Danger (Boisset), La banquière (Girod), Parking (Demy). On l'emploie aussi pour incarner les géantes : Coco Chanel dans Chanel solitaire en 1981, George Sand dans La note bleue en 1991. Elle accepte des rôles plus populaires comme Les Nanas (l'un des premiers films avec Juliette Binoche) et puis récemment Il reste du jambon? d'Anne de Petrini.

La mère d'une nouvelle génération

Son destin est ailleurs. Car, certes, elle a récemment tourné pour une nouvelle génération, sans doute respectable de l'héritage des Truffaut et Téchiné : Maïwenn (Pardonnez-moi), Yamina Benguigui (Incha'Allah Dimanche), Stéphane Giusti (en mère perturbée dans la comédie gay Pourquoi pas moi ?) ou encore Manuel Poirier (Marion). Le plus bel exemple est ce personnage magnifique dans le film de Christophe Honoré, Dans Paris, où elle était la mère, au visage encore sublime, de Romain Duris et Louis Garrel.

A partir des années 80, elle commence à écrire, notamment Le bal du gouverneur, évocation de son enfance en Nouvelle-Calédonie, qu'elle adaptera elle-même au cinéma en 1990. Elle réalisera une suite, Comme un avion, autour du suicide de ses parents. Dans les années 90, elle monte sur les planches. Elle jouera souvent du Guitry. On la croisera aussi sur le petit écran.

Et puis finalement on ne la verra plus. Coincée dans une chaise, dans une piscine, une nuit d'avril, Marie-France Pisier a disparu... A 66 ans, cette native de la ville des fraises des montagnes du centre sud du Vietnam (à l'époque, l'Indochine) a rejoint ses fantômes, ceux de ses parents et d'autres tout aussi intimes. Pour elle, on ne peut que croire à une libération. Il faudra quand même attendre l'élucidation des circonstances de son décès. Cette discrète n'avait sans doute pas prévue le battage médiatique qu'elle susciterait en s'en allant si soudainement...

Farley Granger (1925-2011) : un hitchcockien disparaît

Posté par vincy, le 29 mars 2011

L'acteur américain Farley Granger est décédé dimanche à New York à l'âge de 85 ans. Naturellement. Ça nous change... Acteur méconnu, il a pourtant tenu les rôles principaux de très beaux films, sous l'oeil de grands cinéastes.

Il a commencé sa carrière en 1943, à l'âge de 18 ans. Découverte par le producteur Samuel Goldwyn, et imposée à Lewis Milestone (L'étoile du nord, Prisonniers de Satan), cette très jolie gueule sera révélée par Alfred Hitchcock avec le film La corde en 1948. Il donne la réplique à James Stewart. Granger interprète un des deux jeunes meurtriers vaniteux de ce huis-clos fascinant. En 1951, il est en tête d'affiche du magnifique film de Nicholas Ray, Les amants de la nuit. Un de ces films noir passionnels qui pourtant ne rencontra pas son public. La même année, il tournera aussi avec Anthony Mann (La rue de la mort).

Entre séries B policières et comédies romantiques, "l'autre Granger" (à ne pas confondre avec Stewart Granger, immense star à la même époque), trouvera son plus grand personnage dans L'inconnu du Nord-Express, d'Alfred Hitchcock : un joueur de tennis qui se voit proposer le meurtre du père d'un inconnu... Son physique avenant ne cache pas les tourments qui lui traversent l'esprit.

Pourtant, il devra patienter pour obtenir son prochain grand rôle. Il brise alors son contrat avec Goldwyn. Cela le coupera d'Hollywood. Mais en 1954, Luchino Visconti l'engage face à Alida Valli dans le sublime Senso, sélectionné  à Venise. Ce sera son chant de cygne, ne jouant dans aucun film remarquable par la suite. La télévision fera alors appel à ses services pour des participations (L'homme de fer, Max la menace, Hawaï police d'Etat, L'homme qui valait trois milliards, La croisière s'amuse, Arabesque...) ainsi que le cinéma italien (On l'appelle Trinita avec Bud Spencer et Terrence Hill). On retiendra aussi Le serpent en 1972, d'Henri Verneuil, avec Yul Brynner, Henry Fonda, Dick Bogarde, Philippe Noiret, Michel Bouquet et Virna Lisi.

Il l'avouait sans honte : il aimait le cinéma mais détestait en faire. "J'ai joué les mêmes rôles encore et encore : j'aurai du tuer Samuel Goldwyn".

Il préférait la scène, où il se produisait régulièrement à Broadway (La mouette, la ménagerie de verre, et un nombre incalculable de comédies musicales...)."C'est plus viscéral" expliquait-il.

Farley Granger a surtout payé son homosexualité - ouvertement en couple avec Robert Calhoun durant 43 ans, décédé il y a trois ans - et son désir de liberté. Il avait raconté sa vie dans ses mémoires, Include Me Out, inédit en France.

Alain Tanner, John Berger et Susan Sontag à l’affiche du 22e Festival Théâtres au cinéma

Posté par MpM, le 9 mars 2011

théâtres au cinémaDéjà la 22e édition ! Depuis 1990, le Magic Cinéma de Bobigny organise le festival Théâtres au cinéma qui propose l'intégrale des films d'un réalisateur ainsi que différents hommages et rétrospectives permettant de relier et de mettre à l'honneur les différents univers artistiques : la littérature, la musique, le théâtre et bien sûr le cinéma.

Cette année, les spectateurs auront ainsi la chance de (re)découvrir l'oeuvre intégrale d' Alain Tanner (longs et courts métrages, mais aussi documentaires, reportages destinés à la télévision et films réalisés par de possibles "fils spirituels" du cinéaste), considéré à la fin des années 60 comme le chef de file de la Nouvelle vague suisse. Il sera d'ailleurs présent ce soir, en compagnie du directeur de la photographie Renato Berta, lors de l'ouverture de la manifestation consacrée aux "40 ans de la Salamandre", l'un de ses premiers films.

Une autre rétrospective mettra en lumière l'écrivain et scénariste John Berger qui a notamment collaboré avec Alain Tanner, Gilles Perret et Isabel Coixet. Une rencontre avec le public est notamment prévue le 12 mars lors de la lecture publique de son livre La tenda rouge de Bologne.

Enfin, un hommage sera rendu à la romancière, cinéaste, dramaturge et essayiste Susan Sontag disparue en 2004, avec la projection de 5 films qu'elle a réalisés et de 2 documentaires dans lesquels elle apparaît.

Une programmation jeune public, l'exposition "Les bouts du monde" de Jean Mohr et de nombreuses rencontres publiques viennent compléter le programme qui permet ainsi aux festivaliers, cinéphiles et simples curieux d'assister à une centaine de projections en 12 jours !

__________________________

Festival Théâtres au cinéma
Du 9 au 22 mars à Bobigny
Renseignements et programme complet sur le site de la manifestation

Spider-Man à Broadway : critiques assassines, public curieux

Posté par vincy, le 27 février 2011

"'Spider-Man' n'est pas seulement la production la plus chère, elle pourrait aussi être une des pires", "On se demande d'abord 'Où sont passés les 65 millions de dollars?' et après 15-20 minutes 'Quand vais-je pouvoir quitter la salle'?" (New York Times), "L'histoire est à la limite de l'incohérence" (The Hollywood Reporter), "Bazar incontrôlable, avec un trop-plein de ressources, artistiques et financières. Les producteurs de Spider-Man ont par inadvertance financé une forme artistique de mégalomanie" (Los Angeles Times)... N'en jetons plus.

Cinq reports, des accidents à répétition (la chute spectaculaire d'un cascadeur, un acteur blessé),  un départ remarqué d'une des principales actrices : Spider-Man: Turn Off The Dark a coûté 65 millions de $ et a provoqué les railleries voire l'effroi des critiques lors de sa (fausse) avant-première.

Catastrophe industrielle? Pas si simple. Certes le spectacle est maudit. Mais l'enjeu est tellement énorme (pour U2, la metteur en scène Julie Taymor, Marvel) que personne n'a envie d'en rire. Quand un cascadeur, durant une répétition payante (le public accède au spectacle avant sa première officielle), fait une chute de 10 mètres dans le vide, les spectateurs ont du immédiatement sortir, après un baisser de rideau. Le cascadeur s'en sort, malgré une hémorragie interne et pas mal de casse. L'inspection du travail a aussi collé deux avertissements pour violation de mesures de sécurité. Quand l’héroïne de la pièce, jouée par Natalie Mendoza, ramasse sur le crâne une corde d’une dizaine de kilos, elle décide de quitter l'aventure, à quelques semaines de la première.

Et ça ne s'arrange pas depuis les premières représentations : une fois sur deux, Spider-Man ne parvient pas à survoler le public... le mécanisme est coincé, saucissonant le héros dans sa toile. Un rôti de dindonneau. Bien sûr ce sont des répétitions, mais le spectacle a un an de retard. Et sa première définitivement prévue le 11 janvier a été reportée au 7 février puis de nouveau décalée au 15 mars. Le spectacle tourne, mais n'est toujours pas rodé. Mais les critiques se sont lâchés, avant même la première.

Pour l'instant, le spectacle récolte 1,3 millions de $ en moyenne par semaine. Un bon score relatif. Certes, il est le 2e hit sur Broadway, derrière Wicked et devant Le Roi Lion, de la même Julie Taymor. Mais en remplissage, Spider-Man Turn Off the Dark n'est que 5e, avec les deux tiers de ses sièges occupés, à 92$ la place (en moyenne car certaines places sont vendues 275$). À plein, il devrait rapporter 2 millions de $ dans le théâtre de Foxwoods (1 829 places).

L'alliance entre un héros mythique contemporain, Julie Taymor et Bono and the edge  (avec U2) était pourtant une martingale gagnante sur le papier. Sur scène, Reeve Carney, et Matthew James Thomas en remplacement, dans  le rôle de Peter Parker, Jennifer Damiano dans celui de Mary Jane Watson et Patrick Page en Bouffon vert signait pour être les stars du spectacle de l'année 2009, puis 2010 et finalement 2011.

Le spectacle a commencé ses représentations le 28 novembre, et n'ouvrira officiellement que le 15 mars. Près de 80 représentations auront été données, et ont surtout attiré les médias de caniveaux pour les scandales à foison. Maintenant, la presse "sérieuse" s'en empare. Pour l'instant, Spider-Man a rapporté 12,5 millions de $ en dix semaines. Julie Taymor ajuste constamment ce "work-in-progress" et il ne reste plus qu'à espérer un miracle. Mais les musiques "décevantes" (et a priori aucun ajout ou aucune modification n'est planifiée), un deuxième acte "peu excitant", du playback inconcevable pourraient avoir raison de l'optimisme ou du relativisme des producteurs.
Le public est là : mais à Broadway, surtout avec un spectacle aussi cher, c'est la durée qui compte.

Adieu à Bernard-Pierre Donnadieu (1949-2010)

Posté par vincy, le 27 décembre 2010


Né le 2 juillet 1949, l'acteur Bernard-Pierre Donnadieu est décédé ce lundi à Versailles à l'âge de 61 ans des suites d'un cancer. La mâchoire carrée, la silhouette bourrue de cet ancien élève de Robert Hossein lui avaient valu d'incarner souvent les rôles de criminels, de subversifs. Inoubliable (et brutal) dans La Passion Béatrice de Bertrand Tavernier, il était aux habitué aux rôles rudes (Le retour de Martin Guerre, où il faisait face à Depardieu, Rue Barbare, pour lequel il avait reçu une nomination au César du meilleur second rôle masculin, Les loups entre eux). Son physique massif, son visage dur l'ont conduit à interpréter des personnages hors-la-loi : gangsters, criminels, psychopathes, truands ... mais aussi des hommes de lois comme dans Le professionnel, où inspecteur, il affrontait Jean-Paul Belmondo.

Cette puissance qui menait souvent à des personnages dangereux, il l'a mise au service des plus grands dès 1975. D'abord dans le film émouvant, pessimiste et sombre de Jean-Louis Bertucelli, Docteur Françoise Gailland, puis en barman dans Le locataire de Polanski. Il enchaîne avec Monsieur Klein, grand film de Joseph Losey, avant de se faire enrôler par Claude Lelouch, Henri Verneuil, Eli Chouraqui, Patrice Chéreau (Judith Therpauve). Il est un second-rôle charismatique, à l'ombre d'un Bruno Cremer ou d'un Nils Arestrup, précurseur d'un Jean Réno, en bien plus intense, notamment dans le domaine du drame. Jean-Jacques Annaud en fait "La bête" dans Coup de tête.

Il aborde les années 80 avec une certaine renommée. L'époque est aux belles gueules et aux comiques. Il en est l'exact contraire. Lelouch le reprend dans Les Uns et les autres pour incarner un représentant humanitaire. Après Le Professionnel et Martin Guerre, deux énormes succès publics, il devient instituteur dans La vie est un roman d'Alain Resnais. Sa filmographie, à posteriori, apparaît plus nuancée que l'image qu'on en perçoit. Riche de grands cinéastes, variée, éclectique. Il est prêtre, tyran, Roi de France, tourne avec des auteurs danois, japonais, italiens, guinéen, polonais.

Pourtant, les producteurs et réalisateurs vont l'enfermer dans une certaine étiquette. Avec Rue Barbare, de Gilles Béhat, puis Les loups entre eux de José Giovanni, il semble s'attacher aux oeuvres violentes et noires. Terrifiant dans L'homme qui voulait savoir, de George Sluizer (1988), il remporte le prix d'interprétation aux festivals de Madrid et de Porto.

Il revient au Moyen Âge dans Justinien Trouvé ou le Bâtard de Dieu, film du producteur Christian Fechner, où il joue avec panache un navigateur au grand coeur. De même, il joue dans le deuxième film de Guillaume Nicloux, Faut pas rire du bonheur. Sa dernière participation cinématographique a deux ans avec Faubourg 36, mélo musical de Christophe Barratier, dans le rôle du bien nommé Galapiat "le bien aimé".

Car Donnadieu était aimé. Sans doute plus connu des téléspectateurs, où il fut omniprésent durant 35 ans grâce à Peter Kassovitz, Yves Boisset (il fut Charvet dans Jean Moulin) mais aussi des grandes figures comme Mirabeau, le Docteur Daniel Charbonière, Roger Salengro ou encore Vincent Guérin dans Jusqu'au bout, qui retrace la lutte des employés d'une usine classée Sevrso. Il obtint alors son premier FIPA d'or du meilleur acteur.

Le théâtre fut aussi clément avec lui. Georges Wilson lui fit jouer Tchekhov et Attali ; il fut aussi bon dans du Feydeau (mis en scène par Barratier) ou dans "Le roman d'un trader", en 2009.

Mais Donnadieu avait de multiples talents, et notamment sa voix. Dans Cars, de Pixar, il était celle de Doc Hudson. Dans Bee Movie, de DreamWorks, il la donnait à Layton Montgomery. Il fut surtout le doubleur de nombreux acteurs anglo-saxons : Dennis Hopper, Kurt Russel, Ron Perlman, Chazz Palminteri, Michael Madsen, John C. Reilly, Elias Koteas, Brendan Gleeson, James Gandolfini. Et Harvey Keitel dans cinq films!

Il était révolté et engagé, sans doute loin de son image en celluloïd tant son humanisme était loué. Ancien ouvrier spécialisé qui travaillait pour payer ses études de lettres et de théâtre, un accident du travail l'avait obligé à précipiter son destin. Ce mauvais garçon dans les films était considéré comme l'un des comédiens les plus sympathiques et serviables du cinéma français.