Entre les frontières: les infiltrés prennent la parole

Posté par vincy, le 11 janvier 2017

Les murs se construisent partout: en Inde, aux Etats-Unis, en Hongrie, au Maroc, au Brésil, en Turquie, en Iran... Et en Israël. Avi Mograbi signe un documentaire percutant sur les immigrés clandestins venus d'Afrique, attendant d'avoir le statut de réfugiés en Israël. Ils sont parqués dans des camps (un comble quand on y pense de la part de l'Etat israélien), entassés en plein désert par centaines. Israël veut les renvoyer chez eux, dans leurs dictateurs ou pays en guerre. Finalement, Entre les frontières pourrait être filmé dans de nombreux pays. Le camp de Holot regroupe des "infiltrés" installés depuiz plusieurs années. Ils ont le droit de travailler, de se déplacer hors-les-murs, mais doivent revenir à chacun des trois appels de la journée.

"L’idée du film m’est venue lorsque j’ai entendu parler de l’histoire d’un groupe de vingt-et-un Érythréens, attrapés à la frontière, et qui avait été refoulés dans le désert égyptien, à l’exception de deux femmes et d’un adolescent qui avaient pu entrer en Israël", se souvient le réalisateur. "Cela m’a particulièrement choqué, parce que je me suis souvenu qu’à l’école, on m’avait appris, comme à tous les petits Israéliens, la façon dont la Suisse avait traité les Juifs arrivant d’Allemagne ou de France. On ne leur a pas accordé l’asile au prétexte que la persécution pour des motifs raciaux ou religieux n’était pas, alors, reconnue. Que ceux qui ont survécu à un tel rejet avant de fonder Israël rejettent aujourd’hui des humains comme leurs parents ou leurs grands-parents ont été rejetés me paraît incroyable".

Sa caméra s'installe ainsi au plus près de ces hommes, désespérés, incompris, mais résolus à ne pas revenir dans leur pays d'origine. "A Tel Aviv, il y a des gens qui disent "on ne veut pas de noirs"" explique l'un d'entre eux. Le cinéaste donne la parole aux exclus. Une seule fois, le réalisateur ose un doute :" des blancs seraient-ils traités pareil en Erythrée?"

Théâtre de l'opprimé

Un texte vient nous appeler les moyens déployés par Israël pour s'en débarrasser: l'objectif notamment législatif est d'inciter ces immigrants à partir d'eux-mêmes puisqu'ils ne sont pas expulsables selon les conventions internationales. Ils s'habituent, parfois se révoltent, vivent leur quotidien. Mais ici, rappelons-le, ce camp se situe dans une démocratie. Certes habitée par des racistes, des hypocrites, des populistes. Mais cela n'explique pas et ne justifie pas les conditions imposées à ces Africains fuyant l'horreur ou la famine.

Pour le film, Avi Mograbi a reproduit le Théâtre de l'opprimé, créé par le Brésilien Augusto Boal dans les années 1970. Avec Chen Alon, ils ont repris cette démarche où une troupe de marginaux ou d'opprimés interprète leur vie. Plutôt que de filmer leur longue migration et leurs multiples privations, le théâtre improvisé entre amateurs devient alors une réplique de leur parcours et de leur calvaire, depuis leur pays d'origine jusque dans les camps. Ces séquences donnent de la vie et de la poésie dans un film essentiellement basé sur le témoignage.

Entre les frontières est un joli réquisitoire contre ces No Man's Land choquants que des pays libres construisent pour mettre à l'écart des êtres. Un No Man's Land peuplé de parias. Le documentaire peut réveiller des consciences assoupies, révolter des humanistes incrédules, interpeller des spectateurs ignorants. C'est déjà ça. Il faudra quand même s'interroger sur cette époque où les capitaux et les armes circulent si facilement d'un pays à l'autre pendant que des Hommes voulant échapper à la mort ou à la misère sont jetés aux oubliettes ou traités comme un bétail en quarantaine.

Claude Gensac (1927-2016) s’en va

Posté par vincy, le 27 décembre 2016

Née le 1er mars 1927, l'actrice Claude Gensac s'est éteinte le 27 décembre 2016 à l'âge de 89 ans. Le grand public la connaît pour avoir été dix fois l'épouse de Louis de Funès au cinéma (sa "biche"). Elle a une filmographie impressionnante de plus de 100 films.

Blonde, toujours bien coiffée, a priori bourgeoise, la comédienne était inimitable dans le fantasque et la fantaisie. Diplômée du conservatoire (deuxième prix de tragédie, premier accessit de comédie), elle fait ses débuts au théâtre, dans le domaine plutôt tragique, enchaînant Corneille, Sartre, Claudel, Giraudoux. Elle n'a jamais cessé d'être sur les planches, jouant aussi bien George Bernard Shaw que Jean Poiret, Goerges Feydeau que Jean Anouilh. "Ma biche... c'est vite dit!" avait-elle choisi comme titre de ses mémoires pour rappeler qu'elle n'était pas que la femme-victime des frasques de De Funès.

Elle en voulait un peu à l'acteur de l'avoir réduite à ça. D'autant qu'à la mort de son ami et partenaire, elle a longtemps traversé le désert. C'est Sacha Guitry qui la repère pour son premier rôle au cinéma (La vie d'un honnête homme au côté de Michel Simon et d'un peu connu Louis de Funès). Après un passage chez Autant-Lara (Journal d'une femme en blanc), elle enchaîne les succès populaires avec De Funès: Oscar, la série des Gendarmes, Les grandes vacances, Hibernatus, Jo, L'aile ou la cuisse, L'avare, la soupe aux choux... Il n'y a bien que les films de Gérard Oury qui lui ont échappé.

Une reconnaissance très très très mais très tardive

Prisonnière de son rôle, elle ne retrouve finalement la grâce du cinéma qu'en vieille dame. Mère de Catherine Deneuve touchante et délicieuse dans Elle s'en va d'Emmanuelle Bercot en 2013, elle a enchaîné avec Lulu femme nue de Solveig Anspach (qui lui vaut à 88 ans sa première nomination aux César) et Baden Baden de Rachel Lang. Trop tard sans doute pour se réconcilier avec un 7e art qui n'a pas vu le potentiel qu'elle avait.

On la voit aussi s'amuser sur le petit écran dans Scènes de ménages, en femme de feu Michel Galabru, dans Nos chers voisins, dans Vénus et Apollon.

Elle aura joué jusqu'au bout, tant qu'elle pouvait, adorant passionnément son métier. Elle fut une comédienne dévouée et un bon soldat. Sans doute trop dépendante de Louis de Funès; Assurément assez professionnelle pour devenir la partenaire privilégiée de ce perfectionniste exigeant.

Fin de tournage pour la version cinéma de Momo

Posté par vincy, le 15 décembre 2016

Ni Muriel Robin, ni François Berléand. L'adaptation de la pièce de théâtre Momo aura Catherine Frot et Christian Clavier comme têtes d'affiche.

Commencé il y a deux mois, le tournage (en Belgique) se termine cette semaine. Momo, pièce écrite par Sébastien Thiéry mise en scène par Ladislas Chollat, et succès de la saison théâtrale parisienne 2015-2016 malgré son annulation précoce à cause des problèmes de santé de Robin, sera en tournée à travers la France à partir de février 2017, avec Robin et Berléand. La pièce a été nommée 4 fois aux Molières (actrice, comédie, second rôle masculin, auteur francophone vivant).

Sébastien Thiéry reprend le rôle qu'il tenait sur scène, celui de Momo et Pascale Arbillot, qui remplace Nini Lavallée.

Momo commence un soir, quand Monsieur et Madame Prioux découvrent stupéfaits qu’un certain Patrick s’est installé chez eux. Cet étrange garçon est revenu chez ses parents pour leur présenter sa femme. Or les Prioux n’ont jamais eu d’enfant. Pourtant, tout semble prouver que Patrick est bien leur progéniture. Mythomane, manipulateur, qui est ce Momo? Les Prioux ont-ils oubliés qu’ils avaient un gamin ? Madame Prioux, qui souffre de ne pas être mère, s’invente-t-elle un fils ?

Sébastien Thiéry, Molière de la pièce comique pour Cochons d'Inde en 2009, coréalise pour la première fois un film de cinéma, avec Vincent Lobelle.

Ultime soupir qui ne fait pas rire: Pierre Etaix est mort (1928-2016)

Posté par vincy, le 14 octobre 2016

Pierre Etaix est mort, a annoncé sa famille ce vendredi 14 octobre. Acteur, clown, cinéaste, affichiste, dramaturge et dessinateur, il avait 87 ans. Adorateur de Georges Méliès, ami de Jacques Tati, ex-époux d'Annie Fratellini, il était un héritier des Buster Keaton, Harold Lloyd et Charlie Chaplin.

Il avait commencé sa carrière en jouant les comiques dans les cabarets et les music-halls. En 1954, il rencontre Jacques Tati, avec qui il collabore en tant qu'assistant réalisateur sur le tournage de Mon Oncle, en plus de dessiner l'affiche. Logiquement, il passe derrière la caméra, avec Rupture, coréalisé avec Jean-Claude Carrière. Leur deuxième court, Heureux anniversaire, obtient l'Oscar du meilleur court métrage en 1963. Cette année là, il signe son premier long, Le soupirant, Prix Louis-Delluc.

La critique et la cinéphilie l'auront longtemps abandonné sans doute, soyons indulgents, par malentendu. Lors de sa grande traversée du désert, suite à l'échec de Pays de cocagne en 1969, il fonde, en 1973, l'Ecole nationale du cirque. Inventeur perpétuel, il se frottera au théâtre, aux images de synthèse, au feuilleton télévision et même au format Omnimax pour la Géode.

Son génie est davantage apprécié de l'autre côté de l'Atlantique. Son sens du comique, sa maîtrise du gag. Il y a 7 ans, grâce au festival Lumière, les Français redécouvre son immense talent avec la restauration de son œuvre. Longtemp impossible ce travail de restauration n'a pu être fait qu'après la décision d'un tribunal lui rendant les droits de ses films, détenus frauduleusement par Gavroche productions (lire notre actualité du 30 juin 2009).

Côté cinéma, il n'a réalisé que six films (dont le dernier en 1989, J'écris dans l'Espace. Sa carrière a été plus fournie en tant que comédien. On l'a notamment vu récemment dans les films d'Otar Iosseliani (Chantrapas), chez Jean-Pierre Jeunet en inventeur d''histoires drôles (Micmacs à tire-larigot), chez Philippe Kaufman (Henry et June) et enfin en docteur dans Le Havre d'Aki Kaurismäki.

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Edito: les liaisons de plus en plus amoureuses

Posté par redaction, le 8 septembre 2016

Les rentrées s'entrechoquent: littéraire, musicale, scénique, cinématographique, médiatique et politique. On savait déjà que les livres étaient toujours un matériau riche pour le cinéma (au minimum deux adaptations par semaine). Il est intéressant de constater que le cinéma se décline lui aussi de plus en plus sur la scène. Finalement tout se mélange. Le Fantôme de l'Opéra (à Paris dès le 13 octobre, après trente ans de succès à Londres et New York) est un livre français, un film américain et c'est le spectacle britannique qui est devenu la référence. Réparer les vivants fut un livre qui s'est très bien vendu, avant de devenir un seul-en-scène (actuellement au Théâtre du Rond-Point) et connaît une nouvelle vie au cinéma (le film est sélectionné à Venise). Et que dire de la franchise Harry Potter, devenue "l'univers magique de J.K. Rowling", qui se décline cette année au théâtre (à Londres), en livres (trois nouvelles numériques, la pièce publiée) et en film (premier épisode de la trilogie des Animaux fantastiques).
On s'y perdrait presque.
Le phénomène n'est pas si neuf. Après tout Le Roi Lion a d'abord été un carton au cinéma avant de devenir un phénomène musical. Idem pour Sister Act, Hairspray, Shrek, Mary Poppins, La belle et la bête (qui va être rebooté en "live-action")...
Mais le phénomène s'accentue. Actuellement, Avatar a été transformé par Le Cirque du Soleil : Toruk promet un spectacle dans l'univers de Pandora. On nous annonce Moulin Rouge! sur les planches d'ici deux ans (avec l'accord de Baz Luhrmann). Mais surtout Amélie, d'après Le Fabuleux destin d'Amélie Poulin, en comédie musicale là aussi, pour le printemps 2017. Pour la saison 2017/2018, pas moins de douze films ou livres déjà adaptés pour le cinéma seront transposés en pièces de théâtre ou comédies musicales à Broadway. La plus attendue sera évidement La Reine des neiges.

En France, on avait déjà eu le droit à Kirikou, Sur la route de Madison, La maman et la putain, Un singe en hiver, Le bal des vampires (par Polanski himself), etc... Désormais ce sont Les Choristes, la hit de Christophe Barratier, qui va être transposé en spectacle musical, mis en scène par le réalisateur lui-même. Lever de rideau le 23 février 2017. Et à la Comédie-Française, après son triomphe à Avignon, c'est l'adaptation du film de Visconti, Les Damnés qui fait l'événement de cette rentrée.

Trouple entre littérature, cinéma et théâtre

On voit bien que cinéma et théâtre entretiennent de plus en plus leur flamme amoureuse. On pourrait aussi se désoler de constater un manque d'originalité ou d'inspiration à vouloir chercher la recette qui peut fonctionner. Autant le cinéma a sa réputation de vampire, suçant livres, théâtre et histoires vraies. Autant le théâtre ne nous avait pas habitué jusque là à ce genre d'usages. Pourtant, regardons bien les affiches: Le rouge et le noir, Le fantôme de l'opéra, Oliver Twist, Notre-Dame de Paris. Tous ces spectacles musicaux de la rentrée sont issus de bouquins populaires et étudiés à l'école. Tous ont aussi été déclinés au cinéma. Alors pourquoi ne pas pousser la chansonnette sur une histoire que tout le monde connaît? Il y a une part d'inceste artistique, certainement. Une ambition amoindrie pour limiter les risques, assurément.

Cependant, si on est assez objectif, qui peut dire lequel Roi Lion est le meilleur, le Disney ou le Broadway? Comment avez-vous découvert Les Misérables entre le pavé d'Hugo, le mastodonte musical milliardaire et les différentes adaptations audiovisuelles? Cela prouve surtout que les bonnes histoires ne meurent jamais.

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Bérénice Bejo dans un film israélien, et sur les planches parisiennes

Posté par cynthia, le 4 juillet 2016

Après Le passé, L'enfance d'un chef et Fais de beaux rêves, Bérénice Béjo poursuit sa carrière internationale sera l'héroïne du prochain long-métrage du réalisateur Israélien Tom Shoval (Youth) intitulé Shake Your Cares Away.

Selon Variety, le film raconte la double vie d'Alma, une jeune femme Israélienne issue d'une famille riche qui, à ses heures perdues, se rebaptise Dafna afin de devenir une une idéaliste engagée qui travaille aux secours populaire de Tel Aviv.

Le scénario du film a été écrit par Tom Shoval mais aussi par le réalisateur récemment oscarisé Alejandro Inarritu (The Revenant). Le tournage doit débuter début 2017 en Israël et en France. Entre temps, l'actrice de The Artist sera sur les planches parisiennes à la rentrée prochaine aux côtés de Stéphane De Groodt dans "Tout ce que vous voulez", pièce écrite par le duo auteur du "Prénom", Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte. Ce sera son retour sur scène après 17 ans d'absence. L’his­toire suivra les mésa­ven­tures d’une jeune femme auteure en mal d’ins­pi­ra­tion qui reçoit l’aide inat­ten­due de l’un de ses voisins, avant que les deux ne tombent amou­reux.

Et cet été, elle sera sur les plateaux de son compagnon, Michel Hazanavicius, pour Le redoutable (lire notre actualité du 16 mai), où elle incarnera la cinéaste Michèle Rosier, fille d'Hélène Lazareff, créatrice du magazine Elle.

Comédie musicale, téléfilm, sequel: La Reine des Neiges sur tous les fronts

Posté par cynthia, le 13 février 2016

la reine des neiges frozen"Libérééééééééééééééééé délivrééééééééééééééé (Let it goooooooooooo, Let it goooooooooooo)" depuis sa sortie en 2013, La Reine des Neiges envahi votre cerveau avec malice grâce (à cause?) de cette chanson. Sachez que votre calvaire n'est pas terminé! Pour le plus grand plaisir des enfants et des fans (très nombreux), La Reine des Neiges sera joué sur les planches de Broadway à partir de 2018.

Disney a indiqué que la musique et les paroles des chansons de la comédie musicale seraient écrites par Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez, déjà auteurs des chansons du film, sans préciser ce qui serait repris du long métrage. La mise en scène sera assurée par Alex Timbers, co-scénariste et co-producteur de la série télévisée Mozart in the Jungle, diffusée sur Amazon et primé deux fois aux derniers Golden Globes. Pour Tom Staggs, directeur d'exploitation de Disney, la comédie musicale La Reine des Neiges (Frozen en anglais) s'inscrit "dans la tradition du Roi Lion et d'Aladdin", autres longs métrages qui ont été adaptés avec succès au théâtre (Le Roi Lion est même le musical ayant rapporté le plus de recettes dans le monde).

Disney a ajouté lors d'un communiqué de presse que des représentations de la comédie musicale auront lieu dès août 2017 dans un autre contexte que celui de Broadway, autrement dit il sera testé ailleurs.

Rappelons, pour ceux qui aurait vécu dans une grotte au fin fond de l'Amazonie entre 2013 et maintenant, que La Reine des Neiges est l'histoire de deux sœurs, Elsa et Anna, séparées par le pouvoir magique de la première qui met en danger la seconde.

Une suite et un téléfilm

Tom Staggs, a également annoncé mardi pendant la conférence téléphonique consacrée aux (excellents) résultats financiers de Disney qu'outre le second volet du film et la comédie musicale, un téléfilm autour des personnages de La Reine des neiges était également en préparation pour les fêtes de Noël 2017.

Les acteurs qui avaient prêté leurs voix aux personnages principaux ont accepté de participer au téléfilm, notamment Idina Menzel, qui interprétait Elsa, et Kristen Bell, qui jouait Anna. En revanche, Disney n'a pas précisé si Idina Menzel, qui est une vraie star à Broadway, prendrait part à la comédie musicale.

Le film a rapporté 1,3 milliard de dollars dans le monde, détenant toujours le record de recettes mondiales pour un film d'animation. Disney a déjà adapté en musical ses films d'animations - La belle et la bête, joué en France en 2013, Le Roi Lion, joué en France entre 2007 et 2010, Tarzan, La petite sirène, Le bossu de Notre-Dame (lancé d'abord en Allemagne), La petite sirène, Aladdin (depuis 2014) - mais aussi d'autres de ses productions comme Mary Poppins (qui a faillit être monté en France) et High School Musical. Dans les cartons, Disney a aussi Le livre de la jungle et Pinocchio de prévu.

David Bowie dans les étoiles (1947-2016)

Posté par vincy, le 11 janvier 2016


Effondrement. A 69 ans, l'icône David Bowie est mort, après avoir lutté plus de 18 mois contre un cancer. Son fils a twitté l'information ce matin, et le compte Facebook de la star a officialisé la nouvelle. Légende de la musique pop et rock, égérie fashion à travers les décennies, jouant sur les genres et les ambivalences, il était aussi un acteur magnétique pour le cinéma. Artiste mythique, créateur génial, sa mort sidère. Lui qui était capable de se réinventer continuellement ne va pas pouvoir renaître cette fois-ci. Il venait de sortir un nouvel album, Blackstar. Durant toute sa carrière il a vendu 140 millions de disques.

Inventeur du glam rock, David Bowie a révolutionné le son des seventies avec ses albums Space Oddity et surtout The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. Il a aussi été précurseur en imposant une création visuelle (vidéo, costumes, maquillages) comme un dédoublement de l'artiste (qui sera maintes fois copié par d'autres). Producteur, collectionneur d'art, photographe, ... tous les arts l'intéressaient. Mais ce qu'on retient c'est davantage sa liberté (artistique comme individuelle). Chacune de ses "créations" semblait nous dire "vivez tel que vous êtes".

Au cinéma, David Bowie est au générique de plus de 200 films. Ses chansons cultes ont toujours illustré des films très divers, et encore récemment dans Seul sur Mars, Bird People, Nos pires voisins, Praia do Futuro, La vie rêvée de Walter Mitty , American Bluff ou même Eyjafjallajökull... Parfois certains morceaux transcendaient des scènes comme dans CRAZY ou Mauvais sang. Il fut nominé aux Golden Globes pour la meilleure chanson (Cat People) en 1983. Paradoxalement Bowie n'a jamais été énormément récompensé. Les Grammy Awards ont du se rattraper en 2006 pour lui décerner un prix honorifique.

Serge Gainsbourg avait écrit une chanson pour Isabelle Adjani, Beau oui comme Bowie, où en quelques mots, il dévfinissait merveilleusement l'artiste : "Mâle au féminin, Légèrement fêlé, Un peu trop félin, Tu sais que tu es / Beau oui comme Bowie / Un peu d'Oscar Wilde, Un peu Dorian Gray, Quelques lueurs froides, Et un air glacé"

En tant qu'acteur, sa naissance date de 1976 avec L'Homme qui venait d'ailleurs (The Man Who Fell to Earth), titre qui pourrait résumer son oeuvre. Il venait d'en écrire la version théâtrale, Lazarus, qui s'achève ces jours-ci à Broadway. On l'a aussi vu dans C'est mon gigolo (Schöner Gigolo, armer Gigolo), Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… où il joue son propre rôle et des films plus mineurs comme Série noire pour une nuit blanche (Into the Night), Absolute Beginners (qui donnera quand même un tube), Labyrinthe (Labyrinth)... Il prête aussi sa voix à Maltazard dans Arthur et les Minimoys et celle du Roi heureux dans Bob l'éponge. Bob l'éponge dont il vient de composer la partition pour la comédie musicale...

Heureusement sa beauté irréelle, ses yeux vairons, une ambivalence intirgante ont aussi séduit de grands cinéastes. "Un personnage de Cocteau" a dit de lui Gilles Jacob. Il fut ainsi un vampire sublime chez Tony Scott, dans Les Prédateurs, face à Catherine Deneuve et Susan Sarandon. Qui n'aurait pas voulu être mordu par cet androgyne irrésistible? Mais c'est évidemment dans Furyo (Merry Christmas Mr. Lawrence), de Nagisa ?shima, en Major Jack 'Strafer' Celliers, victime presque consentante de l'amour refoulé et des tortures sadiques de son tortionnaire japonais, qu'il crève l'écran. Il a également tourné avec Martin Scorsese, incarnant Ponce Pilate dans La Dernière Tentation du Christ, David Lynch dans Twin Peaks: Fire Walk with Me et Christopher Nolan dans Le Prestige, où il interprétait l'inventeur Nikola Tesla.

Mais peut-être que le rôle qu'il faut retenir c'est celui d'Andy Warhol dans Basquiat. Car Bowie, c'était un artiste warholien, celui qui se mettait en avant, qui se mettant en scène, en usant des codes publicitaires qu'il érigeait en pop culture.

Michel Galabru, monstre des planches et géant des écrans, est mort (1924-2016)

Posté par vincy, le 4 janvier 2016

A 93 ans, Michel Galabru a eu la plus douce des morts: dans son sommeil. Il a tourné 250 films et téléfilms, de 1948 à aujourd'hui. Une oeuvre prolifique, qui n' a pas toujours été à la hauteur de son talent. Il tournait pour l'argent, par paresse, ne cherchait jamais à dessiner un plan de carrière. "Je suis resté sans travail pendant huit mois. On attend que le téléphone sonne comme les putes! C'est une mort lente. Je tourne en ce moment pour le cinéma mais ça fait six ans que je n'avais rien" expliquait-il en 2007. A cette époque, conscient de sa carrière erratique, il avait rendu "hommage" à "tous les mauvais textes" qui lui avaient permis "de vivre". "J'ai eu quand même quelques beaux textes au cinéma, parmi beaucoup de navets, pour manger et échapper au fisc". Il était difficile de ne pas l'aimer tant il était généreux et tendre, timide aussi. Même ses colères semblaient être feintes. Dernier gendarme de Saint-Tropez, dernier membre de la Cage aux folles, voilà une époque qui disparaît.

Comedia dell'arte

Pour beaucoup de spectateurs, Galabru c'est avant tout un comédien populaire. De ceux qui font rire dans des navets ou des films cultes, souvent en seconds-rôles. A commencer par la série des "Gendarme" avec Louis de Funès en irrésistible adjudant Gerber. Mais on le voit aussi dans La guerre des boutons d'Yves Robert, Tartarin de Tarascon de Francis Blanche, La cuisine au beurre de Gilles Grangier, Le petit baigneur de Roger Dhéry, Jo de Jean Girault, Elle cause plus... elle flingue de Michel Audiard ou encore chez Claude Zidi, Jean-Pierre Mocky, Georges Lautner (souvent en souffre-douleur de Belmondo), Philippe Clair, Pierre Tchernia... Le grand public, il l'a fait rire que ce soit dans La cage aux folles ou L'avare, Les sous-doués ou Le guignolo, Papy fait de la résistance ou Astérix et Obélix contre César, Bienvenue chez les Ch'tis ou Le Petit Nicolas. Il avait cette grosse voix, son accent du sud quand il le voulait, ce physique bonhomme et imposant, loin d'un corps de jeune premier. Et puis ce jeu, ample, imposant, charismatique. Il suffisait d'aller le voir au théâtre pour comprendre dès son entrée qu'il était le roi, celui qui focalise l'attention, d'un geste, d'une parole.

Après une enfance au Maroc puis dans les environs de Montpellier, rêvant de football, viré de sept écoles, avant d'être enrôlé par le STO dans un camp de travail pendant la guerre, il entre au Conservatoire national d'art dramatique où il obtient le premier prix. Il est engagé à la Comédie Française en 1950 et y restera sept ans. La scène restera sa grande passion. Il créa même une école, véritable pépinière de talents.

Le choix du drame

Cependant il ne faudrait pas réduire Galabru à ses rôles de farceurs, de maladroits, de bras cassé ou de con malgré lui. Car le cinéma n'a pas été avare avec lui en grands rôles. Il a même eu quelques belles aventures dramatiques, tournant avec Luigi Comencini, Denys Granier-Deferre, André Cayatte...  En 1974, Costa Gavras lui fait incarner un magistrat dans Section spéciale. Et deux ans plus tard, Bertrand Tavernier lui offre son plus grand rôle, celui d'un sergent qui assassine sa fiancée dans Le juge et l'assassin. Complètement habité, au bord de la folie. Il reçoit le César du meilleur acteur pour cette prestation qui le révèle sous un autre jour. Il ne s'arrêtera pas là, même s'il a du attendre pour qu'on lui propose d'autres personnages plus noirs. Commissaire dans Le choix des armes d'Alain Corneau, infirme dans L'été meurtrier de Jean Becker, de nouveau commissaire dans Subway de Luc Besson... il devient progressivement, avec l'âge, un de ces monstres sacrés, cultes, qu'on peut engager pour une comédie de sous zone, une grande production (La révolution française de Robert Enrico) ou un polar. Il faisait du Galabru, à l'instar d'un Simon ou d'un Jouvet. Capable d'aller chez Godard en amiral dans Soigne ta droite, et, la même année d'accepter le désastreux Poule et frites de Luis Rego. Génial aussi car il lui suffisait d'une scène bien dialoguée pour voler la vedette à tout un film (on se rappelle sa description des misères du nord de la France dans les Ch'tis).

A partir des années 1990, préférant les planches, il se fait rare sur les plateaux. Claude Berri en fait le roi du marché noir dans Uranus, film sur l'Occupation. Bertrand Blier l'engage comme client d'Anouk Grinberg, prostituée, dans Mon homme (et lui fera jouer son rôle dans Les acteurs), Fernando Trueba le choisit pour Belle époque tandis qu'Arthur Joffé en fait un Dieu dans Que la lumière soit. Flic, juge, Dieu ou pape, il était souvent notable, pas forcément sympathique, ne faisait qu'un petit tour dans un film, accolant son nom prestigieux à un générique. Récemment, on l'a surtout remarqué dans Un poison violent de Katell Quillévéré et il sera à l'affiche de L'Origine de la violence d'Elie Chouraqui, son dernier film.

Bourgeois gentilhomme ou boulanger provençal

Galabru tourna aussi des courts métrages, fit des doublages de voix (La prophétie des grenouilles, Le manège enchanté, Hôtel Transylvanie 2) et fut au casting de nombreux téléfilms et sitcoms (Scènes de ménage; Bref, Nos chers voisins). Côté scène, ce fut évidemment l'un des grands interprètes de Molière et de Pagnol. Mais pas seulement: Pirandello, Feydeau, Shakespeare, Labiche, Courteline, Goldoni, Simon, Giraudoux, Ionesco, Anouilh, Dubillard, .... ou même Daniel Colas grâce à qui il reçu un Molière du meilleure acteur pour "Les chaussettes opus 124" en 2008. on venait voir Galabru pour lui plus que pour le texte, si bien clamé, toujours. Car sa diction était parfaite. Au point d'enregistrer de nombreux livres audios. Il a écrit aussi plusieurs livres, notamment sur ses "maîtres", Marcel Pagnol et Sacha Guitry, mais aussi sur le rire. Cet amoureux du silence, il va pouvoir en profiter lui qui narguait la mort ainsi: "Tout le monde a peur de la mort, et pourtant tout le monde meurt. Ca ne doit pas être si difficile que ça de mourir parce que finalement tout le monde y arrive, et avec beaucoup plus de simplicité qu'on ne se l'imaginait." En ajoutant: "La mort ne tient pas toujours compte de l'âge, alors il faut être prêt!". Il aura quand même donné 65 ans de son existence à son art: jouer. Jusqu'au dernier souffle.

Daniel Craig devrait incarner James Bond une cinquième fois

Posté par vincy, le 12 novembre 2015

daniel craig james bond 007 spectre

A l'occasion de la sortie du 24e James Bond, Spectre, tous les médias se sont emballés. Après 4 films dans la peau du buveur de Martini, Daniel Craig était donné partant. Sondages, articles, opinions très subjectives: tout le monde spéculait sur son éventuel remplaçant (la liste est longue), trahissant au passage leurs fantasmes persos. C'est oublier la logique du Chiffre. Rien qu'en France, profitant d'un mercredi férié, Spectre a attiré 850 000 spectateurs dans les salles, un record dans l'histoire du cinéma français depuis que ce thermomètre du premier jour existe. Le film a déjà rapporté 350M$ dans le monde.

Cependant, on peut comprendre qu'après quatre James Bond, Daniel Craig veuille ranger son artillerie. Il approche de la cinquantaine alors que le rôle exige d'être physiquement au top. On le voyait avec Roger Moore, sur la fin, James Bond ne peut pas inspirer de la pitié. Et puis tourner un 007 c'est s'engager sur un tournage de 8 mois autour de la planète en plus d'un mois de promotion derrière. Loin de sa famille, obligeant à refuser des rôles au cinéma ou au théâtre, le comédien qui accepte le rôle prend des risques pour sa vie privée comme pour sa carrière. Bref, pas étonnant que Craig est balancé début octobre à Time Out: "Je préférerais casser ce verre et me trancher les veines avec plutôt que de tourner un autre James Bond là maintenant" en évoquant un prochain film avec l'espion de sa majesté. Il ajoutait avec un brin de provocation: "Si je faisais un autre film de James Bond, ce serait seulement pour l’argent."

Et de l'argent, il y en aurait s'il rempilait. Il est déjà le 007 le mieux payé de la franchise. Il est aussi celui qui a rapporté le plus d'argent aux producteurs depuis Sean Connery. On comprend la productrice qui a décidé de s'adapter à l'acteur, refusant de choisir un autre Bond tant que Daniel Craig ne "démissionnera" pas officiellement. Après tout, le comédien a une belle filmographie hors-007, et continue de se risquer au théâtre, avec un Othello prévu dans un an. Sur la BBC, Daniel Craig a d'ailleurs expliqué: "Je savais en acceptant le rôle qu’il bouleverserait ma vie et c’est arrivé."

En s'étant déjà engagé pour ce Shakespeare, l'acteur montre qu'il maîtrise son propre agenda. Un prochain Bond, le 25e, forcément symbolique, ne pourrait se tourner avant 2017, et ne sortira en salles, au mieux, qu'en 2018. Il y a de quoi laisser venir.

D'autant que Daniel Craig n'a jamais vraiment fermé la porte. Il ne sent juste pas capable d'enchaîner avec un autre James Bond, ayant sans doute envie d'autres aventures cinématographiques. Il veut juste débrancher, prendre des vacances. Il a affirmé qu'il continuera de jouer le personnage "aussi longtemps qu’il en sera physiquement capable". Et dans cette même interview, il confirme qu'il est en négociations pour un film supplémentaire (il ne resterait que le contrat a signé) et qu'il apprécie toujours de jouer l'espion parce que, notamment, on l'impliquait dans chacune des étapes de la production. Production qui fera tout pour le faire revenir dans la peau de 007.

En gros, Daniel est toujours James. Pour encore un film si on a bien tout compris. Mais pas maintenant.