L’acteur japonais Ren Osugi est mort (1951-2018)

Posté par vincy, le 22 février 2018

L'acteur japonais Ren Osugi est mort le 21 février 2018 à l'âge de 66 ans d'une attaque cardiaque. Figure récurrente du cinéma de Takeshi Kitano, il avait été de plusieurs de ses films comme les beaux Kids Return et Hana-bi, mais aussi dans Sonatine, mélodie mortelle, Aniki mon frère, Dolls, Glory to the Filmmaker, Achille et la tortue, Takeshis, Getting Any? et Outrage coda ( l'an dernier). Il avait été nommé comme meilleur second-rôle aux Awards of Japanese Academy pour Hana-bi. Le Festival de Yokohama lui avait décerné un prix du meilleur second-rôle pour l'ensemble de ses films de la saison 1997-1998.

Ren Osugi a aussi tourné régulièrement avec Takashi Miike (Ley Lines, Audition, Dead or Alive 2, MPD Psycho, Zebraman) et Kiyoshi Kurosawa (Cure, Licence to live, Charisma, Loft). Second-rôle à la filmographie impressionnante, on l'a aussi vu chez des cinéastes connus comme Yoichi Sai (Inu Hashiru), Hirokazu Kore-eda (Maborosi), Masayuki Suo (Shall we dance?), Sabu (Monday, Blessing bell, Ten no Chasuke), Yoji Yamada (Le Samouraï du crépuscule)...

Sa carrière de près de 45 ans, aussi bien sur le petit que le grand écran, l'a mené à jouer les yakusas, les pères de famille comme les chauffeurs de taxi ou les gérants d'hôtel. Très populaire dans l'archipel nippon, il avait cette capacité de passer en un instant du rire au drame, de l'idiot à l'autoritaire, de l'amoureux au mélancolique.

Mon film de l’année : Okja de Bong Joon-ho, fable virtuose et film refuge

Posté par kristofy, le 27 décembre 2017

Vendredi 19 mai dans le Palais du Festival de Cannes: la première projection du matin est celle du nouveau film très attendu Bong Joon-ho, tout se passe bien dans la salle Debussy (c’est en salle Lumière qu’il y a eu des sifflets surtout à cause d’un incident technique de lever de rideau pendant le début), et en sortant on a tous un peu les yeux qui brillent. Alors que la croisette était agitée par la question de juger si un film Netflix (donc sans impôts payés en France ni participation au CNC pour le financement du cinéma, et sans sortie en salles…) peut ou ne doit pas être récompensé, une réponse est trouvée vers 11h : ce film, Okja, pourrait mériter d’être au palmarès. Il y a eu ensuite diverses tentatives pour faire en sorte que le public puisse le découvrir dans certaines salles de cinéma soit avec un visa temporaire soit avec des projections gratuites (contrecarrées par l’opposition des exploitants). Avec ce nouveau poids lourds de la production/diffusion, rien n’est réglé et on reparlera de nouveau de la chronologie des médias et d’éventuelles sorties simultanées en salles à propos du prochain film de Martin Scorsese The Irishman. Autre problème avec Netflix: l’absence du film en dvd/bluray. Bref, ce coup de cœur n’a rien à voir avec Netfli. Okja mérite simplement d'être cité dans les grands films de l'année.

Pourquoi Okja ? La jeune actrice Ahn Seo-hyun est épatante, Jake Gyllenhaal est impayable en guignol, et Tilda Swinton est encore métamorphosée avec le rôle de deux sœurs. Et puis il y a, bien entendu, l’énorme Okja, adorable avec son regard attendrissant. L’histoire démarre avec le calme d’une vie traditionnelle dans une campagne coréenne pour se déplacer jusqu’au capitalisme outrancier d’une corporation agro-alimentaire à New-York. Une fiction qui ne serait pas tellement éloignée du réel : mensonges à propos des OGM, violence des coups de matraque des policiers contre des manifestants altermondialistes, un immense abattoir qui ressemble un peu à un camp d’extermination… On peut être indigné par le cynisme verbal de l’industriel (Tilda à propos des consommateurs : ‘si c’est pas cher, ils mangeront’), bouleversé par la torture faite aux animaux (Okja est violée pour être inséminée), touché par le sauvetage d’un bébé cochon à la fin. Bong Joon-ho réalise avec brio une longue séquence d’action longue d’une dizaine de minutes avec une gamine poursuivant un camion conduit par des activistes qui kidnappe ce gros cochon convoité, jusqu'au carnage à la Marx brothers dans un centre commercial provoquant une panique générale…

Pour résumer au plus simple l’histoire de Okja : un enfant a pour meilleure amie une créature qui est capturée par des scientifiques qui vont lui faire du mal. Oui c’est un peu la trame narrative du célèbre ET de Steven Spielberg, comme un archétype de film-refuge. Bong Joon-ho est parvenu ici à nous exalter avec du spectaculaire, à nous faire vibrer avec du suspens, à nous émouvoir avec du merveilleux, et même à faire vibrer notre corde sensible prête à verser une larme. Ce film Okja a tout d’une aventure qui touche notre imaginaire de grand enfant.

Les autres films marquants de l'année

Le film de chorégraphie : romantique en plans larges avec la comédie musicale La La Land de Damien Chazelle ou sanglant ultra-découpé avec le film de sabre Blade Of The Immortal de Takashi Miike. La mise en scène c’est aussi mettre des corps en mouvements.

Le film français : le corps affaibli a besoin de médicaments contre le sida dans 120 battements par minute de Robin Campillo et de viande humaine pour assouvir un besoin cannibale dans Grave de Julia Ducournau, même si la mort plane le sexe reste une pulsion de vie. Quand il faut s’afficher ou se cacher de la société...

Le ‘blockbuster’ passé inaperçu : vu dans quelques festivals mais malheureusement pas sorti en salles Their Finest (Une belle rencontre) de Lone Scherfig a tous les atouts : réalisé par une femme, une histoire féministe avec la production d’un film durant la guerre, avec Gemma Aterton qui n’avait pas été valorisée ainsi depuis longtemps, et Bill Nighy très drôle qui joue avec son image. C’est le gros film britannique de l’année qui aurait dû rassembler.

Le film surfait : 2017 a été catastrophique pour des grands réalisateurs qui ont fait des films décevants comme Happy end de Michael Haneke, Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson, Song to song de Terrence Malick, D’ après une histoire vraie de Roman Polanski, Creepy de Kiyoshi Kurosawa… 2017 a été également cataclysmique pour les comédies françaises à leur pire niveau comme Faut pas lui dire, Si j'étais un homme, Telle mère telle fille, Bad buzz, Loue moi, Mission pays basque.. :-(

L'objet filmique non identifié : Retour en 1983 avec le clip musical en forme de court-métrage Thriller pour lequel Michael Jackson avait demandé au réalisateur John Landis d’en faire un loup-garrou. Considéré comme le meilleur clip de tous les temps, il a été restauré avec une conversion en 3D pour quelques projections évènementielles avec son making-of (après le festival de Venise) Thriller 3D + Making Michael Jackson's Thriller (14 + 45 minutes).

2017 dans le rétro : le cinéma de genre en quête de plus de visibilité

Posté par kristofy, le 22 décembre 2017

C’était quoi le cinéma de genre en 2017 ?

On avait déjà fait la remarque : où sont les films français avec des serial-killers masqués, des poursuites de voitures, des bagarres de kung-fu, des zombies affamés, des aliens envahisseurs...  Où sont les films de genre français ? Ils n’arrivent plus à être produits, et quand c’est le cas, ils ne parviennent pas à être distribués correctement dans les salles de cinéma. Ce genre de films, ça marche quand c’est américain… Cette vision de films américains ultra-rentables versus films français mal-aimés est toujours malheureusement d’actualité. Toutefois, 2017 marque un glissement vers une nouvelle reconnaissance du cinéma de genre.

Cette année le Genre a trouvé 2 fois un nouveau point G avec les films Grave et Get out qui ont réussi à surprendre, interpeller, choquer, et même faire l’actualité dans des médias généralistes autres que cinéma.

Ici le personnage principal est féminin pour Grave et il est noir dans Get out, soit une mise en avant de protagonistes qui étaient plutôt auparavant des victimes dans les films d’horreur… Le cinéma de genre est guidé par des codes à respecter, à détourner, à re-interpréter. C’est l’autre point commun entre ces deux films. "Le fantastique ou le paranormal contaminent peu à peu l'intrigue sans l'absorber tout à fait" comme on l'écrivait dans notre critique de Grave. Dans ces deux films, les codes du genre sont infusés dans du drame avec un peu d’humour et différents niveaux de lecture. Ici, une mise en perspectives de questionnements plus large à propos du racisme avec Get out et du déterminisme avec Grave. De plus, autant pour Jordan Peele que pour Julia Ducournau, il s’agit de leur premier long-métrage derrière la caméra, et leurs films ont fait le tour du monde avec succès : bravo !

Pour ce qui est des films américains ultra-rentables, les multiplexes ont bien profité des ventes de pop-corn grâce aux cartes illimitées avec ces différentes suites (inutiles ?): Resident Evil: Chapitre Final de Paul W.S. Anderson, Le Cercle: Rings de F. Javier Gutiérrez, Underworld: Blood Wars de Anna Foerster, Annabelle 2: la Création du Mal de David F. Sandberg, Jigsaw de Michael Spierig… Dans la même lignée de ‘faire du neuf avec du vieux’ il a fallu subir deux ratages Alien: Covenant de Ridley Scott et La Momie avec Tom Cruise (deux déceptions au box-office), et essayer de se réjouir de Ça de Andy Muschietti, énorme carton pour une vraie déception cinématographique, et de Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, qui aura davantage séduit pour son formalisme que pour son ambition.

blade runner

On remarquera que les films de type space-opéra conçu pour sortir sur tout les écrans de tout les pays de toutes planètes ont connu diverses aventures : Les Gardiens de la Galaxie 2 de James Gunn est moins bon que le premier, mais un numéro 3 est de toute façon prévu; Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson avait l’ambition de démarrer une trilogie, mais son relatif échec ne devrait pas initier une suite; et enfin le 8ème Star Wars: Les Derniers Jedi (mais 9ème film de la saga après Rogue One) ne va pas dépasser les records de recettes du Réveil de la Force, mais cela n'a aucune importance puisque désormais Disney programme un nouveau Star Wars pour chaque année jusqu’à la fin du monde.

Le cinéma de genre s’est renouvelé durant cette année 2017 avec des films comme l'enthousiasmant Split de M. Night Shyamalan (qui signe son grand retour), The Jane Doe identity de André Øvredal, It comes at night de Trey Edward Shults, et (en étant indulgent) Happy Birthdead de Christopher Landon pour les Etats-Unis. Ailleurs : en Angleterre The Last Girl-Celle qui a tous les dons de Colm McCarthy, en Australie Love Hunters de Ben Young, en Italie On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti, en Corée du Sud Tunnel de Kim Seong-hun, en France quasi-rien à part Le Serpent aux mille coupures de Eric Valette.

2017 c’est aussi un certain glissement vers une nouvelle reconnaissance du cinéma de genre : certains de ces films dépasse ‘leur public’ pour aussi avoir un plus large succès auprès du ‘grand public’. Il suffit de regarder par exemple certaines des récompenses les plus prestigieuses. Quel film a gagné le Lion d’Or au Festival de Venise ? C’est le film de monstre The Shape of water de Guillermo Del Toro ! C’est le grand favori des prochains Golden Globes avec 7 nominations aux, d’autres sont à venir pour les Oscars (sortie en France en février 2018). Un Oscar pour Del Toro n'est d'ailleurs pas impossible. Une consécration pour le maître mexicain. Quel premier film cumule le plus de récompenses ? C’est Get Out pour les cercles de critiques de Boston, Chicago, Detroit, New-York, Toronto, le National Board of Review, et bientôt aussi les Golden Globes… Il pourrait être l'un des premiers films d'horreur nommé à l'Oscar du meilleur film, en plus d'avoir été un carton en salles. De même en France, quel premier film a été le plus remarqué ? C’est Grave qui vient de recevoir le Prix Louis-Delluc du meilleur premier film après un Prix FIPRESCI à Cannes et avant quelques nominations aux Césars…

Ces différents succès n’occulte pas que le cinéma de genre est bel et bien toujours peu et mal distribué dans nos salles de cinéma, sans compter une certaine frilosité quand des œuvres ont une interdiction aux moins de 16 ans. C’est en Asie qu’il y a eu le plus de films de genre réjouissants, mais malheureusement aucune distribution chez nous : par exemple Blade of the immortal de Takashi Miike (pourtant au Festival de Cannes), Call of Heroes de Benny Chan, Opération Mékong de Dante Lam, Headshot des The Mo Brothers, The Prison de Hyun Na, Vanishing Time: a boy who returned de Um Tae-hwa,… D’ailleurs comment s’étonner de cette non-visibilité asiatique quand ces très bons films que sont El Bar (Pris au piège) de Alex de la Iglesia ou Golem le tueur de Londres avec la crème des acteurs british arrivent directement en dvd/vàd sans avoir une sortie en salles ? C’est d’ailleurs la même chose pour le film américain Leatherface des français Julien Maury et Alexandre Bustillo, pourtant à priori film-porteur puisque c’est la jeunesse du tueur de Massacre à la Tronçonneuse. Sortie directement pour le petit écran. Pour continuer sur une note triste, 2017 a d’ailleurs vu les décès des figures cultes du genre que sont Tobe Hopper et George A. Romero.

La bonne nouvelle pour 2018 c’est que les 2 patrons français du cinéma de genre (obligés par la conjoncture de travailler à l’étranger…) sont de retour : Pascal Laugier avec Ghostland le 14 mars (avec Mylène Farmer!) et Xavier Gens avec  Cold skin (et aussi The Crucifixion). On va suivre aussi la révélation des nouveaux talents avec les films Hostile de Mathieu Turi et Revenge de Coralie Fargeat.

Cadeau de Noël : un des meilleurs films de genre de cette année 2017 qui n'aura malheureusement pas été visible en France est Better watch out (nouveau titre de Safe Neighborhood, et qui en fait sortira en directement en dvd chez nous le 30 décembre sous le titre Watch out) de Chris Peckover :

BIFFF 2016 : Kevin Smith, Les Visiteurs et les cinémas asiatiques et espagnols à l’honneur

Posté par kristofy, le 14 mars 2016

Le 34ème BIFFF (Bruxelles International Fantastic Film Festival) se déroulera du 29 mars au 10 avril: chaque année Bruxelles se transforme en capitale du fantasy, thriller, science-fiction, zombies et autres films du genre mais-pourquoi-est-il-si-méchant-? dans une ambiance festive.

L’invité d’honneur du BIFFF qui deviendra Chevalier de l’Ordre du Corbeau (l’hommage du festival) est d’ailleurs un des plus gros fans de ce type de films et l'un des réalisateurs les plus fantasques de ces dernières années (des religieux tortionnaires dans Red State, un homme mutilé en morse dans Tusk…) : Kevin Smith viendra présenter en avant-première Yoga Hosers (après le festival de Sundance en janvier). En vedette les actrices Harley Quinn Smith (sa fille) et Lily-Rose Depp (la fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis, qui font d’ailleurs une apparition dans le film). Elles avaient toutes deux fait leur première apparition au cinéma dans le film précédent du cinéaste, Tusk. Elles reprennent leurs rôles dans Yoga Hosers, cette fois-ci centré sur elles : les deux amies seront invitées à une soirée plutôt démoniaque...

Parmi les autres invités il y aura l’espagnol Javier Luiz Caldera (Grand prix du BIFFF 2013 pour Ghost Graduation) avec son nouveau film Anacleto, Agente Secreto (un genre de Kingsman), le coréen Ryoo Seung-wan (No Blood No Tears et Arahan c’était lui) avec ses polars Veteran et The Unjust, l’autrichien Hartl Dominik pour Attack of the Lederhosenzombies, la réalisatrice taïwanaise Hsieh Lingo et son angoissant The Bride, l’actrice chinoise Bai Ling pour le film parodique ABC’s of Superheroes

Les films asiatiques seront encore une fois très nombreux et prestigieux: Ghost Theater de Hideo Nakata, Tag et aussi The Virgin Psychics les derniers films de Sono Sion, Yakuza Apocalypse de Takashi Miike, The Strange House de Danny Pang, Memories of the sword avec  Lee Byung-hun, le succès chinois Monster Hunt, les thrillers coréens The Deal de Son Young-ho, The Exclusive : Beat the Devil’s Tattoo de Roh Deok, The Phone de Kim Bong-joo, The Tattooist de Lee Seo, la curiosité The Beauty Inside de Baek Jong-yeol, le film d’animation Seoul Station de Yeon Sang-ho, l’adaptation du manga japonais I am a Hero par Shinsuke Sato…

Les films espagnols seront aussi bien présents avec El Cadaver de Anna Fritz de Hector Hernandez Vicens, El Desconocido de Dani de la Torre, Segon Origen de Carles Porta, Summer Camp de Alberto Marini... Et bien d'autres films en provenance d'Argentine, du Méxique, de Suède... Du côté français, la production de films fantastiques étant assez faible, on se contentera de The End de Guillaume Nicloux (avec Gérard Depardieu, qui était au festival de Berlin et qui ne sortira qu'en vidéo à la demande en France) et, gloups, Les Visiteurs:la Révolution (avec Christian Clavier et Jean Réno de retour dans les couloirs du temps)... C'est dire le niveau de fantaisie dans l'Hexagone.

Chaque jour des films très attendus feront l’évènement : 31 de Rob Zombie (qui a secoué le festival de Sundance), The Invitation de Karyn Kusama, Hardcore Henry (filmé en caméra subjective façon fps), The Wave du norvégien Roar Uthaug, Into the Forest avec Ellen Page et Evan Rachel Wood, aussi Green Room de Jeremy Saulnier (découvert à Cannes puis Deauville) et The Survivalist de Stephen Fingleton (que nous avions rencontré à Dinard)... Le BIFFF s'ouvrira avec Orgueil et Préjugés et Zombies et pour la clôture le tout nouveau Alex de le Iglésia, Mi gran noche.

Et pour vous mettre en appétit de ce BIFFF 2016 en voici un avant-goût :

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34e édition du Brussels International Fantastic Film Festival
Du 29 mars au 10 avril 2016, au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles
Infos et programmation sur le site de la manifestation

Joe Dante et Enzo G. Castellari au 8e Festival européen du Film Fantastique de Strasbourg

Posté par MpM, le 21 août 2015

festival de strasbourg

Pour sa 8e édition, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg a invité deux réalisateurs cultes pour les amateurs de cinéma de genre : Joe Dante (Gremlins, L'aventure intérieure, Piranhas) et Enzo G. Castellari (Keoma, Inglorious Bastards, Big racket).

Joe Dante  sera l'invité d'honneur de la manifestation. A ce titre, une rétrospective lui sera consacrée. Il donnera également une master class sur sa carrière de réalisateur et ses goûts de cinéphile averti

Enzo G. Castellari, le "Sam Peckinpah européen", présidera quant à lui le jury chargé de juger la compétition officielle. Considéré comme un maestro de l’action à l’italienne, adepte des scènes d’action au ralenti, il a tourné à la fois des westerns, des films de guerre, des polars et bien sûr des films fantastiques, ce qui lui confère toute légitimité pour départager la jeune garde du cinéma de genre en compétition à Strasbourg.

Le festival, qui se tiendra du 18 au 27 septembre, a annoncé dernièrement le reste de sa programmation (la première partie avait été dévoilée début juillet) qui propose, outre sa traditionnelle compétition, des séances de minuit réservées aux oeuvres les plus gore et potaches, une section CrossOver consacrée aux films de genre au sens large, et une rétrospective intitulée Kids in the Dark qui abordera la thématique des enfants dans le fantastique.

Parmi les films sélectionnés, on retiendra notamment le film d'ouverture (Knock knock d'Eli Roth avec Keanu Reeves, également présenté à Deauville), celui de clôture (Yakuza apocalypse de Takashi Miike (sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs 2015), The lobster de Yorgos Lanthimos (prix du scénario à Cannes cette année), Phantom boy d'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli ou encore Tag de Sono Sion. De quoi composer une édition aussi fantastique, étrange et singulière que prometteuse.

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8e Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg
18 - 27 septembre 2015
Plus d'informations sur le site du Festival

Cannes 2013 : premiers succès dans leurs pays pour Bombay Talkies, La Grande Bellezza et Shield of Straw

Posté par vincy, le 2 juin 2013

Saqib Saleem Randeep Hooda Bombay Talkies

La deuxième vie des films cannois a déjà commencé : quelques films de la sélection officielle sont déjà dans les salles de leurs pays respectifs.

En Inde, Bombay Talkies (hors-compétition), a davantage fait parler de lui pour son baiser homosexuel que pour sa sélection cannoise. A peine une dizaine de films bollywoodiens l'ont osé jusqu'à présent. Souvent les gays y sont stéréotypés, efféminés. L'homosexualité, considérée comme un crime juridiquement jusqu'en 2009, reste un sujet tabou en Inde. Dans Bombay Talkies, un jeune homme (Randeep Hooda, sex symbol local, en photo) embrasse le mari de sa meilleure amie. Selon les observateurs, le public, qui aime commenter avec véhémence, a applaudit la scène. Au box office, Bombay Talkies connaît une jolie carrière pour un film d'auteur : 4e lors de sa première semaine d'exploitation il y a un mois, il est toujours dans le top 15 national et cumule 8,5 millions de roupies.

Au Japon, c'est le Takashi Miike qui est sorti en mai. Shield of Straw a déjà cumulé 13 millions de $ au box office national en 4 semaines. Il est toujours dans le Top 10 malgré ce résultat a priori modeste. Sa constance (il perd peu d'entrées d'une semaine à l'autre) en fait le 14e succès de l'année toutes nationalités confondues (et le 8e pour un film nippon).

En Italie, La Grande Bellezza a pu compter sur l'effet Cannes pour se placer 2e du box office local dès son premier week-end la semaine dernière, malgré la concurrence de Fast & Furious 6. Le film a déjà récolté 2,26 millions d'euros, ce qui le place en quatre jours à la 6e place des films italiens de l'année.

En France, Le passé, Only Gods forgive et La grande bellezza connaissent des parcours divers. Le film d'Asghar Farhadi a passé le cap des 500 000 entrées (ce qui reste exceptionnel pour un film asiatique et le plus gros succès iranien après Une séparation du même Farhadi) ; le polar de Nicolas Winding Refn a séduit plus de 300 000 spectateurs (il ne rééditera pas le carton de Drive, mais ce n'est pas déshonorant non plus) ; enfin le Sorrentino, plus long et moins bien distribué, a déjà dépassé les 70 000 curieux. Le film devrait finir sa carrière avec un résultat proche des deux précédentes oeuvres du réalisateur, This must be the place et Il divo, entre 130 000 et 160 000 spectateurs.

Mais pour l'instant, c'est bien Gatsby le magnifique qui triomphe mondialement. Le film d'ouverture du 66e Festival de Cannes a amassé 210 millions de $ dans le monde!

Cannes 2013 : Qui est Tatsuya Fujiwara ?

Posté par MpM, le 21 mai 2013

Tatsuya FujiwaraLe cinéma japonais? On en connaît quelques cinéastes (Kawase, cette année au jury cannois, Kore-eda, Miike, tous deux en compétition, Kitano et les grands de l'animation comme Miyazaki). L'essentiel de la production locale ne dépasse pas les frontières de l'archipel. Le marché local, le 3e pays dans le monde par le nombre de spectateurs dans les salles, se suffit à lui-même. Nous avons décidé de nous pencher sur un jeune visage du cinéma japonais qui monte les marches cette année. Le jeune Tatsuya Fujiwara pour Wara no Tate de Takashi Miike.

Difficile de deviner derrière le physique d'éternel adolescent androgyne de Tatsuya Fujiwara l'un des meilleurs acteurs japonais de sa génération. Et pourtant. A presque 30 ans, le jeune homme semble avoir déjà exploré tous les styles et tous les univers : films de genre ou drames télévisés, doublage pour des films animés japonais et américains, et même rôles classiques au théâtre.

C'est en effet sur les planches qu'il débute sa carrière au milieu des années 90 avec le rôle titre de Shintoku-Maru de Shuji Terayama et Rio Kishida, l'histoire d'un adolescent qui a une relation conflictuelle avec sa belle mère. La pièce lui permet de rencontrer le metteur en scène de théâtre Yukio Ninagawa, l'un des plus influents du pays, avec lequel il collabore régulièrement par la suite. Il joue ainsi dans plusieurs de ses adaptations de Shakespeare, dont Hamlet et Roméo et Juliette.

Comme la plupart des jeunes acteurs japonais, Tatsuya Fujiwara fait en parallèle ses armes à la télévision. Mais c'est en 2000 que sa carrière prend une tournure décisive, quand il décroche coup sur coup deux rôles au cinéma, dont le personnage principal de Battle royale de Kinji Fukasaku. Le film, adapté d'un best-seller japonais, suit les élèves d'une classe de troisième contraints de s'entretuer sur une île déserte. Tatsuya Fujiwara incarne l'un des élèves au centre du récit, qui est bien décidé à s'en sortir sans tuer personne. Trois ans plus tard, l'acteur renouera d'ailleurs avec son personnage dans Battle Royale II: Requiem, le sequel imaginé par Kinji Fukasaku et réalisé par son fils Kenta Fukasaku.

En 2006, Tatsuya Fujiwara revient sur le devant de la scène avec une autre franchise à succès : il est Light Yagami, l'étudiant qui découvre un cahier aux pouvoirs surnaturels dans Death note de Shûskue Kaneko, l'adaptation cinématographique du manga culte. Son personnage, ainsi investi du pouvoir de déterminer qui doit mourir, est entraîné dans une spirale infernale où il se perd lui-même. Là encore, le film connaîtra une suite ainsi qu'un spin-off où il reprendra son rôle.

Le chemin du jeune acteur est dès lors bien tracé. Il poursuit dans une veine de films violents ou adaptés de mangas à succès comme Kaiji de Tôya Satô (et sa suite) ou The Incite Mill de Hideo Nakata, qui ont en commun de montrer une société japonaise dominée par la loi du plus fort. Dans la même veine, il rejoint le casting de Wara no tate de Takashi Miike où il incarne un jeune homme accusé de meurtre et poursuivi par des chasseurs de prime prêts à tout pour l'éliminer.

Heureusement, entre deux thrillers horrifiques et sanglants, le comédien se "repose" en doublant des films d'animation. Il est ainsi la voix japonaise de Kuzco dans Kuzco l'empereur mégalo et celle de Stuart Little dans les deux volets de la franchise. Par ailleurs, il double Spiller, l'un des personnages principaux d'Arrietty le petit monde des chapardeurs de Hiromasa Yonebayashi.

Eclectique et complet, Tatsuya Fujiwara apparaît ainsi comme le chef de file naturel d'une nouvelle génération d'acteurs nippons. Peut-être son rôle le plus difficile... car il reste à confirmer dans les années à venir.

Cannes 2013 : quand les livres se font films

Posté par vincy, le 15 mai 2013

Adaptation livre au cinéma Si Cannes a toujours été littérature (jusqu'à des présidents et membres de jury écrivains) et si son Président a un amour immodéré pour la lecture, les sélections ont souvent flirté avec l'écrit, grâce aux multiples adaptations : le livre demeure un matériau de choix pour l'inspiration des cinéastes.

Cette année, dès l'ouverture, le ton est donné avec Gatsby le Magnifique, quatrième version du roman de Francis Scott Fitzgerald (incarné par Tom Hiddleston dans Minuit à Paris), à qui l'on doit déjà Benjamin Button. A noter : Fitzgerald écrivit les passages les plus bouleversants du roman à Saint-Raphaël, à quelques brasses de Cannes.

Cependant ce n'est pas le seul grand écrivain qui sera présent sur les écrans. Ainsi, James Franco, après avoir interprété Alain Ginsberg dans Howl, le voici à Un certain regard avec As I Lay Dying, transposition du roman de William Faulkner, autre grand fantôme de l'entre deux guerres. Faulkner, scénariste de Ford et Hawks, a souvent été adapté (Sirk, Ritt), y compris par Franco (Red Leaves en 2009).

Lucia Puenzo quant à elle a opté pour son propre roman, Wakolda, qui vient de paraître chez Stock. Elle avait déjà adapté son livre El Nino Pez. Et toujours à Un certain regard, Valeria Golino, pour son premier film en tant que réalisatrice, a choisi de mettre en images le roman d'Angela del Fabbro, Vi Perdono, pour en faire Miele.

Arnaud des Pallières a choisi un livre allemand d'Heinrich von Kleist pour Michael Kolhaas, déjà adapté par Volker Schlöndorff en 1969. Et Jérôme Salle, qui avait déjà adapté des Largo Winch, s'est plongé dans le roman Zulu de Caryl Férey.

Côté Quinzaine, l'événement est bien entendu du côté du film d'ouverture, The Congress, d'Ari Folman, d'après le roman culte Le Congrès de futurologie (lire notre actualité) de Stanislas Lem (Solaris).

Mais il n'y a pas que la littérature puisque Roman Polanski a préféré adapté la pièce La Vénus à la fourrure de David Ives, qui est adaptée du roman éponyme de Leopold Sacher-Masoch (comme masochisme). Arnaud Desplechin s'est basé sur un essai de l'ethnopsychanalyste Georges Devereux, Psychothérapie d'un Indien des plaines pour Jimmy P. ; avec Blood Ties, Guillaume Canet a réalisé le remake des Liens du sang de Jacques Maillot, qui est à l'origine une biographie, Les liens du sang : deux frères flic et truand.

Et encore plus surprenant, Abdellatif Kechiche a trouvé l'inspiration dans une BD de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude, devenue un film en deux parties (3 heures au total pour un album de 160 pages), La Vie d'Adèle (lire notre actualité). Ce n'est pas le seul à avoir été séduit par le 9e art puisque Takashi Miike a transposé Be-Bop High School du mangaka Kazuhiro Kiuchi pour son film Wara No Tate.

Venise 2010 (vidéo) : jour 8 – 13 Assassins de Takeshi Miike et La solitude des nombres premiers

Posté par kristofy, le 10 septembre 2010

BIFFF 2008, laugh dream and blood

Posté par denis, le 6 avril 2008

L’avantage du BIFFF est son ouverture à toute culture singulière, qui plus est quand celle-ci tranche dans le vif et abreuve les pupilles d’images frelatées à l’alcool de la folie.

Prenons la culture asiatique par exemple. Ne vous inquiétez pas, il n’est pas question ici de Wong Kar Waï ou d’Ang Lee, les films d’auteurs esthétisants risquant de se faire siffler dès les dix premières minutes. Non, ici la culture asiatique plébiscitée est à chercher du côté de Takashi Miike ou de Sono Sion, des réals déviants et stylistiquement créatifs n’ayant pas peur d’enfoncer des aiguilles sous les ongles. D’ailleurs cela tombe bien car Sono Sion y présente son dernier film, Exte-Hair extensions. Oui, vous avez bien lu, un film sur des extensions capillaires. Venu d’Europe cela semblerait ridicule, mais en provenance du Japon, rien ne peut sembler plus normal, d’autant que les cheveux ont beau dos depuis presque une dizaine d’années dans le fantastique nippon. Des cheveux gras, longs, noirs comme de l’ébène, appartenant à des spectres mécontents et qui sortent au choix d’une TV, d’un téléphone portable, d’une cassette vidéo, etc. Mais Sion, empêcheur de tourner en rond, utilise cette thématique capillaire pour la détourner de son usage habituel et en fait une métaphore, certes tirée par les cheveux, de la consommation de l’apparence. Bénéficiant d’un postulat surréaliste, une morte a la capacité de se laisser pousser les cheveux à un point tel qu’elle ferait passer le cousin Machin de La Famille Addams pour un chauve, Sion brosse le portrait d’une société japonaise en proie à son obsession de l’apparence. Epinglant au passage les relations tendues voire masochistes des membres d’une même famille, il donne à voir des scènes absurdes et tristes à la fois, où le désir d’être beau pénètre sous le derme et détruit l’enveloppe corporelle pour n’en faire qu’un support de l’esthétique. Et si quelques longueurs se font sentir, le final non-sensique est indispensable pour les zygomatiques. Exte aura peut-être la chance d’être diffusé dans une des éditions de L’étrange festival.

Autre production asiatique extrême, Gong Tau est un pur film d’horreur n’ayant que faire du bon goût. Film classé dans le cinéma de Category III – catégorisation qui correspond à une interdiction aux moins de 18 ans- Gong Tau compense son manque de moyens par une violence gore et graphique. Le réalisateur n’hésite pas à transformer un bébé en cadavre putrescent, à faire décoller la tête d’un sorcier qui s’envole par la suite dans les airs, ou bien encore à recueillir de l’huile de graisse humaine. Vous l’aurez compris, Gong Tau verse dans le grand guignol malsain, sans pour autant pâtir d’une réalisation dilettante. La pellicule est chiadée pour ce genre de métrage, et l’on est même surpris de déceler une ambiance à la Seven lorsque l’on s’aventure dans les appartements du tueur. Une curiosité, comme seule l’Asie peut en produire.

Changement de cap, changement de lieu et toujours le même esprit de folie avec Postal d’Uwe Boll, film germano-canadien ne rechignant pas à briser tous les tabous pour au final être un des films les plus politiquement incorrects que l’on ai vu depuis les ZAZ et autres productions Troma. L’histoire n’est qu’une excuse pour tirer à boulets rouges sur le puritanisme, la politique américaine, les cultes religieux j’en passe et des meilleurs afin de déclencher un fou rire toutes les dix secondes. Rien n’échappe à la moulinette de Boll, que ce soit les obèses, les handicapées, les musulmans, les nazis, les gourous, les blondes à forte poitrine ou le massacre d’enfants. C’est irrévérencieux, foutraque, ne cherchez pas à trouver un langage cinématographique cohérent car il n’y en a pas, et tout ce qu’il y a de plus politique malgré les apparences. Après Bourdieu et Baudrillard, voici la nouvelle critique, écrite au marteau-piqueur, de notre société contemporaine. A voir au premier comme au dixième degré.

Parmi toutes ces folies la programmation offre quelques moments de détente et de poésie, où l’enfance trouve encore sa raison d’être et où la magie de l’imaginaire nous libère de tant d’hémoglobine. Nevermore donc, film d’un jeune réalisateur ayant tout juste terminé ses études en cinéma, sous ses allures de conte, narre l’histoire du fils d’un pêcheur abandonné à son sort dès l’instant où son père sera emporté par les vagues. Minimaliste, la baraque du pêcheur est isolée au milieu des plages de sable, un arbre décharné trône au bord de la mer, lyrique et sombre, l’enfant est émerveillé par un cirque itinérant, thématique du monstre et des marginaux, et est terrifié par l’image du pasteur qui l’a recueilli, métaphore da la castration de l’enfance par les figures religieuses, Nevermore enchante pas sa simplicité et sa lumineuse pulsion de vie. D’une maîtrise technique étonnante, les paysages lunaires de la mer relèvent d’une ambition stylistique digne d’un Caro et Jeunet ou d’un Tim Burton, ce court film envoûte et laisse à présager d’un bel avenir à son jeune auteur. Espérons que le Goethe Institut, à qui l’on doit sa programmation dans le festival, pourra lui trouver un diffuseur en France.