Berlin 2011: Taïwan et la Chine continentale en pleine mutation cinématographique

Posté par MpM, le 15 février 2011

L'absence de films taïwanais sélectionnés à Berlin cette année n'empêche pas le pays d'être bien présent sur Potsdamer Platz, et notamment au marché. C'est que Taipei a des films à vendre ! En 2010, 45 longs métrages ont été tournés dans l'ile. En tout, 278 films (incluant les téléfilms et courts métrages) ont été soutenus par la commission du film de Taipei. Les co-productions sont également nombreuses et concernent principalement Hong Kong et la Chine continentale. Cette dernière représente notamment un marché considérable, à condition de jouer le jeu et de ne pas aborder de questions taboues.

De son côté, la Chine continentale est confrontée elle aussi à de nouveaux enjeux. En dépassant les 1,5 milliards de dollars en 2010, le box-office chinois a gagné 64% par rapport à 2009. Il est aussi bien parti pour devenir le deuxième marché le plus important du monde.

Par ailleurs, de plus en plus de films sont produits en Chine (520 en 2010) mais peu d'entre eux bénéficient d'une sortie en salles. Paradoxalement, près de 1000 nouveaux écrans verront le jour en 2011, portant le total à plus de 7000, et il faut bien les alimenter.

Le quota de films étrangers (limités à 20 chaque année) pourrait ainsi être remis en question, d'autant que la demande pour les films étrangers est de plus en plus forte. En 2010, Avatar a rapporté 210 millions de dollars contre 100 millions pour le meilleur film chinois, Aftershock de Feng Xiaogang. En tout, les films locaux ne représentent que 56% du box-office chinois.

Si les quotas sont modifiés, la marge de progression du box-office pourrait atteindre des sommets, dans la mesure où avec un écran pour 200 000 personnes, la Chine a encore un gigantesque potentiel de croissance. De quoi inciter ses voisins les plus proches, comme Taïwan ou Hong Kong, à la fournir en films, mais également Hollywood ou le marché européen. Et parmi eux, la France, qui occupe actuellement six des vingt places disponibles pour des films étrangers, a indéniablement une carte à jouer.

Berlin 2010 : les secrets de l’hospitalité taïwanaise

Posté par MpM, le 18 février 2010

taiwan_directors.jpgA Berlin comme dans tous les festivals de cinéma du monde, après les quatre ou cinq films courageusement enchaînés, il est temps de se détendre en se rendant dans l'un des cocktails, soirées ou fêtes organisés chaque soir. Dans des lieux souvent select se pressent ainsi les heureux détenteurs d'invitations, sésame indispensable pour atteindre le buffet, le bar et la piste de danse.

Exemple avec la sympathique Taïwan Party qui se tenait le 16 février dans une des salles de réception du Ritz-Carlton : ambiance bon enfant (comme on l'avait précédemment remarqué à Cannes et à Vesoul, la représentation cinématographique de Taïwan sait s'amuser), service impeccable, animation joyeusement débridée et défilé permanent des équipes de films présents à Berlin. Avec, cerise sur le gâteau, la visite éclair de Jackie Chan, star internationale qui a provoqué quelques minutes de pur délire.

Les enjeux d'une telle soirée ne sont pas difficiles à comprendre, quoi que multiples. Une fête réussie, c'est bon pour l'image d'un pays, mais c'est surtout excellent pour les affaires. Il est ainsi primordial de promouvoir les quelque 100 films taïwanais (fictions, documentaires, animations, courts métrages et projets en cours de réalisation) disponibles sur le marché pendant la Berlinale. Parmi ces films (dont les plus anciens datent de 2008), on retrouve par exemple Cape n°7, prodige du box-office taïwanais en 2008, toujours pas sorti en France, No Puedo Vivir Sin Ti de Leon Dai, Cyclo d'or à Vesoul en début de mois, ou encore le dernier Tsai Ming-Liang (Visages), présenté à Cannes en 2009. Aux acheteurs, distributeurs et organisateurs de festival de tous les pays de faire leur choix !

Autre cible de la délégation taïwanaise : les producteurs et réalisateurs étrangers désireux de venir tourner à Taipei. Un guide très bien fait détaille ainsi les hauts lieux  de la capitale susceptibles d'accueillir un tournage. Temples, musées, monuments, clubs... tous les décors du monde sont là ! Et ce n'est pas tout.

Depuis janvier 2008, la commission du film de Taipei (une organisation semi-gouvernementale) est chargée d'assister les productions ayant lieu sur son territoire. Il s'agit notamment de faciliter les autorisations de tournage, favoriser les coproductions, fournir aux réalisateurs toutes les informations dont ils ont besoin... Un système d'aides financières est par ailleurs prévu pour les productions répondant à certaines conditions. En 2008, 660 000 dollars auraient ainsi été distribués.

Et Taïwan n'est qu'un exemple parmi d'autres, chaque pays présent ayant dans une certaine mesure des films à vendre, un paysage à louer et surtout sa part de rêve à gagner. Un joli cercle vertueux (?) qui devrait permettre d'alimenter les festivals en oeuvres comme en festivités pendant encore un bon moment...

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photo : les réalisateurs Hou-Chi-jan (One Day), Niu Chen-zer (Monga) et Arvin Chen (Au revoir Taipei)

Vesoul : le cinéma Taiwanais d’après la Nouvelle Vague

Posté par kristofy, le 3 février 2010

cité des douleursPour poursuivre son regard sur le cinéma taïwanais, Vesoul propose de revoir certains films des pionniers de la Nouvelle Vague taiwanaise (qui s’est arrêtée en 1987)  et même d’en découvrir certains qui n'ont jamais été diffusés en France.

Ainsi sont programmés deux films d'Edward Yang (Yi Yi et Ce jour-là sur la plage, film de 1983 resté inédit en France) ainsi que La cité des douleurs de Hou Hsiao Hsien qui revient sur la période entre le départ des japonais de Taïwan et le début de la loi martiale chinoise. Ce dernier,  malgré son Lion d’Or à Venise en 1989, avait disparu de la circulation. Une nouvelle copie a donc dû être refaite pour que le film puisse être projeté à Vesoul.

Les festivaliers ont également pu (re)voir Betelnut Beauty (Ours d’argent à Berlin en 2001) et Murmures de la jeunesse (à Cannes en 1997) de Lin Cheng-Sheng, Blue gate crossing de Yee Chih-Yen, Goodbye Dragon Inn de Tsai Ming-Liang et Lust Caution (Lion d’Or à Venise en 2007) de Ang Lee. Deux autres films tirés de la sélection ont retenu notre attention : Hidden whisper et God man dog.

Portrait de femmes et film choral

Hidden Whisper est le premier long-métrage de Vivian Chang en 2000, il était resté inédit en France. On y remarque déjà le joli visage d’une actrice qui allait être reconnue plus tard en occident : la belle Shu Qi. Une petite fille mendie la charité avec son père sur les marchés et au retour à la maison elle observe ses parents qui se disputent. La fillette supporte ce quotidien gris en le colorant  en fêtes dans des rêvasseries imaginaires. Une adolescente utilise les cartes d’identité de clientes de la boutique où elle travaille pour voler des vhs de films en location ou entrer dans des clubs où l’on sert de l’alcool, mais un jour elle rencontre un homme muet qui lui n’a plus d’identité après un accident de scooter. Une femme qui fuyait sa mère se rend compte deGod man dog son importance quand celle-ci risque de mourir dans un lit d’hôpital. Hidden Whisper montre différentes relations mère-fille avec trois portraits féminins à différents âges où on fait comme si on était quelqu’un d’autre.

God man dog est plus inégal, un film-choral avec aussi un récit éclaté entre différents personnages. On y croise un homme qui veut arrêter de boire après avoir fait souffert sa famille, un couple en crise va essayer de surmonter le décès de leur bébé, un conducteur de camion qui prend soin de divinités en statuettes doit trouver de l’argent pour une nouvelle jambe artificielle, deux jeunes filles profitent de leur corps (en faisant de la boxe, en posant pour des photos) pour gagner leur indépendance… La réalisatrice Singing Chen explique que "nous vivons dans un monde matérialiste où l’on donne un prix à toute chose. Ce ne sont pas les biens matériels ni la dévotion religieuse qui peuvent aider les protagonistes du film à trouver la paix intérieure".

Vesoul : le cinéma Taiwanais d’après-guerre et d’avant la Nouvelle Vague

Posté par kristofy, le 2 février 2010

Wan JenLe cinéma de Taiwan a été beaucoup conditionné par le pouvoir politique, d’abord l’occupation japonaise puis le gouvernement nationaliste chinois. Les films devaient être en mandarin et les paysages du pays servaient à situer des histoires en Chine ou ailleurs. C’est seulement à partir de 1955 que les films ont commencé à être produits en taiwanais.

Pour revenir sur cette histoire spécifique, Vesoul a choisi d’organiser un "Regard sur le cinéma taiwanais" qui comprend films récents (Nouvelle vague et post Nouvelle vague) et films anciens souvent inconnus en France. Une table ronde a par ailleurs réuni divers spécialistes comme le réalisateur Wan Jen (président du jury, en photo à gauche) ou Michel Lu, qui représente Taipei en France.

Quatre films en particulier (entre 1956 et 1976) ont été retrouvés pour être découvert lors du festival, choisis par Wafa Ghermani (en photo à droite), spécialiste du cinéma taïwanais, et qui résume ainsi cette démarche :

"L’idée de cette rétrospective est née l’année dernière, on parlait wafa ghermanide Nouvelle Vague taiwanaise mais c’était intéressant aussi de voir ce qui avait été fait avant. Ma mission était de trouver des films avec des particularités de cette période et de les faire découvrir ici à Vesoul.

Quand j’étais à Taiwan, les personnes que j’ai contactées étaient vraiment étonnées que l’on s’intéresse à ces vieux films. C’est nous qui avons fait les sous-titres. C’est très dur de retrouver une copie de ces films rares, il y a un que l’on n'a pu avoir que sous la forme d’une cassette Betamax de la part du cinéaste lui-même !"

Comédie, triangle amoureux et propagande...

Posterity and Perplexity est un film de Lee Hsing de 1976 qui n’avait jamais été vu auparavant en Europe. Il est typique des santing ou genre dit "des 3 salles", soit restaurant/salon/chambre à coucher par exemple, car pour l’essentiel l’histoire se déroule dans trois décors. Un couple de jeunes mariés n’arrive pas à avoir un enfant car la femme est stérile, mais la famille du mari exige de lui une descendance de leur chair. La solution serait alors que le mari fasse un bébé à une autre femme qui ensuite leur donnerait l’enfant. Et le choix se pose sur la meilleure amie de la femme qui est de plus devenue comme une sœur adoptive… Le mari a son cœur qui balance entre ses deux femmes qui vivent sous le même toit ! Donc il y a plus de trente ans à Taiwan on faisait une comédie sur un triangle amoureux en abordant déjà le sujet délicat d’une mère porteuse...

Le plus ancien des films de ce regard taiwanais est aussi le plus drôle Il s’agit de A journey to Gwan Shan réalisé par Wen Yi en 1956. C’est une des premières fois où le paysage local sert vraiment à représenter Taiwan et pas un autre pays, c’est aussi une première coproduction avec Hong-Kong. On y voit l’actrice Grace Chang qui est connue comme chanteuse. Un bus se retrouve bloqué sur une route à cause d’un éboulement, et les voyageurs vont se disperser sous la pluie dans le village voisin. Le groupe est assez disparate avec différents comportements, il y a un patron parvenu, un médecin alcoolique, une demoiselle aguicheuse, un ouvrier, une fille qui fuit sa mère qui réprouve son amoureux, un homme suicidaire et même un voleur de banque. Pendant que certains se démènent pour aider à dégager la route d’autres attendent en jouant aux cartes chez l’habitant. Différents intrigues se développent aux conséquences cocasses. Et même si tout se termine par un joyeux chant à l’allure de propagande ("c’est l’affaire de tout le monde de s’impliquer"), aujourd’hui on le voit comme une vraie comédie.

Vesoul qui est un lieu de découverte de nouveaux talents se donne aussi pour mission de montrer des films du patrimoine, et les festivaliers de remercier Wafa pour la découverte de ces films inédits.

Crédit photo : Michel Mollaret 

Le Festival de Vesoul dévoile le contenu de sa 16e édition

Posté par MpM, le 5 décembre 2009

Vesoul 2010Pré-programme plus qu'alléchant pour le Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul 2010 qui mettra l'accent sur l'Iran, la Turquie, Taïwan et le Vietnam.

Un cyclo d'honneur sera en effet remis au réalisateur iranien Jafar Panahi ainsi qu'à l'actrice iranienne Fatemeh Motamed-Arya pour leur "engagement talentueux au service de la liberté" tandis qu'un hommage sera rendu au réalisateur Ömer Kavur, chef de file de la nouvelle vague turque.

Un "regard sur le cinéma taïwanais" permettra aux festivaliers de découvrir la cinématographie propre à l'île de Taïwan, dont l'histoire et la culture a donné naissance à de grands réalisateurs comme Hou Hsiao-Hsien, Edward Yang ou Tsai Ming-liang. En plus de ces maîtres incontestés, d'autres cinéastes plus confidentiels seront mis en lumière, afin de couvrir les différentes périodes du pays.

Par ailleurs, le réalisateur Wan Jen, co-fondateur de la nouvelle vague taïwanaise, sera présent en tant que membre du jury de la compétition long métrage de fiction.

Enfin, comme chaque année, d'autres sections thématiques viendront compléter la programmation parmi lesquelles la sélection "Francophonie d'Asie" qui se concentre sur les documentaristes indépendants vietnamiens, le "regard de l'occidental sur l'Asie" articulé autour de "l'homme et la nature" et la soirée "Japanimation" réservée aux amateurs d'animés.

Avec un tel programme, les organisateurs, dont le slogan est cette année "piquer la curiosité du plus grand nombre, pour votre plus grand plaisir, et en mettant la qualité à la portée de tous", devraient confirmer le succès de la 15e édition qui avait attiré plus de 26 000 spectateurs en une semaine.

Cannes 2009 : Qui est Lee Kang-sheng ?

Posté par MpM, le 23 mai 2009

cnz_leekangsheng.jpgGueule d’ange, visage impassible, regard qui vous transperce sans paraître vous voir… Lee Kang-sheng hante depuis vingt ans le cinéma habité de Tsai Ming-Liang. Ce dernier, qui l’a découvert dans la rue à la fin des années 80, refuse de tourner sans lui et en a fait son alter ego. Le désormais jeune quadragénaire traîne donc sa dégaine de rêveur sexy de film en film : voyeur dans The Hole, horloger en deuil dans Et là-bas quelle heure est-il ?, projectionniste dans Goodbye, Dragon inn, pur objet de convoitise dans I don’t want to sleep alone… Quel que soit le contexte, il est l’archétype de l’individu désorienté et isolé qui observe d’un œil vide la déliquescence du monde.Malgré tout, il fait à trois reprises des "infidélités" à Tsai Ming-liang en acceptant de jouer pour deux autres réalisateurs, Lin Cheng-sheng (A Drifting Life et Sweet Degeneration) et Ann Hui (Ordinary Heroes). L’occasion de montrer une facette différente de son travail d’acteur. C’est toutefois en passant derrière la caméra qu’il désire assez rapidement se distinguer. En 2001, il est l’assistant réalisateur de son mentor pour le documentaire Conversation with God.En 2003, un projet de courts-métrages complémentaires destinés à être montrés l’un après l’autre évolue en deux longs métrages indépendants : Goodbye dragon inn pour Tsai, The Missing pour Lee, dans lesquels on retrouve des thèmes et des personnages communs. Apparemment, l’expérience lui plaît, car sans cesser de jouer, il écrit et réalise en 2007 un deuxième long-métrage, Help me Eros. Bien sûr, l’ombre du maître n’est jamais loin, qui produit le film et lui apporte toute l’aide nécessaire. Après la savoureuse et érogène Pastèque, décidément inséparables, les deux complices se retrouvent une nouvelle fois dans Visage, pourtant tourné à Paris avec un casting en majorité français (Fanny Ardant, Laetitia Casta, Jean-Pierre Léaud…).

Taïwan night : bain de minuit avec Shu Qi

Posté par MpM, le 20 mai 2009

shuqi.jpgMalgré ses responsabilités de membre du grand jury, l'actrice Shu Qi n'a pas fait faux bond à la Taïwan Night, soirée extrêmement prisée où se retrouvent tous les professionnels liés de près ou de loin à la cinématographie de l'île. Elle est même restée assez tard sur la plage du Carlton où se déroulait l'événement, répondant avec énormément de gentillesse à toutes les sollicitations.

A ses côtés, on pouvait croiser la star internationale Michelle Yeoh, l'acteur Lee Kang-sheng et son mentor Tsai Ming-liang ou encore l'Oscarisé Ang Lee... Même le Hongkongais Anthony Wong, présent au générique de Vengeance, était de la partie, sans doute au nom du rapprochement entre les "trois royaumes". Cette concentration de stars d'envergure internationale au mètre carré confirme la place désormais prédominante de Taïwan dans le paysage cinématographique mondial.

Un succès qui n'a toutefois pas empêché tout ce petit monde de rester extrêmement simple et disponible. A minuit, alors que la soirée s'achevait, Shu Qi était encore pieds nus au bord de l'eau, un sourire radieux et presque enfantin sur le visage. Sans façons, juste heureuse d'être à Cannes, et de profiter de l'énergie qui s'en dégage.

Venise : Ang Lee président du jury 2009

Posté par MpM, le 4 mars 2009

Ang LeeAprès Wim Wenders, la Mostra de Venise choisit un autre habitué de l’île du Lido pour présider son grand jury international : le cinéaste taïwanais Ang Lee qui a déjà remporté à deux reprises le prestigieux Lion d’or.

La première fois en 2005 pour l’étonnant western sentimental Le secret de Brokeback mountain et la deuxième en 2007 avec un film tourné cette fois-ci en Asie, Lust, caution. Ang Lee, qui vit aux Etats-Unis depuis 1978, alterne en effet les tournages dans son pays natal (Salé sucré, Tigres et dragons) et dans son pays d’adoption (Raisons et sentiment, Ice storm, Hulk).

Difficile d’imaginer quel type de films sa présence au jury favorisera-t-elle, tant il a lui-même montré un intérêt pour des genres extrêmement différents (intimiste, fresque historique, actionner...). Toutefois, cela l’élimine de fait des réalisateurs en compétition à Venise cette année, renforçant la possibilité d’une sélection cannoise pour son nouveau film, Taking woodstock.

Vesoul : retour sur le cru 2009 des « visages d’Asie contemporain »

Posté par MpM, le 20 février 2009

Traditionnellement, à Vesoul, la section compétitive des longs métrages de fiction est l’occasion d’appréhender les grands courants de la production asiatique contemporaine ainsi que les préoccupations récurrentes de ses auteurs. Cette année, on a ainsi pu relever une tendance à questionner les rapports entre religion et société (voir article du 14 février) et à revenir sur les traumatismes du passé (Un cadeau pour Staline, L’aube du monde). Toutefois, c’est plus généralement la volonté d’explorer la particularité de destins humains confrontés à des drames universels ou intimes qui a semblé être le fil conducteur de cette sélection.

Cinq prix pour deux films

Un cadeau pour stalineLe grand gagnant (Un cadeau pour Staline de Roustem Abdrachev qui remporte trois prix dont le prestigieux Cyclo d’or) suit ainsi une poignée de déportés vivant en bonne entente dans un petit village du Kazakhstan. Par le regard d’un petit garçon orphelin, on découvre à la fois les horreurs et les petites joies d’une existence réduite à peu de choses. Présenté en fin de festival, le film a fait une quasi unanimité auprès des festivaliers, en raison bien sûr de son sujet fort mais aussi de sa mise en scène soignée, même si l’on peut reprocher au réalisateur sa tendance à appuyer l’émotion au lieu de la laisser affleurer subtilement.

Autre cinéaste à tirer son épingle du jeu, Abbas Fahdel (L’aube du monde) s’est vu décerner le très envié prix du public, ainsi que celui du jury NETPAC. Son film à l’intrigue ténue traite des Maadans, un peuple vivant dans la région des grands marais du delta du Tigre et de l’Euphrate. La succession des guerres, l’intolérance et la pauvreté a fait d’eux des exilés qui ne pourront jamais rentrer au pays. Comme une fable, L’aube du monde rend hommage à leurs souffrances et dénonce les exactions commises à leur encontre. Un premier long métrage envoûtant, malgré d’évidentes maladresses de mise en scène.

Sensations et controverse

Le Festival a connu une autre vraie sensation avec Daytime drinking, le premier long métrage du Coréen Noh Young-seok, qui suit un jeune homme embarqué dans un périple de plus en plus catastrophique, où l’alcool joue un rôle primordial. Malgré un budget extrêmement modeste (5000 euros), le film fonctionne si bien que la descente aux enfers du héros finit par mettre le spectateur particulièrement mal à l’aise. Néanmoins, il fait preuve d’une énergie et d’un humour (noir) universels, et Noh Young-seok repart de Vesoul avec le Prix Langues’O qui vient s’ajouter à une mention spéciale et au prix NETPAC reçus au Festival de Locarno 2008.

Seul 100 de Chris Martinez n’était pas vraiment attendu au Palmarès. Malgré son manque flagrant d’inspiration, ce mélodrame philippin sur une jeune femme se sachant condamnée à mort a pourtant convaincu le jury Guimet. Certes, le film reste plutôt léger, mais passée la première heure, il peine à se renouveler. De post-it en post-it (ceux sur lesquels son héroïne écrit les choses qu’elle voudrait faire avant de mourir), l’histoire tourne en rond et ne parvient pas vraiment à acquérir profondeur ou émotion. Sur le même thème, on préfère Le temps qui reste ou Ma vie sans moi.

Les oubliés du Palmarès
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Ardant et Cheung chez Tsai Ming Liang

Posté par vincy, le 15 février 2008

Le prochain film du cinéaste taïwannais Tsai Ming Liang, Visages, sera co-produit par JBA et ARTE France cinéma. Il réunira un casting franco-asiatique : son acteur fétiche (et toujours aussi beau) Lee Kang-Sheng, Maggie Cheung, Fanny Ardant et Jean-Pierre Léaud. Deux acteurs qui rappellent l'univers de Truffaut, référence assumée de Tsai Ming Liang. Tournage à Paris en septembre prochain.