Cannes 2019: Qui est Midi Z ?

Posté par kristofy, le 20 mai 2019

Taïwan représente un vivier de jeunes cinéastes à suivre, même s'ils sont encore méconnus: le réalisateur Midi Z pourrait être l’un d’eux mais, à 37 ans, il est déjà un cinéaste reconnu. Son 3ème film en 2014 Ice Poison attire plus particulièrement l’attention à l'international, représentant Taïwan pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Son film suivant en 2016 The Road to Mandalay est alors sélectionné au Festival de Venise, et son dernier Nina Wu est donc présenté à Un Certain Regard cette année à Cannes. Une ascension dont seuls Hou Hsiao-hsien et Tsai Ming-lang peuvent se prévaloir d'une telle aura internationale, si on excepte le "mo,dialisé" Ang Lee.

Les trois premiers films de Midi Z Return to Burma (en 2011), Ooor Folk (en 2012) et donc Ice Poison évoquent de manière particulièrement sensible des déracinements pour former une « trilogie de l’Origine » : des personnages reviennent là où ils ont grandis, d’autres souhaitent émigrer ailleurs, des difficultés financières incite à l’illégalité… Cette double culture, qui l'habite lui-même, est l'un des thèmes majeurs de ses films.

Au début, il espérait devenir photographe de mariage en Birmanie, une activité lucrative. Le dilemme de rester à Taïwan ou de retourner en Birmanie le déprime et sera pourtant le moteur de ses premiers films. Il se lance finalement dans le cinéma à Taïwan, admirateur de ses compatriotes comme d'Ingmar Bergman, et s'inscrit à l’Académie du film du Festival du Cheval d’or d'Hou Hsiao-hsien qui forme de jeunes réalisateurs, scénaristes et photographes. Il tourne alors son premier court métrage L’Incident de Hua-Xing. Hou Hsiao-Hsien le forme dans la direction d'acteurs amateurs pour réaliser des films authentiques et réalistes, tandis que Ang Lee lui apprend à faire face à ses propres sentiments à travers la mise en scène.

En parallèle à ses films de fiction Midi Z réalise aussi plusieurs documentaires. D’un format à un autre il raconte moins des histoires que des témoignages: partir travailler loin de sa famille, devenir un clandestin, le trafic de drogue... L’humain est sa matière première pour ses recherches qu'il restitue avec sa caméra. Les émotions humaines en sont l'énergie narrative. Adieu Mandalay est une approche documentée de la précarité sociale, de la nécessité de migrer et de l'aspiration à une vie meilleure de deux travailleurs birmans œuvrant dans l'illégalité. Le film est primé à Venise, le cinéaste sacré aux Asian Pacific Awards.

Son nouveau film Nina Wu va faire parler de lui beaucoup pour ses qualités mais aussi pour son écho avec une récente actualité : le sujet est en rapport avec le scandale Weinstein et le mouvement #MeToo. Le scénario a été écrit par Midi Z en collaboration avec son égérie Wu Ke-Xi.

Cannes 2019: comme en 1939, un festival très franco-américain

Posté par vincy, le 14 mai 2019

La première édition de Cannes est le produit d'une alliance anti-fasciste (Venise) des pays libres (la France en tête avec Jean Zay) et d'Hollywood (les studios américains en profitant pour avoir un accès libre au marché français à travers un accord international). Ce Festival très politique, l'ADN du festival finalement, n'a pas eu lieu puisque la seconde guerre mondiale fut déclenchée au même moment.

Cette année, après une édition 2018 audacieuse et renouvelée, le Festival mise sur pas mal de valeurs sûres, mais aussi de jeunes cinéastes. Géographiquement c'est une autre histoire. La domination franco-américaine est de retour. La présence de la France est toujours très forte (pas loin de 30 films et même beaucoup plus avec les coproductions), preuve que la Croisette reste la meilleure vitrine de la diversité française.

Voir aussi la carte 2018

Deuxième délégation en nombre, les Américains, avec 15 films. Difficile de rivaliser. Le trio de tête est complété par le cinéma britannique (6 films).

Cependant, si le cinéma ouest-européen est largement majoritaire et si le cinéma asiatique est relativement peu présent cette année, les films venus d'Amérique latine et d'Afrique francophone sont bien représentés. La carte du monde a beaucoup de zones blanches, mais des cinémas venus du Brésil, d'Argentine (grâce à son focus à l'Acid), de Chine et d'Espagne sont bien répartis dans les sélections.

Pendant ce temps à Veracruz...

Plus notable, des cinémas rares seront mis en lumière cette année: le Costa Rica, l'Algérie, l'Islande, le Guatémala, le Pérou, la Tunisie, Taïwan, le Sénégal et la Palestine.

Du Costa Rica, petit pays, on connaît peu de films. On découvrira la cinéaste Sofía Quirós Ubeda à la semaine de la Critique, deux ans après Valentina Maurel, premier prix de la Cinéfondation. Outre Hernan Jiménez et Esteban ramirez, peu de cinéastes du pays traversent la frontière.

L'Algérie dépend toujours de la censure et du manque de financement dans la culture. Malgré une période faste dans les années 1960-1970 (dont une Palme d'or) et des coproductions françaises parfois populaires (Hors-la-Loi, en compétition à Cannes), les films parvenant dans les grands festivals sont rares, malgré quelques réalisateurs bien affirmés. Avec deux films - semaine de la Critique et Un certain regard - c'est un certain retour en force.

L'Islande a souvent vu ses cinéastes s'exiler en Europe ou aux Etats-Unis. Le cinéma islandais, ici sélectionné à la Semaine de la critique, est plus rare dans les festivals. On se souvient quand même de Béliers, prix Un certain regard il y a quatre ans, de Grimur Hakonarson ou de films signés Solveig Anspach, Baltasar Kormaruk ou Asdis Thoroddsen, sélectionné à la SIC.

Pour le Guatemala, la figure émergente est Jayro Bustamente (Ixnacul, Tremblements). Mais les films venus de ce pays d'Amérique centrale restent sporadiques, après une grande effervescence dans les années 2000. Cesar Diaz, à la Semaine de la Critique, va donc démontrer que ce pays existe sur la carte de la cinéphilie mondiale.

Plus au sud, le Pérou s'installe progressivement, entre le cinéma chilien, déjà bien honoré, et le cinéma colombien, de plus en plus courtisé. Il y a dix ans, le deuxième film de Claudia Llosa remportait l'Ours d'or à Berlin et une nomination aux Oscars. une première pour le cinéma péruvien. Avec Francisco José Lombardi dans les années 1980-2000, le Pérou a déjà connu la Croisette (Un certain regard) et les faveurs de la critique occidentale. Mais depuis dix ans, le Pérou se réveille, sans être forcément exporté en Europe.

La Tunisie est l'autre pays dont on voit le cinéma s'affirmer d'années en années. Il n'est plus présent qu'à la Quinzaine des réalisateurs (Tamless d'Ala Eddine Slim) et indirectement avec Abdellatif Kechciche en compétition (6 ans après sa Palme d'or), mais désormais on peut voir régulièrement dans les grands festivals - Berlin, Venise et Toronto - des productions tunisiennes. 2019 est d'ailleurs l'année du centenaire du cinéma tunisien. Des cinéastes comme Leyla Bouzid, Kaouther Ben Hania ou Mohamed Ben Attia (primé à la Berlinale en 2016) lui donne un nouveau souffle.

De Taïwan, on connaît Tsai Ming-liang, Hou Hsiao-hsien et Ang Lee. A force de les voir dans les festivals, on en oublie qu'une nouvelle génération émerge, dont Midi Z en est une des figures (Un certain regard cette année, après son précédent film à Venice Days à Venise). Et surtout, cela occulte les films populaires taïwanais, comme les récents Our Times de Frankie Chen, More than Blue de Gavin Lin, ou The Tenants Downstairs de Adam Tsuei. Outre ces films grand public, Taïwan produit aussi des films d'auteur, souvent ignorés en Europe comme ceux de Yang Ya-che, Umin Boya, Chang Tso-chi.

Depuis près de 40 ans, le cinéma venu du Sénégal n'est pas en grande forme. Il y a eu Ousman Sembène qui a marqué les esprits, et Djibril Diop Mambéty. La présence d'un film tourné sur place par une cinéaste franco-sénégalaise en compétition, est d'autant plus exceptionnelle. Récemment, Alain Gomis a sans aucun doute été le cinéaste le plus récompensé de par le monde avec Félicité. Et n'oublions pas à Un certain regard en 2012, la sélection de La Pirogue de Moussa Toure.

A l'ombre du grand cinéma israélien, il existe heureusement un cinéma de Palestine. Son ambassadeur le plus célèbre est Elia Suleiman, pour la troisième fois en compétition cette année. mais le réalisateur reste rare. Et le cinéma palestinien ne peut compter que sur quelques films d'Emad Burnat, Ali Nassar, Leila Sansour ou Rasgid Masharawi. La censure ne facilite pas les choses. Si après le prix FIPRESCI à Cannes pour Noce en Galilée de Michel Khleifi (1987) semblai un peu perdu dans le désert cinématographique, la décennie des années 2000 a été productive, notamment avec Paradise Now d'Hany Abu-Assad, lauréat d'un Golden Globe et nommé aux Oscars, présenté à Berlin, et Le sel de la mer d'Annemarie Jacir, retenu à Un certain regard en 2008.

Les reprises de l’été: Edward Yang, Takeshi Kitano, Ernst Lubitsch et un film queer culte

Posté par vincy, le 8 août 2018

A Brighter Summer Day d'Edward Yang (1991)

L'histoire: Dans les années 60, Xiao Si'r, jeune adolescent, fils d'un réfugié politique chinois, vit à Taiwan. Comme tous les jeunes gens de sa condition il fréquente les gangs qui se mènent une guerre sans merci.

Pourquoi il faut le voir? Edward Yang transpose ici une histoire vraie aussi dramatique que douloureuse. Le cinéaste taïwannais, né à Shanghaï, est mort à l'âge de 59 ans aux Etats-Unis il y a 11 ans. C'est un cinéaste peu connu a priori, par rapport à ses compatriotes (dont Hou Hsiao-hsien pour le quel il a été interprète et compositeur de la musique du film Un été chez grand père). Pourtant ses 7 longs métrages ont reçu de prestigieuses récompenses à Locarno, Berlin et à Cannes (prix de la mise en scène pour l'ultra sensible Yi Yi en 2000). C'est la jeunesse qui l'intéresse ici dans ce "Roméo et Juliette" violent où des ados paumés cherchent à exister au milieu d'une société moralisatrice. A Brighter Summer Day est considéré comme l'un de ses deux chefs d'œuvre avec Yi Yi. Cette chronique sensible et sociale décrypte (avec une sublime esthétique) aussi le phénomène de groupe, le lien entre père et fils, la vaine révolte de la jeunesse face aux institutions (nation, parents, éducation, culture, etc....). Tout est affaire de lien chez lui, de ces relations qui forgent l'identité malgré soi.

A Scene at the Sea de Takeshi Kitano (1991)

L'histoire: Un jeune éboueur sourd-muet se prend d'une passion obsessionnelle pour le surf. Soutenu par le regard protecteur de sa fiancée, sourde-muette comme lui, le jeune homme progresse, d'apprentissages éprouvants en compétitions harassantes, jusqu'à ce que la mer les sépare.

Pourquoi il faut le voir? Tout le monde connaît Kitano en Yakuza et autres rôles de flics et films de mafias. Mais dans les années 1990, Kitano a été un cinéaste marquant pour ses histoires douce-amère, à l'humour ironique, à la sensibilité palpable, et même à l'émotion débordante. A Scene at the Sea est un tournant, pour ne pas dire un virage dans l'œuvre de "Beat Takeshi". C'est son premier film sans gangsters. Le héros est sourd muet et se réfugie dans la passion du surf. Romantique, le film est aussi naturaliste avec cette mer comme horizon indépassable, ce soleil éclatant, le silence et l'amour comme seuls bruits au chaos environnant. Le plus surprenant finalement c'est qu'il s'agit d'un film en apparence légère et en profondeur sublime. Car ce film sur un exclu de la société est peut-être son plus beau, son plus lumineux, son plus coloré. Il y a quelque chose de californien dans l'air et même de hippie. Kitano n'hésite pas à fustiger l'exploitation, la soumission, les inégalités, l'injustice. Même si le soleil se noircit sur la fin, le bonheur est quand même là, dans une larme et un sourire.

Le lieutenant souriant d'Ernst Lubitsch (1931)

L'histoire: L'empereur du Flausenthurm et sa fille, la princesse Anna, sont en visite à Vienne. Pendant le défilé, le lieutenant Niki lance un sourire à son amie Franzi mais la princesse Anna le prend pour elle. Niki doit l'épouser pour réparer l'offense...

Pourquoi il faut le voir? Un roman de Hans Müller, une opérette (1907) et puis un film, inconnu, d'Ernst Lubitsch. Un film musical avec sa dose de "tubes" de l'époque un peu désuet, avec deux stars: le Français Maurice Chevalier et la future oscarisée (et née en France) Claudette Colbert. Le premier était à son apogée, la seconde à ses débuts de vedette. Ce fut la plus grosse recette de l'année pour la Paramount. Aux débuts du cinéma parlant, Lubitsch expérimentait toutes les possibilités offertes par le son. Le lieutenant souriant a été nommé à l'Oscar du meilleur film. Mais ce qui rend le film précieux, outre la mise en scène déjà virevoltante du réalisateur et son talent pour les duos alchimiques, c'est que le film est rare. A cause d'une sombre affaire de droit d'auteur lié à la version muette de l'opérette au cinéma (Rêve de valse, 1925), le film a longtemps été impossible à projeter ou diffusé puis considéré comme perdu. Il a fallu attendre les années 1990 pour retrouver une copie. L'état de la copie a nécessité un long travail de restauration et il ne fut visible qu'à partir de 2008. Une occasion en or pour découvrir ce joyau joyeux du patrimoine.

Fraise et Chocolat de Tomas Gutierrez Alea (1994)

L'histoire: Dans un quartier de la Havane, David, un étudiant militant du parti communiste est chargé d'enquêter sur les activités transfuges d'un marginal, Diego. Ce dernier, homosexuel et fier de son pays, tombe amoureux de David.

Pourquoi il faut le voir? Alors que Cuba ouvre la voie au mariage entre personnes du même sexe, il y a près de 25 ans, le cinéma cubain nous offrait l'un des plus beaux films "queer" (interprété par des acteurs à la beauté ravageuse). Torride, sensuel, mélodramatique, le film a d'abord été un immense triomphe dans les festivals (9 prix à celui de La Havane, un prix spécial du jury et le Teddy Award à Berlin, le prix spécial du jury à Sundance, un Goya espagnol du meilleur film hispanophone, une nomination à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère). Ce film où se côtoient politique et sexualité a étonnement réussi à franchir les grilles de la censure castriste. Après tout, l'idée de départ est quand même d'espionner un homme, homosexuel et érudit, suspecté comme dissident au régime communiste. Un étudiant militant, hétéro, beau comme un Dieu va en fait devoir s'ouvrir l'esprit et les deux hommes vont apprendre à dépasser leurs préjugés. Ce n'est pas un film gay mais plutôt un film sur la tolérance face à une société rigide. Toute l'histoire tend vers le contact entre les deux hommes: se toucheront-ils enfin? Il n'est pas question de sexe, mais c'est finalement plus pour contourner la censure. Le cinéaste a préféré la parabole. La force de Fraise et Chocolat est finalement d'être un des plus beaux récits sur l'homophobie, évoquant aussi bien la répression des homosexuels que la paranoïa de l'Etat. Malgré cela, sans doute à cause du régime dictatorial de son pays, le cinéaste évite les sujets qui auraient pu fâcher Cuba frontalement.

Trois bonnes raisons d’aller voir Happiness road de Hsin-Yin Sung

Posté par MpM, le 1 août 2018

Découvert hors compétition à Annecy, Happiness road est le premier long métrage de la réalisatrice taïwanaise Hsin-Yin Sung. A la fois joyeux et profond, mélancolique et drôle, il s'adresse plus particulièrement à un public d'adultes ou de jeunes adultes, ce qui n'est malheureusement pas si fréquent dans le monde de l'animation.

Son héroïne est en effet une jeune femme qui vit aux Etats-Unis et revient à Taïwan, son pays natal, à l'occasion du décès de sa grand-mère. Ce retour aux sources génère à la fois de nombreux souvenirs issus de son enfance et de son adolescence, mais aussi des interrogations sur ce qu'est sa vie, et ce qu'elle souhaite désormais en faire.

Si le film est plein de nuances et de détails qui le rendent intrigant et précieux, trois raisons principales en font une des sorties incontournables de l'été :

Une vision sans fard de la famille


Dans sa lecture la plus évidente, Happiness road est avant tout une histoire de famille, qui s’intéresse aux liens plus ou moins forts en fonction des époques qui nous unissent à nos parents. Parfois tendre, parfois cruel, le film montre comme les parents apparaissent tour à tour comme des héros ou des embarras, des personnes dépassées que l’on ne veut plus écouter ou au contraire des soutiens indispensables. Bien que la narration ne soit pas linéaire, on reconstitue l’évolution des sentiments de Tchi pour ses parents, et le mouvement de balancier qui la ramène finalement vers eux. À cela s’ajoutent le personnage haut en couleur de la grand mère facétieuse et complice, la « petite bande » de la jeune fille qui lui sert de « famille choisie », les enfants de sa meilleure amie Betty... La réalisatrice observe avec finesse l’immense malléabilité de ces rapports humains toujours en mouvement.

Une fable introspective


La partie la plus intéressante du film, et probablement la plus ambitieuse, est la dimension introspective de l’histoire. Le jeu des temporalités et des correspondances ramène sans cesse le personnage à s’interroger sur sa vie, ce qu’elle en fait, ce qu’elle en attend, ce qu’elle veut changer... À tous les âges, Chi rêve d’un avenir meilleur. Mais c’est dans l’époque contemporaine que ses interrogations prennent le plus d’acuité. À un peu plus de quarante ans, elle est à nouveau à la croisée des chemins, indécise sur la direction qu’elle devrait prendre, comme elle semble l’avoir été une partie de sa vie. La manière dont le film se refuse d'asséner des réponses ajoute à la mélancolie entêtante de cette plongée intime qui éveille forcément des échos chez le spectateur, quel que soit son parcours.

Quarante ans d’histoire taïwanaise


Happiness road se déroule sur une vaste période de temps, entre la prime jeunesse de l’héroïne au début des années 80 et la période contemporaine. Le récit intime est donc étroitement lié à l’histoire sociale et politique de Taiwan, et notamment à son ouverture progressive au monde après la mort de Tchang Kai Chek en 1975. Même si cela n’est jamais souligné, on reconnaît dans le film des temps forts de la démocratisation du pays comme les premières élections en 1996. On assiste aussi à plusieurs vagues de manifestations réclamant la démocratie et la fin de la loi martiale. Le personnage du cousin Weng (poursuivi pour avoir lu un livre interdit) permet également d’aborder la question de la censure et de la répression politique. Enfin, le rêve américain de l’héroïne (qui fait pendant à celui de sa copine Betty, dont le père est un soldat américain qu'elle n'a jamais connu) interroge à sa manière le rapport des Taïwanais à leur île et la voie empruntée par chacun pour trouver à la fois la liberté et le bonheur.

La nouvelle génération des cinéastes taïwanais pendant 3 jours à Paris

Posté par vincy, le 8 février 2016

Les rencontres du cinéma taïwanais organisent du 9 au 11 février un cycle Nouveaux auteurs au cinéma Les 3 Luxembourg à Paris. Cette 2e édition propose 11 courts métrages et 2 longs métrages, quasiment tous inédits en France et souvent primés dans les festivals. L'entré est libre. Design 7 Love de Hung-I Chen et Together de Chao-Jen Hsu sont les deux longs présentés respectivement le 9 février à 21h45 et le 10 février à la même heure.

Les courts métrages présentés durant ces trois jours sont: Chicharon de Rina Tsou, Fan Fan de Chia-Hsin Liu, Nia's Door de Ket-Huat Lau, Some Conjonctures on existence d'Albert Zoe, The Death of a Security Guard de Wei-Hao Cheng, The Great Buddha de Hsin-Yao Huang, Summer Trifles de Dan-Chi Huang, The Palace on the Sea de Midi Z, Running de Yung-Chi Chen, The Great Escape from Café City de John Hsu et Coop of Blemishes de Ming-Yen Su.

La plupart de ces films a en commun la jeunesse, avec des personnages lycéens ou étudiants. L'autre thème qui traverse une partie de ces 13 fictions est lié à la disparition et au mystère.

Cinéma méconnu (une cinquantaine de films par an) même dans un pays aussi cinéphile que la France, hormis quelques grands noms comme Ang Lee (passé à Hollywood), Hou Hsiao-Hsien et Tsai Ming Liang. Bon an, mal an, un à trois films sortent sur les écrans français chaque année. Même les films très populaires de Wei Te-Sheng n'arrivent pas jusqu'ici.

Les rencontres du cinéma taïwanais sont l'occasion d'explorer cet autre grand cinéma asiatique.

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Lire aussi notre carte postale de Taïwan

Cannes 2015: Carte postale de Taïwan

Posté par vincy, le 21 mai 2015

C'est une drôle d'histoire que celle de Taïwan et de Cannes. Une histoire de grand amour qui n'a jamais conduit à la récompense suprême, la Palme d'or. Ce n'est pas faute de grands films ou d'immenses cinéastes. Cette petite île aux confins de l'Orient, toujours revendiquée par la Chine depuis qu'elle a pris son indépendance, n'a jamais manqué à l'appel des grands festivals: quatre Lions d'or à Venise et un Ours d'or à Berlin, notamment grâce à Ang Lee (trois de ces cinq prix). Les deux autres réalisateurs sacrés à Venise sont Tsai Ming-liang et Hou Hsiao-hsien (8 sélections officielles), deux habitués de Cannes: chacun n'est reparti qu'avec un prix, et ont même "partagé" le prix du jury en 2001 pour leur ingénieur du son, Tu Duu-Chih, qui avait travaillé sur Et là-bas quelle heure est-il du premier et Millennium mambo du second.

Le seul prix majeur que le cinéma taïwanais a obtenu à Cannes date d'il y a 15 ans: le prix de la mise en scène, donné à Edward Yang pour son émouvant Yi-Yi.

Sous influence du colonisateur japonais jusqu'en 1945, le cinéma de Taïwan n'a commencé à exister qu'après la seconde guerre mondiale, largement grâce à l'exode provenant de Shanghaï après la conquête du pouvoir chinois par Mao. Il naît réellement - infrastructures, institutions... - qu'au début des années 60, même s'il reste avant tout un outil de propagande, loin du cinéma poétique et allégorique que l'on connaît aujourd'hui. Même si l'esthétisme était déjà très présent, y compris dans les oeuvres populaires (comme celles de kung-fu). A Cannes Classics, cette année, on pourra ainsi revoir le culte A Touch of Zen de King Hu, premier film taïwanais au Festival de Cannes et premier film en langue mandarin à y être présenté: c'était en 1971.

Il faut attendre les années 80 pour que des auteurs s'emparent du 7e art, à leur manière. Outre les quatre cinéastes cités auparavant, les plus connus, d'autres émergent: Chen Kun-hou qui en fut la figure de proue, I-Chen Ko, Yi Chang, Lee You-ning puis plus tard Leste Chen, Yonfan, Lin Shu-yu, Wei Te-Sheng, Stan Lai, ... Et si le nombre de salles diminue sensiblement, le nombre de films produits se maintient autour de la cinquantaine d'oeuvres par an, avec une part de marché très honorable de plus de 20% de spectateurs pour les films locaux. Parfois même, certains, commencent à faire de l'ombre aux blockbusters étrangers. Petit dragon deviendra-t-il grand?

John Woo tourne l’histoire vraie d’un « Titanic à la chinoise »

Posté par vincy, le 12 janvier 2014

john woo et les acteurs de The Crossing5 ans après Les 3 Royaumes qui signait son retour sur le sol chinois, John Woo revient derrière la caméra avec un "Titanic à la chinoise", qui mettra en vedette Zhang Ziyi, l'une des rares stars internationales du pays. Le film, selon les propos du réalisateur rapportés par The Hollywood Reporter, "célébrera la puissance de l'amour durant une période difficile de l'histoire chinoise."

Intitulé The Crossing et produit par Beijing Galloping Horse pour 40 millions de $, ce film, en mandarin, se déroule en 1949, lorsque la Chine devint communiste. Le scénario se concentre sur trois couples qui fuient la Chine continentale pour l'ile de Taïwan, à bord d'un bateau, le Taiping. Le bateau, occupé par 1500 personnes, a sombré en pleine mer en janvier 1949, après une collision avec un autre bateau. Considéré comme le Mayflower chinois, le Taiping ne pouvait contenir que 600 passagers. Le scénario a été écrit par Wang Hui-Ling (Tigre et dragon).

Outre Zhang Ziyi, Woo a enrôlé Huang Xiaoming (American Dreams in China), Takeshi Kaneshiro (Les 3 Royaumes, Swordsmen), Masami Nagasawa (I Wish), Dawei Tong (Les 3 Royaumes, American Dreams in China) et Song Hye-kyo (The Grandmaster).

Le projet avait été annoncé cet été. Le film doit être en salles en Chine le 1er octobre prochain.

Cannes 2013 : le cinéma de Taiwan se sent pousser des ailes

Posté par MpM, le 16 mai 2013

taipei factoryChaque année, le cinéma taïwanais est à l'honneur dans les plus grands festivals internationaux. Cannes ne fait pas exception. Rarement en compétition, mais souvent dans les sections parallèles, et toujours dans les allées des marchés du film. Si la cinématographie de l'île a le vent en poupe, ce n'est pas seulement grâce à la notoriété de ses grands chefs de file comme Hou Hsiao-Hsien ou Tsai Ming-Liang. Il y a derrière cette visibilité croissante la volonté affirmée de valoriser Taïwan, et notamment sa capitale Taipei, à la fois en tant que centre artistique névralgique d'Asie et comme lieu incontournable dans l'industrie cinématographique mondiale.

La Taipei Film Commission (qui réunit le Maire de Taipei et les professionnels du secteur cinématographique) se consacre ainsi depuis 2008 à la tâche (ardue) de "relier l’industrie du film taïwanais au monde". Pour ce faire, elle assiste et facilite tous les projets se tenant à Taipei, de la recherche des décors aux demandes de subventions, en passant par la gestion des tournages sur la voie publique et la promotion des films. L'idée est avant tout de remettre à flot une industrie en perte de vitesse... et de financements. Et ça marche : en moins de quatre ans, la commission avait déjà aidé 645 films tournés à Taipei, dont 70 en partie financés par des fonds étrangers. Justement, les coproductions avec l'international sont implicitement l'objectif premier de la commission, qui va chercher l'argent là où il se trouve.

Nouvelle étape dans cette redynamisation du cinéma local, la mise en place cette année de la Taipei Factory, une résidence réunissant 8 jeunes cinéastes (4 Taïwanais, 4 venant du reste du monde) invités à écrire, tourner et finaliser (en binôme) un court métrage de 15 minutes. Cette initiative, qui cherche à "déclencher des idées originales à travers les différences culturelles, de langue, de passé et d’expériences" des 8 réalisateurs, a été menée en partenariat avec la Quinzaine des Réalisateurs qui présente le 16 mai en avant-première mondiale les 4 films réalisés.

Edouard Waintrop, le délégué général de la Quinzaine, y voit l'opportunité de vanter sa sélection comme "le coeur artistique du Festival de Cannes et l’événement qui s’engage vraiment à soutenir les nouveaux talents" comme il le déclarait lors de la conférence de presse inaugurale de l'événement en février 2013, soulignant un peu malicieusement : "La Quinzaine cherche toujours des moyens pour permettre aux cinéastes d’échanger, de faire face aux problèmes ensemble et de ne pas seulement fouler le tapis rouge pour regarder des films".

La Commission du Film de Taipei, quant à elle, trouve dans cette expérience l'occasion de renforcer les liens entre cinéastes taïwanais et européens. Mais aussi de faire connaître de nouveaux talents à l'international tout en mettant en valeur les infrastructures de production de la région. Histoire d'attirer des tournages du monde entier, le modèle affiché étant clairement celui de L'odyssée de Pi, d'Ang Lee, membre du jury de la compétition cannoise cette année, en partie tourné au zoo de Taipei, et devenu depuis un succès planétaire (et oscarisé). L'île s'offre ainsi une jolie visibilité sur la Croisette... et se pose dans le même temps en chevalier blanc (asiatique) de la création cinématographique.

Berlin 2013 : le cinéma taïwanais bien représenté, en attendant les lauréats de la Taipei factory à Cannes

Posté par MpM, le 11 février 2013

La fête battait son plein dimanche soir lors de la traditionnelle Taïwan party de Berlin (en présence de plusieurs stars dont le réalisateur Arvin Chen, voir notre photo), et tous les professionnels taïwanais présents avaient l'air content. Il faut dire qu'il y a de quoi. La Taipei Film Commission, créée en 2008, promeut le cinéma taïwanais à travers le monde, mais soutient également les productions internationales soucieuses de tourner à Taïwan ainsi que les coproductions locales. Résultat, en moins de quatre ans, la commission a aidé 645 films tournés à Taipei, dont 70 en partie financés par des fonds étrangers.

Avec une politique aussi incitative, il n'est guère étonnant de retrouver le cinéma taïwanais dans les plus grands festivals internationaux. Cette année, quatre films taïwanais sont ainsi présents dans la sélection berlinoise : Cutaways of Jiang Chun Gen - Forward and Back Again de James T. Hong (court métrage présenté dans la section Forum expanded) ; Together de Hsu Chao-jen (Forum) ; Touch of the light de Chang Jung-Chi (Generation 14plus) et Will you still love me tomorrow d'Arvin Chen (Panorama special).

Et ce n'est pas fini. Il y a peu, la Commisison annonçait la création d'une "Taipei Factory" permettant à de jeunes cinéastes taïwanais et internationaux de travailler ensemble. Cette résidence, qui se tient à Taïwan du 25 février au 15 mars, réunit quatre binômes de réalisateurs invités à écrire, tourner et finaliser un court métrage de 15 min. Ils auront également l'occasion de rencontrer des représentants de l’industrie cinématographique du monde entier (producteurs, distributeurs, représentants de festival…) susceptibles de les aider dans le développement de leurs projets de longs-métrages.

L'actrice et cinéaste français Joanna Preiss (Sibérie) fait partie des participants au programme. Elle travaillera en tandem avec le Taïwanais Midi Zhao. Les autres duos sont Chang Jung-Chi (Taïwan) et Alireza Khatami (Iran) ; Shen Ko-Shang (Taïwan) et Luis Cifuentes (Chili) ; Singing Chen (Taïwan) et Jero Yun (Corée du Sud).

La première projection mondiale des films ainsi réalisés aura lieu le 16 mai prochain à Cannes. En effet, la Quinzaine des Réalisateurs s'est associée à cette première édition de la "Taipei Factory" et invite les 8 réalisateurs à venir rencontrer public et professionnels présents pendant le Festival. Une initiative passionnante qu'il sera donc facile de suivre de près, et qui pourrait bien faire des émules parmi les pays les plus cinéphiles de la planète.

Le Jour le plus Court de la Gare Montparnasse au Lincoln Center à New York en passant par l’Algérie

Posté par vincy, le 20 décembre 2012

le jour le plus courtLe Jour le plus court, la fête du court métrage, démarre ce soir au Palais de Tokyo et se déroulera toute la journée de demain en France mais aussi dans 50 pays. Un record de 1 900 organisateurs inscrits a été enregistré pour contribuer à l'événement initié par le CNC l'an dernier. Ecran Noir participera en diffusant un court métrage chaque heure sur son blog. L'ouverture se fera avec Chris Marker, en hommage au cinéaste disparu cette année.

A Paris, par exemple, la Gare de Montparnasse diffusera sur de grands écrans  une sélection de courts métrages avec une programmation spécialement conçue pour les enfants ; un piano sera mis à disposition des artistes amateurs pour accompagner les films ; et sur le parvis de la Gare, le camion de l’INA proposera à partir de midi des programmes jeunesse ou les Paris remix réalisés à partir d’images d’archive.

Le camion, paradoxalement immobile, sert aussi de salle de cinéma à Nantes. Les Films du Camion projetteront 9 courts place Bouffay de 18h à 19h15, en plein air.

Au Musée du Louvre, la carte blanche à Abbas Kiarostami touche à sa fin : demain sera l'occasion de voir ses courts métrages. Quelques stations de métro plus loin, dans la salle privée de l'Elysée Biarritz, ce seront les femmes qui seront à l'honneur avec la projection du programme "Héroïnes", à 19h : des courts métrages réalisés, co-réalisés ou écrits par des femmes, en présence des équipes des films pendant la soirée. Au menu, des films de Keren Marciano, Anaïs Volpe, Katia Olivier, Chloé Bourges, Maud Ferrari, Audrey Clinet, Fleur Chabaud, Sara Verhagen et notre amie Julie Lipinski (un peu de copinage ne fait pas de mal).

Au Musée du Quai Branly s'est installé un "Ciné Club africain". Et à Lyon, des films seront diffusés toute la journée à l'Institut Lumière.

21 décembre 2012 oblige, il faut bien que la fin du monde, supercherie véhiculée par des occidentaux ignares, inspire... à l4espace Histoire-Image de Pessac en Gironde, une fresque grandeur nature autour du court métrage a été créée et des films autour du thème « Fin du monde : et si c’était du cinéma ? » seront proposés.

Cette année, c'est surtout l'internationalisation de cette journée qui est frappante.

En Algérie, l’association Cinéma & Mémoire organise une grande opération de diffusion de courts métrages dans quatre salles de la Cinémathèque Algérienne : 22 décembre à Béjaïa, 26 décembre à Tizi Ouzou, 27 décembre à Alger, 29 décembre à Oran. D’autres projections sont prévues à Timezrit le 25 décembre en partenariat avec le ciné-club Ciné+, et à Sétif le 21 décembre grâce au ciné-club Persé Ciné. Au programme, une large programmation de courts du monde arabe avec notamment une carte blanche à Assila Cherfi, les œuvres des réalisateurs Tahar Kessl et Abdelghani Raoul, ainsi qu’une sélection des Lutins du court métrage.

A New York, "The Shortest Day" prendra ses quartiers. Le Festival des Nouveaux Cinémas, organisé par Cinéfac, invite à découvrir la première séance de ce nouveau cycle. Au programme : des courts métrages innovants et audacieux venus du monde entier et un concert de Video Video, groupe de Brooklyn. De son côté, la Film society of Lincoln Center, qui organise chaque année au Lincoln Center le festival du film français à New Yor, participe avec une sélection de courts métrages français en partenariat avec Rose Kuo et Robert Koehler.

L’Asie se met également aux couleurs du Jour le plus Court avec des programmations spéciales en Chine, au Japon et particulièrement à Taïwan dans 7 universités avec le soutien de l’Alliance Française et de Kaohsiung Film.

En tout, ce sont environ "15 000 événements qui émailleront le territoire français pour fêter le court métrage", affirme le CNC.

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Le jour le plus court : demandez le programme!