César 2020: « Les Misérables » triomphe

Posté par vincy, le 28 février 2020

Florence Foresti a ouvert cette cérémonie pas comme les autres, avec Tchéky Karyo, qui ne s'est pas "rasé depuis Nikita". La 45e cérémonie des "connards, euh des César" a commencé avec un film court où elle parodie le Joker, personnage qui, rappelons-le, tente de faire rire en se croyant fait pour le stand-up.

Comme quoi le cinéma américain est toujours plus inspirant pour les ouvertures de cette soirée annuelle. Mais il fallait bien chauffer la salle depuis que ces César étaient menacés de gel. "Ça va la diversité? Vous vous êtes crus à la MJC de Bobigny. ici, c'est l'élite, on dégage".  Une polémique de moins. "Je suis très heureuse d'être là... enfin non... je suis très courageuse. Elle a bien choisi son année pour revenir la Foresti", balance-t-elle. "On est sur du rire bio".

Brillante, évidemment, elle s'est moquée de l'époque avec son autodérision habituelle (blackface et salut nazi): "Il semblerait que je sois blanche, hétéro, d'héritage chrétien. C'est pas grave!" Mais évidemment on l'attendait sur J'accuse -" douze moments où on va avoir un souci". Et elle s'en est bien sortie, avouons-le. Piquant avec humour Céline Sciamma et son équipe à 80% féminine, loin des objectifs du collectif 50/50. Du coronavirus à la bite de Benjamin Griveaux, toute l'actu y est passée pendant la cérémonie. Jusqu'à se payer l'Académie: "Y a plus de patron, c'est pas une intérim qui va m'arrêter". Jusqu'à rencontrer Isabelle Adjani dans un sketch filmé. Rappelons que Foresti avait fait il y a 5 ans une parodie de la star qui est devenue culte. Et Adjani de jouer les fausses folles, reprenant ainsi le sketch télévisuel de Foresti.

Sandrine Kiberlain a alors ouvert la soirée en tant que présidente. "Heureuse et touchée" d'être présidente de cette cérémonie, "la dernière d'une époque, la première d'une nouvelle", elle a pesé chacun de ses mots et clamé un discours résolument féministe. Un discours très social aussi  "Je crois profondément aux vertus de la crise" affirme-t-elle, citant Victor Hugo, mai 68, mais aussi des films oubliés par les nominations comme Les invisibles, C'est ça l'amour et Tu mérites un amour. Classe.

Moins convaincants, les discours des remettants, trop insistants, maladroits, parfois lourds ou plombants (on ne le dira jamais assez: l'écriture est le parent pauvre du cinéma), ou alors complètement insipides. Dommage parce que ça allait dans le bon sens de l'inclusion et de la diversité. Au final, beaucoup d'intermèdes étaient trop longs et assez vains. Il a fallu attendre deux heures et demi pour passer aux catégories reines. Imaginez notre supplice. Heureusement, il y a eu le bel hommage à Agnès Varda, en chanson, en voix et en images.

La diversité, l'égalité et la mixité étaient pourtant sur scène, notamment avec beaucoup de femmes lauréates (y compris dans les métiers techniques). Les remettants, bien sûr, mais aussi du côté des lauréats avec la belle double victoire Papicha. Ce n'est pas la seule réalisatrice couronnée puisque Yolande Zauberman a été primée côté documentaires, succédant à Agnès Varda et Mélanie Laurent dans cette catégorie essentiellement masculine. Et le court métrage a récompensé une co-réalisatrice (Lauriane Escaffre).
Avec sa nouvelle règle, le César du public a échappé à Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu?, champion du box office, au profit des Misérables de Ladj Ly.

C'est une fois de plus le festival de Cannes qui cartonne avec J'ai perdu mon corps, La belle époque, Roubaix une lumière, Portrait de la jeune fille en feu, Parasite, Alice et le maire, Les Misérables et Papicha parmi les vainqueurs. Il n'y a pas eu de vrais perdants parmi les multi-nommés. C'est même plutôt un palmarès plutôt équilibré. Et de Roschdy Zem à Anaïs Demoustier en passant par Fanny Ardant et Swann Arlaud, les remerciements étaient beaux, les prix mérités.

Mais c'est bien Roman Polanski, récompensé personnellement par deux César dont celui de la réalisation, qui aura fait un bras d'honneur à tous.  On aurait tellement aimé, pour le symbole, que Céline Sciamma, soit distinguée. Les professionnels ont finalement fait de la résistance en séparant l'homme de l'artiste. Mais c'est quand même une provocation ce César pour Polanski (certes pas le premier). Un "symbole mauvais" comme anticipait le ministre de la Cuture. Adèle Haenel en a quitté la salle. Elle qui a tout bousculé, ouvert la voie, donner de la voix aux femmes, aura finalement été humiliée par les votants de l'Académie. D'autres personnes, dont Céline Sciamma, la suivent en criant "Quelle honte !". Un silence glacial paralyse la salle. Florence Foresti balance un "écoeurée" sur Instagram.

Heureusement, le seul vainqueur est un premier film venue de la banlieue, métissé et certes très masculin. Les Misérables, et son petit budget, a été récompensé quatre fois et sacré par le prix meilleur film. Le cinéma français, terre de contrastes et de contradictions...

Palmarès

César du meilleur film : Les Misérables
César de la meilleure réalisation : Roman Polanski pour J'accuse
César du meilleur premier film : Papicha de Mounia Meddour
César du film d'animation (long métrage) : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin
César du film d'animation (court métrage) : La nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel
César du meilleur film documentaire : M de Yolande Zauberman
César du meilleur court métrage : Pile poil de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller
César du public : Les Misérables
César du meilleur film étranger : Parasite de Bong Joon-ho

César de la meilleure actrice : Anaïs Demoustier dans Alice et le maire
César du meilleur acteur : Roschdy Zem dans Roubaix, une lumière
César du meilleur second-rôle féminin : Fanny Ardant dans La belle époque
César du meilleur second-rôle masculin : Swann Arlaud dans Grâce à Dieu
César du meilleur espoir féminin: Lyna Khoudri dans Papicha
César du meilleur espoir masculin: Alexis Manenti dans Les Misérables

César du meilleur scénario original : Nicolas Bedos pour La belle époque
César de la meilleure adaptation: Roman Polanski et Robert Harris pour J'accuse, d'après le roman D. de Robert Harris
César de la meilleure musique : Dan Levy pour J'ai perdu mon corps
César de la meilleure photo : Claire Mathon pour Portrait de la jeune fille en feu
César du meilleur montage : Flora Volpelière pour Les Misérables
César des meilleurs décors: Stéphane Rozenbaum pour La belle époque
César des meilleurs costumes: Pascaline Chavanne pour J'accuse
César du meilleur son : Nicolas Cantin, Thomas Desjonquières, Raphaël Mouterde, Olivier Goinard et Randy Thom pour Le Chant du loup

Swann Arlaud, Melvil Poupaud, Eric Caravaca et Denis Ménochet dans le nouveau film de François Ozon

Posté par vincy, le 9 mars 2018

Cela fait trois semaines que François Ozon est en tournage. Le 12 février dernier, le réalisateur a repris le chemin des plateaux pour son 18e film, Alexandre.

Selon Le Film français, le cinéaste a rassemblé un casting inédit: Melvil Poupaud, un de ses acteurs fidèles (Le temps qu’il reste en 2005, Le refuge en 2010), Swann Arlaud, récent César du meilleur acteur pour Petit paysan, Denis Ménochet (avec qui Ozon avait tourné Dans la maison en 2012 et Eric Caravaca, nommé aux César pour son documentaire Carré 35.

Poupaud, Ménochet et Arlaud interprètent respectivement "Alexandre le catholique, François le baroudeur et Gilles l'écorché vif". En pleine crise de la quarantaine, ils se retrouvent et font le bilan de leur vie.

Alexandre sera produit par Mandarin, déjà en charge des six derniers films de François Ozon, dont le dernier, L'amant double, en compétition à Cannes et l'un de ses pires échecs (390000 entrées en France).

Mars distribuera le film.

Les César 2018 vivent à 120 battements par minute

Posté par vincy, le 2 mars 2018

120 battements par minute (6, dont meilleur film et meilleur scénario), Au revoir là-haut (5, dont la réalisation et l'adaptation) et Petit Paysan (3), dont le premier film et le meilleur acteur) dominent le palmarès. Le sens de la fête repart bredouille. Tout comme Grave. Barbara repart avec deux prix dont celui de la meilleure actrice. Un saupoudrage inégal qui, malgré tout, fait apparaître le Festival de Cannes comme le grand vainqueur de la cérémonie avec 12 prix cumulés (120 battements par minute, Barbara, Faute d'amour et Petit paysan) parmi les lauréats.

On reconnaîtra un grand renouveau dans les choix et quelques prix inattendus. Même la vétéran Jeanne Balibar était nommée pour la première fois. Swann Arlaud était le plus jeune des nommés parmi les meilleurs acteurs. Sara Giraudeau et Antoine Reinartz n'étaient clairement pas les plus connus (mais leur prix est amplement mérité). Les multi-casquettes Campillo et Dupontel sont multi-récompensés: c'est aussi la preuve d'un respect pour des cinémas au ton singulier, très personnel, malgré l'aspect opératique de leurs films.

Finalement c'est Jeanne Balibar qui a eu la phrase juste: "Faire un film de barges, et non pas suivre un cahier des charges, c'est-à-dire faire du cinéma!" C'est assez bien résumer la soirée côté primés. Côté cérémonie, on regrettera qu'hormis quelques jolis moments d'humour décalé, ça n'ait pas été assez "barge".

Hommages: Jeanne Moreau (par Vanessa Paradis) ; Jean Rochefort (par Guillaume Canet) ; Johnny Hallyday (par Line Renaud et Dany Boon) ; Danielle Darrieux
César d'honneur (remis par Marion Cotillard): Penélope Cruz
Meilleur film: 120 battements par minute
Meilleure réalisation: Albert Dupontel (Au revoir là-haut)
Meilleure actrice: Jeanne Balibar (Barbara)
Meilleur acteur: Swann Arlaud (Petit paysan)
Meilleur second-rôle féminin: Sara Giraudeau (Petit paysan)
Meilleur second-rôle masculin: Antoine Reinartz (120 battements par minute)
Meilleur espoir féminin: Camélia Jordana (Le brio)
Meilleur espoir masculin: Nahuel Pérez Biscayart (120 battements par minute)
Meilleur film étranger: Faute d'amour (Loveless) d'Andreï Zviaguintsev
Meilleur premier film: Petit paysan de Hubert Charuel
Meilleur documentaire: I am not your Negro de Raoul Peck
Meilleur film d'animation (long métrage): Le grand méchant renard et autres contes de Benjamin Renner et Patrick Imbert
Meilleur film d'animation (court métrage): Pépé le morse de Lucrèce Andreae
Meilleur court-métrage: Les bigorneaux d'Alice Vial
César du public: Raid Dingue de Dany Boon
Meilleur scénario original: Robin Campillo (120 battements par minute)
Meilleure adaptation: Albert Dupontel, Pierre Lemaitre (Au revoir là-haut)
Meilleure musique: Arnaud Rebotini (120 battements par minute)
Meilleure photo: Vincent Mathias (Au revoir là-haut)
Meilleur montage: Robin Campillo (120 battements par minute)
Meilleur son: Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau, Stéphane Thiébaut (Barbara)
Meilleurs décors: Pierre Quefféléan (Au revoir là-haut)
Meilleurs costumes: Mimi Lempicka (Au revoir là-haut)

Cannes 2015 : retrouvailles avec Swann Arlaud

Posté par kristofy, le 15 mai 2015

swann arlaudCher Swann,

Vous êtes déjà venu à la Semaine de la Critique en 2011, le jeune acteur insaisissable que vous semblez être était alors au générique du court-métrage Alexis Ivanovitch vous êtes mon héros de l’acteur Guillaume Gouix passé derrière la caméra. Cannes ne vous connaît pas vraiment, le cinéma français commence à vous reconnaître même si Pierre Niney accapare la lumière. Pourtant depuis quelques années vous avez participé à de nombreux films, où votre singularité s’impose : Les Âmes grises de Yves Angelo, Le Temps des porte-plumes de Daniel Duval, Les Aristos de Charlotte de Turckheim, Le Dernier vol de Karim Dridi, La Rafle de Roselyne Bosch, Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de Luc Besson, Les Émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris …

Cannes n'est pas un territoire totalement inconnu pour vous: Belle Épine de Rebecca Zlotowski (qui était aussi à Cannes à La Semaine de la Critique), L'autre monde de Gilles Marchand (qui était hors-compétion en sélection officielle), Michael Kohlhaas d'Arnaud des Pallières (en compétition officielle).

Cette année, on va vous voir dans deux films durant le Festival présentés à la Semaine de la Critique : d’abord dans le film d’ouverture Les anarchistes de Elie Wajeman avec Tahar Rahim, Adèle Exarchopoulos, et Guillaume Gouix (que vous retrouvez encore), puis quelques jours après dans Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore avec Jérémie Renier, Kevin Azaïs et Finnegan Oldfield (révélé par le court Ce n'est pas un film de cow-boys, déjà à La Semaine de la Critique en 2012)

Un film en particulier parmi ceux que vous avez tourné aurait mérité d’être beaucoup plus vu : Crawl de Hervé Lasgouttes où d’ailleurs vous avez le premier rôle, remarqué au Festival de Venise en 2012. Et on espère que Les anarchistes et Ni le ciel ni la terre révéleront votre talent au public et réveilleront le flair des producteurs.

Crawl, une très belle plongée en eaux troubles

Posté par kristofy, le 30 janvier 2013

L’histoire : En Cornouaille, dans une Bretagne bordée par l'océan, Martin enchaîne les petits boulots et les maigres larcins. Il sort depuis peu avec Gwen, une fille mystérieuse qui habite seule dans un mobile home et qui va nager chaque jour en haute mer, par tous les temps. Le jour où Gwen annonce à Martin qu'elle est enceinte de lui et qu'elle veut garder l'enfant, il prend peur, et s'empresse de disparaître. Corinne, la soeur de Martin, est elle aussi enceinte et a du mal à faire passer l'arrivée d'un troisième enfant à Jean, son mari, déjà en prise avec des problèmes dans son travail. Alors que Martin puis Jean partent à la dérive, Gwen et Corinne se débattent seules et essayent de redresser la barre. Jusqu'au jour où Martin est accusé de meurtre...

Ce qu'il faut savoir : Le destin de Crawl est d’abord une belle aventure humaine : ce premier long-métrage du réalisateur Hervé Lasgouttes est non seulement l'un des meilleurs films français de ce début d’année mais aussi peut-être une des plus belle découverte de ces derniers mois.

Le hasard fait que sa sortie en salles arrive entre les réflexions sur les budgets mal maîtrisés de films pas rentables et les nominations pour les Césars qui oublient de manière injuste plusieurs films en marge des productions grand public… Dans ce contexte Crawl apparaît comme un film exemplaire à tous points de vue. L’intégralité du tournage - mais aussi toute la post-production - s’est déroulée en région Bretagne, le scénario s’appuie sur un mélodrame familial tout en évoquant un contexte social, et les acteurs tous remarquables élèvent cette histoire vers le haut.

Crawl avait eu les honneurs d’une sélection parallèle au dernier Festival de Venise où il a remporté le "Label Europa Cinemas" du meilleur film européen, prix que le jury avait décerné avec ces mots : « Crawl est un premier film impressionnant, Hervé Lasgouttes a un sens très fort de la narration et son film évoque de façon puissante l'atmosphère de la vie professionnelle en Bretagne, dans des conditions économiques difficiles . Les deux jeunes acteurs sont exceptionnels. » Il s’agit de surtout de Swann Arlaud (révélation sublime, et désormais autre grand espoir du cinéma français avec Pierre Niney) et de Nina Meurisse, mais aussi de Anne Marivin (dans un registre plus grave que ses comédies), Gilles Cohen, Jean-Marie Frin…qui sont tous au diapason.

Le réalisateur Hervé Lasgouttes avait confié une savoureuse anecdote à Venise : « On devait tourner avec un acteur qui s’est blessé en moto juste avant le début du tournage, il s’est retrouvé à l’hôpital. Soit le film s’arrêtait bien que tout soit prêt, soit on prenait quelqu’un d’autre. Je suis allé à Paris pour un casting de 7 jeunes comédiens entre 11h et 17h, et c’est donc Swann Arlaud qui a eu le rôle principal, il a pris le TGV dans la foulée pour un mois de tournage en Bretagne. Le lendemain à 9h du matin le tournage commençait, et c’était la scène où Swann Arlaud est jeté dans l’eau froide de la mer. »

Crawl nage dans les eaux de films comme Angèle et Tony de Alix Delaporte (aussi remarqué à Venise avant 3 nominations aux César l’année suivante) ou Welcome de Philippe Lioret. Ambitieux, ce film écrit finement, a beau être sombre, comme une plongée en eaux troubles par temps de nuit, il mélange habilement un cadre social réaliste et un drame familial sensible. La mise en scène valorise la poésie, sans doute grâce à une certaine pudeur. Les ellipses réussies, le rejet d'un certain naturalisme compensent même quelques facilités comme cette histoire de meurtre ou cette métaphore clichée de la nage comme outil émancipant. Hautement recommandable donc.