Sundance 2012 : Beasts of the Southern Wild grand prix de la ficton américaine

Posté par vincy, le 29 janvier 2012

Sundance 2012 s'est achevé avec sa remise de prix. Un conte fantastique (et animalier) a triomphé dans la catégorie fiction tandis que qu'un portrait de la guerre contre la drogue a vaincu ses concurrents dans la catégorie documentaire. Dans le reste du palmarès, les musiciens ont tenu la vedette.

Grand prix de la fiction américaine, Beasts of the Southern Wild, de Benh Zeitlin, applaudit par les critiques, est un conte fantastique se déroulant dans les bayous de Louisiane, adapté d'une pièce de Lucy Alibar, "Juicy and Delicious". L'histoire suit une enfant qui entreprend un voyage initiatique dans un monde peuplé d'animaux imaginaires. La dimension apocalyptique n'a échappé à personne, avec une région dévastée par le cyclone Kathrina. Le film a aussi remporté le prix de la meilleure image. Il s'agit d'un premier long métrage. Fox Searchlight a acquis les droits de distribution, après une rude bataille entre studios.

Grand prix du documentaire américain, The House I Live In, d'Eugene Jarecki, retrace  40 ans de "guerre contre la drogue" par les Etats-Unis (depuis la déclaration de Nixon), envoyant du même coup des millions de personnes en prison, principalement des afro-américains, et dépensant plus d'un trilliard de dollars dans ce combat.

Le reste du palmarès comprend le Grand prix de la fiction internationale à Violeta se fue a los cielos (Violeta s'en est allée au ciel) du Chilien Andrés Wood, un "biopic" sur la chanteuse Violeta Parra, icône de la musique chilienne qui s'est suicidée en 1967, et un prix spécial du jury, en plus du prix du public, pour Seaching for Sugarman, de Malik Bendjelloul, qui ressuscite un musicien américain qui a fait fortune en Afrique du sud (voir notre actualité).

Par ailleurs, le Grand Prix du Jury du documentaire international a été décerné à The Law in these parts de l'Israélien Ra'anan Alexandrowicz qui fait témoigner des magistrats questionnés sur le bien-fondé des lois d'exception créées en 1967 par Israël pour les territoires palestiniens occupés.

Coup de coeur dès le début du festival (voir notre actualité), The Surrogate a reçu le prix du public dans la catégorie fiction américaine, en plus d'un prix spécial du jury pour l'ensemble du casting.

58 films, sur 120, étaient en compétition cette année. La soirée de remise des prix a rendu hommage au producteur Bingham Ray (Secrets et mensonges, Lost Highway, Breaking The Waves) décédé lundi, alors qu'il était au festival.

Le palmarès

Grand Prix du Jury - Fiction américaine : Beasts of the Southern Wild, de Benh Zeitlin

Grand Prix du Jury - Documentaire américain : The House I Live In, de Eugene Jarecki

Grand Prix du Jury - Fiction internationale : Violeta se fue a los cielos, de Andrés Wood

Grand Prix du Jury - Documentaire international : The Law In These Parts, de Ra'anan Alexandrowicz

Prix Spécial du Jury - Documentaire américain, ex-aequo: Love Free Or Die, de Macky Alston et Ai Weiwei: Never Sorry, de Alison Klayman

Prix spécial du Jury - Fiction internationale : Can, de Rasit Celikezer

Prix Spécial du Jury - Documentaire international : Searching For Sugarman, de Malik Bendjelloul

Prix spéciaux du jury : Jonathan Schwartz et Andrea Sperling pour Smashed et Nobody Walks et l'ensemble des comédiens de The Surrogate

Prix du public - fiction américaine : The Surrogate

Prix du public - documentaire américain : The Invisible War

Prix du public - fiction internationale : Valley of Saints

Prix du public - documentaire international : Seaching for Sugarman

Meilleure réalisateur - fiction américaine : Ava DuVernay pour Middle of Nowhere

Meilleur réalisateur - documentaire américain : Lauren Greenfield pour The Queen of Versailles

Meilleur réalisateur - fiction internationale : Mads Matthiese pour Teddy Bear

Meilleur réalisateur - documentaire international : Emad Burnat et Guy Davidi pour 5 Broken Cameras

Prix du meilleur scénario américain : Derek Connolly pour Safety Not Guaranteed

Prix du meilleur scénario international : Marialy Rivas, Camila Gutierrez, Pedro Periano et Sebastian Sepulveda pour Young & Wild

Prix de la meilleure image - fiction américaine : Ben Richardson pour Beasts of the Southern Wild

Prix de la meilleure image - documentaire américain : Jeff Orlowski pour Chasing Ice

Prix de la meilleure image - fiction internationale : David Raedeker pour My Brother the Devil

Prix de la meilleure image - documentaire international : Lars Skree pour Putin's Kiss

Prix du meilleur montage - documentaire américain : Enat Sidi pour Detropia

Prix du meilleur montage - documentaire international : Lisanne Pajot et James Swirsky pour Indie Game: The Movie

Prix du public - sélection Next : Sleepwalk with Me

Prix Alfred P. Sloan (récompensant un film lié à la Science et aux Technologies), ex-aequo : Robot & Frank et Valley of Saints

Sundance 2012 : quelques gros contrats dans un marché apaisé

Posté par vincy, le 28 janvier 2012

Pas de surenchère. Le marché du film de Sundance a été raisonnable. Selon Variety, cinq films ont été acquis pour des montants supérieurs à 2 millions de $: The Surrogate (6 millions de $), Red Lights (4 millions de $), Robot & Frank (photo), Arbitrage et For a Good Time Call (2 millions de $ chacun). Respectivement, les chèques ont été signés par Fox Searchlight, Millennium Entertainment, Sony Pictures, Focus Features et Lionsgate.

Selon les experts, aucun film n'a été surévalué. La crise est passé par là. Et la prudence (comme la patience) semble être de rigueur, contrairement à l'an dernier, où certains contrats avaient été surestimés, et conduits à des surenchères irrationnelles.

La crise n'est pas là pour tout expliquer. Les distributeurs ont conscience que la salle de cinéma n'est plus le seul sésame pour les films indépendants. La Vidéo à la demande et les supports numériques ont changé la donne et les modèles économiques. La salle de cinéma est devenue une option parmi d'autres pour la distribution. Les réactions du public (et dans une certaine mesure des critiques) sont ainsi auscultées de près par les décideurs hollywoodiens avant de s'aventurer dans une sortie en salles.

Les studios ont aussi apprécié qu'il y ait plusieurs bons films. Les festivaliers ont été séduits et les professionnels ont eu le choix sans avoir à se faire la guerre entre eux. Rien de pire qu'une édition où deux trois films écrasent les autres dans l'esprit du public. Le palmarès devrait conduire à quelques autres contrats juteux pour les producteurs.

La vie des films va surtout continuer avec leur sélection à Berlin et Cannes, où l'exposition internationale déterminera la suite et notamment les sorties en salles dans le monde.

Sundance 2012 : premier gros deal avec un documentaire suédois

Posté par vincy, le 21 janvier 2012

seaching for sugar manLe premier gros contrat de Sundance a été signé par Sony Pictures Classics, qui a acquis les droits de distribution nord-américains du premier film de Malik Bendjelloul, réalisateur suédois du documentaire Searching for Sugar Man.

Dès le premier jour, Sony s'est emballé pour ce documentaire, véritable exploration archéologique d'une musique oubliée, sélectionné en compétition internationale. Le film retrace l'histoire de Rodriguez, chanteur de Detroit de la fin des années 60 qui n'a pas réussi à percer commercialement et qui a mystérieusement disparu avant qu'on ne le retrouve en Afrique du sud où il est devenu un phénomène musical. Sixto Diaz Rodriguez, alias The Sugar Man, qui aura 70 ans cette années, était comparé à Bob Dylan.

Le film a bouleversé le public tout en lui faisant taper des pieds lors des séquences musicales. Il apparait déjà comme un bon compétiteur pour le prix du public dans sa catégorie.

Malik Bendjelloul avait déjà réalisé de nombreux documentaires en formats courts sur des artistes tels que Björk, Kraftwerk, Sting, Elton John, Rod Stewart et Madonna.

Sundance 2012 : des vedettes hollywoodiennes au menu du Festival

Posté par vincy, le 20 janvier 2012

Si la plupart des films présentés à Sundance, et généralement ceux qui se retrouvent au palmarès, sont signés pas des jeunes cinéastes et sont dépourvus de stars à leur générique, quelques uns sont là pour séduire les médias, les photographes et donner un peu de glamour à la saison hivernale américaine.

A trois semaines du Festival de Berlin, Sundance lance l'année cinématographique alors qu'Hollywood en est encore à voter pour le prochains Oscars des films de l'année précédente.

Cette année, Park City et ses environs accueillent son lot de vedettes, certaines montantes, d'autres sur le retour.

Dans la compétition, Mark Webber (qui en tant qu'acteur est aussi à l'affiche de deux autres films à Sundance) réunit Shannyn Sossamon, Michael Cera, Jason Ritter et Amanda Seyfried dans The End of Love.

Youssef Delara et Michael D. Olmos font renaître au cinéma Lou Diamond Phillips (La Bamba) dans Filly Brown.

Paul Dano et Jena Malone sont les deux stars de For Ellen, de So Yong Kim.

Dennis Haysbert ("24 heures", Loin du Paradis) et Danny Glover se cotoient dans Luv, de Sheldon Candis. Enfin,

The Surrogate, de Ben Lewin, célébrera le grand retour de l'oscarisée Helen Hunt, qui sera face à William H. Macy.

Côté international, on croisera Said Taghmaoui (My Brother the Devil, de Sally El Hosaini).

C'est évidemment dans les soirées de gala que les stars seront présentes. Pour ne pas dire omniprésentes.

Arbitrage, de Nicholas Jarecki, met en scène Richard Gere, Susan Sarandon et Tim Roth.

Sarandon est aussi du casting de Robot and Frank, qui comprend Frank Langella, James Marsden et Liv Tyler, un film de Jake Schreier, qui sera diffusé lors d'une soirée de gala spéciale.

Kirsten Dunst est la vedette de Bachelorette, de Leslye Headland.

Elijah Wood et Emma Roberts ont des seconds-rôles dans Celeste and Jesse Forever, de Lee Toland Krieger.

GOATS de Christopher Neil forme un duo inédit avec David Duchovny et Vera Farmiga. La partenaire dans X-Files de Duchovny, Gillian Anderson, aux côtés de Clive Owen, sera présente avec Shadow Dancer, de James Marsh.

Sundance accueille aussi le nouveau film de Stephen Frears, Lay the Favorite, avec Bruce Willis, Catherine Zeta-Jones et Rebecca Hall.

Parker Posey, qui animera la cérémonie d'ouverture du Festival, est la vedette de Price Check, de Michael Walker.

Cillian Murphy, Sigourney Weaver et Robert de Niro ont été recrutés par Rodrigo Cortés dans Red Lights.

Le film de clôture, The Words, de Brian Klugman et Lee Sternthal, n'est pas avare en rgos cachets : Bradley Cooper, Jeremy Irons, Olivia Wilde et Zoe Saldana.

Joseph Gordon-Levitt animera Hit RECord at the Movies, une exploration interactive entre le public et les productions de hitRECord.

Dans les autres sélections, on notera la venue de Emily Blunt (Your Sister's Sister, de Lynn Shelton), de Jesse Eisenberg et Melissa Leo (Predisposed, de Philip Dorling et Ron Nyswaner) et de Sean Penn et Frances McDormand (This Must Be The Place, de Paolo Sorrentino).

Sundance 2012 : une France en 3D avec Delpy, Donzelli et Dupieux

Posté par vincy, le 19 janvier 2012

Sur les 117 films présentés cette année au Festival de Sundance, qui débute ce soir, trois sont français. Un seul est en compétition, ce qui est en soi exceptionnel. Le Festival a en effet sélectionné WRONG, le nouveau film de Quentin Dupieux (alias Mr. Ozio), à qui l'on doit déjà Steak et Rubber. WRONG est l'histoire de Dolph, qui recherche son chien perdu et fait des rencontres hasardeuses où il risque de perdre son esprit et son identité. Le film met en vedette Jack Plotnick, Eric Judor, Alexis Dziena et William Fichtner. C'est une avant-première mondiale.

Autre avant-première mais nord-américaine, celle de La guerre est déclarée. Le film de Valérie Donzelli, qui était en lice pour les Oscars mais a été recalé, a déjà remporté plusieurs prix depuis sa longue ovation en ouverture de la Semaine de la critique à Cannes : Meilleur film, actrice et acteur au Festival de Gijon, Grand prix à celui de Cabourg, prix du jury, prix du public et prix des blogueurs à Paris Cinéma.

Enfin, l'un des événements prestigieux du Festival sera l'avant)première mondiale de 2 Days in New York, la suite de 2 Days in Paris. Quelques mois après Le Skylab, la réalisatrice-scénariste-actrice Julie Delpy prolonge ses angoisses existentielles, familiales et amoureuses en changeant de partenaire masculin. Adam Goldberg est remplacé par Chris Rock. Une comédie annoncée comme explosive où les tempéraments sont mis à rude épreuve. Le premier film avait remporté un joli succès aux USA, en Australie et dans plusieurs pays européens.

Le premier Prix Saint-Germain pour Bruno Dumont et Debra Granik

Posté par vincy, le 18 janvier 2012

Deux films a la tonalité différente, mais peu joyeuse, ont reçu le premier Prix Saint-Germain, initié par Bernard Henri-Levy et sa revue La Règle du jeu.

Hors Satan de Bruno Dumont a été couronné comme meilleur film français tandis que Winter's Bone de Debra Granyk a emporté le prix du meilleur film étranger.Les deux cinéastes ont reçu, chacun, 3 000 euros.

Le jury était composé uniquement d'écrivains : présidé par Yann Moix, il était composé de Bernard-Henri Lévy, Catherine Millet, Régis Jauffret, Marc Weitzmann, Bruno de Stabenrath, Jean-Paul Enthoven, Fernando Arrabal, Nicolas d'Estienne d'Orves et Christine Angot.

Hors Satan avait été présenté en avant première mondiale à Un certain regard, à Cannes, en mai dernier. Winter's Bone a été quatre fois nommé aux Oscars, et avait reçu le Grand prix du jury à Sundance en 2010.

L'an prochain le jury sera présidé par Christine Angot.

Reese Witherspoon rencontre le Diable chez Atom Egoyan

Posté par vincy, le 17 décembre 2011

Malgré quelques gros succès au début des années 2000 et un Oscar de la meilleure actrice début 2007, la carrière de Reese Witherspoon - qui tourne depuis 20 ans - semble patiner. Après de relatifs échecs comme Tous en famille et Détention secrète, Comment savoir a été un des plus gros flops de l'hiver, De l'eau pour les eléphants n'a connu qu'un succès d'estime (elle y était pourtant très bien), ... elle a donc décidé de reprendre les choses en main. This Means War, qui sort en février aux USA, est une comédie d'action de McG (Drôles de dames 1 et 2), avec Tom Hardy et Chris Pine. On la verra aussi dans le film de l'acteur Jeff Nichols avec Matthew McConaughey et Michael Shannon, Mud.

Mais elle vient surtout de signer un "coup d'éclat" dans le cinéma d'auteur puisqu'elle sera la star du prochain film du canadien Atom Agoyan, Devil's Knot. Le cinéaste, cinq fois sélectionné à Cannes, Grand prix du jury sur la Croisette pour De Beaux Lendemains, n'a pas convaincu avec son remake de Nathalie, le film d'Anne Fontaine, Chloé, en 2009. Autant dire qu'il est, lui également, attendu au tournant. Cela fait bientôt dix ans que ses films reçoivent un accueil mitigé, après un début de carrière flamboyant.

Devil's Knot est l'adaptation du roman de Mara Leveritt, Devil's Knot: The True Story of the West Memphis Three, la chronique de trois adolescents condamnés à 18 ans de prison (ils viennent juste d'être libérés) pour avoir brutalement tuer trois enfants de 8 ans dans une forêt des environs de Memphis (Tennessee). On les soupçonnait notamment d'avoir tuer dans le cadre d'un rituel satanique.

Witherspoon interprétera la mère de l'une des trois victimes, Pam Hobbs, qui était à l'origine persuadée que les trois hommes étaient bien les coupables avant qu'elle ne doute de plus en plus de leur responsabilité dans cet odieux crime.

Cela fait cinq ans que Scott Derrickson et Paul Boardman (ils ont écrit ensemble L'exorcisme d'Emily Rose) travaillent sur le scénario. Même si les droits d'adaptation, selon Variety, ne sont pas signés, ils ont travaillé à partir des faits réels en signant des accords avec les personnes réellement impliquées dans ce procès très controversé et très médiatisé.

Peter Jackson a d'ailleurs produit un documentaire sur le sujet. West Memphis, d'Amy Berg sera présenté au prochain Festival de Sundance.

Le tournage du film d'Egoyan devrait commencer cet été.

Cannes 2011 : Qui est Jennifer Lawrence ?

Posté par MpM, le 17 mai 2011

Jennifer Lawrence a encore peu tourné, et pourtant son nom est déjà bien gravé dans les esprits. Sûrement parce que ses choix, audacieux, se sont souvent avérés excellents. C'est en effet en 2008 que l'on a découvert cette jeune fille blonde au caractère bien trempé dans le premier film de Guillermo Arriaga, Loin de la terre brûlée. C'est son premier rôle au cinéma, et on ne voit qu'elle, adolescente révoltée qui prend son destin en mains pour ne pas finir comme les adultes résignés qui l'entourent. A Venise, où le film est présenté, elle reçoit le Prix Marcello Mastroianni du meilleur jeune espoir. Amplement mérité.

Si avant ce film, elle était apparue dans divers séries (The Bill Engvall Show, Cold case, Medium…), après, elle prend son temps pour rebondir et se concentre presque exclusivement sur deux films : The beaver (Le complexe du castor) de Jodie Foster, aux côtés de Mel Gibson, et Winter's bone de Debra Granick. Le premier a mis presque deux ans à sortir, à cause des dérapages de Mel Gibson, et arrive à Cannes à la fois précédé par ce parfum de scandale extra-cinématographique, et auréolé d'une excellente réputation scénaristique.

Le second a fait sensation fin 2010 aux Etats-Unis et a offert à Jennifer Lawrence une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice. Oscar qui lui a échappé au profit de Natalie Portman, mais qu'elle méritait probablement autant, tant elle est envoûtante et magnétique dans le rôle de cette adolescente obstinée qui est prête à tout pour retrouver son père et sauver sa famille. Sous la caméra de Debra Granick, elle semble un ange miséricordieux qui prend des coups sans les rendre, mais sans jamais renoncer non plus. Une prestation comme on rencontre moins d'une douzaine par an.

Et dire que la jeune femme n'a jamais pris de cours de théâtre… Si elle en est là aujourd'hui, c'est uniquement grâce à son instinct (elle a décidé de devenir actrice à l'âge de 14 ans) et à sa force de persuasion (ses parents ont accepté de déménager à New York pour lui permettre de tenter sa chance). Aujourd'hui, tout semble donc possible pour elle. On la reverra dès le 1er juin dans le prequel d'X-men (Le commencement), où elle interprète la fameuse Mystique, capable de prendre toutes les apparences possibles, et prochainement dans la comédie romantique Like crazy de Drake Doremus où elle tient un rôle secondaire aux côtés de Felicity Jones.

Bien sûr, elle ne manque par ailleurs pas de projets, tels House at the End of the Street de Mark Tonderai ou The hunger games de Gary Ross, mais on lui souhaite surtout de ne se laisser enfermer dans aucun style, et de retrouver très vite un réalisateur capable de lui confier un rôle à la hauteur de son incontestable talent.

L’homme d’à côté : mon voisin, ce tyran

Posté par Sarah, le 2 mai 2011

"J'ai juste besoin d'un petit rayon de soleil, que tu n'utiliseras même pas !"

L'histoire : Leonardo est un architecte qui vit avec sa famille dans l'unique bâtiment construit par Le Corbusier en Amérique Latine : la maison Curutchet à Buenos Aires. Un matin, il est réveillé par un bruit obsédant, comme si on perçait un mur ... Le film a reçu le prix du meilleur film au Festival de Mar Del plata, celui de la meilleure photographie à Sundance, le prix du public aux Rencontres des Cinémas d'Amérique Latine de Toulouse et cinq prix aux Premios Sur 2010.l Hombre de al Lado

Notre avis : Le film commence par des bruits de perceuse. On entend, puis on voit quelqu'un trouer un  mur blanc. C'est autour de cet orifice que toute l'intrigue va tourner. On ne verra pas la vie de Leonardo avant l'incident qui va changer le cours de sa vie. En effet, son voisin Victor a décidé de construire une fenêtre qui donnera directement dans la maison de Leonardo, de sa femme Anna et sa fille Lola. Dès ce moment-là, une relation particulière va se nouer entre les deux personnages, entre rapport de force, attraction et répulsion.

Les deux acteurs principaux, Rafael Spregelburg (Leonardo) et Daniel Aráoz (Victor), tous deux issus de deux milieux différents (respectivement le théâtre et la télévision) ont réussi à créer à l'écran une alchimie d'un genre spécial entre leurs personnages. Dès le début, on comprend la fracture entre le monde de l'intellectuel, imbu de lui-même, mais faible, et le voisin issu de souche populaire, macho et manipulateur. Leonardo est peut-être célèbre et demandé dans son travail, mais chez lui, c'est sa femme qui porte la culotte, et sa fille ne lui adresse jamais la parole. De fait, c'est Anna qui veut absolument que la fenêtre soit rebouchée. Leonardo admettra lui-même à son voisin de cour qu'il ne voit pas réellement le problème. Cependant dès que les travaux commencent, une danse incessante va se jouer entre eux, mêlant manipulation, tactique de persuasion et menaces.

Le film des deux réalisateurs argentins Mariano Cohn et Gastón Duprat, est à lire sur plusieurs niveaux. L'univers qui entoure Leonardo est très bien décrit. Sa femme le mène par le bout du nez et il est ridicule de lâcheté, tant devant ses amis que devant son voisin. Ce dernier est décrit comme un bourrin, accro au maté et qui n'a aucune culture. Pourtant il va offrir de nombreux cadeaux à son voisin, qu'il va considérer de façon inquiétante comme son grand ami. Il est aussi le seul qui arrive à arracher un sourire à la fille de Leonardo en improvisant des spectacles décalés qu'elle observe depuis sa maison.

Autour d'un banal conflit entre voisin, les réalisateurs ont réussi à faire un film drôle, satirique et inquiétant sur la violence. En effet celle-ci est partout : dans le bruit de la perceuse, dans les paroles agressives que s'échangent Anna et Leonardo, dans les silences pesants de Lola ou encore dans la relation entre Leonardo et Victor qui relève tantôt de la séduction tantôt de la manipulation. C'est aussi toute une partie de la société argentine qui passe au vitriol. Les amis snobinards de Leonardo sont moqués, la bonne est remerciée de ses services par des cadeaux dont personne ne veut et Victor est dépeint comme un über mâle qui chasse, boit et couche avec des jeunes femmes. L'autre pendant de la violence est la peur. En effet, les habitants de la maison Curutchet ont peur d'être envahi par leur voisin à cause d'une fenêtre, alors qu'en fait il va réussir à s'immiscer dans leur vie et à changer l'équilibre qui était le leur par d'autres moyens. Un film intelligent, inattendu et quelque peu anxiogène.

Quelques jours de répit : une parenthèse enchantée

Posté par Sarah, le 26 avril 2011

quelques jours de répit« - Si le train n’avait pas eu de retard, tu m'aurais attendu ?
- J'serais parti, les pédés comme toi, comme moi, en Iran, ils sont pendus. J'avais pas envie de mourir comme ça
. »

L'histoire : Deux hommes qui s’aiment et qui, pour vivre librement leur homosexualité, ont fui leur pays, la République Islamique d’Iran, et arrivent clandestinement en France ; une femme d’un certain âge qui n’attend plus rien de la vie. Une rencontre qui va bouleverser leurs destins…

Notre avis : Quelques jours de répit est un « petit » film comme il n’en existe sûrement pas assez, qui raconte énormément de choses en toute simplicité. Petit film car le réalisateur Amor Hakkar avait très peu de moyens : une équipe réduite avec trois acteurs principaux, un budget limité et une seule semaine de tournage. Mais la richesse de son propos n'en a pas été affectée. On suit deux Iraniens homosexuels qui quittent leur pays pour la France, car chez eux ils risquent la peine de mort. Ils atterrissent dans le Jura, à Saint-Claude, mais étant sans papiers, ils veulent absolument rejoindre la capitale où ils pourront se fondre dans la foule anonyme. Une rencontre avec une locale, Yolande, interprété par la grande Marina Vlady, va les pousser à rester et ils vont vivre quelques jours de répit.

Amor Hakkar, qui joue aussi le rôle d'Hossein, fait passer beaucoup d'émotion avec peu de mots et une histoire assez simple sur le fond. En effet, il aborde plusieurs sujets tabous. Deux hommes qui s'aiment, ce qui est encore jugé comme un crime dans certains pays, et qui optent pour la fuite comme seule alternative à la mort. C'est dans cette petite ville de montagne qu'Hossein et Samir (joué par Samir Guesmi) vont trouver refuge, un peu par hasard. Le deuxième sujet tabou reste que l'amour non plus n'a pas d'âge. Yolande a une soixantaine d'années et elle va elle aussi reprendre goût à la vie à travers son amours pour Hossein. Enfin, le film aborde fondamentalement le thème de la solitude (des personnes âgées, des ruraux, des femmes seules) qui est rarement traité au cinéma avec une telle sensibilité.

Après son deuxième long-métrage, La maison jaune, Amor Hakkar a su trouver le ton juste pour aborder toutes ces thématiques « lourdes » sans pour autant plomber le spectateur ni la mise en scène. Il a d'ailleurs su convaincre car le film a été sélectionné au Festival américain de films indépendants Sundance et pour le Movie that Matters festival.

Il est vrai qu'on se sent touché par la poésie et la retenue du film. La rareté des dialogues est compensée par le surréalisme de certaines scènes comme lorsqu’une pianiste donne un concert dans un village désert. La bande-son est très importante aussi, réalisée par Joseph Macera, les chansons sont belles et les paroles cruellement justes. Mais au fond, tout passe par le regard et les gestes des personnages. Même si la gravité ne lâche jamais le film, cette histoire d'amour, cette pause dans ce village, est ce qui pouvait arriver de mieux à ces trois personnages. Au fond, Amor Hakkar nous dit aussi que les petits hasards sont peut-être ceux qui comptent le plus dans une vie.