Le film fantôme de Stanley Kubrick

Posté par vincy, le 23 août 2009

aryanpapers.jpgOù l’on reparle d’un projet avorté de feu Stanley Kubrick, dix ans après la mort et le dernier film du Maître.
Ce film s’appelait Aryan Papers. Adaptation du roman en partie autobiographique de Louis Begley, Wartime Lies (en français Une éducation polonaise). On doit à l’écrivain le roman Monsieur Schmidt qui avait donné le film éponyme d’Alexander Payne.

Le cinéaste prend contact avec la République Tchèque pour tourner le film. Un premier scénario est écrit, l’histoire d’une jeune femme juive sa nièce et son neveu qui se font passer pour ces chrétiens dans une Pologne nazifiée.

Kubrick avait tourné un gros quart d’heure de films et avait fait des séances d’essai en costume avec l’actrice Johanna ter Steege dans le rôle principal de Tania. Néerlandaise, on l’a vue dans des films comme L’homme qui voulait savoir, Vincent & Theo, Immortal Beloved… La jeune Uma Thurman devait jouer la nièce et Joseph Mazzello le garçon, qui incarne l’auteur Louis Begley. Le livre est raconté à travers ses yeux.
Il abandonna ce projet, parmi d’autres, quand il a vu le succès de La liste de Schindler de Steven Spielberg. Kubrick le vécu comme un échec, tant il s’était impliqué dans l’histoire, et entra alors en dépression. Il avait commencé à travaillé sur ce thème dessus en 1976, envisageant même de faire un film sur l’industrie de propagande du cinéma nazi. C’est lors de ses recherches qu’il est tombé sur le roman de Louis Begley.
Le producteur de Kubrick, par ailleurs son beau-frère, Jan Harlan espère convaincre la Warner de concrétiser ce projet. Le studio voudrait confier le film à Ang Lee. Mais le cinéaste a déjà deux gros projets en route… Tout cela explique pourquoi on a dévoilé plus tôt dans l’année les archives de Kubrick concernant ce film, et relançant ainsi les espoirs de mise en production. Harlan explique que le script est plutôt risqué, avec de nombeux passages silencieux et dramatiques.

Ce ne sera pas le premier concept de Kubrick a être réalisé de manière posthume puisque c’était déjà le cas de A.I. Intelligence artificielle, de Steven Spielberg. De même le scénario longtemps perdu de Lunatic at Large, écrit dans les années 50 et retrouvé en 2006, devrait être adapté prochainement. Quatre autres scripts existent dans les Archives.

Un autre regard sur Star Trek

Posté par christophe, le 31 mai 2009

Christophe Train fut l’un des collaborateurs les plus importants de l’histoire d’Ecran Noir. Il participa au site de 1997 à 2000, couvrant le festival de Cannes en 1997 et 1998 avec Vincy Thomas. Christophe est aussi un grand fan de la série “Star Trek”, un pur “trekky”. Cela explique pourquoi nous diffusons sa vision du dernier film de J.J. Abrams. Star Trek, avec plus de 200 millions de $ au compteur au mois de mai, fut aussi le film le plus vu en Amérique du Nord durant les cinq premiers mois de l’année.

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Onzième épisode sur grand écran du feuilleton culte éponyme (créé en 1966), Star Trek relance un intérêt évident pour cette saga avec la caméra de J.J. Abrams, le créateur de la série Lost. Star Trek était accusé d’être ringard, trop littéraire (voire Shakespearien), sans action, pour ne pas dire ennuyeux : ceux-là peuvent revoir leur copie.

Le metteur en scène réussit l’exploit (incroyable) de séduire les plus ardents admirateurs de la saga (dont je suis) comme ceux qui n’en ont jamais été vraiment fans, tout en réinventant le mythe. Une véritable Odyssée spatiale ! Ce récit - en forme de “prequel” à tout ce qui suivra - adopte néanmoins le principe de la “revisitation” thématique de la franchise (TV et cinéma) dans sa totalité. Est-ce à dire que J.J. Abrams en profite pour tout chambouler de A à Z ? Non, absolument pas ! Ilconstruit un autre univers dans lequel sa vision de Star Trek s’émancipe, à la manière d’un Batman par Christopher Nolan qui n’avait rien en commun avec celui de Burton.

Star Trek 11 ou 1bis (selon) évoque la jeunesse et la rencontre de Kirk et Spock, qui apprennent à dépasser leur rivalité, pour contrecarrer les noirs desseins de Nero, un Romulien animé par un désir de vengeance. L’intrigue réserve quelques surprises malicieuses. Ainsi, l’acteur Leonard Nimoy, l’historique Monsieur Spock de la série, est invité à endosser une nouvelle fois, à 78 ans, sa panoplie de Vulcain aux oreilles pointues.

J.J. Abrams a fait un film fabuleux qui excelle en tout point, de mon point de vue. Le plus grand soin a été pris pour être respectueux de la franchise et des personnages créés par Gene Roddenberry au cours des années 60. Techniquement, tout est bon. Le son et les images sont superbes. Les (jeunes) acteurs, plus ou moins connus du grand public, interprètent leur personnage avec justesse. Bref un blockbuster calibré et formaté pour séduire une nouvelle génération de spectateurs. Car, au-delà du respect pour la franchise “Star Trek” dont fait preuve J.J. Abrams dans chaque plan, la troupe (Zachary Quinto, Simon Pegg, Eric Bana, Karl Urban, et le mésestimé Bruce Greenwood) solidifie l’ensemble.

Evidemment ce Star Trek et son classicisme formel nous renvoient à la Science-Fiction cinématographique des années soixante, balayée en son temps par le chef d’oeuvre de Kubrick (2001, L’Odyssée de l’Espace). En cela, on remonte le temps aussi bien dans l’histoire que dans la forme. J.J. Abrams a dépoussiéré les machines mais n’a pas eu la vision nécessaire pour faire de Star Trek un film de SF de référence pour la décennie qui suit. Prudence de l’auteur ou exigences des studios?

Pourtant, malgré cela, et contrairement à mes amis d’Ecran Noir, ce nouveau chapitre de la moribonde franchise “Star Trek” se révèle une authentique réussite. Car grâce à cette régénérescence, Star Trek est de nouveau “tendance” même les Inrocks en ont fait leur couverture!) et ne connaît pas la crise de la quarantaine.

Il ne vous reste plus qu’à vous téléporter dans une salle de cinéma pour essayer de comprendre le culte mondial autour de cette série, à la fois “vintage” et indémodable.

Mange, ceci est mon corps: recherche d’identité

Posté par geoffroy, le 8 juillet 2008

mange_1.jpgSortie prévue mi- 8 octobre 2008 

Interview de Michelange Quay

Synopsis: Haïti, île noire, solitaire, abandonnée à sa pauvreté et à sa misère. Madame, une femme blanche, vit un fantasme où elle enseigne, inspire et nourrit les masses damnées de la terre. Elle est en réalité entièrement coupée d’elles - à la mesure des continents. L’éveil du désir entre Madame et son serviteur noir, Patrick, va l’emmener au-delà de son isolement vers la réalité d’Haïti. Pour la première fois, elle va voir et entendre cette terre et son peuple, découvrir la vérité de son corps et faire face à sa propre mortalité.

Notre avis: Si Mange, ceci est mon corps est un film personnel au sens intime du terme, il n’hésite pas à délivrer des messages universels sur la valeur du regard, du jugement et de l’interprétation.  Loin de toute structure narrative classique, il s’agit d’une expérience visuelle entre poésie et abstraction. Les êtres s’y meuvent dans un temps organique et philosophique qui suppose l’expression d’une grammaire cinématographique retravaillée, triturée, conceptualisée et dont l’appropriation devient le leitmotiv de sa réussite. Cri lancinant d’un cinéaste à la recherche de sa propre interrogation, les sons, les images et les rythmes transforment les réponses supposées en questions sur ce que nous sommes. Nos relations, nos origines, nos attirances et nos folies font de ce poème vivant un long-métrage étonnant qui ne trace aucune direction mais ouvre des itinéraires.  

Voyage au dessus des hommes, le premier plan est tout simplement splendide. La vue aérienne part de la mer pour survoler les terres d’une île, Haïti, et ses bidonvilles, ses flancs de montagnes, ses cours d’eau et ses villages. La caméra finit sa course en glissant doucement, comme au ralenti, sur le ventre d’une femme enceinte au point d’accoucher. Symbole de vie, les éléments répondent aux êtres ; la douleur à l’espoir. Lieu physique de cette appropriation, il est ce départ vers un chemin sinueux mais envoûtant où les vérités ne sont ni données, ni simples. Si rien n’est figé, la valeur multiple des interprétations sonne comme un écho à chaque intime interpellé. A la suite d’une fête vaudou, nous suivons des enfants en file indienne parcourir le paysage pour se retrouver devant une maison de maître en pleine campagne française. Ellipse. Raccord. Passage d’une historicité concentrée en un lieu unique. Antichambre symbolique à même de structurer les différents messages d’un cinéma en construction, la maison est un espace fantasmatique où le blanc se mélange au noir, le noir devient le blanc tout comme le fatalisme côtoie l’espérance. Par un jeu de couloirs, de miroirs, de portes et de points de vue entre quatre entités, Michelange Quay structure un film fermé, presque claustrophobe car concentré dans l’inconscient de son auteur. Dans une scène fascinante, la mère et le domestique ne font plus qu’un et finissent par évoquer la schizophrénie d’une humanité souvent aveugle, craintive et possédée par la passion. Kubrick n’est plus très loin.
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AFI (11). Films épiques : Le Roi Lean

Posté par vincy, le 8 juillet 2008

lawrence.jpgAvouons-le, on pensait y voir Le Pont de la Rivière Kwai, Docteur Jivago, La fille de Ryan… Il n’y aura que Laurence d’Arabie, en première place. Un film pour rassembler une œuvre. Celle de David Lean, le réalisateur qui  a transformé le genre, en le faisant passer des films mythologiques à des films humanistes. Cela explique la schizophrénie du top 10. D’un côté les Ben Hur (William Wyler, 2e), Autant en emporte le Vent (Victor Fleming, 4e), Spartacus (Stanley Kubrick, 5e), Titanic (James Cameron, 6e) et Les dix commandements (Cecil B. De Mille, 10e). Du mastodonte. De l’autre, la révolution rouge de Warren Beatty (Reds, 9e), les traumas de la première guerre mondiale (All is Quiet on the Western front, 7e) et surtout les tourments destructeurs de la seconde guerre mondiale, tous deux signés Steven Spielberg : Il faut sauver le soldat Ryan (8e) et La liste Schindler (3e). Un véritable sacre pour le réalisateur qui, au moment de L’empire du soleil, confessait que son film référence en la matière était… Laurence d’Arabie.

Notre avis : Obsolétant les péplums, sublimant le scope et défiant les limites du cinéma, Laurence d’Arabie est une leçon de cinéma, de philosophie et même de politique. Inaltérable.

AFI (5). Science-fiction : Kubrick, maître des étoiles

Posté par vincy, le 30 juin 2008

2001.jpgZemeckis, Spielberg, Lucas, Cameron sont évidemment présents dans les dix meilleurs films de SF. Mais ils sont dépassés par Ridley Scott qui classe deux films (Blade Runner, 6e et Alien, 7e) parmi les dix. Et surtout par Stanley Kubrick. Maître du genre avec Orange mécanique (4e) et avant tout 2001 L’odyssée de l’espace (1968), premier du Top. Il devance ainsi Star Wars (Episode IV, 1977), sans doute par son antériorité et son ambition, et E.T. l’Extra-terrestre (1982). Nulle trace de Rencontres du troisième type. Aucun film postérieur à Retour vers le futur (1985, 10e) et Terminator 2 (1991, 8e).  La science-fiction semble née dans les années 50 (en frôlant l’horreur) et morte dans les années 90 (en oubliant l’abstrait pour la comédie ou l’épique). Pourtant The Matrix avait été proposé…

Notre avis : Précurseur et OVNI, 2001, L’odyssée de l’espace est de toute façon l’un des plus grands films de cinéma. Le 3D devrait faire revivre le genre.

Prochain épisode : le western, la guerre des mâles

Cannes : Qui est Vinessa Shaw?

Posté par vincy, le 20 mai 2008

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Elle a des faux airs d’Hilary Swank quand elle sourit et un prénom où il ne faut pas oublier que le “a” n’existe pas. Vinessa Shaw est l’autre femme du film de James Gray, Two Lovers. Comme pour le Woody Allen de cette année, la star est blonde, l’inconnue qui nous séduit est brune.

James Gray a repéré Vinessa en regardant le sous-estimé 3 heures 10 pour Yuma. Il l’ a immédiatement choisie pour être Sandra, la femme “maternelle” qui draguera Joaquin Phoenix. Elle n’est plus tout à fait une inconnue. Depuis dix ans, cette femme de 32 ans n’arrête plus de tourner. Elle fut une jolie pute dans un Stanley Kubrick (Eyes Wide Shut), l’ex petite-amie de Josh Hartnett dans le raté 40 Days and 40 Night, dans le casting de Melinda and Melinda, un Woody Allen mineur. Depuis deux ans, elle est plutôt en tête d’affiche qu’en seconds rôles : des drames (Badland, Garden party) ou des films d’horreur (La colline a des yeux). Personnellement, elle n’a jamais vu le film, détestant les films d’horreur.

Elle a juste une facheuse manie quand elle parle : elle entrecoupe ses phrases de “You know“, continuellement…

2008, fin de l’Odyssée pour Arthur C. Clarke (1917-2008)

Posté par MpM, le 19 mars 2008

2001Avec la mort de l’écrivain Arthur C. Clarke, le monde de la science fiction perd l’un de ses plus fameux représentants. Lui qui écrivait depuis la fin des années 40 avait été véritablement révélé au grand public en 1968 grâce au film 2001, Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, inspiré de deux de ses nouvelles : La sentinelle et Encounter in the Dawn. L’auteur et le réalisateur avaient travaillé ensemble sur le scénario dont Clarke avait par la suite tiré un roman éponyme, puis une saga composée de quatre volumes (2001, 2010, 2061, 3001). En 1984, Peter Hyams avait d’ailleurs réalisé une suite à 2001 : 2010, l’année du premier contact, un film toutefois bien en deça du chef-d’œuvre de Kubrick.

Egalement scientifique et inventeur (on lui doit notamment le concept de satellite géostationnaire), il laisse une centaine de livres sur l’espace, la science et l’avenir. Parmi les plus connus, on peut citer la série des “Rama” (Rendez-vous avec Rama) et l’incroyable récit sur l’évolution de l’Humanité, Les enfants d’Icare. De quoi alimenter Hollywood en adaptations littéraires pendant un petit moment… même si, au vu du sort réservé à certains classiques de la science fiction comme Je suis une légende de Richard Matheson, on ne le lui souhaite pas forcément.

Sir Arthur avait formulé trois lois dont la seconde, “la seule façon de découvrir les limites du possible, c’est de s’aventurer un peu au-delà, dans l’impossible”, résume la manière dont il avait construit et son œuvre et son existence.