Quinzaine 50 : entretien avec Pierre-Henri Deleau – épisode 8, les liens avec la SRF

Posté par redaction, le 18 mai 2018

Héritière directe de ceux qui voulaient affranchir le cinéma de ses chaînes en 1968, la Quinzaine célèbre cette année sa 50e édition. L'occasion d'une promenade à son image - en toute liberté, et forcément subjective - dans une histoire chargée de découvertes, d'audaces, d’enthousiasmes, de coups de maîtres et de films devenus incontournables.

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Maître d'oeuvre des trente premières éditions de la Quinzaine, Pierre-Henri Deleau est considéré comme «l'âme» de la Quinzaine, celui qui a su donner une identité à cette section marquée par son éclectisme et ses choix aventureux et un goût sur sur pour un cinéma audacieux, dénué du conservatisme qui plombait les premières années de la sélection officielle du Festival de Cannes.

Merci à lui pour le temps qu'il nous a accordé pour ce long entretien que nous avons dévoilé sous forme de feuilleton, sur plusieurs jours, et dont voici le dernier épisode.

Quels étaient vos rapports avec la SRF [Société des Réalisateurs de Films] lorsque vous dirigiez la Quinzaine ?

Je n'en n'avais pas. Vous voyez, ma grande erreur est de ne pas avoir créé une association Quinzaine des Réalisateurs. La maison mère et juridique de la Quinzaine, c'est la SRF dont le président à l'époque était Robert Enrico.

J'ai été tout de suite membre de la SRF quand elle s'est créée, parce que j'étais assistant de Jacques Doniol Valcroze qui a créé la SRF. Il a pris deux secrétaires généraux adjoints, Jean-Daniel Simon, communiste, et moi, gaulliste. Il disait, comme ça, ça va s'équilibrer. C'est Doniol qui a choisi le nom de Quinzaine des réalisateurs. Il disait, «moi quand j'ai créé Les Cahiers du cinéma, c'était un format cahier, donc j'ai appelé ça Les Cahiers du cinéma» mais les metteurs en scène ont eux choisi « cinéma en liberté ». Ça avait un côté révolutionnaire, du coup Valcroze a pris la décision de le sous-titrer quand même Quinzaine des réalisateurs parce que ça dure quinze jours et que nous sommes réalisateurs. Il avait dessiné un petit bonnet phrygien sur le I de liberté avec une cocarde. Pour se foutre d'eux. Il avait raison, il m'avait dit il faut un titre aussi simple que les Apiculteurs du Var. C'était gentil Cinéma en liberté, mais les gens ne le retenaient pas.

Très vite, au fur et à mesure que la Quinzaine a eu de plus en plus du succès, la SRF a commencé à me dire que je prenais pas assez de films français. Mais pour moi c'est une question de politesse qu'il n'y ait jamais plus de films français que la plus importante sélection étrangère. Pour être à Cannes, il faut être aussi bon que les films étrangers sélectionnés. Il y avait de plus en plus de candidatures. Moi, j'ai réduit le nombre de films français au fil des ans pour que les gens aient du temps pour rattraper les films. Ils ont alors commencé à me faire des emmerdements mais Doniol et Pierre Kast étaient là, donc ils me protégeaient, ils étaient ma garde rapprochée comme je disais. Alors du coup ils ont créé Perspectives du cinéma français au milieu des années 70, qu'ils ont confiée à Jacques Poitrenaud. Lequel Poitrenaud – qui n'était pas un grand metteur en scène au passage – s'est entouré d'une commission de réalisateurs pour choisir les films français. Évidemment, c'était des réalisateurs qui ne tournaient pas puisqu'il fallait être libre pour voir, entre mars et avril surtout, cinquante films français pour en prendre neuf-dix, mais ils avaient tendance à en prendre trop. Ils se servaient la soupe entre eux, si bien qu'au bout de cinq ans, Perspectives était totalement démonétisé. Les gens se demandaient mais pourquoi ont-ils pris ça ? Qu'est-ce que ça fait à Cannes ? Perspectives est mort de sa belle mort.

Vous ne vous en occupiez pas du tout ? Pourtant, vous aviez quand même des films français. Ça ne faisait pas doublon ?

Je n'avais rien à voir avec Perspectives. Au début, je continuais d'avoir le droit de prendre des films français et j'en prenais deux ou trois. Perspectives en prenait entre huit et dix. La critique à la fin faisait juste un papier récapitulatif de cette section en citant les rares qui étaient intéressants, si bien que Poitrenaud se défendait en disant que je prenais les meilleurs français – évidemment, les mêmes films étaient candidats aux deux – et que donc il ne pouvait pas exister. On m'a donc interdit de prendre des films français. Donc j'ai eu des années sans films français. La première année, j'ai hurlé. Et puis d'un seul coup je me suis dit «t'es complètement idiot ! te voilà complètement libre désormais !». Ça a en effet été la liberté absolue. Jusqu'au moment où Perspectives est mort de sa belle mort. Je suis rentré d'un voyage de prospection pour la Quinzaine, bien longtemps après. Le président était alors Denys Granier-Deferre qui me nomme soudain patron de Perspectives. Poitrenaud était viré. Il me l'avait déjà proposé et j'avais dit non, je ne reprends pas une image de marque si mauvaise. Ça le fait pas. Je suis allé le voir et lui ai dit 1) on change de nom, 2) je gère moi-même le budget, 3) il y a plus de commission, rien, ça n'existe plus, ça, sinon va te faire voir. Il a dit oui et j'ai fait cinémas en France. La première année, j'ai trouvé trois films et demi, parce qu'il y en avait un de 45mn de Bruno Podalydès. Pas plus que dans une sélection normale. Ça a hurlé mais ils étaient bons.

Vous avez suivi les sélections de vos successeurs ?

Non, pas tous. Et je ne suis jamais redescendu à Cannes. Je vois les films quand ils sortent à Paris. Pas tous, mais j'en vois un maximum. Je ne dis rien, mais il y a des films que je n'aurais pas pris. Mais quand j'aime comme I am not a witch l'an dernier, j'appelle Waintrop pour lui dire «là dis donc, tu m'en as bouché un coin ». Là j'étais fier de la Quinzaine. On a créé de vrais liens quand il a été nommé. Je vois 500 films par an, donc je vois des films de la Quinzaine, mais je n'ai croisé jamais les autres sélectionneurs.

Que pensez-vous du départ d'Edouard Waintrop, l'actuel délégué général de la Quinzaine ?

Ça me scandalise profondément. Des cinq délégués qui m'ont succédé en vingt ans, Marie-Pierre Macia pendant quatre ans, François Da Silva une seule année, Olivier Père six ans puis Frédéric Boyer deux, et lui ce sera sa septième, c'est le meilleur que j'ai vu. Attention, je dis ça de l'extérieur. Il a fait exister la Quinzaine à nouveau. Le communiqué de la SRF pour annoncer son départ, en gros, c'était «il l'a tellement rendu vivante que ça nous permet l'alternance !». Vous avez une équipe de foot qui gagne, vous virez les joueurs, vous ? Autrement dit, a contrario, s'il avait merdé ses Quinzaines, peut-être qu'ils l'auraient gardé ? C'est grotesque de l'avoir viré alors que ça marche. Il n'est pas vieux, Waintrop, il n'a pas d'égo, c'est un historien, il a un réseau, la confiance des réalisateurs et a même a repris une partie de mon ancienne équipe. Je les ai tellement martyrisés ! François Da Dilva est parti de lui-même, il disait qu'il n'y arrivait pas. Marie-Pierre Macia, c'est Pascal Thomas qui l'a virée. Pascal, c'est un cinéphile. Cette année là, c'était sa quatrième année à elle. Il est descendu à Cannes, a vu tous les films de la Quinzaine puis, remonté à Paris, il m'appelle en me disant «mais tu ne peux pas savoir ce que j'ai vu ! C'est scandaleux, je veux la virer ! Est-ce que je peux le faire ?». Il n'avait pas regardé les statuts ! Je lui réponds qu'il peut, qu'il en a le pouvoir. Mais là c'était autre chose, c'était après coup. Il lui a dit qu'il ne renouvellerait pas son contrat.

Avec Waintrop, ça s'est passé avant sa dernière édition. La SRF l'a convoqué en amont de la cinquantième pour lui dire que, quoi qu'il arrive, ce serait sa dernière année. Et en plus le nom du nouveau délégué a été annoncé AVANT. Allez préparer une Quinzaine en sachant que vous êtes de tout façon viré et que votre remplaçant est déjà nommé ! Le procédé n'est pas élégant. Si, après la cinquantième, ils lui avaient dit, ben voilà, on ne te renouvelle pas, ok, mais pas comme ça et pas avant. Est-ce qu'il paye le fait d'avoir refusé des films de membres du conseil d'administration ? Je m'interroge. Ils lui reprochent d'avoir pris qui à leur place ? Philippe Garrel ? C'était son meilleur film ! D'avoir pris Bruno Dumont ? Mais ces gens là ne sont pas à la SRF, ce sont des indépendants. Vraiment, j'insiste, je trouve ça lamentable. Waintrop a été journaliste. Il avait de bons rapports avec la presse. Comme me le disait Michel Ciment, il y en a un qui doit être content, c'est Thierry Frémaux ! Car Waintrop lui résistait !

Vous avez arrêté de vous-même la Quinzaine ?

Oui, je suis parti car j'en avais marre. La SRF n'a jamais pensé à me foutre à la porte. Pas vraiment en tout cas. Après chaque édition, je devais faire un rapport moral et financier. Le rapport financier tenait en une ligne : « il n'y a pas de dette », tout comme le rapport moral : «c'était un bon festival, il a fait soleil, j'ai bronzé ». Je n'allais plus au conseil d'administration pour ne pas me faire engueuler. J'avais envie d'arrêter, j'avais moins d'appétence. À partir du moment où vous avez moins d'envie, vous ferez moins bien les choses. Et trente ans, c'était un chiffre rond. Le jour de la clôture de la Quinzaine, en 1998, j'ai annoncé à mon équipe que je m'en allais. Je suis revenu à Paris, j'ai fait ça légalement, avec lettre recommandée pour dire «trente ans, ça suffit, c'est beaucoup trop pour beaucoup d'entre vous, j'imagine, mais moi la vraie raison, c'est que j'en ai marre, allez, salut ! ». En plus la dernière année, j'ai tout raflé : la caméra d'or, le prix de la FIPRESCI, le prix des gaziers d'or. Il faut savoir partir, quoi. C'était une jolie aventure en tout cas. Moi, j'en garde un joli souvenir, malgré les problèmes avec le festival officiel. À la limite c'était stimulant, et pas grave au fond !

Propos recueillis par Pascal Le Duff de critique-film

Quinzaine 50 – naissance, balbutiements et réussites de la plus libre des sections cannoises

Posté par vincy, le 7 mai 2018

Héritière directe de ceux qui voulaient affranchir le cinéma de ses chaînes en 1968, la Quinzaine célèbre cette année sa 50e édition. L'occasion d'une promenade à son image - en toute liberté, et forcément subjective - dans une histoire chargée de découvertes, d'audaces, d’enthousiasmes, de coups de maîtres et de films devenus incontournables.

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"La Quinzaine des Réalisateurs est la plus libre des sections cannoises" rappelle Edouard Waintrop, son actuel délégué général. "Elle n'est tenue par aucune obligation. Ses préoccupations sont de faire connaître de nouveaux talents, surprendre avec des aspects nouveaux et inconnus de talents reconnus, varier les plaisirs, en un mot, montrer ce qu'il y a de plus excitant dans le cinéma mondial et ce qui affleure de plus intéressant dans ses nouveaux courants" explique-t-il.

Née en 1969, la manifestation est organisée en à peine plus de deux mois, même si son origine remonte aux événements de mai 1968. Née sur la lancée de l'arrêt de l'édition 68 du Festival de Cannes, la Société des Réalisateurs de Films (SRF) a été créée par des cinéastes « rebelles » (Godard, Truffaut, Costa-Gavras, Malle… ). Déjà unis dans le combat contre la décision de déloger Henri Langlois de la Cinémathèque Française, ils voient leur envie d'agir plus en profondeur scellée par cette interruption. François Truffaut appelle à des États généraux du cinéma qui mènent à de longs débats réunissant de nombreux participants de toutes les branches pour de multiples revendications sur la liberté de création, de production ou de diffusion… Le 14 juin 1968, la SRF naît officiellement, portée ainsi par l'idée de « défendre les libertés artistiques, morales, professionnelles et économiques du cinéma » et d'être « un instrument de combat ».

Contre-festival

Pour contrer la censure cinématographique qui a marqué les deux premières décennies du Festival, les réalisateurs ont plusieurs doléances : ils veulent un Festival sans tenue de soirée, doté d’un palmarès du public, avec accès gratuit aux projections et demandent également que la sélection soit choisie de manière indépendante. Le Festival de Cannes rejette leurs revendications et, à l'initiative du réalisateur Jean-Gabriel Albicocco qui représentait la SRF au Conseil d'administration du Festival de Cannes, la jeune association de cinéastes décide de créer un « contre-festival ». Albicocco expliquait en quoi il se sentait légitime pour faire des reproches à la sélection officielle : «Étant Cannois, j'avais connu tous les festivals, et c'était à travers eux que j'avais découvert, aimé et appris le cinéma. J'étais donc à même de juger combien cette manifestation ne répondait plus aux réalités cinématographiques du moment, sentiment qui était partagé par l'ensemble des réalisateurs que nous représentions ».

La Quinzaine naît officiellement sur la Croisette le 9 mai 1969. Grâce à la modification du calendrier, sa cinquantième édition s'ouvrira le même jour, 49 ans plus tard. En présence de Martin Scorsese, excusez du peu.

Durant 30 ans, la Quinzaine sera entre les mains de Pierre-Henri Deleau, placé à ce poste prestigieux par le bon soin de Jacques Doniol-Valcroze. C'est à cet éminent membre fondateur de la SRF qu'on doit ce nom d'une simplicité biblique : «La Quinzaine des Réalisateurs». L'appellation «Cinéma en liberté» est pourtant choisie pour nommer la manifestation la première année. Il parvient néanmoins à accoler la mention «Quinzaine des Réalisateurs» sur l'affiche-programme. L'histoire donnera raison au réalisateur de La Maison des Bories, critiques et public adoptant rapidement ce nom aussi clair que celui des Cahiers du Cinéma dont il est également l'auteur. Jacques Doniol-Valcroze était un bon porte-bonheur.

Après le départ volontaire de Deleau du poste de délégué général après 1998, les crises de direction sont régulières. Certaines années sont jugées trop faibles, l’équipement de l’ex Hilton et désormais Marriott vieillit. Mais avec Olivier Père (2004-2009) puis Edouard Waintrop (de 2012 à cette année), la sélection « off » continue bon an mal an à avoir du flair, à attirer un large public et à recevoir de belles critiques.

Record de Caméra d'or

La particularité de la Quinzaine est de mélanger les vétérans (la liste serait trop longue, de Bresson à Chahine en passant par Breillat, Goupil, Ivory, Fassbinder, les frères Taviani, Sembene, De Andrade, etc…) avec les jeunes talents, les cinémas inconnus avec les cinématographies réputées. Depuis 1969, les grands noms s’y sont succédé : futurs grands talents comme cinéastes légendaires. Si on prend la Caméra d’or, prix qui récompense depuis 1978 le meilleur premier film toutes sélections cannoises confondues, la Quinzaine a été distinguée quinze fois. Un record célébré en 2016 avec Divines qui permettait alors à la sélection de passer devant Un certain regard et ses 14 lauréats de l'époque.

Une sacrée sélection pour la première édition

Cela constituerait en soi un palmarès flatteur. Mais cela ne suffirait pas. Dès sa première édition, on note la présence des premiers films de Bob Rafelson, Head, et d'André Téchiné, Pauline s'en va, le deuxième film de Luc Moullet, Les contrebandières, le troisième film de Bernardo Bertolucci, Partner, un film de Roger Corman, The Trip, ou encore deux films de Nagisa Oshima, qui deviendra un abonné régulier de la sélection.

La Quinzaine a vocation à explorer le cinéma. Son générique projeté avant chaque film (et légèrement modifié chaque année par Olivier Jahan) prouve cette diversité. Nombreux sont les cinéastes qui y ont fait leurs débuts à Cannes, quand ce n'est pas carrément leur premier court ou long métrage qui a été présenté à la Quinzaine, bien avant qu'ils ne reçoivent une Palme, un Oscar, un César, ou qu'ils ne soient promus en sélection officielle, ou même qu'ils touchent un large public avec un succès populaire. Ils ont été sacrés par cette présence à l'écart de la sélection officielle. La Quinzaine les a anoblis et souvent révélés à travers leurs courts, moyens ou longs métrages.

Ces 80 cinéastes remarqués à la Quinzaine

Florilège à la Prévert : Werner Herzog, Werner Schroeter, Paul Vecchiali, Arturo Ripstein, Claude Miller, Philippe Garrel, Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, Lucian Pintilie, Volker Schlöndorff, Jacques Rozier, Alain Tanner, Laszlo Szabo, Ken Loach, Theo Angelopoulos, Otar Iosseliani, Patricio Guzman, Roy Andersson, Fred Schepisi, Benoît Jacquot, Michael Radford, Mike Newell, Wayne Wang, Spike Lee, Terence Davies, Mike Figgis, Michael Haneke, Roberto Benigni, Atom Egoyan, Bruno Podalydès, Guillaume Nicloux, Jacques Maillot, Bent Hamer, James Mangold, Todd Haynes, Catherine Corsini, Sergueï Bodrov, les frères Dardenne, Ferzan Ozpetek, Gaël Morel, Bruno Dumont, Djamel Bensalah, Todd Solondz, Jacques Nolot, Sébastien Lifshitz, Claire Simon, Paul Pawlikowski, Sólveig Anspach, Stéphane Brizé, Lee Chang-Dong, Alain Guiraudie, Mahamat-Saleh Haroun, Julie Lopes-Curval, Carlos Reygadas, Matteo Garrone, Lynne Ramsey, Pen-ek Ratanaruang, Bouli Lanners, Cristian Mungiu, Kornél Mundruczó, Eugène Green, Katell Quillévéré, Eric Khoo, João Pedro Rodrigues, Kleber Mendonça Filho, Corneliu Porumboiu, Yann Gonzalez, Nadine Labaki, Mia Hansen-Løve, Benny et Josh Safdie, Miguel Gomes, Albert Serra, Valérie Donzelli, Pablo Larrain, Michel Franco, Louis Garrel, Alice Rohrwacher...

Des signatures singulières, des cinéastes rattrapés et d'autres oubliés

Et puis on note des noms plus singuliers comme les chanteurs/auteurs/artistes John Lennon (1971) et Bob Dylan (1978), la photographe et écrivaine Susan Sontag (1969 et 1971), les romanciers Marguerite Duras (1976) et Emmanuel Carrère (2005), le metteur en scène de théâtre Robert Lepage (1995), l'acteur porno HPG (2006), l'auteur de BD Riad Sattouf (2009), les acteurs hollywoodiens Sean Penn, Tim Robbins, Steve Buscemi, Anjelica Huston, Tim Roth, Ethan Hawke ou John Turturro.

On remarque aussi que la Quinzaine a pris parfois le carrosse en marche avec des cinéastes tels Chantal Akerman, Brillante Mendoza, Aki Kaurismäki, Hou Hsiao-hsien, Hong Sangsoo, Takeshi Kitano, Jean-Pierre Mocky, Abderrahmane Sissako, Kiyoshi Kurosawa, Gregg Araki, Bertrand Bonello, Raoul Peck, Bong Joon-ho, Béla Tarr, Im Sang-soo, Amos Kollek, Sharunas Bartas, Shane Meadows, Ruben Östlund, Joachim Lafosse, Philippe Falardeau, Denis Villeneuve, Christophe Honoré ou Ang Lee.

On constate également que la Quinzaine a, comme les autres sélections cannoises, loupé de grands noms comme Pedro Almodovar, David Cronenberg ou ceux de la 5e génération chinoise des années 1980.
Qu'enfin, la section s'autorise à choisir parfois des films de genre (William Friedkin, Takashi Miike), des signatures arty (Alejandro Jodorowsky, Agnès Varda) ou à repêcher des auteurs réputés (Arnaud Desplechin, Céline Sciamma) pour remplir sa mission d'éclectisme.

De George Lucas à Ma vie de Courgette

Pour compléter cette longue liste de découvertes, il faut ajouter quelques très beaux coups qui ont frappé l'histoire de la sélection au fil des ans: George Lucas avec THX1138 en 1971, Michael Apted dès son premier film, The Triple Echo, en 1973, Jacques Rivette avec Céline et Julie vont en bateau en 1974, Martin Scorsese avec Mean Streets en 1974 toujours, Nagisa Oshima avec L'empire des sens en 1976, Manoel De Oliveira avec Francisca en 1981, qui amorce la renaissance du cinéaste portugais, Stephen Frears avec The Hit en 1984 puis The Snapper en 1993, Susan Seidelman avec Recherche Susan Désespérément (et Madonna dans son premier rôle) en 1985, Denys Arcand avec Le déclin de l'Empire américain en 1986, Shekhar Kapur avec La Reine des bandits et P.J. Hogan avec Muriel's Wedding en 1994 (sans doute l'une des plus belles années de la sélection), Sandrine Veysset avec Y aura t’il de la neige à Noël ? en 1996, Sofia Coppola avec The Virgin Suicides en 1999, Stephen Daldry avec Billy Elliot en 2000, Jean-François Pouliot avec La grande séduction en 2003, Michel Ocelot avec Azur et Asmar en 2006, Xavier Dolan et son premier long J'ai tué ma mère et Francis Ford Coppola qui signait son retour avec Tetro en 2009, Noémie Lvovsky avec Camille Redouble en 2012, les films d'animation Ernest et Célestine (2012) et Ma vie de Courgette (2016), Guillaume Gallienne avec Les garçons et Guillaume à table! en 2013, Damien Chazelle avec Whiplash en 2014, Philippe Faucon avec Fatima et Deniz Gamze Ergüven avec Mustang en 2015.

Un palmarès finalement assez exceptionnel pour une sélection sans réel palmarès. Il y a  beaucoup de grands festivals qui aimeraient avoir ce catalogue cinématographique.

Pour plus de détails sur la création de la SRF et de la Quinzaine des Réalisateurs, nous recommandons les ouvrages «La S.R.F. et la Quinzaine des Réalisateurs : une construction d’identité collective» d'Olivier Thévenin, publié en 2008 l'année de la quarantième édition et «Quinzaine des réalisateurs : les jeunes années, 1967-1975» de Bruno Icher, édité cette année.

Avec la participation de Pascal Le Duff de Critique-Film

Paolo Moretti, nouveau délégué général de la Quinzaine

Posté par vincy, le 2 mars 2018

Depuis novembre, on savait que la Quinzaine des réalisateurs allait changer de délégué général à partir de son édition de 2019.

La sélection parallèle cannoise a rendu son verdict: "A l’issue d’un processus de recrutement en trois tours, réunissant pour la décision finale son conseil d’administration, la SRF a élu le nouveau délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs en la personne de Paolo Moretti."

Paolo Moretti prendra ses fonctions en novembre 2018, succédant ainsi à Edouard Waintrop.

Né en 1975 en Italie, il a travaillé pour de nombreux festivals et institutions cinématographiques en Europe: le Centre Pompidou à Paris, la Filmoteca Española à Madrid, le Festival international du film de Leeds, la Cinémathèque Portugaise à Lisbonne, One World à Prague et le Cinéma du Réel. Il a été entre 2008 et 2011, adjoint du directeur et conseiller de programmation de la Mostra de Venise, notamment pour la section Orizzonti, puis entre 2012 et 2013 il a pour le Festival du film de Rome (section CinemaXXI).

Membre depuis 2012 du Comité de sélection du FIDMarseille et programmateur pour Visions du Réel à Nyon, il est devenu en 2014 délégué général du Festival international du film de La Roche-sur-Yon et directeur du cinéma art et essai Le Concorde dans cette même ville. Il a également participé aux Etats généraux du Film Documentaire de Lussas.

La Quinzaine des réalisateurs fête sa cinquantième édition cette année.

La Quinzaine des Réalisateurs changera de délégué général en 2019

Posté par vincy, le 8 novembre 2017

La Société des réalisateurs de films confirme le maintien d'Edouard Waintrop pour la 50e édition de la Quinzaine des réalisateurs en tant que délégué général. Cependant, ela SRF annonce dans le même temps: "En tant que partisans de l'alternance, c'est cette réussite qui nous autorise aujourd'hui à faire le pari du changement en accueillant un nouveau profil à la tête de la Quinzaine 2019. Une nouvelle page de l’histoire du Festival de Cannes va s’écrire avec une nouvelle, un nouveau délégué.e général.e.".

Il est de coutume que le futur délégué général accompagne durant une édition précédant son mandat celui en poste. Il devrait donc être nommé d'ici le printemps. La fiche de poste sera envoyée dans deux semaines.

Cependant, "La Société des Réalisateurs de Films a renouvelé sa confiance à son délégué général Edouard Waintrop, pour la septième année consécutive. Nous sommes heureux qu’il soit le maître d’œuvre de ce moment important de notre histoire, qui connaît avec lui des années fastes en termes de visibilité, de fréquentation, de confiance des acteurs de l’industrie."

Une quinzaine très césarisée

Edouard Waintrop a en effet réussi à redorer le blason de la Quinzaine, qui a sélectionné quelques uns des meilleurs films des dernières années, en plus de faire découvrir de nouveaux talents récompensés par la suite. On lui doit quelques beaux coups comme Camille redouble, Ernest et Célestine, No, Les garçons et Guillaume, à Table!, Le géant égoïste, Bande de filles, Les combattants, P'Tit Quinquin, Whiplash, Fatima, Much loved, Mustang, Trois souvenirs de ma jeunesse, Divines, Ma vie de Courgette, etc...

La Quinzaine a connu cinq autres délégués : Pierre-Henri Deleau (1969-1999), Marie-Pierre Macia (1999-2003), François Da Silva (2003-2004), Olivier Père (2004-2010) et Frédéric Boyer (2010-2011).

Edito: Le Rouge et le Noir

Posté par redaction, le 19 octobre 2017

On peut voir rouge. L'affaire Weinstein est contagieuse: au Canada, au Royaume Uni, en attendant la France, les langues se délient et certaines personnalités médiatico-culturelles voient en quelques heures leur réputation anéantie. Si on ajoute la une de très mauvais goût, et de très grand cynisme, des Inrocks sur Bertrand Cantat, on pourrait facilement dire que la morale part en couilles à cause de mecs qui croient en avoir en tapant du poing ou en exhibant leur bide (on peut remplacer le d par un t).

Est-ce que cela suffira? Certes, les consciences sont réveillés. Les hashtags sur les réseaux montrent l'étendue de ce crime globalisé et si bien passé sous silence grâce à la domination masculine sur le système. Nul besoin de parler de porc - non pas parce qu'on est spéciste, mais les cochons ont un comportement moins bestial que ces humains -, un "me too" suffit pour quantifier l'ampleur de ce "mal" condamnable. Préférons la victimisation à l'insulte. Préférons aussi la nuance: tous les hommes ne sont pas des sales types libidineux (heureusement) et il est bon de rappeler que des hommes ont aussi été victimes de harcèlement ou d'agression sexuelle (homos ou hétéros).

Rien n'est simple dans cette histoire. Le mâle dominant se voit attaquer sur son talon d'Achille, situé dans le slip: le pénis, son second cerveau. Cela amène certains à faire des commentaires beaufs, en oubliant la souffrance des femmes qui ont du les subir. Cela provoque des réactions indignées ou des incompréhensions méprisantes, en oubliant que la dignité est du côté des victimes qui ont du se taire et ravaler leur colère. Il n'empêche: s'il est salutaire que tout le monde parle, peu importe le milieu professionnel, le pays, la grandeur du traumatisme, attention à ne pas franchir le pas entre dénonciation et délation, à ne pas amalgamer les véritables témoignages des règlements de compte hors-sujet. Cependant le cas monstrueux de Weinstein n'est que la pointe visible de l'iceberg.

De ce scandale, découle d'autres enjeux: une question d'inégalité (salariale pour commencer) entre sexes. Une question d'éducation (où les adultes ont leur part de responsabilité). Une question de société (à commencer par les médias régulièrement sexistes).

Et Le cinéma? Cette machine à fantasmes et reflet du réel, doit aussi réfléchir à la manière dont il fabrique notre vision du monde. Il est capable de militer contre la peine de mort, pour les droits des minorités, mais que fait-il pour les femmes?

De Potiche à Wonder Woman

Les responsabilités et les accès aux postes de réalisation et du scénario sont surtout concentrés dans le cinéma art et essai. Les films d'auteur sont d'ailleurs souvent plus intéressants dans le traitement du féminin (Numéro une, terriblement d'actualité, Jusqu'à la garde, Jeune femme) et affichent frontalement les problèmes d'une société machiste ou misogyne, ainsi que les abus divers, de la violence conjugale aux comportements dominateurs sexistes ou sexuels.

Mais qu'en est-il des blockbusters et des comédies, bref de ces films populaires qui impriment, marquent les consciences collectives? Jean-Pierre Bacri a récemment expliqué, sur France Inter, qu'il a du revoir le scénario du Sens de la fête, et demander aux auteurs de remplacer des personnages masculins par des rôles pour des femmes. Force est de constater que la femme reste, généralement, un second rôle, une potiche, un faire-valoir. Elle doit séduire avant tout. L'homme reste le héros. Il y a bien sur des exceptions et on peut souligner les efforts de Disney et de la littérature jeunesse (Divergente, Hunger Games, Harry Potter) qui impriment dans le cerveau des spectateurs l'image d'une femme puissante, libre, émancipée, et capable de se battre.

C'est donc une bataille culturelle qui s'engage, comme le rappelle La SRF (société des réalisateurs de films) qui trouve là "l'occasion inespérée de lever le voile sur une histoire souterraine que chacun a intégré comme étant légendaire, immémoriale. Une histoire d'inégalité entre les hommes et les femmes, entre les hommes blancs et les autres, les hétéro-normés et les autres, qui mène à des pratiques systémiques jusqu'à présent tolérées et qui sont en train de sombrer avec une certaine idée éculée de la masculinité. Une idée qui altère la communauté des hommes et leur nuit profondément. Nous savons aussi que cette histoire s’inscrit à l’intérieur de celle plus large encore des rapports de pouvoir." Elle ajoute : "Abus de pouvoir, centralisation du pouvoir dans les mains des mêmes, dérives sexuelles s'appuyant sur la part affective à l'œuvre dans le processus de fabrication des films, font de l'industrie du cinéma, qui est loin d'être la seule concernée, une vitrine éloquente de ces abus. La bataille culturelle qui s'annonce ne s'arrêtera pas à quelques têtes qui tombent, satisfaction trouble et temporaire à laquelle nous ne prenons pas plaisir. Elle se mènera sur le terrain de la redéfinition des postes de pouvoir, leur redistribution, leur diversification."

Du citoyen à l'Etat

Mais pas seulement. Car si l'on voit rouge, il ne faudrait pas que l'on broie du noir. Il est essentiel que la dénonciation ne se traduise pas en justice virtuelle populaire. La parole se libère. La souffrance se partage. Mais il est indispensable de passer à l'étape suivante. Du clavier et du #, cette vague doit mener aux tribunaux. La justice doit faire son travail et condamner les agresseurs et harceleurs. Ce n'est pas si simple: aider, accompagner, soutenir les victimes est un chemin de croix pour ne pas dire un calvaire. Il faut former la police, améliorer le suivi psychologique, et surtout faire évoluer les Lois (notamment les délais de prescription). Et cela ne suffira pas tant il est compliqué de "prouver" certains gestes, certains actes, tant nos sociétés et nos esprits sont imprégnés d'une culture patriarcale. Pas simple de passer du malsain au mâle sain.

La SACD a raison de rappeler que "le machisme, le sexisme et la violence ordinaire à l’encontre des femmes dépassent tous les clivages et traversent tous les secteurs professionnels et les milieux sociaux. Ils se déploient au cœur de notre société, dès l’école, dans l’univers professionnel et la sphère publique, dans les quartiers riches comme dans les cités sensibles, dans la rue comme dans l’intimité." Selon la société des auteurs, "La réponse ne peut être qu’éducative, politique et globale pour faire évoluer les mœurs et la société et mieux ancrer la lutte contre le sexisme et les agressions sexuelles au cœur de l’action publique."

En fait, la réponse est en chacun de nous. Nous ne devons plus être les témoins passifs de ce genre de comportements.

Le futur cinéma Etoile Voltaire à Paris retoqué par la justice

Posté par vincy, le 24 juin 2017

C'est un rebondissement inattendu que le Tribunal administratif a réservé à la Ville de Paris le 14 juin dernier. En effet, le projet emblématique du Cinéma Etoile Voltaire, qui devait s'installer dans une ancienne sous-station électrique dans le cadre de l'opération "Réinventer Paris", a été stoppé net. "La décision de la ville de Paris désignant le projet « Etoile Voltaire » de la société Etoile cinémas développement, comme lauréat de l’appel à projets « réinventer Paris » au titre du bâtiment sis 14 avenue Parmentier est annulée" explique le jugement.

Un jury beaucoup trop municipal

Selon le Tribunal, la mairie de Paris n'a pas respecté les règles qu'elle avait elle-même fixées: les noms des jurés chargés de sélectionner les finalistes n'ont ainsi jamais été révélés, tout comme ceux des jurés chargés de choisir le vainqueur. De plus, le Tribunal a souligné que le jury devait être international et s'avérait en fait essentiellement municipal, comme l'a souligné le jugement: "vingt trois membres votants ont effectivement assisté au jury, dont, en premier lieu, quinze élus municipaux, premier adjoint au maire, adjoints au maire pour huit d’entre eux, président de groupe politique au conseil de Paris pour cinq d’entre eux et maire du onzième arrondissement pour le dernier, en deuxième lieu, quatre personnes dénommées qui ont siégé, es qualité, respectivement, de président de la commission du vieux Paris, de directrice générale de l’atelier parisien d’urbanisme, de directeur général du pavillon de l’Arsenal et de représentant de « Paris & Co » et enfin quatre personnes siégeant en qualité « d’expert international » ; que les dix membres non votants prévus, dont trois étaient présents, selon la même liste d’émargement, ont tous la qualité de fonctionnaire de direction des services de la ville de Paris placés sous l’autorité hiérarchique de l’exécutif municipal."

Une contestation citoyenne validée

L'affaire avait été portée en justice fin 2015 par l'Association Le 14 avenue Parmentier, qui rassemble des riverains contestant l'attribution du marché et préférant un projet participatif et citoyen. Ils craignent aussi que le projet "dénature" le bâtiment patrimonial. Le Tribunal leur a donné raison sur "la procédure irrégulière" et a condamné la ville à verser 1000€ à l'Association.

L'Association de Défense pour l'Aménagement concerté de l'Avenue Parmentier (ACAP) était aussi vent debout contre ce projet: "C'était un simulacre de présentation ! La réunion a été obtenue au forceps... On soutient la mairie dans le projet de réhabilitation. Mais pas pour n'importe quoi... Nous ne voulons pas d’hypermarché du cinéma, mais un cinéma de quartier ! Ce sont les habitants qui doivent choisir le projet, pas les édiles... " avait déclaré sa présidente Valérie Robert dans Télérama.

La Mairie de Paris a décidé de faire appel.

Un projet retardé d'au moins un an

Il y avait 47 projets initialement puis 4 finalistes. Le projet lauréat est porté par Etoile Cinémas, qui devait déposer le permis de construire cet automne, le restaurateur Thierry Marx, la Société des Réalisateurs de films (SRF) qui voulait y installer son QG, la Bellevilloise, le psychanalyste Gérard Miller (proche de Jean-Luc Mélenchon) et l'architecte Olivier Palatre. Le cinéma devait avoir 5 salles (environ 500 fauteuils), mixant cinéma d'art et d'essai et films populaires, un restaurant en terrasse (qui oblige à surélevé le bâtiment) et un espace pour les événements et spectacles (lire notre article du 3 février 2016). Etoile Cinéma dispose déjà de trois cinémas à Paris: le Balzac (sur les Champs-Elysées), Lilas (au-dessus du périphérique) et Saint-Germain des Prés.

D'ores et déjà, l'ouverture est retardée d'un an si la Mairie gagne son appel du jugement. Initialement, le "Voltaire" devait ouvrir en 2019.

Le cinéaste tunisien Karim Belhadj arrêté pour « homosexualité »

Posté par vincy, le 27 mars 2017

La SRF (Société des réalisateurs de films) a annoncé ce lundi 28 mars que le cinéaste (engagé) tunisien Karim Belhadj avait été "arrêté le 13 mars 2017, à son domicile, en compagnie d’un homme qui a reconnu avoir eu une relation homosexuelle avec lui." "Sur cette base, le juge d'instruction a ordonné un test anal et a émis un mandat de dépôt contre eux" précise le communiqué.

"Les cinéastes de la SRF sont indignés, condamnent avec fermeté de telles pratiques et appellent à la libération immédiate des deux hommes" et rappelle que "Le test anal ordonné depuis quelques temps par les juges tunisiens est assimilé à un acte de torture."

Selon la SRF, les deux hommes sont actuellement incarcérés à la prison de Mornaguia. "L'article 230 du code pénal tunisien prévoit une peine de 3 ans d'emprisonnement pour les actes de sodomie."

Diplômé de l'institut maghrébin de cinéma (IMC) en 2001, puis de l'école supérieure des études cinématographiques (Essec) à Paris spécialité assistanat à la réalisation. Karim Belhadj a travaillé en tant qu'assistant sur plusieurs courts métrages et spots publicitaires. Après avoir réalisé S.O.S (2011), son premier documentaire, il a sorti son premier court métrage de fiction Case départ en 2012, avec le soutien du ministère de la culture, qui évoque la vie difficile des diplômés de l'enseignement supérieur en Tunisie.

Le Carrosse d’or 2017 pour Werner Herzog

Posté par vincy, le 6 février 2017

Le cinéaste allemand Werner Herzog recevra le Carrosse d'or 2017 a annoncé la Société des Réalisateurs de films (SRF) ce lundi 6 février. Le prix lui sera remi slors de l'ouverture de la Quinzaine des réalisateurs au prochain festival de Cannes.

"C'est le cinéaste infatigable, à l'activité permanente, jonglant entre les formats et les systèmes de production, abolissant les frontières entre fiction et documentaire, cinéma et télévision, raison et folie, que nous voudrions saluer" rappelle la SRF dans son communiqué. "Cette capacité unique, qui est la vôtre, à entraîner dans votre sillage les plus grandes stars hollywoodiennes, comme d'illustres anonymes, à imposer un ton et un regard qui vous sont propres, faisant fi de la morale et de la bien-pensance, osant rire de tout avec une insolence et une liberté aussi sidérantes que salutaires, mais aussi et surtout une profonde humanité" précise la lettre du conseil d'administration à l'attention du réalisateur.

En 1982, Werner Herzog a été récompensé par le Prix de la mise en scène du Festival de Cannes pour Fitzcarraldo. Il a aussi reçu l'Ours d'argent à Berlin en 1968 pour Signes de vie. réalisateur de 19 films, dont le récent salt and Fire sorti l'an dernier, et d'une quinzaine de documentaires, Herzog s'amuse aussi à être acteur dans des films aussi différents que ceux de Harmony Korine ou le premier opus de Jack Reacher avec Tom Cruise.

L'an dernier, la Société des Réalisateurs de films a distingué le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki. Jacques Rozier, Nanni Moretti, Alain Resnais, Jia Zhangke, Jane Campion, Jafar Panahi, Agnès Varda, Naomi Kawase, Ousmane Sembene, Nuri Bilge Ceylan, Jim Jarmusch, Clint Eastwood et David Cronenberg ont été les précédents lauréats de ce prix récompensant une œuvre audacieuse et intransigeante.

Cannes 2016: Aki Kaurismäki (enfin) récompensé par le Carrosse d’or

Posté par vincy, le 25 mars 2016

Pour le 15e Carrosse d'or de la SRF (Société des réalisateurs Français), les réalisateurs ont choisi le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki. On serait tenté de dire: enfin! Assurément l'un des plus brillants réalisateurs européens de ces trente dernières années - le Festival de Locarno lui avait d'ailleurs consacré une rétrospective intégrale en 2006 - Aki Kaurismäki est ainsi récompensé pour "les qualités novatrices de ses films, pour son audace et son intransigeance dans la mise en scène et la production".

Dans la lettre envoyée au réalisateur de L'homme sans passé et du Havre, le conseil d'administration de la SRF écrit: « Vos histoires sont des fables inspirées qui racontent les oubliés, les laissés pour compte, les excessifs, ceux qui n’ont pas le mode d’emploi. Vous les filmez à chaque fois avec économie, précision et grandeur, sans jamais renoncer à la fiction, à la poésie, voire au burlesque. En mettant en scène ces personnages vous leur donnez une place et vous les sauvez, car ceux qui ne sont pas racontés n’existent pas. Vos films, souvent mélancoliques mais jamais accablants, finissent toujours par trouver un combustible qui éclaire les nuits les plus noires et les penchants les plus sombres. Alcool, amour, amitié, gratuité ou hasard sauvent parfois vos personnages de l’ennui, du désespoir ou de la mort comme vos films sauvent les spectateurs de trop de normalité. Pour cela, pour la langueur et l’insolence de vos films, pour leur salutaire et tranquille subversion, nous voulons vous mettre à l’honneur, au moment même où se tient le plus grand événement cinéphile au monde. »

Réalisateur de 17 longs métrages de fiction, mais aussi de courts métrages, documentaire, téléfilm, et clips vidéos, Aki Kaurismäki est venu pour la première fois à Cannes avec Shadows in Paradise en 1987, à la Quinzaine des réalisateurs, qui le sélectionne de nouveau en 1994 avec Tatjana. En 1996, il est promu en compétition, qu'il ne quittera jamais, avec Au loin s'en vont les nuages (mention spéciale du jury oecuménique), suivi de L'homme sans passé en 2002 (Grand prix du jury, prix d'interprétation féminine, prix du jury oecuménique), Les lumières du faubourg (2006) et Le Havre en 2011 (Prix FIPRESCI, mention spéciale du jury écuménique et Prix Louis-Delluc quelques mois plus tard). Il également présenté à Un certain regard Ten Minutes Older et hors compétition Chacun son cinéma, deux oeuvres collectives. Il a également été sélectionné trois fois à Berlin (avec un Prix FIPRESCI en 1992 pour La vie de bohème) et une fois à Venise (J'ai engagé un tueur), nommé aux césar du meilleur film et du meilleur réalisateur (Le Havre) et à celui du meilleur film européen (L'homme sans passé). Sans oublier les Oscars finlandais, les Jussi où il a été couronné 14 fois (producteur, réalisateur ou/et scénariste).

Aki Kaurismäki prépare actuellement son prochain film, prévu pour 2017, Pakolainen (Réfugié).

Le Carrosse d'or lui sera remis à la Quinzaine des réalisateurs du prochain Festival de Cannes. Il succède à Jia Zhang-ke, Alain Resnais et Jane Campion.

Les professionnels s’insurgent contre la censure

Posté par vincy, le 4 février 2016

Suite à une nouvelle décision judiciaire concernant le visa d'exploitation d'un film (Antichrist hier, Bang Gang et Ken Park à leur tour menacés), le Syndicat de la Critique de cinéma , l'ARP (Société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs) et la SRF (Société des réalisateurs de films) ont décidé de réagir. Cela fait plusieurs mois que l'association Promouvoir, proche des milieux catholiques intégristes, gagnent les batailles judiciaires et imposent par voie de justice une règlementation beaucoup plus stricte sur les films, sous des prétextes moralistes. Les trois signataires interpellent la ministre de la Culture et de la Communication, qui, selon eux, ne peut pas attendre les résultats de la mission sur la modernisation du système de visa.

Le Syndicat français de la Critique de cinéma : "Après Baise-moi, Ken Park, Nymphomaniac, Saw 3D chapitre final, Love et La vie d'Adèle, Antichrist de Lars von Trier vient de voir, le 2 février dernier, son visa d'exploitation annulé par décision de la cour administrative d'appel sur une nouvelle requête de l'association Promouvoir, proche du milieu catholique intégriste. Bang Gang, une histoire d'amour moderne d'Eva Husson (photo) est à son tour menacé. Le Syndicat Français de la Critique de Cinéma en appelle à la ministre de la Culture, Madame Fleur Pellerin, et lui apporte tout son soutien dans l'objectif d'une modification des articles de loi qui contribuent à cet état de fait. Il faut que que cessent ce désaveu perpétuel des avis de la commission de classification et ces attaques répétées contre la création et les œuvres de cinéma."

Les cinéastes de l'ARP et de la SRF : "Nous sommes chaque fois atterrés de constater qu’un André Bonnet/Patrice André, représentant de « Promouvoir », association trouble, liberticide et extrémiste, peut décider seul de ce qu’on peut ou de ce qu’on ne peut pas voir en France.
Nous rappelons qu’il existe une Commission de classification, composée d’experts représentant les professionnels du cinéma, les familles, les enfants, la jeunesse, la justice, la santé et même l’intérieur. Cette Commission exerce déjà son rôle essentiel de garantir la protection des spectateurs. Il n’est plus tolérable qu’un seul homme puisse se servir de défauts existant dans nos textes au mépris de la légitimité et du travail de cette commission.

Antichrist hier encore, après La vie d’Adèle, Love, Nymphomaniac… et peut-être demain Bang gang (Une histoire d’amour moderne)… Il est ahurissant que tant de films, largement salués dans les plus grands festivals et qui n’ont heurté la sensibilité de personne, sinon les promoteurs d’un nouvel obscurantisme, puissent être interdits au public.
C’est notre vision du monde, et plus particulièrement de la France, qui est heurtée aujourd’hui, alors que la liberté de création est violemment bafouée.
Nous demandons donc à la Ministre Fleur Pellerin de prendre d’urgence les mesures issues des travaux confiés à Jean-François Mary sur la modernisation du système de visa. Elles permettront de rendre à la Commission de classification tout son sens et tout son poids.
Ce nouveau pas en arrière confirme encore une fois que l’urgence est bien réelle.
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