[Lumière 2019] Ken Loach, de la politique avant tout

Posté par Morgane, le 18 octobre 2019

Après avoir reçu le Prix Lumière en 2012, Ken Loach - 2 Palmes d'or et 3 César - est de retour à Lyon cette année. Il a présenté son nouveau film Sorry we missed you (en salles le 23 octobre) à l'Institut Lumière et a enchaîné avec une masterclasse à la Comédie Odéon, qu'il souhaitait politique. Clémentine Autain, députée France Insoumise de Seine Saint-Denis, l'accompagnait. Et Thierry Frémaux était là pour mener la discussion, avec Didier Allouch pour la traduction.

Besoin de parler de politique, du monde, plutôt que de cinéma
"Le monde est dangereux, l'économie s'écroule et les extrémismes de droite vont en profiter. On doit combattre cela de toutes les manières possibles. C'est la plus grande tâche, combattre sur tous les plans. Mais ce qui est encore plus important c'est de comprendre ce qui se passe. On a tous besoin ensemble de comprendre, de résister, et cela peut peut-être aussi se faire par le cinéma. Et la force que nous avons c'est que nous sommes nombreux et qu'ils sont peu!"

Ce combat passe par la vie quotidienne
"On doit célébrer la vie! Et les films doivent respecter la complexité de la vie. La vie évolue dans un contexte social et il existe un cordon ombilical qu'on ne peut pas couper entre notre vie privée et ce contexte social."

Sorry we missed you marche dans les pas de Moi, Daniel Blake
Pour Clémentine Autain, le dernier film de Ken Loach est celui qui l'a "le plus bouleversée. Moi, Daniel Blake c'était la bureaucratisation, ici c'est la concrétisation de l'ubérisation et de son mensonge. Le rêve d'indépendance tourne au cauchemar et tous les pans de la vie sont touchés." Ken Loach explique alors qu'après Moi, Daniel Blake, il était dans une banque alimentaire et qu'il n'y avait pas que des chômeurs mais également des travailleurs. "Aujourd'hui, 2/3 des nouveaux emplois sont précaires, sans aucune garantie. Vous travaillez un jour mais rien ne vous dit que vous travaillerez le lendemain. Cela date de Margaret Thatcher qui a mis à mal les syndicats et alors les emplois précaires ont commencé à se développer. Et c'est ainsi que le film (Sorry we missed you) a commencé. Le travail c'est comme un robinet soit ils l'ouvrent soit ils le ferment."

Thatcher, Blair et...
"Thatcher a dit que sa plus grande invention était Tony Blair et elle n'a même pas eu besoin de l'inventer! Tony Blair est un criminel pour avoir participé à la guerre en Irak qui est une guerre illégale. Pour cela il devrait être jugé à La Haye."

...le Brexit
"Le Brexit c'est une distraction. Les problèmes étaient là avec l'Union européenne et ils seront toujours là si on en sort. Et si Boris Johnson reste ils seront encore plus grands. Il y a quelques jours le film a été projeté à Paris dans une immense salle remplie d'activistes qui sont venus sur scène pour dire comment ils combattaient les inégalités, la précarité. L'espoir c'est tous ces combats. Mais les médias font tout pour détruire cet espoir. Ils ne parlent jamais de ces grèves. Il faut qu'elles se sachent pour que les combats se propagent!"

Ken Loach et la gauche
"Aujourd'hui la gauche est plus forte (en Angleterre) mais les affronts contre elle ont déjà débuté. Corbyn a été accusé de racisme alors qu'il est d'une immense intégrité. Si la gauche gagne les prochaines élections, chaque travailleur aura des droits dans son contrat de travail. Les privatisations cesseront immédiatement, tous les employés auront droit à la sécurité sociale. L'eau, le gaz, l'électricité, la poste... tout ça reviendra dans le domaine public avec des dirigeants locaux."

"Aujourd'hui le parti travailliste c'est plus de 500000 membres car il donne une réponse au besoin des gens et c'est pour ça que les attaques sont si fortes contre le parti de gauche. C'est un bon plan, essayez-le ici!"

Et de finir par cette phrase des syndicats américains "Agitate, educate, organize" et "défendez Jeremy Corbyn, envoyez-lui un message, soutenez-le!"

En deux heures, il faut avouer qu'il a surtout parler de politique. Mais après tout c'est tout le sujet de son cinéma...

Dinard 2019: Mike Leigh à l’honneur pour la 30e édition

Posté par vincy, le 5 septembre 2019

Pour sa 30e édition le Dinard Film Festival s'offre Mike Leigh - Palme d'or à Cannes et Lion d'or à Venise. Outre une rencontre avec le réalisateur, un hommage lui sera rendu et trois anciens films (Be Happy, Another Year, Mr Turner) seront diffusés. Mais c'est surtout la projection de son plus récent long métrage, Peterloo (Venise 2018), jamais distribué en France, qui fera l'événement du vendredi soir.

En ouverture, Dinard projettera Official Secrets de Gavin Hood (X-Men Origins: Wolverine), histoire vraie d'espionnage avec Keira Knightley, Matt Smith, Rhys Ifans et Ralph Fiennes. Hors compétition on pourra aussi voir Brighton de Stephen Cookson, Carmilla d'Emily Harris, Denmark d'Adrian Shergold, Fisherman's Friends de Chris Foggin, For Sama de Waad Al-Khateab & Edward Watts, présenté à Cannes, A Girl from Mogadishu de Mary McGuckian, Hope Gap de William Nicholson, avec Annette Bening et Bill Nighy, In Frabric de Peter Strickland, Postcards from the 48% de Daid Wilkinson, Red Joan de Trevor Nunn, avec Judi Dench et Wait and Sea de Simon Coss et Antoine Tracou. Deux films de la compétition cannoise seront aussi projetés: Sorry We Missed You de Ken Loach et Little Joe de Jessica Hausner. Ainsi que le nouveau film de Ben Wheatley, Happy New Year, Colin Burstead.

Le jury de Sandrine Bonnaire - Sveva Alviti, Sami Bouajila, Michael Caton-Jones, Jane Horrocks, Raphaël Personnaz, Aurélie Saada, Danièle Thompson et Hames Watkins - aura a choisir pour le Hitchcock d'or parmi ces films en compétition:

  • Animals de Sophie Hyde (Sundance 2019)
  • Only You de Harry Wootliff (Festival de Londres 2018)
  • Cordelia d'Adrian Shergold
  • The Keeper de Marcus Rosenmüller (Berlin 2019)
  • The Last Tree de Shola Amoo (Sundance 2019)
  • VS. de Ed Lilly
Shane Meadows, Farah Abushwesha, Phénix Brossard et Diane Garbrysiak seront en charge de choisir parmi les 10 courts métrages de la sélection Short Cuts. Une séance jeune public présentera Zébulon le dragon tandis que la mini-série The Virtues, succès du dernier Série Mania, sera projeté pour la première fois dans son intégralité. Le réalisateur Shane Meadows en profitera pour aller à la rencontre des festivaliers. Trois rencontres, trois masterclasses (dont une sur David Bowie!), et une exposition ("Drôle de cinéma") complèteront le programme de cette édition anniversaire.

Cannes 2019: Qui est Paul Laverty ?

Posté par vincy, le 19 mai 2019

Derrière les films de Ken Loach, il y a un autre homme. Paul Laverty, son scénariste. Il revient en compétition à Cannes avec Sorry, We Missed You, leur seizième collaboration en 23 ans. Laverty a déjà été récompensé à Cannes (Sweet Sixteen), Venise et San Sebastian. En plus de quatre nominations aux European Film Awards (et de trois autres aux Goyas espagnols).

Né il y a 62 ans à Calcutta, en Inde, d’un père écossais et d’une mère irlandaise, ce diplômé en philosophie (à Rome) est un globe-trotter. Il parcourt les plus grands festivals avec son acolyte Loach mais il travaille aussi entre Madrid, Londres et Glasgow. Après avoir débuté en tant qu’avocat en Ecosse, il est parti vivre en Amérique centrale, notamment en travaillant pour une ONG des droits de l’Homme, et à Los Angeles. C’est après ces séjours dans les Amériques qu’il rencontre Ken Loach. Son expérience au Nicaragua produira leur première association, avec Carla’s song, film sur la guerre des Sandinistes et ses conséquences. De la même manière, quatre ans plus tard, avec Bread and Roses, il a écrit un film faisant le lien entre ce qu’il a observé dans les faubourgs latinos de L.A. et une histoire sociale loachienne.

Son secret tient en effet dans la connaissance de l’humain. Il a expliqué il y a quelques années : « J'ai longtemps travaillé comme avocat. Quand vous vous rendez dans les tribunaux, vous êtes le témoin privilégié de la vie quotidienne de ces personnages. »

Ce tropisme hispanophone l’a conduit à trouver sa compagne, la réalisatrice Iciar Bollain. Car s’il est très fidèle à Loach dont il a écrit aussi bien ses longs métrages - My Name is Joe, Le vent se lève, Looking for Eric, La part des anges, Moi, Daniel Blake… - que ses courts pour les collectifs avec Olmi et Kiarostami, ou celui sur le 11 septembre 2001, il écrit aussi pour d’autres, à commencer pour son amie. Il a ainsi scénarisé Même la pluie, primé à Berlin et aux Arcs, L’Olivier et le biopic Yuli sur le danseur Carlos Acosta sorti l’an dernier.

Enfin, il s’est essayé au thriller avec Cargo, de Clive Gordon.

Paul Laverty a ce talent de "fictionnaliser" la réalité, de respecter ses personnages jusqu’au bout, et le goût, commun avec Loach, d’aspirer à une société plus juste. Observateur, qu’il écrive une comédie ou un drame, il puise toujours dans ce qu’il voit autour de lui, et souvent dans ce qui l’enrage. Avocat jusqu’au bout. Prêt à plaider des circonstances atténuantes pour tous les misérables.

Ken Loach en tournage

Posté par vincy, le 12 septembre 2018

Le magazine Screen a annoncé que Ken Loach a débuté le tournage de son 26e long métrage de fiction. Le cinéaste doublement palmé à Cannes (Le vent se lève en 2006 et Moi, Daniel Blake en 2016) a repris le chemin des plateaux le 11 septembre pour tourner Sorry We Missed you.

Coproduit par le réalisateur à travers sa société Sixteen Film, et par Why Not, Les Films du fleuve, le BFI et la BBC, le film se tourne dans la région de Newcastle. Le casting comprend Kris Hitchen, acteur rare et scénariste, et trois nouveaux visages, Debbie Honeywood, Rhys Stone et Katie Proctor.

L'histoire, écrite par son fidèle collaborateur Paul Laverty, renoue avec le drame social contemporain britannique: Une famille est confrontée une énorme dette suite à la crise financière de 2008, et va tenter de trouver un équilibre entre le quotidien sans argent et la vie de famille.

Avec une sortie prévue en 2019, on imagine que le film fera partie des prétendants du prochain Festival de Cannes.