Marceline Loridan-Ivens s’en va dans la nuit (1928-2018)

Posté par vincy, le 19 septembre 2018

© grassetNée le 19 mars 1928 sous le nom de Marceline Rozenberg, Marceline Loridan-Ivens (elle avait accolé les patronymes de ses deux époux) est morte le 18 septembre 2018 à l'âge de 90 ans, a-t-on appris cette nuit. Survivante des camps de concentration - elle avait été déportée en 1944 avec celle qui allait devenir son amie pour la vie, Simone Veil -, libérée par les Soviétiques, elle sera découverte en 1961 par le public lors d'un monologue - témoignage sur les camps dans le film de Jean Rouch et Edgar Morin, Chroniques d'un été.

Dès l'année suivante, elle coréalise avec Jean-Pierre Sergent son premier documentaire, Algérie, année zéro. Internationaliste, universaliste, humaniste, pacifique, toujours libre et toujours en colère contre les diverses haines, elle signera ensuite quatre documentaires avec son mari Joris Ivens (Le 17e parallèle en 1968, Comment Yukong déplaça les montagnes en 1976, Les Kazaks en 1977 et Les Ouigours la même année). Toujours avec lui, elle coréalise un court métrage, Une histoire de ballon, lycée n°31 Pékin en 1976 - qui reçoit le César du meilleur court métrage documentaire. Elle coécrit aussi le docu-fiction de Joris Ivens, en 1988, Une histoire de vent. Les peuples des pays communistes sont au cœur de leur œuvre.

En 2003, elle réalise en solo son seul film de fiction, La Petite Prairie aux bouleaux. Avec Anouk Aimée dans le rôle principal, la cinéaste raconte l'histoire d'une déportée qui revient pour la première fois en Europe depuis la libération des camps à l'occasion de la commémoration annuelle des anciens d'Auschwitz.

Marceline Loridan-Ivens a aussi été actrice, on l'a vue dans Peut-être de Cédric Klapisch, Les Bureaux de Dieu de Claire Simon et Les Beaux Jours de Marion Vernoux. Elle fut aussi incarnée par Aurélia Petit dans le téléfilm La Loi (2014).

Elle a également été l'auteur de plusieurs livres de souvenirs et de témoignages, dont le plus récent, L'amour après, est paru en janvier.

La nuit tombe sur Claude Lanzmann (1925-2018)

Posté par vincy, le 5 juillet 2018

Réalisateur de dix documentaires, Claude Lanzmann, cinéaste, journaliste et écrivain est mort à l'âge de 92 ans ce jeudi 5 juillet.

Né le 27 novembre 1925, cet ancien Résistant, communiste, anticolonialiste et ami du couple Jean-Paul Sartre-Simone de Beauvoir, a surgi dans le monde du cinéma avec son documentaire Shoah en 1985: deux Prix Bafta, trois prix à la Berlinale, un César d'honneur ont couronné cette œuvre phare et emblématique sur l'Holocauste. Ce sera le combat de sa vie, la cause qu'il défendra à chaque instant, quitte à devenir un arbitre subjectif face aux autres films sur le sujet représentant les Camps, attaquant Steven Spielberg (La liste de Schindler) ou louant Laszlo Nemes (Le fils de Saul).

Claude Lanzmann ne détestait pas la controverse ou la polémique, que ce soit avec les cinéastes, les écrivains, les historiens, ou même les politiques. La Mémoire de l'Holocauste était sa vie. Il avait mile vies. La rigueur de Shoah contraste même avec sa romanesque existence (amant de De Beauvoir, mari de la comédienne Judith Magre...).

De toutes ses aventures - de la Corée du nord (qui lui inspira le docu Napalm) à la revue des Temps modernes en passant par l'écriture (et notamment ses Mémoires, Le lièvre de Patagonie) - ce voyageur infatigable restera avant tout celui qui a déterré les morts du génocide des Juifs (ndlr: rappelons que les Nazis avaient aussi déportés des communistes, homosexuels, gitans, handicapés...). De cette extermination sans nom, Lanzmann signe un film de près de 10 heures, proprement sidérant. A base d'archives et d'interviews, une forme de vérité, parce que le regard est humain et l'objet filmé l'humain, fait "revivre" les camps de la Mort. Stupeur et tremblements.

12 ans, 350 heures de rush, le combat d'une vie

Il n'aura de cesse de décliner ce thème dans ses autres documentaires, y compris dans celui actuellement en salles, Les quatre sœurs, qui, à partir d'archives non retenues dans le montage final de Shoah, fait le portrait de quatre femmes déportées. Shoah s'est fait en douze ans. 350 heures de rushs, d'interviews dans les camps et avec les survivants. La parole pour comprendre l'horreur, pour transmettre l'Histoire. C'est éprouvant, à la hauteur du massacre. Un cauchemar, sans voix off, que l'on vit sans l'avoir vécu et que l'on montre encore parce que certains doutent toujours.

On comprend l'importance de ce film, de ce morceau de lui. Il attaque les écrivains, Yannick Haenel et Jonathan Littell en tête, qui osent s'attaquer au sujet. Il refuse toute fictionnalisation, enrage quand son film n'est pas cité lors d'un livre, d'un film, d'un article sur l'Holocauste. Il cogne, il aime ça, sans doute parce que ça le maintient en vie aussi. Il bouffe cette vie à pleine dents, des sports extrêmes à un existentialisme niant la mort. Il se voyait toujours comme une jeune homme, comme ce lièvre bondissant dans le sud de la Patagonie.

Avant Shoah il a signé Pourquoi Israel en 1972, son premier documentaire. Après Shoah, il a attendu 9 ans pour réaliser Tsahal, une vision "embedded" et subjective de l'armée israélienne. Puis il est revenu à cette seconde guerre-mondiale avec Un vivant qui passe (1999) sur un rapport de la Croix-Rouge autour des Camps, Sobibór, 14 octobre 1943, 16 heures, en 2001, soit l'histoire réelle d'une révolte de prisonniers contre les Nazis, ou Le dernier des injustes en 2013, une rencontre avec Benjamin Murmelstein, doyen des Juifs qui a bataillé avec Adolf Eichmann, organisateur de la Solution finale.

ARTE bouleverse sa programmation afin de rendre hommage au cinéaste Claude Lanzmann, disparu aujourd’hui. Son oeuvre Shoah sera diffusée en intégralité samedi 7 juillet en prime time.
Ses quatre derniers films, Les Quatre Soeurs et un documentaire qui lui est consacré sont déjà disponibles sur ARTE.TV.

Ce qui fait sens en retraçant son œuvre journalistique, littéraire et cinématographique, c'est son appétence pour la psychologie des êtres, de la résilience à l'élégance. C'était un portraitiste, qui aura fait le grand écart entre Bardot, Gainsbourg, Belmondo, Aznavour quand il était journaliste à des êtres détruits par le nazisme, un peu partout dans le monde. Certes, il aimait séduire et il aimait le rire. Sans aucun doute parce qu'il avait subit tragédies et souffrances: le suicide de sa sœur après la guerre, la mort soudaine de son jeune fils à l'âge de 23 ans l'an dernier.

La mort était le seul scandale à ses yeux, avait-il dit à Mitterand: il savait bien qu'elle gagnerait un jour.

3 raisons d’aller voir Le procès du siècle

Posté par vincy, le 26 avril 2017

Deborah Lipstadt, historienne et auteure reconnue, défend farouchement  la mémoire de l’Holocauste. Mais un universitaire extrémiste, David Irving, avocat de thèses controversées sur le régime nazi, la met au défi de prouver l’existence de la Shoah. Pour lui c'est une manière d'exposer et banaliser le révisionnisme. Pour elle c'est une question de vie. Sûr de son fait, Irving assigne en justice Lipstadt, qui se retrouve dans la situation aberrante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz. Comment, en restant dans les limites du droit, faire face à un négationniste prêt à toutes les bassesses pour obtenir gain de cause, et l’empêcher de profiter de cette tribune pour propager ses théories nauséabondes ?

Un débat fondamental. Prouver que l'holocauste existe n'est pas si facile si on retire les témoignages des survivants. Pourtant, il est indéniable que ceux qui "minore" ou "doute" de la Shoah sont dans un déni total, historique, politique, scientifique. Le film propose un débat toujours essentiel, qui ne convaincra peut-être pas ceux qui croient à un complot sioniste. Pourtant, là, on nous explique par A+B comment on peut prouver l'existence d'une extermination massive des Juifs, homos, handicapés, tziganes, opposants politiques... Cela permet de rappeler à quel point l'horreur a existé, réellement. Qu'il est toujours vital de s'en rappeler. Mais, au-delà de cet angle, on retient que la visite d'Auschwitz par l'avocat interprété par Wilkinson est de loin la meilleure séquence du film: seule la honte nous envahit en contemplant ce camp de la mort.

Un quatuor parfait. Rachel Weisz n'a plus à nous convaincre de son talent, même dans un film "classique". On comprend que le personnage de cette justicière dans l'âme obligée de se taire l'ait séduite. L'actrice s'impose naturellement à l'écran comme la star autour de laquelle tourne trois astres: son opposant, l'affreux pro-Nazi incarné par un Timothy Spall au sommet de l'ambiguïté, passant du père aimable au détestable négationniste, de l'employeur a priori non raciste au populiste le plus xénophobe ; Andrew Scott hérite du rôle le plus discret, celui de l'avocat travailleur, mais c'ets aussi le lien entre tous, capable de perdre son flegme britannique tout en ayant un humour froid ; enfin, l'avocat orateur, celui qui va croiser le fer dans l'arène, est joué par un Tom Wilkinson impeccable, malaxant chaque relief de la personnalité colorée de son rôle, et qui, finalement s'avère être le véritable astre solaire du groupe.

Un film pédagogique. Mick Jackson, 74 ans, n'a pas beaucoup tourné pour le cinéma. Le réalisateur ne s'embarasse pas d'ailleurs d'une quelconque mise en scène originale, préférant l'efficacité (quitte à être didactique). De la part du cinéaste auteur du charmant Los Angeles Story (L.A. Story), du lourd mais très profitable Bodyguard (The Bodyguard) ou de la série B catastrophe Volcano, il ne fallait pas forcément s'attendre à autre chose. Pourtant, on peut reconnaître au film une vertu: sa pédagogie. Pas seulement sur la Shoah, mais aussi sur le fonctionnement du négationnisme, du populisme, et de la justice britannique. En prenant le spectateur pour un apprenant intelligent, Le procès du siècle réussit à être intéressant et instructif.

Edito: En novembre, fais ce qu’il te plait

Posté par redaction, le 5 novembre 2015

saul fia le fils de saul son of saulDernier créneau avant la sortie des mastodontes (007, Katniss, Arlo, Han Solo...). L'occasion pour les films d'auteur de profiter cette semaine de l'absence de blockbusters. A commencer par Le Fils de Saul, premier film ayant reçu le Grand Prix au dernier Festival de Cannes.

En filmant le quotidien d'un Sonderkommando, ces prisonniers juifs qui devaient aider les Allemands à génocider juifs, homos, communistes, handicapés et roms, Laszlo Nemes a opté pour un sujet tabou: la représentation de la Shoah au cinéma. Adoubé par le gardien du temple, Claude Lanzmann, Le fils de Saul est devenu "ce qu'il faut faire pour filmer les chambres à gaz et les camps de concentration". On ne contestera pas, de notre côté, la force, l'intensité du film. Emotions intenses, formalisme juste, cette expérience aussi bien sensorielle que philosophique est à voir. Quitte à être choqué. Mais au moins, une fois vu, on peut débattre du film et de cette proposition cinématographique.

Car Lanzmann ou pas, on peut, on doit débattre. Il ne s'agit pas de comparer Le Fils de Saul avec d'autres films sur le sujet (La Liste Schindler, La vie est belle, Bent...) mais bien de comprendre pourquoi Le Fils de Saul serait plus légitime, plus juste que les autres alors qu'il s'agit d'une fiction, donc d'une manipulation du réel, à l'inverse de Shoah, documentaire. On le voit, cet épisode de l'histoire remue encore et continue d'être un tabou.

Ne serait-ce que pour l'avoir transgressé lui aussi, au plus près, et pour réveiller nos mémoires, assoupies, on peut au moins remercier Laszlo Nemes de ne pas avoir eu peur d'affronter ce moloch du 7e art, ce monstre de l'Histoire.

Le Fils de Saul: 4 prix à Cannes et l’adoubement de Claude Lanzmann

Posté par vincy, le 26 mai 2015

le fils de saul

Le distributeur Ad Vitam est l'un des grands vainqueurs du 68e Festival de Cannes avec deux prix pour Paulina (Grand prix Nespresso de la Semaine de la Critique, Prix FIPRESCI des sections parallèles), deux prix pour The Assassin (Prix de la mise en scène, prix Cannes Soundtrack), un prix pour Mustang (Label Europa Cinema). Et, record du Festival, 4 prix pour Le fils de Saul, premier film de Laszlo Nemes: Grand prix du jury, Prix FIPRESCI de la compétition, Prix François Chalais et Prix Vulvain de la CST pour le son.

Prévu dans les salles françaises pour novembre prochain, Le fils de Saul, produit par Films distribution, et déjà acquis pour les Etats-Unis par Sony Pictures Classics qui veut en faire un oscarisable, aurait pu être sujet à polémique. Mais Cannes, encore plus cette année, n'avait pas goût à la polémique. Deux films hués en projection presse et aucune passion, même pour le sulfureux Love de Gaspar Noé. Désormais tout est évacué en un tweet souvent excessif à la sortie de la salle. Au milieu de cette apathie, on aurait pu s'attendre à des débats de fonds, des échanges argumentés virulents autour de quelques oeuvres comme Dheepan ou Le fils de Saul, ne serait-ce que par leur sujet.

35mm argentique

En d'autres temps, Le Fils de Saul aurait fait s'écharper les festivaliers autour de son histoire: en octobre 44, à Auschwitz-Birkenau, Saul Ausländer, membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolés du reste du camp, devant aidé les nazis dans leur plan d'extermination, au sein même des crématoriums et des chambres à gaz, sait qu'il n'a pas d'autre choix que de s'évader: sinon, il sera, comme ses camarades, exécutés. Le procédé cinématographique est puissant: Saul est quasiment de tous les plans, au premier plan même. On devine les atrocités de cette industrie à la chaîne de la mort, mais l'image est constamment floue en arrière plan. On voit sans voir. Laszlo Nemes ne voulait pas que son film soit beau, ni séduisant, ni un film d'horreur. Saul devait être notre unique lien, à nous spectateurs: il ne fallait pas dépasser ses capacités de vision, d'écoute et de présence. "Nous avons voulu utiliser la pellicule argentique 35 MM [dont il a fait l'éloge en recevant son Grand prix dimanche dernier] et un processus photochimique à toutes les étapes du film" explique-t-il pour justifier sa démarche. Il a utilisé un format restreint, un objectif de 40 mm, plutôt que le scope.

Les rouleaux d'Auschwitz

"Je ne voulais pas montrer l'horreur de face, ne surtout pas reconstituer l'épouvante en entrant dans une chambre à gaz tandis que les gens y meurent". Ce qui n'empêche pas Saul, et nous avec, d'y rentrer pour débarrasser les corps, nettoyer, effacer les traces. Laszlo Nemes a eu l'idée du Fils de Saul, lors du tournage de L'Homme de Londres, de Bela Tarr, dont il était l'assistant réalisateur. A l'occasion d'une semaine "off", il achète un livre, Des voix sous la cendre, édité par le Mémorial de la Shoah (disponible en France au Livre de poche). Plus connu sous le nom des "rouleaux d'Auschwitz", ce recueil de textes écrits par des Sonderkommando, retrouvés enterrés et cachés, décrivent le quotidien et l'organisation du camp, les règles de fonctionnement et les tentatives de résistance.

Pour Lanzmann, Nemes a inventé quelque chose

En commençant à travailler sur son scénario, avec Clara Royer, il a lu d'autres témoignages et a revu les séquences sur les Sonderkommando dans Shoah de Claude Lanzmann, oeuvre somme et référence. Lanzmann a souvent eu la parole très critique vis-à-vis des films qui s'attaquaient à l'Holocauste. A commencer par La Liste de Schindler de Steven Spielberg. Dans un entretien à Télérama, Lanzmann s'explique: "J'aime beaucoup Steven Spielberg et ses films mais quand il a réalisé La Liste de Schindler il n'a pas suffisamment réfléchi à ce qu'était le cinéma et la Shoah, et comment les combiner. Le Fils de Saul est l'anti-Liste de Schindler. Il ne montre pas la mort, mais la vie de ceux qui ont été obligés de conduire les leurs à la mort. De ceux qui devaient tuer 400 000 personnes en trois ou quatre mois."

Lanzmann refuse son image de juge-arbitre sur le cinéma et la Shoah: "Je ne suis pas un excommunicateur, ni un type qui condamne d'avance. On propose au festival de Cannes un film hongrois sur les commandos spéciaux d'Auschwitz, je n'ai aucune raison de ne pas le voir." Ne tarissant pas d'éloges sur le réalisateur du Fils de Saul, il affirme que "László Nemes a inventé quelque chose. Et a été assez habile pour ne pas essayer de représenter l'holocauste. Il savait qu'il ne le pouvait ni ne le devait. Ce n'est pas un film sur l'holocauste mais sur ce qu'était la vie dans les Sonderkommandos. (...) Ce que j'ai toujours voulu dire quand j'ai dit qu'il n'y avait pas de représentation possible de la Shoah, c'est qu'il n'est pas concevable de représenter la mort dans les chambres à gaz. Ici, ce n'est pas le cas."

Un documentaire inédit d’Hitchcock sur les Camps de concentration va enfin être diffusé

Posté par vincy, le 11 janvier 2014

alfred hitchcockUn documentaire sur l'holocauste d'Alfred Hitchcock, réalisé en 1945, va être projeté pour la première fois, après avoir été restauré par l'Imperial War Museum. Pour des raisons politiques, jamais personne n'a pu voir ce film tel que le cinéaste l'avait voulu.

A la fin de la guerre, Hitchcock reçoit une commande singulière : on lui demande de faire le montage de prises de vues réalisées par un caméraman de l'armée britannique. Il s'agit de la libération du camp de concentration de Bergen-Belsen (Allemagne). Hitchcock s'exécute et livre un film montrant les atrocités que les Nazis ont fait subir dans le camp. Pour les Britanniques, il s'agissait de montrer ce film aux Allemands, afin de les informer et les éduquer sur les crimes commis pendant la guerre. Une arme pédagogique et politique pour qu'ils se sentent responsables.

Finalement, le film ne fut jamais diffusé. D'une part, les Britanniques ne souhaitaient plus le montrer, considérant que ce genre de films n'aiderait pas à la reconstruction après-guerre et à la réconciliation avec l'Allemagne. D'autre part, Hitchcock aurait été terrifié par les images et n'aurait pas souhaité sa projection. Le caméraman qui avait filmé les images aurait rapporté, selon The Independent, que le Maître du suspens était si traumatisé par ce qu'il voyait qu'il n'avait pas mis les pieds au studio Pinewood durant une semaine.

Cinq des six bobines furent entreposées à l'Imperial War Museum et ne furent redécouvertes que dans les années 80, après la mort du cinéaste.

En 1984, le Festival de Berlin a projeté une version incomplète du documentaire, avec une bobine en moins et une qualité d'image très médiocre. La narration avait été écrite par un politicien anglais et un journaliste australien. La voix était celle du grand acteur Trevor Howard. L'acteur venait d'être révélé au grand public avec l'un des premiers films de sa carrière, Brève rencontre de David Lean. On donna un titre au documentaire, Memory of the Camps. En 1985, le réseau télévisé public américain, PBS, le montra dans sa version berlinoise.

30 ans plus tard, le public va pouvoir découvrir le film intégral, avec une copie restaurée numériquement. Il sera diffusé sur la BBC en 2015, à l'occasion de la célébration de la fin de la seconde guerre mondiale. D'ici là, il devrait faire le tour des festivals de Cinéma, et pourquoi pas l'objet d'une sortie en salles dans plusieurs pays.

De l'avis de ceux qui l'ont vu, les images sont choquantes et le film horriblement dérangeant. La mémoire et la vérité historiques ne souffrent d'aucun compromis. Ouvrir les yeux plutôt que de se mettre des oeillères. Ce testament "politique" d'Hitchcock devrait faire l'événement dans les prochains mois.

Ari Folman s’attaque au Journal d’Anne Frank

Posté par vincy, le 12 décembre 2013

Prix du meilleur film d'animation aux European Film Awards le week-end dernier pour Le Congrès, Ari Folman (Valse avec Bashir) réalisera sa version du Journal d'Anne Frank. Le Film français explique que ce projet est produit par Purple Whale Films, copropriété de Bridgit Folman Film Gang et d'Entre Chien et Loup : selon le magazine professionnel, "c'est la première fois qu'un couple de réalisateur et producteur a pu bénéficier d'un droit d'accès à la totalité des archives de l'Anne Frank Fonds" de Bâle.

Ari Folman explique qu'il "est nécessaire de créer de nouveaux éléments artistiques autour de ce témoignage pour entretenir sa mémoire auprès des jeunes générations."

Le tournage devrait débuter à l'hiver 2014 et devrait, artistiquement, être assez proche des deux précédents longs métrages du cinéaste israélien.

Anne Frank (1929-1945) est devenu un symbole de la Shoah grâce à son journal personnel, publié en 1947, deux ans après sa mort dans le camp ce concentration de Bergen-Belsen. Son journal a fait l'objet de nombreuses adaptations au théâtre, à la télévision et bien entendu au cinéma. Les Japonais en ont même fait un manga, en 1995, Anne no nikki, d'Akinori Nagaoka. La 20th Century Fox avait produit en 1959 un film de 3 heures, réalisé par George Stevens, avec Millie Perkins, Shelley Winters (oscarisée pour son second rôle) et Joseph Schildkraut. Il avait obtenu 3 Oscars (sur 8 nominations) et avait été sélectionné à Cannes.

Berlin 2013 : Ours d’or honorifique pour Claude Lanzmann

Posté par vincy, le 30 novembre 2012

La prochaine Berlinale (7-17 février) honorera le réalisateur français Claude Lanzmann avec un Ours d'or. Il succède à Meryl Streep. C'est le sixième Français à recevoir cette récompense depuis sa création en 1977.

Le directeur du Festival, Dieter Kosslick se dit honoré de l'honorer ainsi : "Claude Lanzmann est l'un des plus grands auteurs de documentaires. Par sa représentation de l'inhumanité et de la violence de l'antisémitisme et ses conséquences, il a lancé une nouvelle discussion cinématographique et esthétique".

Outre le prix qu'il recevra, le Festival de Berlin lui rendra hommage avec une rétrospective de l'intégralité de son oeuvre et la projection du documentaire Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures où il  évoque la révolte des prisonniers du camp d'extermination nazi de Sobibor (Pologne).

Lanzmann est évidemment connu pour son documentaire de 9h30, Shoah, qui relate le génocide juif par les nazis. Shoah avait été présenté dans la section Forum du Festival allemand en 1986. La version restaurée et numérisée du documentaire (lire aussi notre actualité du 29 septembre) sera également projetée à Berlin, pour la première fois.

Un nouveau documentaire l'an prochain

Intellectuel, écrivain, journaliste et cinéaste, Claude Lanzmann, qui vient de fêter ses 87 ans, est un ancien Résistant. Il a été le compagnon de la philosophe et écrivaine Simone de Beauvoir et dirigé la revue Les Temps modernes. Très engagé, il est souvent controversé pour des prises de position souvent très partiales et sa fidélité sans concessions à Israël et Sartre. Il a également écrit de nombreux livres, dont ses Mémoires, Le Lièvre de Patagonie (Gallimard, 2009) ou le récent recueil La Tombe du divin plongeur (Gallimard, 2012).

L'an prochain sortira Le dernier des injustes qu'il a réalisé : le film se focalise sur le camp de concentration pour les Juifs huppés, Theresienstadt. Il s'agit essentiellement du témoignage de Benjamin Murmelstein, rabbon viennois, membre du Conseil des Anciens des Juifs de Vienne, nommé par le SS Adolf Eichmann.

Le documentaire a été tourné cet été en Israël, Autriche, Pologne, République Tchèque et Italie. Le Pacte distribuera le film qui pourrait être présent dans l'un des trois grands Festivals de l'année.

Exposition « Filmer les camps »: l’Histoire capturée par le 7ème art.

Posté par Benjamin, le 28 février 2010

samuel fullerDu 10 mars au 31 août prochain, le Mémorial de la Shoah propose une exposition intitulée « Filmer les camps ». Une exposition qui se focalisera notamment sur les travaux, sur les images de trois grands cinéastes américains, George Stevens (réalisateur des comédies musicales avec Fred Astaire et Ginger Rogers), Samuel Fuller (réalisateur de polars nerveux et sociétales, en photo) et John Ford qu’il est inutile de présenter. Trois hommes qui ont porté leurs caméras sur les différents théâtres d’opération de la Seconde Guerre mondiale : l’Afrique du Nord, le débarquement de Normandie, la bataille du Midway (où John Ford perdit son œil) et bien entendu, les camps de travail et de concentration (ceux de Dachau et de Falkenau notamment).

Cette exposition, bien qu’elle porte sur une période de l’Histoire tristement célèbre, est une occasion de s’interroger sur le rôle du cinéma dans l’Histoire et sur l’importance de l’Histoire dans notre société. Un débat, une réflexion qui peut être relancée également avec la sortie prochaine de La rafle, film français avec Jean Reno et Gad Elmaleh qui retrace lesépisodes qui ont conduit des français judaïques du stade du Vel’ d’Hiv’ aux camps de concentration, à l’heure où le débat sur l’identité nationale est au cœur de l’actualité. Un film de fiction qui refait « vivre » un tragique évènement de notre Histoire (l’occasion de confronter – si on le désire - le rôle des fictions et des documentaires lorsqu’il s’agit de toucher à l’Histoire, tout en écartant les films comme 10 000 d’Emmerich qui place les pyramides en 10 000 av. J.C…)

Que peut alors apporter le cinéma à l’Histoire ? Quel pouvoir ont ces images qu’ils nous livrent ? A-t-il un rôle à jouer dans l’Histoire ?

Il ne faut pas perdre de vue que ces images témoignent également d’une évolution majeure. En effet, avec la Seconde Guerre mondiale, ce sont avec les soldats de nombreuses caméras qui débarquent sur les différents lieux du conflit et qui suivent les combats au plus près du danger. Certes, la télévision n’est pas encore là pour reléguer massivement les images aux citoyens comme ce sera le cas avec le Vietnam, mais c’est ici le cinéma qui se pose en acteur du conflit avec des hommes qui risquent leur vie pour capturer des images précieuses. Des images d’autant plus importantes que la Seconde Guerre mondiale est un véritable cap dans l’Histoire de l’humanité où l’horreur a atteint un pic relégué par les témoignages des survivants et des images qui mettent devant le fait accompli les plus sceptiques.

Une exposition, un rendez-vous donc qui semble incontournable au Mémorial de la Shoah parce que ces images (pour la plupart inédites !) témoignent d’un pan unique de notre Histoire. Des films qui maintiennent intact la mémoire qui est certainement notre bien le plus précieux pour avancer…

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Site internet et informations sur le Mémorial de la Shoah

17 rue Geoffroy l’Asnier, 75004 Paris
FILMER LES CAMPS, JOHN FORD, SAMUEL FULLER, GEORGE STEVENS
De Hollywood à Nuremberg, exposition du 10 mars au 31 août 2010

Berlin : The Reader émeut, Kate Winslet séduit

Posté par MpM, le 7 février 2009

berlinale kate winslet ralph fiennesPour cette première journée de festival, c’est un film hors compétition qui a monopolisé toute l’attention berlinoise. Little soldier d’Annette K. Olesen (un thriller intimiste entre un père proxénète et sa fille récemment revenue de la guerre) et Ricky de François Ozon (comédie réalistico-symbolique sur une famille étrangement bouleversée par la naissance du petit dernier) ont en effet été élégamment éclipsés par le très attendu The reader (Le liseur) de Stephen Daldry. Logique pour un film cinq fois nommé aux Oscar (dont meilleur film et meilleur réalisateur) et adapté d’un best-seller, le roman éponyme de Bernhard Schlinck…

Plus encore que la présence du réalisateur ou de son interprète masculin Ralph Fiennes, la venue de Kate Winslet a littéralement électrisé la capitale allemande. L’actrice, qui interprète une ancienne gardienne de camp de concentration, rôle pour lequel elle a déjà reçu le Golden Globe du meilleur second rôle féminin, s’est retrouvée sous un feu nourri de questions allant de son rapport à la nudité à son opinion sur la manière dont on enseigne l’Holocauste aujourd’hui. Elle a expliqué s’être énormément documentée sur cette période de l’histoire afin de mieux entrer dans son personnage. "C’était très compliqué pour moi de jouer ce rôle", a-t-elle avoué. "J’ai éprouvé une grande responsabilité. Il était difficile de trouver le bon équilibre entre la honte ressentie par Hannah et la culpabilité dont elle prend conscience au moment de son procès. Pour autant, il aurait été faux de tenter de l’humaniser… même s’il fallait aussi qu’elle reste un être humain également capable de faire parfois preuve de chaleur."

L’interprétation de la comédienne est à ce titre extrêmement subtile, entre rudesse et passion, violence et douceur, monstruosité et banalité. L’Oscar pourrait facilement être au bout du chemin… Le film, lui, s’inscrit dans un surprenant retour en force des intrigues liées à la seconde guerre mondiale dans le cinéma américain : Walkyrie de Bryan Singer, Adam resurrected de Paul Shrader (présent en section parallèle), The boy in the striped pyjamas de Mark Herman, Inglorious basterds, le prochain Quention Tarantino… et même international ! Rien qu’à Berlin on découvrira quatre films ayant pour toile de fond cette période de l’histoire récente (John Rabe de Florian Gallenbreger, North face de Philipp Stolz…). La Scandinavie semble même s’être fait une spécialité des "actionners" situés pendant le conflit mondial, comme Max Manus des Norvégiens Joachim Roenning et Espen Sandberg, qui raconte l’histoire vraie d’un saboteur ayant combattu l’occupant nazi…

Immanquablement, le retour en force de ce type de films fait grincer quelques dents : faire de l’art (et de l'argent) avec un sujet tel que l’Holocauste choque encore de nombreux professionnels… et Stephen Daldry, malgré la qualité de The reader, n’a pas échappé aux remarques acerbes. Lui, pourtant, se défend d’avoir fait un film sur la Shoah. "Le sujet est l’Allemagne d’après-guerre", clame-t-il. C’est justement ce que les esprits chagrins lui reprochent : ce mélange de love story sensuelle et de récits terribles sur le fonctionnement d’Auschwitz… Pourtant, à bien y regarder, c’est le cas de la plupart des films à venir, qui ne se sentent plus obligés de témoigner sur le passé et n’éprouvent aucun malaise à utiliser la force dramatique et romanesque de ce traumatisme récent. On jugera sur pièces, mais le fait est que ces histoires ne viennent pas de nulle part : elles plaisent au public international et remplissent les salles, voire récoltent des prix. On n’a donc pas fini de voir des nazis parler anglais dans des thrillers haletants et des comédies sentimentales tragiques…