Fuck! Nymphomaniac – volume 1 perd son visa d’exploitation

Posté par vincy, le 28 juillet 2017

La version longue du film Nymphomaniac, volume 1 de Lars von Trier, a perdu définitivement son visa d'exploitation. Le deuxième film du diptyque peut, en revanche, conserver le sien. C'est ce qu'a statué vendredi 28 juillet le Conseil d'Etat. Il a rejeté le pourvoi du ministère de la Culture et celui des associations Promouvoir et Pour la dignité humaine, liés aux catholiques traditionalistes. Le Conseil d'État n'a fait que confirmer le jugement rendu en juillet 2016 par la cour administrative d'appel de Paris.

Celle-ci avait estimé que l'interdiction aux moins de 16 ans n'était pas suffisante pour le Volume 1, car le film avait "des scènes à caractère sexuel, filmées en gros plan, de manière parfaitement réaliste et appuyée, sans aucune dissimulation des organes génitaux". Bref ce que n'importe quel ado voit sur Youporn et autres sites du genre.

D'un côté, les associations traditionalistes, qui essaient de bannir toute forme de violence et de sexe au cinéma pour les moins de 18 ans, avaient demandé l'annulation de leurs visas d'exploitation (obligatoires pour une diffusion en salles), y compris pour le Volume 2 (toujours interdit aux moins de 16 ans donc). De l'autre, le ministère de la Culture avait déposé un pourvoi pour contester l'annulation du visa d'exploitation du Volume 1.

Avec cette décision du Conseil d'Etat, le volume 1 peut continuer à être commercialisé en DVD et VOD, mais pas en salles. Au passage, l'État écope d'une amende de 1500 euros à verser aux deux associations.

La version "non censurée" est plus longue de 30 minutes et avait été présentée pour la première fois à la Berlinale en février 2014. Elle contient davantage d'images sexuelles en gros plan.

Nul ne doute que cette décision va être commentée par la profession, qui s'était déjà insurgée en février 2016 contre les pratiques de censure des associations plaignantes.

Cannes 2017: Nos retrouvailles avec John Cameron Mitchell

Posté par vincy, le 21 mai 2017

11 ans que John Cameron Mitchell n'est pas venu fouler les marches cannoises. Certes, l'acteur-auteur-réalisateur est très rare. Pas un seul long métrage depuis Rabbit Hole en 2010. Le film avait révélé Miles Teller et donné l'un des plus beaux rôles à Nicole Kidman. Kidman, justement, est à l'affiche de son nouveau film, How To Talk to Girls at Parties, présenté hors compétition lors de cette 70e édition cannoise. John Cameron Mitchell est à sa place cette année: Cannes a rarement été aussi gay-friendly avec une forte présence de cinéastes ou films gays (Almodovar, Haynes, Téchiné et Nos années folles, 120 battements par minute).

JCM se souvient sans doute de son passage sur la Croisette. C'était avec Shortbus, en séance de minuit. Orgiaque et sexuel, ce décryptage analytique et sensuel des comportements amoureux et attirances charnelles, tous genres et toutes tentations confondues, avait remué les festivaliers. Film culte, Shortbus avait la force d'un film sulfureux, filmé comme une comédie de mœurs classique, banalisant ainsi ce qui aurait pu être subversif voire choquant pour certains.

Quand Cannes sélectionne Shortbus, JCM n'est pas un inconnu. Cinq avant on l'avait découvert au cinéma dans Hedwig and the Angry Inch, où il était tout à la fois acteur, scénariste, réalisateur. Le comédien fut nommé aux Golden Globes, le réalisateur fut couronné par un Teddy Award au Festival de Berlin, trois prix (Grand prix, prix de la critique, prix CinéLive) à Deauville, sacré à Sundance avec le prix de la mise en scène et le prix du public.

Pourtant l'artiste de 54 ans, à l'allure d'éternel jeune homme, a du surmonter pas mal d'obstacles pour en arriver là. Fils de militaire, à l'éducation catho assez stricte, il a transgressé un à un tous les tabous qui l'empêchaient de s'épanouir. Son premier rôle sur scène, à l'age de 11 ans, était la Vierge Marie dans un musical sur la nativité. Très vite, il a aimé la scène. A 22 ans, il décroche son premier rôle pro dans une comédie musicale. Rapidement, il se fait une jolie réputation dans le milieu théâtral new yorkais. On le croise aussi dans quelques épisodes de séries TV et en acteur auditionnant pour un film porno dans Girl 6 de Spike Lee. On l'entend donner sa voix à un kangourou dans une pub pour des cookies. Il est même du casting d'une sitcom (Party Girl). Faut bien remplir le frigo.

Sa vie change en 1998 lorsqu'il écrit une comédie musicale off-Broadway, sur une vedette de rock transsexuelle est-allemande poursuivant son ex-amant parce qu'il plagie ses chansons. Il fera d'Hedwig un phénomène de la scène new yorkaise (qui sera remonté plusieurs fois ces vingt dernières années, dont la dernière version, avec Neil Patrick Harris a remporté 4 Tony Awards) et qu'il adaptera au cinéma. John Cameron Mitchell est Hedwig.

Définitivement le plus queer des cinéastes américains, il s'aventure aussi dans le clip vidéo pour les discos-pop Scissor Sisters (clip censuré aux USA à cause de son contenu fortement sexuel) et la publicité en réalisant quelques courts pour Dior, avec Marion Cotillard et Jude Law en égéries, ou Agent provocateur. Entre deux films qu'il réalise, il retrouve son métier de comédien (les séries "Girls" et "Vinyl" où il incarne Andy Warhol). Les stars, il n'a pas envie de courir après, mais son style singulier séduit les plus affranchies. Nicole Kidman le retrouve ainsi pour la deuxième fois, passant d'une mère endeuillée dans Rabbit Hole à une femme au look punk. C'est l'un de ses trois films à Cannes cette année. Et le deuxième qu'elle partage avec Elle Fanning, avec Les proies.

Politiquement incorrect pour les Etats-Unis, cet héritier de John Waters et de Woody Allen (à ses débuts), du cinéma allemand des années 70 et de Cassavetes, veut réhabiliter la sexualité au cinéma. "Hollywood est trop souvent très timide à propos du sexe, ou alors ils ne savent qu'écrire des blagues d'ados sur le sujet. Le sexe est toujours quelque chose de négatif parce que les gens en ont peur" expliquait-il.

Lui qui a perdu la foi religieuse après les morts de son frère et de son compagnon, n'a pas perdu la foi amoureuse. Comme Hedwig, peut-être qu'il ne peut entrer dans aucune des structures sociales qui existent pour se réconforte. "Hedwig est complètement seule, tout en se rendant compte qu'elle ne veut pas être seule."

Sausage Party gagne une manche contre ses attaquants

Posté par vincy, le 14 décembre 2016

Le film d'animation Sausage Party, jugé pornographique par des activistes religieux, restera interdit aux moins de 12 ans. Les plaignants souhaitaient qu'il soit interdit aux moins de 16 ans: C'est rapé. Le film ne sera pas retiré de l'affiche.

Le tribunal a estimé que "le film ne diffusait pas un message à caractère violent et que les scènes à caractère sexuel ne visaient pas à corrompre les mineurs". Dans l'ordonnance, il est affirmé que "la protection de l'enfance et de la jeunesse" n'est pas négligée, puisque "compte tenu notamment de la dimension humoristique du film, l’absence d’interdiction aux jeunes adolescents ne méconnaissait pas l’exigence de protection de l’enfance et de la jeunesse." "L'interdiction de la diffusion aux moins de douze ans, le titre, l’affiche et la bande annonce du film mettent suffisamment en relief son caractère subversif et l'omniprésence des connotations sexuelles", est-il indiqué, confirmant ainsi que "les visas accordés n’avaient pas à être complétés par un avertissement."

L'affaire étant en référé, la requête n'a pas été jugée sur le fond et peut faire l'objet d'une suite dans le cadre d'une procédure judiciaire.

L'audience au tribunal hier avait quand même quelque chose de comique. L'AFP en a fait un florilège hilarant:
"- Maître, sauf erreur, la bande-annonce contient la scène très violente d'épluchage de légumes que vous venez d'évoquer.
- Oui, mais pas celle de la partouze finale
".

Déjà pris en grippe par La Manif pour Tous, le film d'animation, très cru reconnaissons-le, a provoqué la colère outrancière et bien calculée de l'association proche des catholiques traditionalistes Promouvoir (qui adore attaquer le cinéma, avec souvent quelques victoires en faveur d'une censure plus stricte) et d'Action pour la dignité humaine. Les deux associations considéraient que ce film (à peine 60000 spectateurs à date), était "susceptible de créer un trouble chez le jeune public".

"La poire vaginale cherche à tout prix un cul"

Le ridicule ne tue pas si on lit les arguments de leur avocat, Me Bonnet: "Il s'agit d'une entreprise délibérée de toucher les plus jeunes, avec des images et des concepts qui ne sont pas adaptés à eux", allant jusqu'à parler d'une "question de civilisation et de protection de l'ensemble de la société". Il n'a sans doute jamais joué au docteur ou à la poupée.

S'enfonçant un peu plus il ose: "Oui, vous mettez en scène des légumes. Que peut-on reprocher à des légumes? Et après,vous aurez très vite des films d'animation avec des scènes pornographiques". Ça existe déjà, il faut le prévenir. Mais apparemment, il n'a pas supporté la scène finale d'orgie: "une orgie sidérante entre scènes de fellation, de sodomisation (...) où l'on voit un paquet de corn-flakes - un objet assez corpulent - assénant des mouvements de va-et-vient brutaux et demandant tu aimes ça salope?" .

Et de citer d'autres extraits qui donnent envie de voir le film: "La poire vaginale cherche à tout prix un cul, car, nous dit-on, elle est faite pour ça", "Qu'est-ce que ça doit être bon de glisser la saucisse dans le pain!". Avec ou sans moutarde, oignons, cornichons?

La défense, assurée par Me Molinié, évoque "la volonté de censure" de ses contradicteurs "à l'égard d'un film qui est un peu libertaire": "L'un des buts du film est de critiquer sur un mode humoristique la société de consommation, la religion aussi en prend pour son grade, mais il ne s'agit pas d'inciter à la violence".

Il précise qu'il "n'y a pas de représentation de sexe, juste une activité sexuelle" sur le ton "du grotesque" : "tout ce qui est montré n'est pas réaliste".

Sausage Party: La manif pour tous phobique des saucisses

Posté par cynthia, le 1 décembre 2016

En salles depuis hier, le délire animé Sausage Party s'est invité dans les réseaux et le débat idéologique sur les bonnes mœurs. La raison: le film est considéré comme pornographique alors qu'il n'est interdit qu'au moins de 12 ans en France. Bien évidemment derrière cette assaut médiatique, il y a La manif pour tous! En effet le collectif qui se dit défenseur des droits de la famille vient de s'attaquer au film de Conrad Vernon et Greg Tiernan, en le qualifiant "partouze géante à voir en famille"! Alors tout cela mérite réflexion.

Gare aux SPOILERS

Tout d'abord il faut savoir que la scène de fin est effectivement une partouze entre aliments (je ne pensais pas dire ça un jour): on y voit une tomate faire une fellation à un radis (j'ai envie de rigoler en écrivant ça), des crackers se faire violer par une brioche, un bagel se faire sodomiser par une crêpe. Bref, ce n'est pas pour les enfants. Du coup le collectif La manif pour tous que l'on pourrait comparer au personnage d'Eleonor Lovejoy dans Les Simpsons (constamment à juger les autres et à hurler "pensez à nos enfants!!!!!") s'est empressé de noyer leur page Twitter en instaurant le Sausage Party bashing avec le hashtag SOS tout en faisant un lien entre la sortie du film et les campagnes anti-VIH menées par le gouvernement. Il faut savoir aussi que ce tweet a été vite effacé par la suite (rire jaune).

Donc concrètement La manif pour tous pense à quoi exactement? Qu'un père va emmener son fils de 5 ans voir Sausage Party à l'heure du goûter (alors que la jolie Vaiana lui tend les bras)? "Allez Timmy on va voir une saucisse défoncer du pain, tu vas voir tu vas kiffer et après on ira manger un hot dog dans un bar à pute!" Pense-t-il qu'après la vue du film, les spectateurs vont s'empresser de faire une soirée échangiste chez eux? Ou que les enfants de moins de 16 ans vont tenter de "pécho" une carotte? Il est vrai que le cinéma peut influencer les plus sensibles... Après Cinquante Nuances de Grey, toutes les femmes ont sans doute exigé de se faire battre par leurs compagnons et de se prendre un bout de gingembre dans le c.. (c'est du sarcasme hein). Bien sûr enfants, nous avons tous essayé de voler sur un balai en direction de Poudlard tout en fonçant dans le mur de la garde du Nord (double sarcasme).

Pourtant le plus dingue n'est pas l’engouement de l'affaire ou le coup de pub incroyable que cela a engendré pour le film animé imaginé par Seth Rogen. Non, le plus incroyable est de comparer une "partouze" alimentaire à une affiche de campagne contre le VIH où (on vous le rappelle) on y voit deux hommes enlacés (ils ont leurs vêtements hein!)  et un message de prévention contre la maladie. Rappel: nous sommes le 1er décembre, journée internationale de la lutte contre le SIDA (protégez-vous!). Une affiche préventive d'une maladie qui touche de nombreuses personnes serait-elle une incitation à la débauche? Un film déluré serait-il une incitation à la débauche?

Le VIH existe et que l'on enlève les affiches ou non il existera toujours et fera toujours des victimes (peut-être moins si nous laissons les affiches). Les films X existent, et avec Internet il est plus facile de s'en procurer que de commander une pizza, alors est-ce vraiment ça le problème? N'est-ce pas plutôt un problème de communication ou une simple explication rationnelle entre les enfants et leurs parents comme par exemple: "je ne préfère pas que tu ailles voir ce film il pourrait te mettre mal à l'aise!" ?

Oui Sausage Party n'est pas pour les enfants mais en faire un bashing n'est-ce pas une forme de "on doit réagir cela nous fera un coup de pub"? Manque de pot (de moutarde) vous avez fait un coup de pub au film alors qu'en expliquant aux enfants que les parents peuvent voir Sausage Party et qu'eux peuvent voir Vaiana à la place, ça aurait été plus simple, non? Hormis une volonté claire et nette d'imposer votre vision de la vie aux citoyens (le principe même de l'intégrisme), il n'y a aucune raison sensée de s'en prendre à un film animé ouvertement "pour adultes".

Cannes 2016: Femmes (agressées), actes de résistance, IPhones complices, de l’ultra-moderne solitude, du cul et du rire

Posté par vincy, le 25 mai 2016

Si on ne prend que la compétition cannoise, les cinéastes ont livré cette année une drôle de vision du monde, assurément féminine et engagée. Ce 69e Festival de Cannes fut celui du "clito" affirmé.

Des femmes
Elles sont illuminées (Ma Loute), hystériques (Sieranevada, Juste la fin du monde, American Honey), manipulatrices et lesbiennes (Mademoiselle), vulnérables et combattantes (Moi, Daniel Blake, Ma'Rosa), dominantes et fragiles (Toni Erdmann, Elle), libres (Loving, Paterson, Elle), mal dans leur peaux et même dépressives (Mal de pierres, Mademoiselle, Toni Erdmann, Julieta, Juste la fin du monde, The Last Face, The Neon Demon, Personal Shopper, Baccalauréat, Le client), résistantes (Aquarius), artistes (Julieta, Aquarius, Mademoiselle, The Neon Demon, Paterson), troublées et un peu paumées (Elle, La fille inconnue, Mal de pierres). Une chose est sûre, elles sont toutes amoureuses: seniors, bisexuels, amant de passage, violeur, wasp quand elle est noire, basque quand elle est madrilène, patronne, fantôme, salaud, samaritain, ... Mais une chose est certaine, il y a des femmes agressées de toute part cette année: Ma Loute, Baccalauréat, Elle, Le client, The Neon Demon, la fille inconnue. Attaquées ou violées, assassinées ou kidnappées, la femme a reçu de sacré coups.

De la résistance
D'une manière ou d'une autre, il y a eu beaucoup de rébellion. Dans Sieranevada, les intellos essaient de convaincre les complotistes. Dans Moi, Daniel Blake, vainement, les pauvres combattent un système social et économique absurde. Dans Toni Erdmann, le père cherche à faire rire sa fille pour qu'elle prenne son métier plus à la légère. Dans Loving, le couple se bat contre des lois racistes et inhumaines. Dans beaucoup de films, les personnages cherchent à vaincre une dépression. Dans Aquarius, l'héroïne fait la guerre à un promoteur immobilier (et au passage à l'élite brésilienne). Dans La fille inconnue, la jeune médecin essaie de se racheter une bonne conscience en cherchant "l'assassin" d'une jeune réfugiée. Dans Paterson, le conducteur de bus s'évade de sa routine en écrivant des poèmes. Dans Baccalauréat, la fille veut rester intègre dans un système corrompu. Dans Juste la fin du monde, le fils prodigue tente de survivre à une journée en famille. Dans The Neon Demon, la jeune top model doit se protéger des mauvaises intentions de ses rivales. Dans The Last Face, deux humanitaires veulent sauver l'Afrique (alors qu'ils ne sauvent pas leur couple). Dans Elle, la femme violée, bafouée, rejette tous préjugés et toute solution convenue pour vivre librement.

Des IPhones complices
L'intermittent du spectacle le plus sollicité cette année était l'IPhone. Outre, les scènes devenues communes d'un personnage téléphonant avec son mobile (Rester vertival, Sieranevada, Toni Erdmann...), il y a des films où il est devenu central. Dans Personal Shopper, c'est même un acteur à part entière qui dialogue par sms avec Kristen Stewart. Dans La fille inconnue, Adèle Haenel n'a pas de copain, puisque son meilleur compagnon c'est siri et sa voix soumise. Dans Ma'Rosa, c'est un objet de transaction. Dans Elle, on ne supporte pas que sa batterie soit vidée. Il y a une exception: Adam Driver dans Paterson, qui refuse d'en avoir un.

De l'ultra-moderne solitude
A la campagne ou dans les villes portuaires (Rester vertical), à l'étranger (Toni Erdmann) ou chez soi (Aquarius), la solitude est prégnante dans de nombreux films. Un veuf (Moi, Daniel Blake) ou un homme marié mais malheureux (Sieranevada), époux (Paterson) ou épouse (Mal de pierres), séparée de sa fille (Julieta) ou de sa famille (Loving), pleurant son frère disparu (Personal shopper) ou regrettant le départ de son stagiaire (La fille inconnue), être seul n'est pas facile. Face à soi-même la plupart du temps (Elle, Baccalauréat, Le client, etc...), les personnages sont finalement dans l'incommunicabilité la plus totale à l'instar du quintet désaccordé de Juste la fin du monde. La mondialisation est en arrière plan souvent, tout comme le libéralisme sauvage. Les systèmes de production et l'absence de respect de l'individu, écrasés, sont au coeur ou en marge de Rester vertical, Moi, Daniel Blake, Toni Erdmann, Loving, Aquarius, La fille inconnue, Baccalauréat, The Last Face et bien entendu de The Neon Demon...

De la résistanceDu cul
On a vu l'origine du monde et des seins, des phallus en érection et des langues. Mention spéciale à Rester vertical: un cunilingus, un missionnaire, une sodomie homosexuelle (en guise d'euthanasie), une bite en érection sous le jogg. Dans Ma Loute c'est juste subversif: un pauvre ch'ti anthropophage qui tombe amoureux d'un garçon qui se préfère en fille (jusqu'au moment où il tâte les couilles). Dans Mademoiselle, le sexe est lesbien et torride. le cuni d'ailleurs déclenche la passion après des préliminaires très sensuels. L'érotisme, ici, est surtout oral, en racontant des contes pornographiques. Dans Toni Erdmann, il y a une scène naturiste cocasse mais il y a surtout une masturbation masculine avec éjaculation dans un petit four, avalé par sa partenaire voyeuse. Dans Ma de pierres, l'étreinte est classique. Dans American Honey, ils sont assez exhibs (fesses, queues, seins) et les deux protagonistes principaux baisent dès qu'ils peuvent, à même l'herbe. Au passage, on nous cache pas grand chose même si on connaissait déjà l'anatomie de Shia LaBoeuf. Sinon la branlette d'un mec se fait plus pudique. Dans Julieta, la baise se pratique dans le train, et avec fougue. Dans Personal Shopper, la Kristen se masturbe en se déguisant avec les fringues de sa boss. Dans Aquarius, il y a une scène de partouze, sans floutage, et un gigolo qui expose son matos face caméra avant de niquer sa cliente un peu plus âgée. Dans The Neon Demon, il ne se passe pas grand chose, sauf si on considère la dévoration comme un acte sexuel. Dans Elle, enfin, on ne voit pas grand chose, mais on devine tout.

Et sinon... on a souvent vu la mer. Côté Bretagne dans Rester vertical, côté Pas de calais dans Ma Loute, côté méditerranée dans Mal de Pierres. Elle a toujours son importance. Elle est aussi mortelle dans Julieta et vitale dans Aquarius. On a vu deux médecins - La fille inconnue et Baccalauréat - se prendre pour des Sherlock Holmes. Beaucoup d'appartements ou de maisons et peu de grands espaces. Le foyer était même un personnage central de certains films (Sierranevada, Mademoiselle, Paterson, Loving, Aquarius, Juste la fin du monde, Le client...).

Les métiers étaient variés: scénariste, médecins, visiteur médical, bibliothécaire, industriel, menuisier au chômage, servante, arnaqueur, lectrice, consultante, professeurs, maçons, VRP, conducteur de bus, pâtissière intermittente, shoppeuse, journaliste à la retraite, commerçante et trafiquante, dramaturge, mannequin, patronne de start-up, comédien...

Et puis il y a du rire. Beaucoup d'humour et de dérision ont allégé de longs films. Décalé ou noir, second de gré ou burlesque, les cinéastes ont réussi, souvent, à nous muscler les zygomatiques. Mention spéciale au film de Jim Jarmusch, qui s'offre le chien psychopathe le plus comique du cinéma et l'intrusion d'un Japonais dans l'épilogue dont une expression toute nippone devient un running-gag. Il y a quelques exceptions: on ne rigole vraiment pas dans Mal de pierres, American Honey, Moi, Daniel Blake, Loving, Personal Shopper, Baccalauréat, Juste la fin du monde, Le client ou The Neon Demon. Ou on rit franchement, involontairement avec The Last Face qui offre une série de répliques cultes malgré lui.

Bien sûr, il n'y a pas que la compétition, et les films des autres sélections ont aussi ces points communs. La femme est à l'honneur de Victoria et de Divines. On se dévore aussi bien dans Ma Loute, The Transfiguration, Grave que dans The Neon Demon (attention aux végétariens: l'homme est une viande comme les autres, parfois un peu plus indigeste). Le foyer est aussi le décor central de L'économie du couple ou de Parc, The Transfiguration et Périclès le noir. Le huis-clos a inspiré de nombreux films, à commencer par Clash et Apprentice. Les familles élargies et recomposées sont des objets très bien identifiés et source de drames et jalousies, de passions et d'incompréhensions (Juste la fin du monde, Baccalauréat, Elle, Sierranevada, Le cancre, Harmonium, Divines, American Honey, Rester vertical, Moi, Daniel Blake, Au delà des montagnes et des collines, Toni Erdmann, La tortue rouge, Loving, Ma vie de courgette etc...)

Mais s'il fallait aussi garder un thème, ce serait celui du temps. Les 8 jours de Paterson. L'après midi de Sierranevada. La journée de Juste la fin du monde. La nuit blanche de Ma'Rosa. La semaine d'Aquarius. Et aussi les manipulations du temps: les décennies de Julieta, les vacances de Ma Loute, la semaine à Bucarest de Toni Erdmann, la virée sans fin de American Honey, le combat sans fin, sur dix ans et quelques de Loving, les jours qui passent dans La fille inconnue, le compte-à-rebours de quelques jours de Baccalauréat, les années qui roulent de Mal de Pierres. Le temps se tord, se distord, mais la durée fut soit courte soit très longue. Soit très bien définie, soit assez floue. C'est un prétexte au récit où le temps sert de cadre strict ou accompagne une vie.

Cannes c'était finalement 12 jours pile-poil et quelques films qui marquent nos esprits.

[69, année érotique] Cannes 2016: Shortbus en 2006

Posté par MpM, le 20 mai 2016

A Cannes, qui dit sexe cru dit presque toujours polémique, huées et sifflements, sans oublier l’inévitable parfum de scandale potentiel qui envahit la Croisette avant même la projection du film. Dans le cas de Shortbus de John Cameron Mitchell, pourtant, rien de tout ça. Oh, bien sûr, quelques esprits chagrins n’auront pu s’empêcher de qualifier le film de "sulfureux", de "transgressif", voire de "pornographique", sous prétexte de relations sexuelles non simulées.

Mais il fallait assister à la projection officielle du film, une séance de minuit joyeuse et pleine à craquer de ce mois de mai 2006, pour mesurer le degré d’enthousiasme générés par cette œuvre audacieuse et émouvante. Face à l’ovation qui a suivi le générique de fin, pendant plusieurs longues minutes, à une heure déjà très avancée de la nuit, le réalisateur a d’ailleurs eu bien du mal à retenir ses larmes.

Pas si étonnant si l’on considère que Shortbus parle avant tout… d’amour, réconciliant un cinéma cru, c’est-à-dire pas hypocrite dans sa manière d’aborder la sexualité, et un cinéma d’auteur intelligent et sensible capable de capter l’essence d’une époque. Les couples et les personnages au cœur du film sont tous en quête d’un accomplissement, personnel ou sentimental, fait de désirs assouvis, de plaisirs assumés et d’émotions véritables. Cela passe, évidemment, par la recherche d’une sexualité désinhibée et épanouissante, ou plutôt, il faudrait dire de sexualités au pluriel, tant Shortbus réunit sans les opposer, ni bien sûr les juger, toutes les sexualités : féminines comme masculines, gays et hétéros, en couple, en trio ou en groupe… à partir du moment où elles sont libres et consenties, tout est possible.

Si le film multiplie les scènes crues (autofellation, simili-orgies…), elles ne sont jamais filmées de manière glauque ou provocante, mais au contraire toujours montrées avec sensualité et bienveillance. Et parfois avec humour, car rire de nos fantasmes et de nos frustrations est déjà un premier pas dans cet accomplissement qui a besoin d’être individuel avant de pouvoir devenir collectif. Les trentenaires de Shortbus ont peut-être du mal à jouir, au sens propre comme au sens figuré, mais personne ne le leur interdit. Et cette liberté contamine joyeusement un film coloré, festif, charnel et électrique qui fait un bien fou. Malgré son constat doux-amer, si ce n’est désenchanté, il incarne le feel-good movie par excellence, de ceux qui réveillent tous les appétits du spectateur.

[69, année érotique] Cannes 2016 : Kids en 1995

Posté par wyzman, le 19 mai 2016


La sexualité adolescente. Plus sérieux qu'American Pie et moins stylisé que Kaboom, Kids de Larry Clark est une œuvre puissante et intemporelle sur la naissance du désir sexuel chez les jeunes. Ça tâtonne, ça se vante à outrance et ça fait des erreurs. Bref, c'est un film sur des ados qui découvrent leur corps, le rapport à l'autre et surtout l'envie de l'autre. Véritable révélation du Festival de Cannes 1995, Kids est produit par Gus Van Sant (Elephant) et co-écrit par Harmony Korine (Spring Breakers).

Pas étonnant dès lors qu'ils aient mis en scène une œuvre que l'on rapproche sans cesse des livres (les bons) de Bret Easton Ellis et qui dépeint avec une subtilité effarante toute une génération d'adolescents. Celle qui a conscience du danger que représente le sida mais qui refuse tout de même de se protéger. Persuadée que cela touche davantage les homosexuels, cette génération pense sincèrement que lors du premier rapport sexuel, seule une grossesse non désirée est à craindre...

Audit Festival de Cannes, le film n'a pas manqué de marquer les esprits car au lieu d'aller chercher des acteurs au visage juvénile, Larry Clark a préféré caster de jeunes inconnus dénichés dans la rue. Dès lors, la gêne était totale sur la Croisette. Le langage est cru - mais authentique. Les scènes de sexe sont dérangeantes - car réalistes. Les transgressions sont nombreuses - et tellement faciles. Sans le savoir, Larry Clark a filmé avec Kids, le film qui deviendra rapidement la référence en termes de teen movie trash. Voilà sans doute pourquoi, deux décennies plus tard, The Smell Of Us fait mal au cœur quand Bang Gang (Une histoire d'amour moderne) agace par son manque d'originalité !

[69, année érotique] Cannes 2016: Happy Together et East Palace, West Palace en 1997

Posté par vincy, le 18 mai 2016

Lors de notre premier festival de Cannes, deux films asiatiques ont retenu l'attention des festivaliers, pour des raisons à la fois similaires et différentes. Similaires parce que ces deux films "chinois" montraient une histoire d'amour homosexuelle et masculine. Différente parce que les deux n'ont pas eu le même destin.

Commençons avec Happy Together. Wong Kar-wai, qui remportera le Prix de la mise en scène cette année là, se délocalise à Buenos Aires en Argentine, pour raconter l'histoire d'une rupture et de mal du pays. Il n'y a qu'une séquence proprement gay dans le film, mais elle est en ouverture. Le cinéaste s'expliquait ainsi à l'époque: il fallait planter le cadre de l'histoire d'amour tout en se débarrassant de la sexualité des personnages. La scène est sensuelle plus que sexuelle et les corps des deux stars hong kongaises de l'époque, Leslie Cheung et Tony Leung Chiu-wai, s'entrelacent, nus dans une chambre.

On est loin de la sexualité d'East Palace, West Palace (Derrière la cité interdite), de Zhang Yuan, présenté à Un Certain regard. Film indépendant chinois, il est le premier à traiter de l'homosexualité dans le cinéma de son pays. La coproduction française a permis de faire passer le film, très vite censuré par le gouvernement chinois, qui arrêta finalement le réalisateur, lui retira son passeport, avant qu'il ne parte sur la Croisette.  Il n'a d'ailleurs pas été trop inquiété puisqu'il a continué de tourné depuis. La Chine a demandé à Cannes, en vain, de retirer le film de la sélection officielle, alors qu'il avait tourné à Pékin en toute légalité.

Cependant, East Palace, West Palace a une atmosphère sulfureuse, loin de la tradition du travestissement évoqué dans Adieu ma concubine, quatre ans plus tôt et Palme d'or. Ici, la police chinoise fait des raids sur les homosexuels, qui flirtent et baisent dans un parc, la nuit. L'un d'eux, un jeune écrivain gay, se fait - avec un certain consentement - prisonnier du policier de garde et entraîne un jeu un peu masochiste et assez pervers où les intentions réelles du flic sont troubles.

Des urinoirs du parc à la salle de garde à vue, le film est surtout le portrait d'hommes qui assument ou luttent contre leur sexualité. Entre érotisme et torture, le jeu de séduction est filmé avec ambiguïté mais aucune ambivalence. Le réalisateur voulait montrer une réalité qui existe mais qui est étouffée par le régime, et a puisé dans des articles sur l'homosexualité dans le journal Life news, au début des années 90. "Un des articles concernait les efforts d'un institut de recherche sur le SIDA qui tentaient de trouver des hommes gays à Beijing" expliquait-il à l'époque.

[69, année érotique] Cannes 2016: Tenue de Soirée en 1986

Posté par vincy, le 16 mai 2016

Putain de film? En tout cas, Tenue de Soirée, qui a valu à Michel Blanc un prix d'interprétation masculine à Cannes en 1986, a été un sacré succès en salles et au festival. Les répliques de Bertrand Blier ont bien visé: "Une serrure il faut qu'ça mouille, c'est comme tous les orifices. Tu la démarres à la salive et t'attends qu'elle se donne." Ici le sexe est avant tout paroles.

Enfin, à quelques nuances. Car Tenue de Soirée c'est un peu "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir pour sodomiser un hétéro sans jamais oser le demander".

En trois phrases dites par Michel Blanc, on comprend tout.
Acte I: - Ton passé on le connaît… Collection de bites et puis c'est tout.
Acte II: - Mais je vais quand même pas me faire enculer sous prétexte que c'est un ami.
Acte III : - Le mec qu'est dans ton lit, il vient de se faire enculer, ma petite fille. Voilà. Après ça, on me dira que la vie est belle.

Top and Bottom. Il y a le dominant, Depardieu, et le dominé, Blanc. L'actif qui lime le passif. C'est cru. Et ça ne choque pas. Tout le monde finit sur le trottoir, les deux mecs en travestis. Et ça fait sourire. Dans ce ménage à trois, la femme laisse tomber son époux et le jette dans les bras d'un homme plus amateur de couilles que de seins. L'époux va devenir épouse, très jalouse. C'est caustique.

Au départ Tenue de Soirée était une sorte de suite des Valseuses, avec le même trio, dix ans plus tard: Depardieu-Miou Miou-Dewaere. Ce dernier a mis fin à ses jours, Blier a laissé trainer le projet, et finalement Blanc a repris le rôle, se rasant la moustache du loser des Bronzés et changeant d'image en se convertissant à des rôles dramatiques.

Ce qu'on retient surtout, au delà des provocations qui font jubiler son auteur, c'est que Tenue de soirée est une comédie grinçante, complexe, où réalité et fantasme s'entremêlent. Mais surtout il est un des premiers films populaires français à poser des questions sur l'identité sexuelle et le genre. 30 ans plus tard, il est toujours aussi efficace sur ce point.

[69, année érotique] Cannes 2016: Crash en 1996

Posté par vincy, le 15 mai 2016

Ah les années 1990! On aimait les scandales à Cannes. On aimait crier dans la salle, claquer du fauteuil, siffler de désapprobation, insulter par voie de presse. Cannes aimait, se complaisait?, chaque année prouver sa force destructrice en rejetant avec fracas un film palmable. Et Crash, de David Cronenberg, a été, à ce titre, symptomatique.

On se demande quand même ce qui dérange tant dans cette adaptation du livre de J.G. Ballard. Le fétichisme de la tôle froissée et de la mécanique? En mixant les fantasmes d'accident de voitures et de relations sexuelles (hétéros ou homos, à deux ou à trois), il y a quelque chose qui a troublé les festivaliers de 1996, assurément.

Lors de la projection, une grande partie des spectateurs est sortie de la salle. A la fin de la projection, le film est sifflé, chahuté, hué. Et quand le film reçoit quelques jours plus tard le Prix spécial du jury, ce fut une nouvelle bronca contre le film en pleine cérémonie. Le sexe est encore choquant, scandaleux. Et le film sera interdit au moins de 16 ans en France.

Les réactions furent en tout cas passionnelles. Les blessures, les plaies et les cicatrices sont autant de zones érogènes ou pénétrables. Le sperme lustre les voitures. Dans Crash, le couple mature tente de réveiller sa libido en respectant les codes convenus d'une société mais en associant la chair au métal, des corps mutilés mais encore en vie. On se souvient alors de la main de Deborah Kara Unger, avec son alliance, pleine du foutre d'un amant peu sympathique qui l'a baisée sur la banquette arrière, et qui cherche à toucher son mari, assis sur le siège avant.

Pas étonnant que la presse anglo-saxonne ait jugé le film dégradant, dépravé. Mais il eut aussi de fervents partisans et reste aujourd'hui encore, loin des huées cannoises, un des films les plus marquants sur un couple qui cherche à survivre entre Eros et Thanatos, et tétanos.