Le Festival de Cabourg couronne des romantiques engagés

Posté par vincy, le 17 juin 2017

Les 31e Journées romantiques du Festival du film de Cabourg se sont achevées sur un prestigieux tapis rouge le long de la plage - Juliette Binoche, Yolande Moreau, Xavier Beauvois, Raphaël Personnaz, Stacy Marin, Michel Hazanavicius, en plus des jurés qui comptaient Marion Cotillard, Aure Atika, Camille Cottin ou encore Anne Dorval, et des récompensés.

Le palmarès se divise ainsi en deux parties. Les prix des jurys et les Swann d'or.

Commençons avec les jurys qui ont plaidé pour deux films LGBT et engagés à faire reconnaître, respecter la différence.

Le jury de la compétition et le jury de la jeunesse se sont accordés pour consacrer le même film de la compétition, Une femme fantastique (Una mujer fantástica), du chilien Sebastian Lelio, déjà récompensé à Berlin d'un Ours d'argent du meilleur scénario et du Teddy Award. En salles le 12 juillet, le film raconte l'histoire de Marina, qui subit l’hostilité des proches d'Orlando après sa mort: la famille du défunt rejette tout ce qu'elle représente. Marina va devoir se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu'elle est : une femme forte, courageuse et digne. Marina est incarné par une actrice transsexuelle, Daniela Vega.
En tournage à Londres, Sebastian Lelio a envoyé un message vidéo pour remercier les deux jurys.

Le jury de la compétition a tenu également à remettre une mention spéciale à Mobile Homes de Vladimir de Fontenay.

Le jury du public, qui avait sa propre sélection, a choisi de couronner 120 battements par minute, de Robin Campillo. Grand prix du jury au Festival de Cannes, le film, qui sort le 23 août en France, retrace les premières années de militants d'Act Up.

Côté court métrage, Journée blanche de Félix de Givry a reçu le prix du meilleur film, Théo Cholbi et Zacharie Chasseriaud ont été distingués comme meilleurs acteurs pour Tropique de Marion Defer et Adèle Simphal a été récompensée comme meilleure actrice dans L’Attente d’Eric du Bellay.

Les Swann d'or sont décidés par le Comité qui jugent à la fois une performance mais aussi une carrière pour un artiste dans un film (romantique forcément) sorti ces douze derniers mois.

Swann du meilleur film: Sage femme de Martin Provost
Swann du meilleur acteur: Reda Kateb dans Django
Swann de la meilleur actrice: Béatrice Dalle dans Chacun sa vie
Swann de la révélation masculine: Rabah Nait Oufella dans Nocturama
Swann de la révélation féminine: Doria Tillier dans Monsieur & Madame Adelman

Des femmes fantastiques sacrées par les Teddy Awards

Posté par vincy, le 18 février 2017

Le vendredi c'est Teddy à la Berlinale. Le Festival de Berlin est un senior plus ou moins vaillant de 67 ans. Un bon retraité allemand, daddy sur les bords. Les Teddy sont insolents de jeunesse du haut de leurs 31 ans d'existence, prêts à faire la fête toute la nuit sur des musiques tendances, ou s'amuser sur un France Gall des sixties, ou attendre Conchita sur scène. Au milieu d'élus politiques et de cinéastes et comédiens des différentes sélections, des "créatures" sublimes égayent la foule avec leurs perruques démesurées, leurs robes de princesse ou leurs tenues d'Halloween. Tout est normal. L'esprit de Cabaret sera le fil conducteur de cette cérémonie, qui n'est pas une remise de prix comme les autres.

Après tout on n'y remet que six prix en deux heures (très "timées"), si on compte le Teddy d'honneur pour la cinéaste Monika Treut, ouvertement féministe, lesbienne et femme cinéaste. Le show est aussi important. Tout, ou presque, en anglais. Mais attention, les prix LGBT n'ont rien d'un palmarès underground dépravé. "No sex tonight" (ou alors après la soirée dansante, dans les bars et boîtes de Berlin). "C'est presque tendance d'être homosexuel à Berlin" clame le Maître de Cérémonie. On veut bien le croire tant le nombre d'hétérosexuels dans la grande salles de la Haus der Berliner Festpiele, au cœur de Berlin Ouest, est faible. Les compteurs des applications de rencontre ont du exploser en géocalisant des centaines de LGBT à moins de 20 mètres. Mais ici, on n'a pas l'oeil rivé sur son téléphone. Habillés pour l'occasion ou casual, les invités sont de nature bienveillante, se mélangeant sans préjugés.

"Il y a plus d'énergie à vouloir nous rendre inégaux qu'à chercher à nous rendre égaux" - Wieland Speck, directeur de la section Panorama de la Berlinale

Ainsi, on passe de Zazie de Paris à un acrobate aux allures de jeune prince (torse nu), du ministre de la justice de Berlin interrogé par un présentateur télévisé qui aurait pu être dans une vidéo Bel-Ami à deux membres du jury, l'un originaire du Pakistan, l'autre de Turquie, rappelant les difficiles conditions de création, de liberté dans leurs pays (avec, notamment, un appel vibrant de tous les cinéastes turcs sélectionnés à Berlin pour que le Président Erdogan cesse sa politique liberticide). C'est ça les Teddy: un moment d'expression libre où on chante une ode à Marlène Dietrich, disparue il y a 25 ans, et on se prend un très beau discours d'une grande figure politique nationale qui égraine 24 crimes homophobes (comme 24 images par seconde) sur la planète l'an dernier. Un mix entre des fantasques frasques artistiques et des revendications sur le mariage pour tous (l'Allemagne est le dernier grand pays européen qui maintient les gays et lesbiennes dans l'inégalité des droits) et la reconnaissance et réhabilitation des victimes du Paragraphe 175, qui criminalisait l'homosexualité masculine, de 1871 à 1994 (quand même) et a permis aux Nazis de déporter 50 000 personnes.

Bon, évidemment, entre l'apéro avant, les cocktails après, entre une séance de maquillage by L'Oréal Paris (et une Tour Eiffel dorée en porte-clés comme cadeau) et l'organisation précise et parfaite, les Teddy sont avant tout l'occasion de décerner des récompenses. 6 prix ont ponctué la soirée.

Un palmarès où la transsexualité est reine

Le prix du public, appelé Harvey en hommage à Harvey Milk, a distingué le film britannique de Francis Lee, God's Own Country, qui dépeint une relation père-fils dans un milieu rural. Le fils endure sa routine et ne parvient à s'échapper d'elle que par des relations d'un soir avec des hommes et l'alcool qu'il boit au pub du coin. Le film a été présenté à Sundance le mois dernier.

Le Teddy du meilleur court-métrage est revenu à Min homosister (My Gay Sister) de la suédoise Lia Hietala, qui raconte l'histoire d'un jeune couple de lesbiennes à travers les yeux de la petite sœur de l'une d'entre elles.

Le Teddy du meilleur documentaire a été remis à Hui-chen Huang pour son film Ri Chang Dui Ha (Small Talk), portrait de Anu, garçon manqué depuis toujours, épouse et mère de deux enfants avant de tout plaquer et de se mettre en couple avec des femmes. C'est l'histoire vraie de la mère de la réalisatrice, qui a rappelé avec fierté, que Taïwan était depuis l'an dernier le premier pays asiatique à reconnaître l'union entre deux personnes de même sexe.

L'identité sexuelle a d'ailleurs fait l'unanimité dans ce palmarès. On devrait même parler de changement de sexe. Le jury, composé de directeurs de festivals internationaux qui font vivre les films LGBT de l'Ouganda au Japon en passant par la Turquie et la Macédoine, a récompensé deux films dont les héroïnes sont des transsexuels.

Ainsi le Prix spécial du jury a honoré le film de la japonaise Naoko Ogigami, Karera Ga Honki De Amu Toki Wa (Close-Knit), superbe mélo magnifiquement écrit, sensible et subtil, où une gamine abandonnée par sa mère incapable de gérer sa vie de femme et son rôle maternel, se réfugie chez son jeune oncle, qui vit avec un homme en phase de changement de sexe. Dans un Japon très conservateur, des mots mêmes de la cinéaste, le film apparaît comme un hymne à la tolérance et montre qu'une bonne mère est avant tout une personne responsable et affectueuse, même si celle-ci a un pénis sous la culotte et de sacrés bonnets pour maintenir des nouveaux seins.

Le Teddy Award a sacré le film en compétition de Sebastian Lelio, Una mujer fantastica. L'actrice Daniela Vega est venue elle-même chercher le petit ours (costaud). Elle incarne Marina, une jeune chanteuse transsexuelle, qui vient de perdre son compagnon. La famille de celui-ci entend la tenir à distance des funérailles et supprimer au plus vite tout ce qui avait pu les relier. Mais elle se bat pour obtenir son droit le plus élémentaire: dire adieu au défunt et pouvoir faire son travail de deuil. "La transphobie est ici terriblement palpable et banale, d'une facilité déconcertante, puisqu'elle s'adresse à un individu considéré comme fantomatique et sans consistance, puisque sans étiquette" écrivions-nous en début de festival. "Un film indispensable qui fait acte de pédagogie tout en racontant l'histoire éminemment universelle d'un combat pour le droit à l'égalité."

Ces deux prix montrent que le combat n'est pas terminé. Que les droits acquis ne sont pas garantis. Il y a encore des luttes à mener. La cérémonie des Teddy se termine alors avec le "Freedom" du récemment disparu George Michael. Liberté, c'est bien le maître mot de cette soirée.

Berlin 2017 : Combats au féminin

Posté par MpM, le 12 février 2017

Cette 67e Berlinale fait décidément la part belle aux femmes. Après l'histoire d'une mère courage congolaise dans Félicité d'Alain Gomis hier, la compétition réservait aujourd'hui deux autres portraits de femmes singulières, toutes deux en lutte pour leurs idées. D'un côté celui d'une vieille dame originale obsédée par la protection animale dans Spoor d'Agnieszka Holland, et de l'autre une jeune femme rejetée par la famille de son compagnon après la mort de celui-ci dans Una mujer fantastica de Sebastian Lelio.

Spoor

Agnieszka Holland met en effet en scène une femme d'âge mûr, extrêmement dynamique, qui ne supporte pas l'idée de la souffrance animale. Malheureusement entourée de chasseurs dans une région où la chasse est clairement l'occupation préférée des habitants, elle ne cesse d'alerter les autorités sur les exactions des uns et des autres. Le film croise plusieurs intrigues qui sont l'occasion d'observer la vie quotidienne dans cette région isolée de Pologne, et de dessiner quelques jolis portraits de personnages décalés. Hormis l'héroïne, qui ne veut être appelée que par son nom de famille, et croit dur comme fer à l'astrologie, on croise ainsi un ingénieur minimaliste qui refuse de posséder plus de 80 objets, un vieil homme qui cache un lourd secret, une jeune fille qui se bat pour obtenir la garde de son frère placé en orphelinat...

Le style est pompier, le scénario manque de subtilité, et le ton oscille entre la fable écologique ironique et la farce grand-guignolesque, mais il faut reconnaître à la réalisatrice l'audace d'y aller à fond en faisant de son agaçante héroïne une véritable Don Quichotte au féminin, qui fustige à la fois la religion et le machisme et ne cesse de n'en faire qu'à sa tête. En tant que spectateur, on a l'impression d'un film en forme de montagnes russes et qui ne fait jamais dans la nuance.

Le personnage, toutefois, marque par sa fausse candeur et sa vraie capacité de nuisance. Cette vieille dame un peu folle qui préfère ses chiens aux hommes, et pleure à l'idée de l'holocauste subi quotidiennement par les insectes, est un esprit libre et entier comme on en voit peu souvent au cinéma. Ne s’embarrassant ni de réalisme, ni de mesure, la réalisatrice évite soigneusement les pièges d'un cinéma trop balisé, quitte à en faire des tonnes. Cinématographiquement, c'est trop boursouflé pour être pleinement satisfaisant. Mais humainement, on a tous envie de rejoindre la communauté de doux-dingues que cette héroïne hors normes parvient à fédérer autour d'elle.

Una mujer fantastica (attention, spoiler)

Sebastian Lelio, lui, avait fait sensation a Berlin en 2013 avec Gloria, déjà un beau portrait de femme. Ce rôle d'une quasi soixantenaire  qui cherche à donner un nouvel élan à sa vie avait d'ailleurs valu un prix d’interprétation (mérité) à la comédienne Paulina Garcia. L'histoire pourrait bien se répéter cette année avec Una mujer fantastica qui offre un rôle particulièrement fort à la merveilleuse actrice Daniela Vega. On peut avoir des réserves sur le travail du cinéaste chilien, pas toujours subtil dans la démonstration: impossible toutefois de ne pas lui reconnaître un véritable talent dans la direction d'acteur.

Ici, il raconte l'histoire de Marina, une jeune chanteuse qui vient de perdre son compagnon. La famille de celui-ci entend la tenir à distance des funérailles et supprimer au plus vite tout ce qui avait pu les relier. C'est d'autant plus violent que Marina est une jeune femme transsexuelle, perpétuellement renvoyée à cette condition. Ses interlocuteurs alternent les questions malsaines (ah, la fameuse obsession du mâle hétérosexuel sur l'avancement de "l'opération" !) et les réflexions glauques (l'ex-femme de son compagnon la traitant carrément de "chimère" - on vous épargne les insultes). La transphobie est ici terriblement palpable et banale, d'une facilité déconcertante, puisqu'elle s'adresse à un individu considéré comme fantomatique et sans consistance, puisque sans étiquette.

Marina, pourtant, se bat pour obtenir ce qui lui semble son droit le plus élémentaire : avoir la possibilité de dire adieu au défunt et d'entamer son travail de deuil. Sebastian Lelio la filme symboliquement en train de marcher contre le vent, rien ne pouvant la faire dévier de sa trajectoire, et c'est l'impression que donne le personnage tout au long du film. Marina n'a rien d'une victime, et si elle est émouvante, c'est par sa capacité à ne pas baisser les bras. Une force de caractère qui passe par la persévérance et l'affirmation de soi plutôt que par la violence ou les cris. Car Marina ne supplie pas et ne demande pas de faveur. Elle réclame simplement le droit élémentaire d'être traitée comme n'importe quel être humain. Malgré ses maladresses et ses facilités de scénario, Una mujer fantastica est ainsi un film indispensable qui fait acte de pédagogie tout en racontant l'histoire éminemment universelle d'un combat pour le droit à l'égalité.

Ainsi, après seulement trois jours de compétition, c'est déjà une évidence : à Berlin, cette année encore, les femmes, quelles qu'elles soient et d'où qu'elles viennent, semblent bien décidées à prendre la main. Y compris sur le palmarès ?

Berlin 2017: déjà 10 films de la compétition révélés

Posté par vincy, le 15 décembre 2016

La 67e Berlinale (9-19 février) a commencé la révélation de ses sélections avec 10 films en compétition, parmi lesquels les nouveaux films de Teresa Villaverde, Alain Gomis, Sally Potter, Agnieszka Holland et Aki Kaursimäki. A cela s'ajoutent trois films hors compétition. Le jury est présidé cette année par Paul Verhoeven.

Competition

  • A teströl és a lélekröl (On Body and Soul) de Ildiko Enyedi (Hongrie), avec Géza Morcsányi, Alexandra Borbély, Zoltán Schneider
  • Ana, mon amour de C?lin Peter Netzer (Roumanie), avec Mircea Postelnicu, Diana Cavallioti, Carmen T?nase, Adrian Titieni, Vlad Ivanov
  • Beuys de  Andres Veiel (Allemagne), documentaire
  • Colo de Teresa Villaverde (Portugal), avec João Pedro Vaz, Alice Albergaria Borges, Beatriz Batarda, Clara Jost
  • The Dinner d'Oren Moverman (USA), avec Richard Gere, Laura Linney, Steve Coogan, Rebecca Hall, Chloë Sevigny
  • Félicité de Alain Gomis (France), avec Véro Tshanda Beya, Gaetan Claudia, Papi Mpaka
  • The Party de Sally Potter (Royaume Uni), avec Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Cherry Jones, Emily Mortimer, Cillian Murphy, Kristin Scott Thomas, Timothy Spall
  • Pokot (Spoor) de Agnieszka Holland (Pologne), avec Agnieszka Mandat, Wiktor Zborowski, Miroslav Krobot, Jakub Giersza?, Patricia Volny, Borys Szyc
  • Toivon tuolla puolen (The Other Side of Hope) de Aki Kaurismäki (Finlande), avec Sakari Kuosmanen, Sherwan Haji (photo)
  • Una Mujer Fantástica de Sebastián Lelio (Chili), avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco, Aline Küppenheim, Amparo Noguera

Berlinale Special

  • La Reina de España (The Queen of Spain) de Fernando Trueba (Espagne), avec Penélope Cruz, Antonio Resines, Chino Darín, Cary Elwes, Mandy Patinkin, Neus Asensi, Ana Belén
  • Le jeune Karl Marx (The Young Karl Marx) de Raoul Peck (France), avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Hannah Steele, Olivier Gourmet
  • Últimos días en La Habana (Last Days in Havana) de Fernando Pérez (Cuba), avec Jorge Martínez, Patricio Wood, Gabriela Ramos

Cinélatino 2013 : soutenir le cinéma en construction

Posté par MpM, le 19 mars 2013

cinelatino 2013Pour répondre à la demande de jeunes cinéastes et producteurs latino-américains au début des années 2000, le Festival Cinélatino et celui de San Sebastian créaient en 2002 Cinéma en construction, un programme d'aide à destination des longs métrages latino-américains arrivés au stade de la post-production, mais manquant de moyens. Devenue incontournable, la plate-forme permet aux réalisateurs sélectionnés de rencontrer des professionnels susceptibles de les accompagner dans la finalisation, la promotion, la distribution ou la diffusion de leur film. De ces rencontres naissent des œuvres souvent singulières, fragiles et indépendantes qui contribuent à la richesse et surtout à la diversité du paysage cinématographique latino-américain.

Par le passé, Cinéma en construction a ainsi accompagné des films comme Gloria de Sebastian Lelio, remarqué et primé à Berlin, La sirga de William Vega, qui sort en salles le 24 avril prochain, Villegas de Gonzalo Tobal, présenté en sélection officielle à Cannes en 2012 ou encore Joven y alocada de Marialy Rivas, récompensé à Sundance.

La promotion toulousaine 2013 se compose de six longs métrages (sélectionnés parmi 103 projets) venant du Pérou, du Venezuela, du Chili, du Mexique et du Brésil, et majoritairement réalisés par des femmes. Mariana Rondon (Cartes postales de Leningrad) présente notamment son troisième projet, Pelo malo. Les frères Daniel et Diego Vega défendent eux leur deuxième film, El mudo, qui suit le quotidien d'un juge péruvien persuadé qu'on veut l'éliminer. Les quatre autres longs métrages sont des premiers films : Climas d'Enrica Pérez, De menor de Caru Alves de Souza, El verano de los peces voladores de Marcela Said et Somos mari pepa de Samuel Kishi Leopo.

Les six films concourent pour un nombre important de prix, parmi lesquels des bourses d'aides à la post-production, des prestations sonores, montage son, mixage, post-production ou sous-titrage, des services de promotion ou encore une garantie d'achat par une chaîne de télévision. Implicitement, il y a aussi une forte chance pour que l'on retrouve certains des lauréats dans le circuit des festivals internationaux, et notamment à Cinélatino 2014. Histoire de se rendre compte, concrètement, du travail accompli chaque année dans le cadre de Cinéma en construction.

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Cinéma en construction les 21 et 22 mars 2013
Dans le cadre de Cinélatino, 25e Rencontres de Toulouse
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Berlin 2013 : une édition dominée par les femmes, le poids de la religion et le spectre de l’enfermement

Posté par MpM, le 14 février 2013

Berlin a depuis longtemps une réputation de festival "politique" qui est rarement usurpée. Chaque année, on semble plus qu'ailleurs prendre ici des nouvelles du monde et de la nature humaine, comme le prouvent ne serait-ce que les derniers prix attribués à Barbara, Cesar doit mourir ou encore Une séparation. 2013 n'y fait pas exception qui voit la majorité des films de la compétition aborder des sujets sociaux, politiques ou économiques, ou au moins interroger les fondements de nos sociétés faussement policées.

Globalement, cinq grandes thématiques ont ainsi hanté les films en compétition, amenant parfois deux ou trois oeuvres à se faire étrangement écho au-delà les frontières géographiques, stylistiques ou historiques.

Le poids de la religion

2013 fut une année faussement mystique mais réellement critique envers une religion catholique sans cesse prise en flagrant délit d'hypocrisie. La démission du pape Benoit 16, en beau milieu de la Berlinale, a d'ailleurs semblé participer du mouvement... Qu'on juge un peu : un prêtre homosexuel amoureux (In the name of de la Polonaise Malgoska Szumowska), une jeune fille cloîtrée contre son gré (La religieuse de Guillaume Nicloux) et une artiste de talent enfermée dans un asile par son frère dévot (Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont)  font partie des figures les plus marquantes croisées pendant le festival.

Dans le premier film, un prêtre tente tant bien que mal de refouler ses penchants homosexuels. Travaillant avec des adolescents difficiles, il est comme soumis à une tentation permanente qui transforme sa vie en cauchemar. Le film rend palpable les contradictions criantes de l'Eglise catholique sur le sujet, montrant à la fois l'hypocrisie du système et les dangers que cela engendre.

Pour ce qui est de La religieuse et de Camille Claudel (voir article du 13 février), leurs héroïnes sont toutes deux victimes à leur manière d'individus se réclamant de la foi catholique. La religion n'est plus seulement un carcan dans lequel il est difficile de s'épanouir, mais bien un instrument de pouvoir utilisé contre ceux (en l'occurrence celles) qu'il entend confiner. Ce n'est d'ailleurs pas le seul point commun entre les deux films, qui s'inscrivent clairement dans la thématique de l'enfermement arbitraire et dans  l'exercice complexe et délicat du portrait de femme.

Enfermement arbitraire

Il ne fallait en effet pas être claustrophobe cette année pour supporter des oeuvres où l'individu est confiné, empêché, gardé physiquement et mentalement contre son gré. Outre Suzanne Simonin et Camille Claudel, la jeune héroïne de Side Effects (Steven Soderbergh) est emprisonnée dans un asile psychiatrique où elle se transforme lentement en zombie sous l'effet des médicaments. Celle de Paradis : espoir (Ulrich Seidl) est elle dans un "diet camp" d'où elle n'est pas censée sortir, sous peine de brimades et dangers.

Dans Harmony Lessons du Kazakh Emir Baigazin, les choses vont plus loin : le jeune héros est carrément en prison, où les méthodes policières ne se distinguent pas tellement de celles (brutales) des racketteurs de son lycée. Il est donc torturé, battu et menacé par des hommes qui ne cherchent pas tant à trouver le vrai coupable du meurtre sur lequel ils enquêtent qu'à se débarrasser au plus vite de l'affaire. Glaçant.

Et puis, bien sûr, il y Closed curtain de Jafar Panahi, parfait symbole de l'oppression et de l'arbitraire, entièrement tourné dans une villa dont les rideaux restent clos pendant presque tout le film. Le contexte de création du film (l'assignation à résidence du réalisateur et son interdiction de tourner) renforce le climat anxiogène de ce huis clos psychologique. D'autant que Jafar Panahi est également sous le coup d'une interdiction de voyager, et donc de quitter son pays. L'enfermement est ici à tous les niveaux, y compris mental.

Ce qui évoque une thématique sous-jacente : celle de l'artiste empêché, dans impossibilité de laisser libre cours à son art, et qui meurt à petit feu de ne pouvoir travailler.  Jafar Panahi est dans cette situation intenable qui le contraint métaphoriquement à choisir entre tourner illégalement (avec les risques que cela suppose) ou mourir. Camille Claudel 1915 aborde la question sous un angle légèrement différent, mais on retrouve également cette inextinguible soif de création, qui ne peut être satisfaite, et conduit l'artiste sinon à la mort, du moins à la déchéance.

Portraits de femmes

Les femmes étaient par ailleurs au coeur de nombreux films présentés. Non pas en tant que compagnes ou petites amies potentielles, mais bien en tant qu'héroïnes à part entières. D'ailleurs, plusieurs films sont nommés d'après leur personnage féminin principal : Gloria du Chilien Sebastian Lelio, Layla Fourie de Pia Marais, Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont, La religieuse de Guillaume Nicloux ou encore Vic+Flo ont vu un ours de Denis Coté. Toutes ont en commun de savoir ce qu'elles veulent et d'être prêtes à tout pour parvenir à leurs fins.

La chercheuse d'or de Gold (de Thomas Arslan) n'est pas en reste dans le genre superwoman indestructible qui vient à bout de tous les obstacles et tient la dragée haute aux hommes. Même chose pour la mère (certes horripilante, mais dotée d'une vraie force de caractère) de Child's pose (de Calin Peter Netzer). Loin du cliché sur les femmes fragiles, féminines, maternelles, ou autres, tous ces personnages mènent leur vie comme elles l'entendent ou, si on les en empêche, n'ont pas peur de se rebeller pour gagner leur liberté. Et lorsqu'elles sont confrontées à des hommes, c'est plus dans une relation de collaboration, voire de domination, que de séduction ou de soumission.

Probablement pour cette raison, leurs relations familiales demeurent relativement conflictuelles. L'héroïne de Child's pose est ainsi une mère envahissante excessive et odieuse, qui se désespère de ne pouvoir contrôler entièrement l'existence de son fils devenu adulte.  Elle est l'archétype de cette mère terrible qui conçoit la vie comme une incessante lutte de pouvoir et a tant investi son fils qu'elle est incapable de le laisser voler de ses propres ailes. A l'inverse, la mère du héros dans La mort nécessaire de Charlie Countryman reconnaît lucidement qu'elle n'a pas été très bonne dans ce rôle, et qu'elle est incapable de conseiller son fils en pleine crise existentielle. Elle se dédouane et répond à ses questions par des pirouettes. Quant à Gloria, elle aimerait avoir une relation conviviale avec ses enfants mais souffre en silence d'une immense solitude. Elle est pile dans cette période de la vie où les femmes se retrouvent seules parce que leurs enfants sont grands et que leur mari est parti avec une plus jeune. Un long parcours d'obstacles les attend avant qu'elles soient en mesure de refaire véritablement leur vie.

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