Le scénariste et réalisateur Peter Handke reçoit le Prix Nobel de Littérature 2019

Posté par redaction, le 10 octobre 2019

L'écrivain et dramaturge autrichien Peter Handke a reçu le Prix Nobel de littérature ce jeudi 10 octobre. Grand ami de Wim Wenders, il a écrit plusieurs de ses scénarios: Drei Amerikanische LP's, L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty, adapté de son propre roman, Faux mouvement, le récent Les beaux jours d'Aranjuez, dans le quel il jouait le jardinier, et surtout le sublime Les Ailes du désir (1987).

En tant que scénariste, Peter Handke a également écrit le remake américain des Ailes du désir, La Cité des anges de Brad Siberling, et l'adaptation du roman d'Henry James, Les ailes de la colombe, réalisé par Benoît Jacquot.

L'écrivain n'a pas que des amis. Proche de la Serbie, et notamment de Slobodan Milosevic, il a beaucoup d'ennemis. Certains regrettent ce Nobel, même si son œuvre littéraire ne souffre pas de critiques. A noter que le jury des Nobel a aussi remis le prix pour l'année passée (le Nobel de littérature n'avait pas pu être décidé suite à un scandale ayant entraîné de nombreuses démissions dans le comité).

Lauréate 2018, l'écrivaine polonaise Olga Tokarczuk, farouche opposante au régime néo-conservateur actuellement au pouvoir en Pologne, a aussi un lien avec le cinéma. Elle a en effet écrit deux scénarios: Pokot réalisé en 2017 par Agnieszka Holland et Kasia Adamik, en compétition à Berlin, et prix Alfred Bauer ; et The Vanishing réalisé en 2011 par Adam Uryniak.

Quant à Peter Handke, il a également été réalisateur de cinéma: Chronik der laufenden Ereignisse (1971), La femme gauchère, d'après son livre (1978), sélectionné en compétition à Cannes, le moyen métrage Das Mal des Todes, d'après le roman de Marguerite Duras, et L'absence (1993), en compétition à Venise. La femme gauchère lui avait valu le prix Bambi de la meilleur réalisation et le Prix Georges Sadoul.

Cannes 2019: Qui est Paul Laverty ?

Posté par vincy, le 19 mai 2019

Derrière les films de Ken Loach, il y a un autre homme. Paul Laverty, son scénariste. Il revient en compétition à Cannes avec Sorry, We Missed You, leur seizième collaboration en 23 ans. Laverty a déjà été récompensé à Cannes (Sweet Sixteen), Venise et San Sebastian. En plus de quatre nominations aux European Film Awards (et de trois autres aux Goyas espagnols).

Né il y a 62 ans à Calcutta, en Inde, d’un père écossais et d’une mère irlandaise, ce diplômé en philosophie (à Rome) est un globe-trotter. Il parcourt les plus grands festivals avec son acolyte Loach mais il travaille aussi entre Madrid, Londres et Glasgow. Après avoir débuté en tant qu’avocat en Ecosse, il est parti vivre en Amérique centrale, notamment en travaillant pour une ONG des droits de l’Homme, et à Los Angeles. C’est après ces séjours dans les Amériques qu’il rencontre Ken Loach. Son expérience au Nicaragua produira leur première association, avec Carla’s song, film sur la guerre des Sandinistes et ses conséquences. De la même manière, quatre ans plus tard, avec Bread and Roses, il a écrit un film faisant le lien entre ce qu’il a observé dans les faubourgs latinos de L.A. et une histoire sociale loachienne.

Son secret tient en effet dans la connaissance de l’humain. Il a expliqué il y a quelques années : « J'ai longtemps travaillé comme avocat. Quand vous vous rendez dans les tribunaux, vous êtes le témoin privilégié de la vie quotidienne de ces personnages. »

Ce tropisme hispanophone l’a conduit à trouver sa compagne, la réalisatrice Iciar Bollain. Car s’il est très fidèle à Loach dont il a écrit aussi bien ses longs métrages - My Name is Joe, Le vent se lève, Looking for Eric, La part des anges, Moi, Daniel Blake… - que ses courts pour les collectifs avec Olmi et Kiarostami, ou celui sur le 11 septembre 2001, il écrit aussi pour d’autres, à commencer pour son amie. Il a ainsi scénarisé Même la pluie, primé à Berlin et aux Arcs, L’Olivier et le biopic Yuli sur le danseur Carlos Acosta sorti l’an dernier.

Enfin, il s’est essayé au thriller avec Cargo, de Clive Gordon.

Paul Laverty a ce talent de "fictionnaliser" la réalité, de respecter ses personnages jusqu’au bout, et le goût, commun avec Loach, d’aspirer à une société plus juste. Observateur, qu’il écrive une comédie ou un drame, il puise toujours dans ce qu’il voit autour de lui, et souvent dans ce qui l’enrage. Avocat jusqu’au bout. Prêt à plaider des circonstances atténuantes pour tous les misérables.

Cannes 2017: Qui est Taylor Sheridan ?

Posté par vincy, le 27 mai 2017

Taylor Sheridan, c'est le talent brut américain. Un touche-à-tout venu du Texas. A 47 ans - il a fêté son anniversaire au Festival il y a six jours - il est connu comme acteur en second-rôle, scénariste de premier plan et le voilà réalisateur. Wind River est son premier film. Un thriller présenté à Un certain regard, où un homme, Cory, traumatisé par la mort de sa fille, travaille comme chasseur de coyotes et autres prédateurs. La poisse : il trouve le corps violé d'une adolescente dans une région désertée, une réserve amérindienne, et décide d'aider un agent du FBI à trouver le coupable. Le film, avec Jeremy Renner dans le rôle principal, et Elizabeth Olsen, a déjà été présenté à Sundance cet hiver.

Avant de concourir à la prestigieuse Caméra d'or cannoise, Taylor Sheridan a parcouru un long chemin chaotique. En tant que comédien, il a joué les rôles secondaires dans des épisodes de série, de Walker, Texas Ranger à Docteur Quinn, femme médecin en passant par Star Trek: Enterprise, New York Police Blues, Les Experts: Manhattan. Malgré sa belle gueule et son regard perçant, sa carrière ne décolle pas avant 2005, quand il incarne Danny Boyd, en cousin d'un gangster et trafiquant de drogue maffieux irlandais, dans la série Veronica Mars. Mais c'est en flic dans trois saisons de Sons of Anarchy qu'il est acquiert enfin une certaine notoriété.

Au cinéma, en revanche, c'est disette. Il tourne en 2003 dans White Rush, de Mark L. Lester, polar inédit en salles, et ne retrouve le grand écran qu'avec Comancheria (High or Hell Water), présenté l'an dernier à Un certain regard, dont il a signé le scénario.

Car, voyant sa carrière de comédien faire du sur place, il décide de se lancer dans l'écriture de scénarios. Et pas des moindres. On lui doit Sicario, réalisé par Denis Villeneuve et en compétition au Festival de Cannes en 2015. Une autre histoire de drogue, de Texas et de flics, avec un FBI sans foi ni loi et des immigrés clandestins venus du Mexique. Pour le film, il se documente énormément, effectue un véritable travail journalistique et montre comment cette frontière bientôt murée est devenue une zone de non-droit. Le film reçoit trois citations aux Oscars et le scénariste est nommé aux prix de la Writers Guild of America. Il a écrit la suite, Soldado, centrée sur le personnage interprété par Benicio del Toro.

Comancheria, réalisé par David Mackenzie, est par conséquent son deuxième scénario. Il l'avait écrit quelques années avant Sicario. Le script figurait sur la fameuse Black List, ces pépites que personne n'osent produire. Un autre récit texan, avec deux frères qui braquent des banques pour rembourser une dette. C'est le bingo. Quatre nominations aux Oscars, dont celle du meilleur film et du meilleur scénario original, deux nominations aux Golden Globes, dont une pour Sheridan à titre de scénariste et une nouvelle nomination aux prix de la Writers Guild of America.

Depuis deux ans, Taylor Sheridan ne chôme pas (il a même écrit le téléfilm Yellowstone, autour d'une famille du Montana qui se bat pour sauver son ranch). Il a été enrôlé pour écrire le remake de Maryland, le film d'Alice Winocour, présenté en 2015 à Un certain regard.

Il aime les histoires simples, les paysages arides, les personnages tourmentés et solitaires. Taylor Sheridan impose son style, en ancrant des récits réalistes et contemporains dans un cadre finalement on ne peut plus classique entre film noir et western. Un Texan qui a rêvé de la lumière et l'a trouvée dans l'ombre de l'écriture.

William Peter Blatty, père de « L’Exorciste », est mort (1928-2017)

Posté par vincy, le 13 janvier 2017

L'auteur du roman L'Exorciste, et scénariste de l'adaptation réalisée par William Friedkin en 1973, William Peter Blatty, est mort le 12 janvier à l'âge de 89 ans. Né le 7 janvier 1928 à New York, il a écrit une quinzaine de thrillers entre 1960 et 2016, ses Mémoires et une autobiographie.

Bien entendu, il restera à jamais celui qui inventa l'histoire de L'Exorciste, devenu l'un des films les plus terrifiants de l'histoire du cinéma. C'est aujourd'hui encore l'un des dix plus gros succès au box office américain. Avec le dollar actuel, il aurait rapporté 941M en Amérique du nord! Le film a été dix fois nommé aux Oscars (dont meilleur film, ce qui en fit le premier film d'horreur nommé dans cette catégorie) et a récolté deux statuettes (dont l'Oscar du meilleur scénario / adaptation pour Blatty). Le scénariste a aussi gagné le Golden Globe du meilleur scénario.

L'auteur était aussi scénariste, notamment pour Blake Edwards (Quand l'inspecteur s'emmêle, Qu'as-tu fait à la guerre Papa?, Peter Gunn, détective spécial et Darling Lili), Arthur Hiller (Promise Her Anything), J. Lee Thompson (l'adaptation de son roman John Goldrab, Please come Home, devenu pour le cinéma L'encombrant Monsieur John) ou Boris Segal (Le Survivant).

Il a aussi réalisé deux films : The Ninth Configuration, en 1980, d'après son roman Twinkle, Twinkle, "Killer" Kane, thriller surréaliste avec Stacey Keach, qui lui valu un Golden Globe du meilleur scénario et une nomination au Golden Globe du meilleur film dramatique. Un échec en salles mais le film est devenu culte avec le temps. Dix ans plus tard, il tourne, L'Exorciste, la suite (d'après son roman Legion), troisième opus de la franchise, avec George C. Scott. Le succès n'est pas au rendez-vous ni du côté des critiques ni du coté du public. Si Hollywood a régulièrement puisé dans L'Exorciste et ses suites littéraires, ou simplement en utilisant les personnages du roman, William Peter Blatty ne sera plus impliqué dans ces productions, les considérant même comme humiliantes.

Ceci n’est pas un gag: Gotlib est mort (1934-2016)

Posté par vincy, le 4 décembre 2016

Superdupont, le Gai-Luron, Newton et sa pomme, Adjani, Woody Allen, Chabrol, les Marx Brothers, Delon ou encore Truffaut; Gotlib, de son vrai nom Marcel Gotlieb, les a tous croqués. Le créateur de L'Echo des Savanes et de Fluide Glacial, grand prix à Angoulême en 1991, meilleur caricaturiste à New York en 1972, passé par Pilote (grâce à René Goscinny) et inventant un double sous la forme d'une coccinelle, était l'un des auteurs et dessinateurs majeur du XXe siècle. Son humour noir, décalé, trash, son athéisme revendiqué, ses questions existentielles en ont fait un humoriste hors pair.

Gotlib, né en 1934 et mort le 4 décembre 2016 à l'âge de 82 ans, avait aussi été scénariste pour le cinéma: Les vécés étaient fermés de l'intérieur de Patrice Leconte en 1976, Bonjour l'angoisse de Pierre Tchernia en 1988 et Piège à sons de Philippe Dorison en 1993, en plus du téléfilm Strangers dans la nuit de Sylvain Madigan en 1991. Il a notamment inspiré Albert Dupontel et le Splendid.

Il a aussi été acteur, dans le premier film de son ami Patrice Leconte, un moyen métrage qui lui était dédié, Tout à la plume, rien au pinceau (And my name is Marcel Gotlib) en 1970. Leconte l'a aussi enrôlé en chimiste dans Le Laboratoire de l'angoisse. Il a aussi joué chez Doillon (L'an 01, Les doigts dans la tête), Gérard Krawczyk (Je hais les acteurs), Didier Tronchet (Le Nouveau Jean-Claude), et Laurent Baffie (Les clefs de bagnole).

Toujours pour le cinéma, dans Le Viager de Pierre Tchernia (1972), il a réalisé la séquence animée de description du principe du viager : pour La Première Folie des Monty Python, premier film des cultissimes Monty Python, et pour Elle voit des nains partout!, il dessine les affiches.

Et puis, il a produit dans les années 1990, une série de courts gags animés, La Coccinelle de Gotlib, pour Canal+.

Il a souvent rendu hommage au 7e art dans ses albums. Notons celui qui est consacré au cinéma, Cinemastock.

Dinard 2016 – Victoria Bedos: « les scénaristes, c’est un peu la dernière roue du carrosse » en France

Posté par kristofy, le 30 septembre 2016

© christophe maulave / ecran noirElle est l'une des pétillantes membres du jury du 27e Festival du film Britannique de Dinard. Durant une pause entre deux films, le jury s'est rendu disponible pour évoquer aussi bien le festival, le cinéma britannique tout comme leur cinéma. L'occasion d'une rencontre en tête à tête avec Victoria Bedos, les yeux dans les yeux.

Ecran Noir : Comment se passe cette expérience de jury franco-britannique ?
Victoria Bedos : C’est la première fois que je suis jurée et j’ai beaucoup de chance avec ce jury de Dinard. Je m’entend hyper bien avec les meufs, on n’arrête pas de papoter entre gonzesses, Jalil Lespert je ne le connaissais pas bien et on s’entend très très bien aussi, pareil avec James D'Arcy. Comme on est un jury franco-britannique, les Français parlent en anglais plutôt que l’inverse évidemment. Moi j’ai un anglais qui n’est pas hyper bon ce qui fait que je dois attendre d’être un petit peu pompette pour oser parler aux jurés anglais. J’ai l’impression que les jurés britanniques ont un regard un peu plus dur sur leur propre cinéma que les jurés français. Forcément pour nous, c’est plus exotique. Je pense que ça va être très drôle les délibérations.

EN : On dit souvent que les acteurs britanniques sont les meilleurs du monde, qu'ils sont toujours extraordinaires, il y aurait quelles différences avec les acteurs français ?
Victoria Bedos : Pour nous français on est devant ces acteurs qui ne parlent pas notre langue, et je crois qu’on est plus critique avec ceux qui parlent notre langue. C’est vrai que chez les acteurs anglais, il y a une sorte de naturel chez eux, on ne les sent jamais vraiment jouer, on a l’impression qu’ils ne savent même pas qu’il y a une caméra qui les filme. Chez les acteurs français parfois on sent que c’est joué, que c’est forcé et que ce n’est pas vrai, on remarque plus l’effet. Je crois que chez les Anglais il y a un apprentissage peut-être différent dans les écoles de théâtre...

EN : ...comme jouer une autre version de soi-même avec votre film Vicky ?
Victoria Bedos : Vicky je l’ai écrit et je joue le rôle principal, mais je n’aurais pas pu le réaliser comme l’a fait Denis Imbert. Avec ce scénario, j’ai adoré continuer l’écriture avec le corps. Tout d’un coup le personnage que j’avais dans la tête et qui me parlait depuis longtemps, j’ai dû l’incarner, et c’est magique parce que c’est comme si je terminais ce travail d’écriture physiquement. Ce prolongement ça m’avait manqué sur le film de La famille Bélier en rendant le scénario, qui est devenu au final la vision de quelqu’un d’autre. Là c’est agréable que j’incarne le personnage moi-même, ça me permet de garder une sorte d’emprise dessus, d’y mettre encore plus ma petite musique en tant que comédienne.

EN : Durant la cérémonie d’ouverture de ce festival de Dinard la marraine, Rebecca O'Brien a rappelé que c’était l'un des rares festival où le métier de producteur est mis en avant. Et pour la place des scénaristes ?
Victoria Bedos : C’est vrai qu’à la cérémonie des César, j’ai été assez étonnée: toute l’équipe de La famille Belier était au troisième rang, et moi qui avait écrit le film avec Stanislas Carré de Malberg, on était tout au fond de la salle, avec d’autres scénaristes d'ailleurs. J'ai découvert que souvent les scénaristes, c’est un peu la dernière roue du carrosse en terme de considération, on est beaucoup moins bien payé, alors que sans nous il n’y a pas de film ou presque. Ce que je veux dire c’est que dans le budget d’un film il n’y a souvent pas grand-chose pour le développement de son écriture. Aux Etats-Unis les auteurs sont beaucoup plus mis en avant, ils ont une place plus primordiale. Je crois que en France vers la fin de la Nouvelle Vague il y a eu cette idée que les auteurs et les réalisateurs étaient la même personne alors que ce sont deux métiers différents. Moi j’adore écrire, mais j’adore jouer aussi. Là où je suis vraiment très heureuse c’est d’avoir trouver mon équilibre avec ces deux métiers.

EN : Si vous pouviez tourner avec n'importe quelle personnalité britannique, ça serait qui ?
Victoria Bedos : Je dirais Clive Owen ! J’ai vu Le fils de l’homme il y a une semaine et ça m’a vachement marqué. Il dégage une putain de virilité, il est à la fois sensible et fort, c’est un vrai mâle. On manque un peu d’acteur viril comme ça en France. Moi j’ai un petit côté masculin, alors ça me plait quand il y a un vrai mec en face, car, du coup ça me féminise. Avoir un partenaire avec un peu de brutalité masculine en lui, ça permet de me fragiliser.

EN : Quel est votre film britannique de chevet ?
Victoria Bedos : Love actually. Déjà c’est un bijou de scénario, l’histoire est tricotée de manière incroyable. Le montage est dingue aussi avec un sens du rythme super en passant d’une histoire à l’autre et qui se mélange les unes aux autres. Justement je suis en train d’écrire un scénario pour un film choral, mais je ne sais pas ce que ça deviendra. Pour moi c’est le principe de la mayonnaise, tous les ingrédients se mélangent dans une danse effrénée. Love actually aussi parce que je suis une midinette, j’adore les comédies romantiques anglaises qui mélangent l’amour et l’humour. Ce n’est pas juste une comédie: il y a aussi du drame. J’adore quand on mélange les genres en fait, c'est un peu ce qu’on appelle la comédie italienne, et ils savent vraiment très bien faire ça en Angleterre.

EN : Et pour votre film britannique préféré en tant que membre du jury ?
Victoria Bedos : Si j’ai un gros coup de cœur je vais tout faire pour que mon petit protégé soit défendu et récompensé. Après on se confronte quand-même au principe de la subjectivité. Moi je n’ai pas eu les mêmes expériences que les autres jurés comme Anne Parillaud ou que Claude Lelouch donc forcément on a des regards et des goûts qui sont différents. Par exemple, la violence je trouve que c'est merveilleusement bien fait au cinéma mais ce n‘est pas mon style, ça me fait du mal parce que je suis très sensible. On a vu des films très différents les uns des autres en compétition. C’est ça qui est chouette en tant que jurée, on part au combat, il faut convaincre les autres que son film préféré est le meilleur.

Acteur, scénariste et dialoguiste de génie, Daniel Boulanger nous quitte

Posté par vincy, le 28 octobre 2014

daniel boulanger à bout de souffle godardL'écrivain et scénariste Daniel Boulanger est décédé hier soir à 92 ans. Prix Goncourt de la nouvelle pour "Fouette Cocher!", Prix de l'Académie française pour "Vessies et lanternes", juré Goncourt de 1983 à 2008, il était l'auteur d'une soixantaine de romans.

À partir des années 1960, cet homme trapu, le crâne rasé, et le regard bleu acier, a fait l'acteur. Inspecteur Vital dans À bout de souffle, truand dans Tirez sur le pianiste, il a prêté sa gueule à Godard, de Broca, Truffaut, Chabrol, Lelouch et même Zidi, en directeur de banque, dans La zizanie.

C'est surtout en tant que scénariste que l'écrivain a gagné ses lettres de noblesses dans le 7ème art. Et sa filmographie à ce titre est palpitante. Pour de Broca, il écrit quelques unes des meilleures comédies françaises parmi lesquelles Cartouche, L'homme de Rio, Les tribulations d'un chinois en Chine, Le Diable par la queue, Les caprices de Marie, Chouans!. Pour Chabrol, il s'amuse avec Les sept pêchés capitaux, Marie-Chantal contre le docteur Kha, La route de Corinthe et Le cheval d'orgueil. Parmi ses autres films, passant de la comédie au polar, on retient La vie de château de Jean-Paul Rappeneau, Les pétroleuses de Christian-Jacques, Le plus vieux métier du monde de Claude Autant-Lara, L'affaire Dominici de Claude Bernard-Aubert, Police Python 357 d'Alain Corneau.

Boulanger a également signé les dialogues de films cultes comme Peau de banane de Marcel Ophuls, Angélique marquise des anges, Le voleur de Louis Malle, Monnaie de singe d'Yves Robert et Les mariés de l'an II de Rappeneau.

Le jeu comique de Belmondo lui doit beaucoup. De Montand à Noiret, de Deneuve à Marielle, les plus grands ont incarné ses personnages et ses mots à l'écran.

Avec L'homme de Rio, il avait été nommé en 1965 à l'Oscar du meilleur scénario, aux côtés de Jean-Paul Rappeneau, Ariane Mnouchkine et Philippe de Broca. Il avait reçu le prix du meilleur scénario au Festival de Locarno en 1960 pour Le farceur, comédie de de Broca avec Anouk Aimée et Jean-Pierre Cassel.

Femmes scénaristes : un état des lieux accablant

Posté par MpM, le 6 mai 2014

femmesAprès les différentes polémiques sur le peu de réalisatrices en compétition au Festival de Cannes ces dernières années (2 en 2014, 1 en 2013, aucune en 2012), une étude récente dénonce la faible part de femmes scénaristes dans le cinéma français.

Camille Haddouf, chercheuse en économie à l'Université de Paris I et la scénariste Isabelle Wolgust dressent en effet un état des lieux accablant de la situation des femmes auteurs (scénaristes et réalisateurs qui écrivent eux-même leurs scénarios) sur la période 2003-2012.

Sur les 887 scénaristes comptabilités, seulement 27% sont des femmes, un chiffre qui tombe à 22% pour les réalisateurs écrivants. Aucune femme scénariste dont l'activité principale est l'écriture de scénario n'aurait par ailleurs écrit sans partenaire masculin pendant la décennie.

A noter également que plus le budget des films augmentent, plus la part de scénaristes de sexe féminin diminue : parmi les scénaristes, 20% écrivent des films à petit budget (moins d'un million d'euros) contre 7% pour des films de plus de 15 millions tandis que parmi les réalisatrices écrivantes, 18% écrivent des films dont le budget est inférieur à 1 million d'euros et seulement 3% des films dont le budget dépasse 15 millions.

Seul point positif, les choses évoluent doucement mais sûrement puisqu'entre le début et la fin de l'étude, la part des femmes scénaristes est passée de 15% à 34%. Celles des réalisatrices écrivantes s'élève désormais à 25% contre 17% en 2003.

La Guilde française des scénaristes met en garde contre ce "plafond de verre"qui étouffe la création dans le cinéma français et rappelle que depuis la création des César en 1976, 16 femmes ont reçu celui du meilleur scénario original ou adaptation mais l'ont toujours reçu avec au moins un homme, à l'exception de Coline Serreau (à deux reprises pour Trois hommes et un couffin en 1986 et La crise en 1993) et de Tonie Marshall pour Venus Beauté (Institut) en 2000.

Seule une réalisatrice a remporté le César du meilleur réalisateur (Tonie Marshall pour Venus Beauté (Institut)), et quatre le César du meilleur film (Coline Serreau pour Trois hommes et un couffin en 1986, Tonie Marshall pour Venus Beauté (Institut), Agnès Jaoui pour Le goût des autres en 2001, Pascale Ferran pour Lady Chatterley en 2007).

Mais si les chiffres viennent confirmer ce que l'on savait déjà, les propositions et solutions ne se bousculent pas au portillon, notamment pour informer et éduquer dès le plus jeune âge les scénaristes de demain, mobiliser les professionnels ou encore sensibiliser au problème le corps enseignant et les écoles de cinéma. En attendant, le combat pour faire évoluer les mentalités s'avère plus crucial que jamais. Où l'on reparle des stéréotypes de genre, alors qu'écrire ne nécessite pourtant aucune caractéristique physique particulière.

Elmore Leonard, petit arrangement avec la mort (1925-2013)

Posté par redaction, le 20 août 2013

Elmore Leonard

L'écrivain américain Elmore Leonard, surnommé "Dutch", est décédé aujourd'hui à l'âge de 87 ans. Victime d'une attaque, le mois dernier, il rédigeait son 46e roman. Et là aucun twist final pour nous faire croire à une arnaque.

Baptisé par le New York Times du "plus grand auteur de polars vivant",, son talent particulier à décrire des personnages atypiques, entre crime et humour noir, en a fait l'un des auteurs les plus inspirant pour Hollywood. Apôtre de la rédemption, roi du twist final qui détermine la vraie couleur (et donc la morale) de ses personnages, prince de la digression avec de multiples pistes qui perdent le lecteur, il était surtout apprécié pour ses dialogues non pas littéraires mais "parlés", vivants et réalistes. Entre Far-West et "pulps" cultes, il laisse une oeuvre profondément américaine, en détournant les myhtes, ou au contraire en les glorifiant jusqu'à la noirceur.

3h10 pour Yuma (deux versions en 1957 et 2007) est resté dans l'histoire du Western. Mais Leonard est aussi à l'origine d'autres westerns comme Hombre (de Martin Ritt, avec Paul Newman, 1967), Valdez (d'Edwin Sherin, avec Burt Lancaster, 1971) ou Tandado ville sans loi (1990).

Il a également écrit lui-même les adaptations de La guerre des bootleggers (The Moonshine War, 1971), Stick le justicier de Miami (de et avec Burt Reynolds, 1985), Paiement cash (de John Frankenheimer, 1986), Cat Chaser (d'Abel Ferrara, 1989). Leonard était aussi scénariste : Joe Kidd (de John Sturges, avec Clint Eastwood, 1972) et Monsieur Majestyk (de Richard Fleischer, avec Charles Bronson, 1974).

En 1995, un changement se produit : les films adaptés de ses romans deviennent meilleurs et profitables. Ainsi Get Shorty, de Barry Sonnefeld, avec John Travolta, Gene Hackman et Rene Russo ramène une sélection à Berlin, un Golden Globe du meilleur acteur et 77 M$ au box office US. Deux ans plus tard, Tarantino adapte Rum Punch qui deviendra Jackie Brown, sans doute l'un de ses plus grands films, avec Pam Grier, Samuel L. Jackson, Robert De Niro, Michael Keaton, Bridget Fonda, Chris Tucker, Robert Forster... Là encore le film est en compétition à Berlin. Tarantino aime tellement les bouquins de Leonard qu'il avoue avoir écrit le scénario de True Romance en s'inspirant de lui.

L'apothéose arrive en 1998 avec Hors d'atteinte, de Steven Soderbergh, film qui fait renaître le cinéaste et révèle Clooney en star de cinéma. Le style Leonard est en parfaite adéquation avec la mise en scène, mixant érotisme, passion et film noir. Le scénario est nommé aux Oscars et le film remporte de multiples prix cette année-là.

Tout Hollywood voudra alors faire un film adapté d'un de ses romans ou nouvelles : Owen Wilson, Morgan Freeman, Charlie Sheen se retrouvent dans La grande arnaque (The Big Bounce) en 2004 ; Travolta, Uma Thurman, Vince Vaughn, Harvey Keitel, Danny DeVito sont réunis dans la comédie noire Be Cool en 2005 ; Joseph Gordon-Levitt réalise un court métrage à partir de Sparks, avec Carla Gugino, en 2009 ; Jennifer Aniston, Isla Fisher et Tim Robbins vont être à Toronto en septembre avec Life of Crime, de Daniel Schechter.

Elmore Leonard a également été très exploité par la télévision. Il a d'ailleurs écrit la série Justified, dont la 5e saison est déjà signée avec FX Networks.

Il avait conscience que les studios massacraient parfois ses histoires. Universal avait par exemple acquis les droits de son roman La Brava, sans jamais le produire. Pas rancunier, le romancier issu d'une famille prolétaire continuait inlassablement d'écrire. Il n'hésitait pas non plus à donner des conseils. Avec une bibliographie prolifique, nul ne doute que les producteurs continueront à puiser dans ce vivier d'histoires qui jouaient avec la mort (souvent pour du fric).

Le scénariste Claude Brulé (Paris brûle-t-il?) nous quitte

Posté par vincy, le 1 octobre 2012

Claude Brulé est mort dimanche à Paris à l'âge de 86 ans, selon l'AFP. Ancien président de la SACD et journaliste, Claude Brulé avait débuté en 1959 avec l'adaptation des Liaisons dangereuses pour Roger Vadim.

Pour Vadim, il écrira aussi La bride sur le cou, Et mourir de plaisir et Barbarella. Claude Brulé scénarisera aussi des films de Claude Chabrol (Le scandale, la route de Corinthe), d'Alexandre Astruc (La proie pour l'ombre) ou encore le culte Angélique, marquise des anges pour Bernard Borderie.

C'est évidemment en adaptant Paris brûle-t-il? de Larry Collins et Dominique Lapierre pour René Clément qu'il connaît son plus grand succès en 1966.

A partir de 1972, il abandonne le cinéma pour se tourner vers le petit écran (notamment Arsène Lupin). Il aura ainsi transposé en films ou téléfilms Choderlos de Laclos, Françoise Sagan, Alexandre Dumas, Maurice Leblanc, Heinrich Mann, Emile Zola ou encore George Sand.