Un bel été pour les cinémas UGC

Posté par vincy, le 29 juillet 2018

UGC va pouvoir agrandir deux de ses cinémas en Ile-de-France. La commission nationale d'aménagement cinématographique a autorisé l'extension de son UGC Ciné Cité de Créteil qui passera de 12 à 18 écrans et de 2860 fauteuils à plus de 3700 et l'extension de l'UGC Maillot (Palais des Congrès de paris, à deux pas de son siège social). Ce petit cinéma de quartier (4 écrans, 764 sièges) deviendra un multiplexe (12 écrans, 1148 sièges). Il passerait sous l'enseigne Ciné Cité. Ce cinéma pourtant bien localisé souffre d'une chute de sa fréquentation depuis plusieurs années (163 143 en 2017), loin des standards du réseau.

UGC s'apprête à rouvrir son cinéma Gobelins, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Avec sa façade vitrée aux allures de Times Square, le nouveau multiplexe offrira 11 salles et 1173 places. L'écran de la façade accueillera par ailleurs un programme d'art vidéo de Hector Castells Matutano.

Promise pour fin juillet, on constate toujours que le bâtiment est en chantier. Une affaire de jours sans doute.

Enfin, soulignons qu'une étude américaine du cabinet ComScore a couronné l'UGC Cité Ciné Les Halles comme multiplexe le plus fréquenté du monde avec 3,27 millions de spectateurs en 2017. Avec 70000 séances par an, 492 films de 85 pays différents, le cinéma est aussi le plus diversifié dans sa programmation.

Un 4e Pathé à Nice

Posté par vincy, le 12 mars 2018

Les Cinémas Gaumont Pathé prennent un peu plus de poids à Nice. Il y a deux semaines, le groupe a ouvert un multiplexe de neuf salles, qui s'ajoute aux trois autres existants: le Pathé Lingostière, le Pathé Massena et le Pathé Paris, soit un total de 25 écrans et près de 5000 fauteuils.

Le 6 mars, le Pathé Gare du Sud a ouvert dans le quartier Libération, avec neuf salles, dont une en Dolby Cinéma, et 1500 sièges. C’est le designer français Ora Ïto qui a réalisé l’intérieur et la décoration. Le nouveau Pathé se situe dans un quartier en pleine réhabilitation, traversé par la ligne de tramway T1.

Malgré son importante population, Nice et son agglomération (1 million d'habitants) est l'une des métropoles les moins cinéphiles de France, se situant au niveau de Rennes et de Nancy, loin derrière Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Strasbourg et Toulouse.

Les trois multiplexes actuels de Pathé accueillent environ 1,7 million de spectateurs. Le Lingostière a accueilli 1 041 163 spectateurs l'an dernier (22e cinéma de France, 4e de la région) tandis que le Pathé Massena a reçu 420 894 spectateurs.

Outre les multiplexes de Pathé, Nice dispose d'autres cinémas davantage art et essai (le Mercury, le Rialto, la Cinémathèque...).

L’ogre CGR devient leader en nombre de cinémas en France

Posté par vincy, le 14 décembre 2017

CGR a un appétit d'ogre. Le 2e groupe d'exploitation français, derrière les Cinémas Gaumont Pathé mais devant UGC (en nombre de cinémas comme en nombre d'écrans), s'offre le réseau Cap' Cinéma, 5e circuit français.

Avec cette acquisition, CGR s'agrandit de 22 cinémas, 150 écrans et 5,4 millions d'entrées selon les chiffres du Film français. Seules les salles de Blois sont exclues du périmètre. CGR complète ainsi sa couverture de la France dans les villes moyennes, particulièrement dans le sud-ouest. Le nouveau réseau possèdera 6 complexes dans les Hauts-de-France, 18 en Nouvelle Aquitaine ou encore 15 en Occitanie.

Un multiplexe dans la Capitale

Il met aussi la main sur l'Etoile Lilas, situé à l'Est de Paris et jusque là détenu par Cap' Cinéma à 75% et à Etoile Cinémas, dirigé par David Henochsberg (qui exploite encore deux cinémas à Paris, un en région parisienne et un en province), à 25%. Dorénavant nommé le CGR Etoile Lilas, l'ex Etoile Lilas est la première emprise du groupe dans la Capitale. En Ile-de-France, il n'a que cinq complexes, tous en grande banlieue.

Le nouveau réseau ajoutera les deux projets de multiplexes de Cap'Cinéma à Nanterre, près de Paris, et à Grasse, près de Cannes.

Au final, avec le rachat du Cinespace de Beauvais, CGR comptabilise 72 cinémas (juste devant Gaumont Pathé, qui en compte 71) et 686 écrans (toujours derrière Gaumont Pathé). Le groupe devrait attirer plus de 26 millions de spectateurs, pas loin du score d'UGC.

L’Arabie Saoudite autorise l’ouverture de salles de cinéma

Posté par vincy, le 12 décembre 2017

On vous l'annonçait le 24 octobre dernier. C'est désormais officiel. L'Arabie saoudite va autoriser l'ouverture de salles de cinéma à partir de début 2018. Les salles de cinéma étaient interdites depuis plus de 35 ans.

Les autorités vont délivrer dès à présent les permis d'exploitation, selon le ministère de la Culture. "C'est un moment clé dans le développement de l'économie culturelle dans le pays", a déclaré le ministre de la Culture Awad al-Awad dans le communiqué.

Ce n'était pas gagné: en janvier, le mufti d'Arabie saoudite s'était insurgé contre la possible ouverture de salles de cinéma, affirmant qu'elles seraient sources de "dépravation" car elles favorisent la mixité.

Mais le Royaume ne pouvait plus tolérer que ses propres habitants aillent au cinéma à l'étranger, provoquant des fuites de devises, et il faut bien anticiper la fin du règne du pétrole. Dans son plan Vision 2030, l'un des régimes les plus obscurantistes de la Planète a du le concéder: "Nous considérons que la culture et le divertissement sont indispensables à notre qualité de vie. Nous avons bien conscience que l'offre culturelle actuelle ne correspond pas aux attentes croissantes des citoyens et résidents."

Un accord avec un circuit américain

Dès le lendemain de cette annonce, le Fonds souverain saoudien (PIF) a confirmé la signature d'un accord avec le plus gros exploitant de salles de cinéma américain AMC Entertainment Holdings. Le PIF a estimé que le marché cinématographique saoudien pourrait peser 1 milliard de dollars par an. AMC, désormais appartenant à un conglomérat chinois depuis 5 ans, possède 1000 cinémas et 11000 écrans à travers les marques Odeon, UCI et Carmike.

Bientôt des salles de cinéma en Arabie Saoudite?

Posté par vincy, le 24 octobre 2017

Les habitants de l'Arabie Saoudite pourraient prochainement retrouver le goût d'aller au cinéma. Après des décennies sans pouvoir aller dans une salle de ciné, les Saoudiens voient la lumière... au loin. Le cinéma est considéré "comme une menace pour l'identité culturelle et religieuse" et avait été interdit dans les années 1980. En janvier, le mufti du royaume s'est d'ailleurs insurgé contre la possible ouverture de salles de cinéma et la tenue de concerts, affirmant qu'elles seraient sources de "dépravation" car elles favorisent la mixité. Or, à l'occasion de rares projections dans les centres culturels, les hommes et les femmes sont toujours séparés dans la salle puisque la mixité reste interdite.

Fuite de devises

Depuis le printemps, les autorités saoudiennes laissent entendre que les cinémas pourraient bientôt être autorisés, sans préciser de dates. Dans le cadre du programme Vision 2030, le régime cherche à réformer, modestement, son mode de vie. Les femmes devraient pouvoir conduire. Et la culture a une bonne place dans ce plan. Une centaine de concerts ont été organisés depuis l'an dernier alors que la musique est traditionnellement considérée comme illicite.

Il y a deux raisons à ce changement politique. La première est le constat d'une hypocrisie. Les Saoudiens consomment énormément de films grâce à la télévision par satellite, internet (YouTube par exemple) et en allant dans les pays voisins (Emirats Arabes Unis notamment). Idem pour les Parcs d'attraction et les musées qui fleurissent autour du pays. Autant de fuites de devises. D'autant que les festivals de cinéma à Bahrein, Abu Dhabi et Dubai se sont bien implantés dans les circuits internationaux.

Une Autorité du divertissement a déjà organisé des concerts, un premier festival Comic-Con et d'autres manifestations culturelles. Le cinéma saoudien, bien que marginal, connaît un joli succès d'estime à l'étranger, particulièrement depuis la sortie du film d'Haifaa Al-Mansour Wadjda, nommé aux Oscars. La communauté du 7e art - réalisateurs et acteurs - a souvent interpellé les autorités en leur expliquant que le pays mourrait artistiquement et que les Saoudiens consommaient finalement des films provenant de l'étranger. Fâcheux pour un pays si souverainiste. Ces films locaux ne peuvent pas être vus par les habitants. Par exemple, le film d'animation en 3D Bilal, présenté à Dubai en 2015 puis à Annecy.

Des séances ont quand même su s'organiser ces derniers moos, notamment au Hakaya Theatre de Ryadh. En août, pour la première fois, la salle a diffusé un long métrage. A Jeddah, un festival de cinéma s'est déroulé à Jeddah. Toujours à Jeddah, des saoudiens ont même pu voir Trolls grâce à la Saudi Arabian Society for Culture and Arts.

Remplacer l'or noir

L'autre constat est économique. L'économie du pays repose sur le pétrole (c'est le plus gros exportateur mondial). Or, non seulement le prix du pétrole chute mais d'ici vingt ou trente ans, il va se raréfier et être de moins en moins essentiel à l'économie mondiale. L'Arabie Saoudite n'a pas d'autres choix que de réorienter son économie, en pleine crise (inflation, baisse des salaires, conflits sociaux, jeunesse révoltée...).

L'Arabie Saoudite envisage de construire New Djeddah Downtown, un programme de 4 milliards d'euros où surgiront 12000 logements ainsi que de nombreux magasins, hôtels de luxe et centres de loisirs. Un autre projet du même genre va s'étaler au sud-ouest de la capitale Ryad pour devenir la plus grande ville culturelle, sportive et de divertissement du royaume.

"Le cinéma existe, il y a des boîtes de production, des réalisateurs... mais le pouvoir a du mal à le reconnaître officiellement. Aujourd'hui on est en train d'en finir peu à peu avec l'hypocrisie qui consiste à interdire des pratiques déjà en vigueur", explique Clarence Rodriguez, auteure de Arabie Saoudite 3.0 (Érick Bonnier, 2017), interrogée par L'Orient-Le Jour.

Imax a anticipé cette ouverture en proposant au Centre de technologie et de science d'Al Khobar une salle où sont projetés des films éducatifs.

Le Royaume l'a bien compris. Dans le plan Vision 2030, l'un des régimes les plus obscurantistes de la Planète a du le concéder: "Nous considérons que la culture et le divertissement sont indispensables à notre qualité de vie. Nous avons bien conscience que l'offre culturelle actuelle ne correspond pas aux attentes croissantes des citoyens et résidents."

Sur les réseaux sociaux, les Saoudiens s'enflamment et espèrent l'ouverture de bibliothèques, musées et salles de cinéma. Certaines rumeurs, rapportées par les médias du Golfe, évoquent une ouverture de quatre cinémas dans la capitale. Sans préciser de date ni officialiser l'information.

Pourquoi MK2 veut être sur les Champs-Elysées?

Posté par vincy, le 15 septembre 2017

Judicieusement, depuis 1974, MK2 s'est développé sur la Rive gauche mais surtout dans les quartiers populaires, aujourd'hui boboïsés et gentrifiés, à l'Est, loin des spots historiques de Gaumont et UGC (Opéra, Champs-Elysées, Montparnasse, Les Halles). Le réseau de Marin Karmitz a longtemps été sans réelle concurrence - hormis à Montparnasse, Beaubourg et Bastille - à Gambetta, Jaurès, Bibliothèque nationale de France, Odéon, Nation.

Mais les choses ont changé. D'une part les grands circuits ont investit les mêmes zones: Pathé à La Villette et Ivry, UGC qui rénove à Odéon et ouvre un multiplexe porte d'Aubervilliers, etc... (lire aussi notre article). D'autres cinémas se regroupent : Etoile, qui après la Porte des Lilas et Saint-Germain-des-Prés a repris le Balzac sur les Champs, en attendant l'ouverture éventuelle de Voltaire ; Haut et Court qui gère Le Nouvel Odéon et le Louxor ; Les Ecrans de Paris avec des salles éparpillées entre Bastille, Passy et Saint-Germain des Prés.

D'autre part, la fréquentation a évolué dans la capitale. Si on prend les dix plus importants multiplexes, la géographie est claire. UGC Les Halles, UGC Bercy, MK2 Bibliothèque, Gaumont Parnasse, MK2 Quai de Seine-Loire, Gaumont Opéra, Pathé Beaugrenelle, Gaumont Aquaboulevard, Pathé Wepler et UGC Paris 19. On constate d'abord que deux de ces complexes n'étaient pas ouverts avant 2010 (Beaugrenelle et Paris 19). Ensuite, seuls trois multiplexes se trouvent dans les "spots" historiques (et dans les arrondissements centraux), et aucun sur les Champs-Elysées, autrefois grand rendez-vous des cinéphiles.

Alors quel intérêt pour MK2 d'investir dans les Champs-Elysées, sachant que le réseau a déjà une salle prestigieuse au sein du Grand Palais?

Car MK2 a reçu une autorisation "tacite" selon Le Film français, pour créer un multiplexe de huit salles sur les Champs, afin de remplacer le vétuste UGC George V (11 salles, 1700 fauteuils), créé en 1938 (UGC l'a repris en 1993). Le complexe vieillot, passant de près de 800000 entrées en 2012 à 240000 en 2016, ne correspond plus aux critères d'UGC qui ferme ses cinémas non rentables, préférant investir lourdement dans l'ouverture de Ciné Cité ou dans la rénovation des vieux cinémas de quartiers populaires. Le bail arrivait à son terme et les nouvelles conditions n'étaient pas acceptables. Il est situé dans un immeuble qui doit être complètement rénové afin d'installer un hôtel de luxe français.

Le projet serait transformé en multiplexe de 8 salles et réduit à 1000 places. A proximité de l'UGC Normandie, du Balzac, du Publicis et du Lincoln, l'arrivée de MK2 risque de bousculer les équilibres sur la zone fragilisée, mise à mal par la hausse inflationniste des loyers. Le Gaumont Ambassade a déjà disparu d'un côté de l'avenue, remplacé par une marque de chaussures. Ces loyers ne peuvent être assumés que pour le prestige de l'adresse ou par des grandes marques multinationales (Foot Locker, Five Guys, Weston pour les plus récents).

MK2 prend donc un sérieux risque dans une zone très concurrentiel et désaffectée par les cinéphiles: la fréquentation est passé de un million de spectateurs il y a dix ans à 540000 l'an dernier. Plus personne ne va sur les Champs pour aller au cinéma, hormis les journalistes pour les projections, la plupart dans des salles privées.

Mais pour MK2, attaqué sur son terrain à l'Est et au Sud de Paris, il est vital de s'étendre et de rester l'un des circuits majeurs en France (il est le 3e à Paris, 9e en France). S'il vient de franchir un grand cap en Espagne (en rachetant le plus grand cinéma de Madrid et le réseau Cinesur, il est devenu le le 3ème opérateur cinématographique du pays), s'il a racheté un concurrent à Bastille, rénové Odéon et Beaubourg et agrandit son fleuron à la Bibliothèque nationale de France, son projet marseillais a pris l'eau et n'a toujours pas de salles en dehors de la Capitale, malgré des projets hors des frontières.

Size does matter, apparemment.

Edito: des cités pas si ciné

Posté par redaction, le 27 juillet 2017

De récentes études montrent une France qui se transforme, à l'instar de ce que décrit Michel Houeelebecq dans ses romans, ou de celle qu'on voit chez Delépine/Kervern, dans les récents Jour de France, Visages villages ou les docus de Derpardon.

Les centres commerciaux en périphéries et même les zones commerciales à l'entrée des agglomérations se multiplient. Il y a, en ce moment même, plus de 70 demandes de constructions de grandes surfaces. Ce modèle hérité des Trente glorieuses était un schéma urbanistique basique: une population ravie de s'installe dans des villes nouvelles, une voiture symbole de ses signes extérieurs de richesses, des routes élargies reliant les zones "hypermarchés" pour une société de consommation en plein boum.

Les cinémas ont suivi. L'invention du multiplexe, souvent accolé à un centre commercial, participait à cette extension des villes sur les champs. Les cinémas de centre-villes ont ainsi souffert. Nombre d'entre eux ferment chaque année. Quelques uns sont repris, souvent par des réseaux déjà établis. La cité n'était plus si ciné avec les Ciné Cités. Dorénavant, on consomme le cinéma, ce qui a entraîné, entre autres raisons, le déclin de films art & essai auprès des spectateurs occasionnels. Même Paris est touché. De tous les mono-écrans, il ne reste que le Max Linder. Des zones autrefois fortement cinéphiles comme Montparnasse ou les Champs-Elysées se sont retrouvées déclassées par des zones plus populaires comme le Nord-Est ou le Sud-Est parisien et surtout la banlieue.

Des 40 cinémas les plus fréquentés depuis le début de l'année, seuls 12 sont en centre-ville (dont 7 à Paris).

Ainsi, les centre-villes se désertifient en commerces de proximités et en cinémas d'à côté. Les enseignes mondialisées ou grosses marques nationales prennent le relais. Les baux sont très chers pour un commerçant ou un exploitant sans soutien financier derrière. Et ne parlons pas des politiques: ils sont les premiers responsables de ce désastre urbanistique en ne protégeant ni les artisans ni la culture (les librairies, disquaires, etc sont également touchés). Ils ont validé des zones commerciales gigantesques en banlieue. Un Ikea ou un Carrefour et c'est tout un pan du commerce, des consommateurs, des emplois qui migrent hors de la ville, à sa frontière.

Pourtant, il y a plusieurs avantages à faire renaître les centre-villes. De la même manière qu'on encadre les loyers à Paris et Lille, on pourrait sanctifier certains pas de porte pour des lieux culturels et des magasins locaux, voire maîtriser le bail sur certaines artères fréquentées, notamment en municipalisant certains bâtiments. Il faut qu'un centre ville ne soit plus seulement une aire de "loisirs", mais redevienne un lieu de vie. Avec des cinémas dans son voisinage. On doit pouvoir flâner à pieds et se faire une toile, plutôt que de prendre sa bagnole. Car ce dont les films du milieu et les films art et essai souffrent c'est bien d'un manque de salles dans des villes de taille moyenne.

Le cinéma doit être un lieu de rendez-vous et non pas une case dans son agenda. On y va parce qu'on en a envie, parce que cela reste un loisir social. Mais pour cela, il faut qu'ils soient accessibles, autrement qu'en voiture.

Cette démence urbanistique est en effet très polluante. Ne pas accéder aux multiplexes d'un coté ou au centre-ville de l'autre sans transports en commun est une absurdité aujourd'hui. Si les cinémas de centre-villes souffrent, c'est aussi parce que les mairies les ont fermés aux voitures (manque de parkings, zones piétonnes) sans combler l'offre en bus, tram, métro. Il y a un gros travail à faire en matière d'accès aux centre-villes pour ceux qui n'y habitent pas. De même avant d'envisager une nouvelle zone commerciale, il faut penser à son accès en transports publics.

Peut-être faut-il aussi cesser de favoriser la politique de construction de multiplexes à l'écart des zones d'habitation denses. Les mairies et agglomérations auraient tout intérêt à favoriser les salles existantes situées dans leurs villes avant qu'elles ne deviennent un Apple Store, un Zara ou un Monoprix.

Le futur cinéma Etoile Voltaire à Paris retoqué par la justice

Posté par vincy, le 24 juin 2017

C'est un rebondissement inattendu que le Tribunal administratif a réservé à la Ville de Paris le 14 juin dernier. En effet, le projet emblématique du Cinéma Etoile Voltaire, qui devait s'installer dans une ancienne sous-station électrique dans le cadre de l'opération "Réinventer Paris", a été stoppé net. "La décision de la ville de Paris désignant le projet « Etoile Voltaire » de la société Etoile cinémas développement, comme lauréat de l’appel à projets « réinventer Paris » au titre du bâtiment sis 14 avenue Parmentier est annulée" explique le jugement.

Un jury beaucoup trop municipal

Selon le Tribunal, la mairie de Paris n'a pas respecté les règles qu'elle avait elle-même fixées: les noms des jurés chargés de sélectionner les finalistes n'ont ainsi jamais été révélés, tout comme ceux des jurés chargés de choisir le vainqueur. De plus, le Tribunal a souligné que le jury devait être international et s'avérait en fait essentiellement municipal, comme l'a souligné le jugement: "vingt trois membres votants ont effectivement assisté au jury, dont, en premier lieu, quinze élus municipaux, premier adjoint au maire, adjoints au maire pour huit d’entre eux, président de groupe politique au conseil de Paris pour cinq d’entre eux et maire du onzième arrondissement pour le dernier, en deuxième lieu, quatre personnes dénommées qui ont siégé, es qualité, respectivement, de président de la commission du vieux Paris, de directrice générale de l’atelier parisien d’urbanisme, de directeur général du pavillon de l’Arsenal et de représentant de « Paris & Co » et enfin quatre personnes siégeant en qualité « d’expert international » ; que les dix membres non votants prévus, dont trois étaient présents, selon la même liste d’émargement, ont tous la qualité de fonctionnaire de direction des services de la ville de Paris placés sous l’autorité hiérarchique de l’exécutif municipal."

Une contestation citoyenne validée

L'affaire avait été portée en justice fin 2015 par l'Association Le 14 avenue Parmentier, qui rassemble des riverains contestant l'attribution du marché et préférant un projet participatif et citoyen. Ils craignent aussi que le projet "dénature" le bâtiment patrimonial. Le Tribunal leur a donné raison sur "la procédure irrégulière" et a condamné la ville à verser 1000€ à l'Association.

L'Association de Défense pour l'Aménagement concerté de l'Avenue Parmentier (ACAP) était aussi vent debout contre ce projet: "C'était un simulacre de présentation ! La réunion a été obtenue au forceps... On soutient la mairie dans le projet de réhabilitation. Mais pas pour n'importe quoi... Nous ne voulons pas d’hypermarché du cinéma, mais un cinéma de quartier ! Ce sont les habitants qui doivent choisir le projet, pas les édiles... " avait déclaré sa présidente Valérie Robert dans Télérama.

La Mairie de Paris a décidé de faire appel.

Un projet retardé d'au moins un an

Il y avait 47 projets initialement puis 4 finalistes. Le projet lauréat est porté par Etoile Cinémas, qui devait déposer le permis de construire cet automne, le restaurateur Thierry Marx, la Société des Réalisateurs de films (SRF) qui voulait y installer son QG, la Bellevilloise, le psychanalyste Gérard Miller (proche de Jean-Luc Mélenchon) et l'architecte Olivier Palatre. Le cinéma devait avoir 5 salles (environ 500 fauteuils), mixant cinéma d'art et d'essai et films populaires, un restaurant en terrasse (qui oblige à surélevé le bâtiment) et un espace pour les événements et spectacles (lire notre article du 3 février 2016). Etoile Cinéma dispose déjà de trois cinémas à Paris: le Balzac (sur les Champs-Elysées), Lilas (au-dessus du périphérique) et Saint-Germain des Prés.

D'ores et déjà, l'ouverture est retardée d'un an si la Mairie gagne son appel du jugement. Initialement, le "Voltaire" devait ouvrir en 2019.

Edito: Netflix, le réveil de la force

Posté par redaction, le 8 juin 2017

Il est évident que Netflix transforme le paysage cinématographique. On peut se désoler de voir que de grands cinéastes et de bons films ne soient jamais diffusés en salles. Mais après tout, cela fait longtemps que la télévision a attiré les Scorsese, Spielberg et autres Soderbergh pour produire/réaliser des séries. Et n'oublions pas le pionnier, Hitchcock. A Cannes, le débat a envahit la Croisette, au point, parfois, d'en oublier la qualité des films sélectionnés.

Est-ce si révolutionnaire que de vouloir produire des films exclusifs pour fidéliser ses abonnés et en attirer de nouveaux? HBO l'a déjà fait. Canal +, de par sa convention avec l'Etat, s'arroge le droit d'être la première fenêtre de diffusion après le passage en salles et en location vidéo. C'est de bonne guerre. Ce qui choquerait avec Netflix, c'est l'impossibilité de voir Okja, War Machine ou The Meyerowitz Stories au cinéma.  Bizarrement, on ne se pose pas la question pour toutes les séries B qui débarquent directement en vidéo à la demande (e-cinéma, c'est plus chic), sans passer par la case salles. Ces films en e-cinéma ont le droit à des projections presse. Netflix fera sans doute de même prochainement, afin d'accentuer la visibilité de ses productions "starisées".

Le débat autour de la diffusion n'est pas que français et l'intérêt pour Netflix n'est pas réservé qu'aux professionnels américains.

Ainsi, hier, Naomi Kawase s'est dite prête à travailler avec Netflix: "Si une firme comme Netflix ou toute autre société de production étrangère a des moyens pour travailler avec une réalisatrice qui a acquis une réputation internationale, ce peut être une façon pour moi d'exprimer librement ce que je veux", ajoutant qu'elle ne regretterait pas "une telle occasion" qui est, selon elle "plutôt comme un défi à relever". Pour les auteurs, les plateformes de SVàD sont une véritable aubaine alors que le marché art et essai se contracte en nombre de spectateurs dans le monde entier et que les financements sont de plus en plus difficiles à trouver pour des scénarios originaux.

La réalisatrice japonaise a commencé à réfléchir à cette possibilité quand son confrère sud-coréen Bong Joon-ho, dont Okja, en compétition à Cannes et financé par Netflix (50M$), s'est réjoui de la liberté créative qu'il a eu. "Il dit que Netflix lui donne tout l'argent dont il a besoin et n'intervient pas", explique Kawase, rappelant que le cinéma d'auteur japonais est plus que fragile et focalisé sur les productions populaires, souvent adaptées de mangas, romans ou séries TV. Hirokazu Kore-eda ne dit pas autre chose: "Plus de réalisateurs vont à l'avenir vouloir travailler avec Netflix ou Amazon. S'il reste comme il est, tout le secteur va couler." Plutôt que de constater le déclin du cinéma d'auteur japonais, les cinéastes se tournent vers l'étranger pour financer leurs œuvres.

De l'autre coté de la mer du Japon, le cinéma est florissant en Corée du sud. Il sait se protéger, se financer, s'exporter. En Corée du sud (mais aussi aux Etats-Unis et au Royaume Uni), Okja bénéficie même d'une exception: le droit d'être sorti en salles. Mais, comme pour la France, les professionnels ont décidé de se rebeller contre Netflix, producteur et diffuseur du film. Une grande chaîne sud-coréenne de salles de cinéma, CGV, premier réseau du pays avec 1000 écrans, a annoncé qu'elle ne diffuserait pas ce film très attendu si Netflix le mettait en ligne simultanément sur sa plateforme. Il y a deux ans, la suite de Tigre et Dragon avait suscité la même réaction de la part des circuits américains, qui avaient boycotté le film.

Le problème Netflix est ailleurs

Dans l'histoire, ce sont les spectateurs qui sont pris en otage: soit ils ne peuvent pas voir le film en salles, soit ils sont contraints de s'abonner à la plateforme. Cela peut faire le beau jeu des pirates. Toujours est-il qu'il va falloir rapidement revoir la chronologie des médias. Après tout, en tant que producteur, Netflix a le droit de choisir sa stratégie de distribution, quitte à exclure définitivement la salle de cinéma dans un premier temps (le cinéma serait alors une sorte de deuxième fenêtre, après le streaming exclusif). Pour le cinéphile comme le cinéaste, le "produit" reste un film de cinéma. Qu'on le voit chez soi, en salle, dans un festival ou à bord d'un avion, ça ne change pas grand chose, hormis la sensation, le plaisir que l'on peut éprouver selon le lieu (sous la couette, avec un public, avec les artistes, ou pour combler l'ennui).

Mais avant de se focaliser sur ce combat multi-supports (que les médias ont depuis longtemps intégré), peut-être faut-il mieux se concentrer sur le vrai problème qu'induit la force des plateformes de type Netflix. Il serait beaucoup plus judicieux d'obliger ces géants américains à payer leurs impôts dans le pays où ils sont diffusés, en fonction du chiffre d'affaires dégagé par leurs abonnements locaux. Car ce n'est pas tant le modèle économique d'un Netflix qui pose problème (en effet, s'ils investissent dans des films, on ne peut être que ravis). Mais c'est bien le contournement des règles fiscales et la distorsion de concurrence par rapport aux producteurs-diffuseurs nationaux qui pénaliseront à terme l'industrie cinématographique de pays comme la France, la Corée du sud ou l'Argentine, dont les éco-systèmes ont permis depuis des années de résister à l'hégémonie culturelle américaine.

Ce n'est pas simplement défendre notre exception culturelle que de réclamer des droits et des devoirs à un géant transnational au-dessus des Lois, mais il s'agit bien de protéger notre modèle culturel, qui passe par une solidarité fiscale. Canal + a l'obligation de financer des productions françaises. Pour toucher des aides du CNC, il faut être installé en France. Il n'y a aucune raison que Netflix profite du marché français sans contreparties bénéficiant à tout le secteur.

Cannes fiction: on ira à La Bocca…

Posté par vincy, le 18 mai 2017

Depuis que le Festival de Cannes et né, tout se passe sur la Croisette, globalement de la pointe du Palm Beach à l'est au Suquet à l'ouest. Mais depuis les années 2000, Cannes n'était plus vraiment aux normes. Il a fallu moderniser le "vieux" Bunker, et y ajouter une salle éphémère dite du Soixantième. Et quand bien même, le Palais n'arrive pas à satisfaire une forte croissance des professionnels venus voir la sélection officielle. Le vieux cinéma Star de la rue d'Antibes a fermé ses portes. L'Olympia, Les Arcades (qui accueillent des films du marché) tout comme la grande salle dans les sous-sols du Marriott (pour la Quinzaine) vieillissent terriblement. La Semaine de la Critique est à l'étroit au Miramar.

Heureusement, depuis 2019, avec un peu de retard, Cannes s'est enfin doté d'un multiplexe digne de ce nom. L'Acid, la Quinzaine et la Semaine y ont migré. L'Olympia a été refait à neuf, repris par un exploitant art et essai. La salle du Miramar est désormais dédiée à toutes les présentations de futurs films des différents labos, fabriques et ateliers du Festival. La salle de la Quinzaine, refaite à neuf, sert désormais aux projections aux projections pour la presse de la sélection officielle, facilitant l'agenda des journalistes avec plusieurs projos à horaires différents pour tous les films.

Boccacabana

Le multiplexe cinématographique avec ses douze salles et ses 2 426 fauteuils fait le bonheur des festivaliers et du public. Sa belle architecture signée Rudy Ricciotti (le Mucem de Marseille), sa backstage zone qui présente « l’envers du décor » d’un film en projection, ses deux restaurants séduisent.

A "Boccacabana", le nouveau quartier de Cannes, entre un aéroport qui accueille désormais les compagnies low-cost directement de Paris et sans passer par Nice, une université flambant neuve et une offre d'hébergement améliorée, le nouveau pouls du Festival bat vivement. Désormais, le Palais est la vigie orientale d'un festival qui s'est tourné vers l'Ouest. Et à l'Ouest, tout le monde sait, tout est nouveau.

On regrette évidemment que l'ancien maire n'ait pas réhabilité le vieux tramway du début du XXe siècle, qui permette de longer toute la côte méditerranéenne de Golfe-Juan à La Bocca. Mais avec des vélos en libre-service sur un parcours protégé et un système de navettes électriques démarrant du Martinez toutes les dix minutes, le festivalier se sent presque en vacances. C'est toujours moins long et moins fatiguant que de prendre le métro à Berlin ou moins handicapant que de dépendre des vaporettos à Venise.