Une campagne de financement participatif pour donner vie au roman graphique du cinéaste Rosto

Posté par MpM, le 23 octobre 2019

L'univers du cinéaste néerlandais Rosto, qui nous a quittés en mars dernier, était peuplé de créatures à la fois humaines et monstrueuses hantant des récits en forme de cauchemars éveillés, à l'ambiance singulière et hypnotique. Ses courts métrages forment une oeuvre cohérente et incontournable, dans laquelle la musique de son groupe Thee Wreckers et son roman graphique en ligne Mind my gap (lui-même adapté dans la trilogie qui réunit Beheaded, (The Rise and Fall of the Legendary) Anglobilly Feverson et Jona/Tomberry) jouent un rôle prépondérant. Il avait d'ailleurs eu les honneurs des plus grands festivals, de Cannes (Grand Prix Canal+ à la Semaine de la Critique en 2005 pour Jona/Tomberry) à Ottawa (Grand prix pour Lovely Bones en 2013).

Au moment de sa mort, il travaillait sur un projet central dans son travail : la création d'une version physique de son roman graphique, qu'il souhaitait également adapter en long métrage. L'objet devait être accompagné des chansons de son groupe.

Autour de minuit, société de production et de distribution spécialisée dans l'animation, et fidèle compagnon de route de l'artiste dont il a produit les quatre derniers films (Le Monstre de Nix, Lonely Bones, Splintertime, Reruns) et distribue tous les autres, a décidé de reprendre le flambeau afin de mener le projet à terme.

Rosto avait terminé la maquette des 210 pages du roman graphique ainsi que l’enregistrement et le mixage des 30 morceaux du double album Songs From My Gap. Il s'agit donc d'en finaliser les éléments graphiques et d'en superviser l'édition, ainsi que de créer les différents objets qui les accompagneront comme le DVD/Blu-Ray de sa Tétralogie, un vinyle 33 tours collector (So far, so evil) ou encore un Flipbook inédit, qui sont tous proposés comme contreparties dans le cadre de la campagne participative.

Pour se replonger dans l'expérience exceptionnelle de Mind my gap, (re)découvrir l'oeuvre unique du réalisateur, ou tout simplement contribuer à sa mémoire bien vivante, vous êtes ainsi invités à participer au financement participatif en cours sur le site KissKissBankBank jusqu'à la fin du mois de novembre.

Annecy 2019 : rencontre avec Annabel Sebag, responsable de la distribution chez Autour de minuit

Posté par MpM, le 11 juin 2019

Créée en 2001 par Nicolas Schmerkin, Autour de minuit est à l’origine une société de production spécialisée en animation, et pensée comme un espace privilégié pour des films hybrides ou expérimentaux. Depuis 2004, elle s’est lancée dans la distribution de ses propres productions, puis d’autres films correspondant à sa ligne éditoriale. Aujourd’hui, elle compte plus de 70 films produits et un catalogue d’environ 350 titres. Principalement du court métrage (dont l’Oscarisé Logorama de H5 - François Alaux, Hervé de Crecy et Ludovic Houplain), mais aussi des séries (Non-Non, l'ornithorynque chouchou des plus jeunes), et même du long métrage (Unicorn Wars, le prochain film d’Alberto Vasquez dont la société avait déjà coproduit Psiconautas).

En mai dernier à Cannes, Autour de Minuit a reçu le premier Prix du distributeur de court-métrage décerné par UniFrance et La Fête du Court Métrage. L’occasion de rencontrer Annabel Sebag, responsable du département distribution et ventes internationales de la société pour parler des enjeux spécifiques de la distribution de courts métrages d’animation et du Festival d’Annecy qui fait chaque année la part belle au format court.


Ecran Noir : Quels sont les enjeux de la distribution de courts métrages ?

Annabel Sebag : Bien sûr, l’idée principale est de diffuser les films au maximum, donc on réfléchit à la stratégie à mettre en place pour chaque film, en fonction de sa spécificité. La première chose va consister à inscrire les films en festival. C’est extrêmement important parce que les festivals sont un des premiers endroits où l’on peut voir du court. Nous travaillons avec un réseau de 350 festivals en France et à l’étranger et nous mettons en place toute une stratégie pour proposer la “première” internationale ou nationale la plus adaptée à chaque film.

Ensuite, il y a tout ce qui concerne la vente des films. Pour ceux que nous produisons, nous avons souvent des pré-achats par les chaînes de télévision françaises. Longtemps, il y a eu une sorte de chronologie des ventes : d’abord les chaînes et en parallèle les diffusions en salle, et ensuite les mises en ligne sur internet. Mais maintenant, les pistes s’entremêlent. Depuis presque dix ans, les achats télé sont en chute libre, beaucoup de département courts métrages ferment ou ont des budgets en baisse. Tout ce qui est VOD [vidéo à la demande] ou SVOD [service de vidéo à la demande par abonnement] peut donc parfois venir avant. Certains films vont aussi se prêter à une diffusion dans des musées ou des galeries. Par exemple, on travaille assez régulièrement avec Le Cube à Issy-Les-Moulineaux, comme pour le film Aalterate de Christobald de Oliveira autour duquel on avait créé une installation. Pour Estate de Ronny Trocker, il y a aussi eu une installation au 104 où le réalisateur avait fait une résidence. On essaye également de monter des expositions autour des films, notamment la collection “En sortant de l’école”. Globalement, tous les réseaux sont bons pour montrer les films.

EN : Justement, au sujet de la VOD ou SVOD, il y a un public pour le court métrage sur ces plateformes ?
AS : Oui, ça marche pas mal ! Les plateformes commencent à faire vraiment beaucoup d’efforts pour intégrer du court. On a testé différentes choses, et certaines plateformes qui sont éditorialisées fonctionnent bien. Je pense notamment à Benshi, qui fonctionne par abonnement, ce que je trouve particulièrement adapté au court métrage. Avec Universciné par exemple, on est en train de travailler sur des programmes de courts. Bien sûr, ce ne sont pas les montants des chaînes de télé, mais ça marche bien.

EN : Comment choisissez-vous les films que vous souhaitez distribuer ?
AS : Chacun repère des films et les propose au reste de l’équipe. On ne fait pas de choix par rapport au potentiel commercial d’un film. Il faut que ce soit des coups de cœur. S’il marche, c’est super, et s’il est plus difficile à vendre, c’est pas grave, on a quand même envie de le défendre. Ca peut aussi être l’occasion de repérer des réalisateurs avec lesquels faire un film par la suite, parce qu’on a envie de suivre leur travail. C’est ce qui s’est passé pour Donato Sansone (Journal animé, Robhot, Bavure en compétition officielle à Annecy cette année). On a commencé à prendre ses films en distribution parce qu’on aimait beaucoup son univers, et maintenant on produit ses films. Même chose pour Rosto (Le Monstre de Nix, Splintertime, Reruns…) C’était vraiment le coup de cœur de Nicolas Schmerkin. On a d’abord proposé de distribuer sa trilogie, et puis finalement de produire tous ses films. C’est donc aussi une manière de défricher, de repérer des auteurs.

EN : Il y a donc un marché pour le court métrage.
AS : Oui, clairement ! C’est juste qu’il est en évolution depuis une dizaine d’années. Il faut donc comprendre comment il évolue. Après, c’est un travail de fourmi. Le plus gros de l’activité, ce sont des locations de copie pour des projections non commerciales, des programmes de courts. Je pense que je reçois en moyenne une quinzaine de demandes par jour.

EN : Et le fait de proposer des films d’animation, ça aide, ou c’est un frein ?
AS : Tout le monde dit que l’animation se vend mieux. Je crois que c’est vérifié par les dernières études. C’est plus facile pour le jeune public, très clairement. Il y a aussi une question de format : ce sont des films plus courts, souvent sans paroles. Ca s’exporte bien. Je crois aussi que les gens aiment bien l’animation, tout simplement ! Car même si les achats télé, qui représentaient la plus grosse partie des ventes il y a quinze ans, sont en chute libre, on voit que les chiffres d’affaire, eux, restent stables, voire augmentent. C’est bien la preuve qu’il y a d’autres réseaux à défricher. Et toujours beaucoup de demandes pour l’animation ! Il reste bien sûr plein de choses à faire bouger. On aimerait avoir accès à des grosses plateformes comme Netflix, par exemple.

EN : Quelles sont vos attentes pour Annecy ?
AS : Elles sont de deux sortes. D’un côté, une partie de l’équipe y va pour présenter nos activités de production et pitcher des projets, mais aussi rencontrer des acheteurs de longs métrages et de séries, ou trouver un distributeur pour les longs qu’on a en développement. Ils vont aussi rencontrer des distributeurs de salle étrangers ou des télés qui a priori n’achèteraient pas du court, mais qui pourraient être intéressés par un programme. Par exemple les « Panique au Village » de Vincent Patar et Stéphane Aubier : on a coproduit trois spéciaux TV de 26’ (dont le dernier La Foire agricole est en compétition à Annecy), on expérimente un montage sous la forme de programme de 80 minutes pour le présenter à des distributeurs de longs.
Enfin, l’équipe assiste aussi aux pitchs, afin de voir s’il y a des projets qui pourraient nous intéresser.

De mon côté, je m’occupe du court métrage. Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de nouveaux acheteurs de courts au MIFA [le marché du film d’Annecy]. Donc je rencontre peu de gens que je ne connais pas encore, mais surtout ceux avec lesquels je travaille pendant l’année. Ca me permet de voir avec eux ce qu’ils ont envie de développer, quelles thématiques les intéressent, ou les projets qu’ils souhaitent mettre en place dans l’année à venir. Comme ça je peux me positionner tout de suite, et répondre à leurs besoins au plus tôt. Et bien sûr je leur présente les nouveaux films du catalogue. Et si je peux, je vois des films !

EN : On parle beaucoup, actuellement, des problématiques liées à l’animation adulte, qui a du mal à attirer les spectateurs. Quels sont les enjeux de ce type particulier de films ?
AS : Il y a un groupe de travail qui a été monté autour du long métrage d’animation pour adultes, sur l’impulsion de Nicolas Schmerkin. L’AFCA (Association française du cinéma d’animation) travaille dessus et y a associé des producteurs, des distributeurs, des exploitants… On réfléchit à la manière de faciliter la production de longs pour adultes. Comment les positionner et comment bien les sortir en salles. On pense que ce serait vraiment important de mieux impliquer les exploitants, dès la productions, pour qu’ils s’emparent des films. Qu’ils aient envie de les défendre. Il faudrait aussi travailler avec les spectateurs, parce qu’avoir une bonne presse n’est plus prescripteur. Peut-être que ça fonctionne mieux quand les spectateurs portent le film. Comme le réseau des spectateurs ambassadeurs de l’ACID qui choisissent un film “coup de cœur” et en parlent autour d’eux. Il y a une réflexion à mener aussi autour du label « jeune public » qui va jusqu’à 12 ans, et qui parfois n’aide pas la diffusion. Ça permet peut-être de rassurer les exploitants mais au finale ça ne colle pas toujours à la réalité du film, et ça le rend difficile à positionner et à sortir.

Annecy 2018 : création du label Azimut pour favoriser la distribution de films d’animation pour adultes et adolescents

Posté par MpM, le 12 juin 2018

On penserait inutile de le rappeler, et pourtant ce n'est pas encore une évidence pour tout le monde : non, l'animation n'est pas un genre (mineur) réservé aux enfants ! On voit même de plus en plus de longs métrages ambitieux s'adressant à un public d'adultes et d'adolescents, tels que les documentaires Chris the Swiss d'Anja Kofmel et Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow, l'essai politique ironique et irrévérencieux Seder masochisme de Nina Paley ou encore le pastiche de film de genre Chuck Steel : Night of the Trampires de Mike Mort, tous présentés à Annecy cette année.

Pourtant, certains de ces films exigeants peinent à trouver le chemin des salles (on a un doute assez sérieux sur Chuck Steel, par exemple). C'est dans l'idée de favoriser ces sorties jugées "atypiques" que le distributeur Cinéma Public Films et la société de production Autour de Minuit ont décidé de créer le label de distribution Azimut. "Né d’une envie commune de défendre la création et la diffusion d’un format en pleine (re)naissance, Azimut portera dans les salles des projets atypiques d’animation destinés aux adultes et jeunes adultes, des visions d’artistes iconoclastes, des scénarios et des graphismes barrés au service d’histoires et de problématiques profondément actuelles" expliquent-ils dans un communiqué commun.

Cinema Public Films poursuivra dans la voie qui est la sienne, à savoir l'accompagnement des films à travers du matériels spécifique et des ateliers, expositions, ciné- goûters, rencontres ou workshop, tandis qu'Autour de minuit (à qui l'on doit notamment Psiconautas de Alberto Vazquez), fournira le contenu éditorial. Dans un premier temps, Azimut diffusera ainsi des productions ou coproductions issues de la société de production, puis sera appelé à proposer également des oeuvres externes, acquises pour l'occasion.

Deux programmes très attendus sont d'ores et déjà annoncés : Thee Wreckers Tetralogy, qui réunit quatre courts métrages du cinéaste Rosto (No place like home, Lonely bones, Splintertime et Reruns), et est actuellement présenté au Festival d'Annecy, mais aussi Unicorn wars, le très attendu nouveau long métrage d'Alberto Vazquez.

Clermont Ferrand 2018 : retour sur le palmarès

Posté par MpM, le 13 février 2018

Le 40e festival de Clermont-Ferrand s’est clos sur un palmarès foisonnant et riche (plus de 40 prix décernés) après une très belle édition anniversaire qui a attiré plus de 165 000 spectateurs.

Dans la compétition nationale, c'est le très remarqué Vilaine fille d'Ayce Kartal qui a remporté le Grand Prix. Ce délicat récit à la première personne d'une petite fille ayant subi une agression met son animation libre et inventive au service du sujet sensible des viols collectifs d'enfants en Turquie.

Plus on avance dans le récit, plus la légèreté du ton et de l'image renforce l'effroi qui saisit le spectateur, cueilli presque par surprise par une puissance émotionnelle sèche, dénuée de tout pathos, et d'autant plus violente. On se réjouit d'autant plus de cette belle (et méritée) récompense qu'il n'est pas si fréquent de voir un film d'animation distingué par un grand prix "généraliste".

Côté international, c'est un film polonais, Tremblements de Dawid Bodzak, qui a convaincu le jury. Il s'agit d'un film mystérieux et  symbolique mettant en scène deux adolescents dont le comportement  inexpliqué de l'un deux va totalement bouleverser la relation.

Soyons honnêtes, on est resté assez extérieur à cette fable hermétique qui s'ouvre sur une proposition étrange : l'un des adolescents demande à l'autre ce qu'il ferait, s'il se retrouvait dans une forêt obscure et déserte, soudainement encerclé par des loups. On saisit confusément que le reste du film tente de répondre métaphoriquement à la question, mais sans que cela ne soit jamais réellement convaincant.

Le labo a quant à lui vu le couronnement de Retour de Pang-Chuan Huang, un documentaire qui raconte en parallèle un mystérieux voyage en train vers l’Est, censé ramener le narrateur chez lui, et un autre périple, effectué des années plus tôt par un autre jeune homme pris dans la tourmente de l’Histoire. Le réalisateur (étudiant à l'école du Fresnoy) a principalement recours à des images fixes, et à une voix off omniprésente qui guide le spectateur. Certes n’est-on pas totalement surpris par la tournure que prend le récit, mais le film bénéficie d’une vraie force d’évocation, malgré les maladresses du texte, et ses baisses de rythme. Il est également une belle démonstration de la puissance de l’image fixe qui confie au spectateur le soin de combler les creux.

Il faut aussi souligner la présence au palmarès du Lion d'or du dernier Festival de Venise (Gros chagrin de Céline Devaux, prix étudiant de la compétition nationale) ; de deux films de Clément Cogitore (sur les trois présentés) : meilleure musique originale pour Braguino, prix du public et mention presse Télérama pour Les Indes galantes ; du déjà multi-primé The burden de Niki Lindroth von Bahr (meilleur film d'animation), du documentaire suisse Ligne noire de Mark Olexa et Francesca Scalisi (prix étudiant de la compétition internationale) ou encore de l'étonnant film malaysien It's easier to raise cattle d'Amanda Nell Eu (mention spéciale de la section labo).

Enfin, parmi les films dont nous vous disions le plus grand bien pendant le festival, Le marcheur de Frédéric Hainaut a remporté le prix SACD du meilleur Film d'animation francophone, Reruns de Rosto le Prix Allegorithmic des effets visuels et Everything de David O'Reilly un Prix spécial.

Comme toujours, on peut avoir quelques regrets, notamment sur des films déjà mentionnés comme Des hommes à la mer de Lorris Coulon, l'un des plus beaux courts métrages français de l'année 2017, (Fool)Time job de Gilles Cuvelier, fable sociale glaçante qui prend à contre-pied tout ce que l'on peut avoir en tête quand on pense au cinéma d'animation ou Chose mentale de William Laboury,  œuvre complexe et envoûtante qui transcende en même temps le motif du huis clos inquiétant, celui du glissement vers le fantastique et les codes de la comédie romantique.

Mais, bonne nouvelle, il est possible comme chaque année aux Parisiens et Franciliens de se faire une idée du Palmarès en assistant à la reprise qu'en fait le Forum des Images. Ce sera ce 18 février à partir de 15h30, pour prolonger un peu la grande fête hivernale du court métrage.

Compétition nationale

Grand prix
Vilaine fille d'Ayce Kartal

Prix spécial
Vihta de François Bierry

Meilleure musique originale
Eric Bentz pour Braguino de Clément Cogitore

Égalité et diversité
The Barber Shop de Gustavo Almenara, Émilien Cancet

Mention spéciale
Encore trois ans de Pedro Collantes

Mention spéciale
Master of the Classe de Carine May, Hakim Zouhani

Prix du public
Les Indes galantes de Clément Cogitore

Prix étudiant
Gros chagrin de Céline Devaux

CANAL+
Little Jaffna de Lawrence Valin

SACD - 1ère œuvre de fiction
Pourquoi j'ai écrit la Bible d'Alexandre Steiger

SACD - 1ère œuvre de fiction - Mention
Junk Love de Jonathan Rochart

Adami - Interprétation masculine

Florent Gouëlou dans Un homme mon fils de Florent Gouëlou

Adami - Interprétation féminine
Sigrid Bouaziz dans La nuit je mens d'Aurélia Morali et Les vies de Lenny Wilson d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux

Presse Télérama
Les vies de Lenny Wilson d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux

Presse Télérama - Mention
Les Indes galantes de Clément Cogitore

Brèves digitales Orange
Un film sur les éboueurs de Le Gros Z

Procirep
Caïmans Productions pour Pépé le morse de Lucrèce Andreae

Bourse des festivals
La sphinx de Tito Gonzalez Garcia

Coup de cœur Canal+ Family
Oscillation de Yookyung Cha

Coup de cœur Canal+ Family - Mention
La mort, père & fils de Vincent Paronnaud (Winshluss) et Denis Walgenwitz

Compétition internationale

Grand prix
Tremblements de Dawid Bodzak

Prix spécial
Les ombres de Jerry Carlsson

Prix du public
Bonobo de Zoel Aeschbacher

Prix étudiant
Ligne noire de Mark Olexa, Francesca Scalisi

CANAL+
Les ombres de Jerry Carlsson

SACD - Film d'animation francophone
Le marcheur de Frédéric Hainaut

Film d'animation
Min Börda (Le fardeau) de Niki Lindroth Von Bahr

Rire Fernand Raynaud
État d'alerte sa mère de Sébastien Petretti

Nomination EFA
Honte de Petar Krumov

Mention spéciale
Hasta siempre, Comandante de Faisal Attrache

Mention spéciale
La victoire de la charité d' Albert Meisl

Mention spéciale
Dependent de Phil Sheerin

Compétition Labo

Grand prix
Retour de Pang-Chuan Huang

Prix spécial
Everything de David O'Reilly

Mention spéciale
Beetle Trouble de Gabriel Böhmer

Mention spéciale
Snap de Felipe Elgueta, Ananké Pereira

Mention spéciale
It's easier to raise cattle d' Amanda Nell Eu

Prix du public
Black America again de Bradford Young

CANAL+
Rebirth is Necessary de Jenn Nkiru

Prix Festivals Connexion
Ondes noires d'Ismaël Joffroy Chandoutis

Prix du documentaire
Proch de Jakub Radej

Prix Allegorithmic des effets visuels
Reruns de Rosto

Dix films remarqués au 40e Festival de Clermont-Ferrand

Posté par MpM, le 9 février 2018


Pour qui n’est jamais allé au festival du court métrage de Clermont Ferrand, il faut imaginer une cité en perpétuel mouvement, organisée en nombreux lieux et espaces de projections autour des deux centres névralgiques que sont la maison de la culture et le marché du film.

Ici, on croise des scolaires en file indienne, deux par deux derrière leurs professeurs, des festivaliers acharnés aux yeux un peu cernés d’avoir déjà vu trop de films, des professionnels affairés du monde entier, qui courent d’un rendez-vous à un autre, des réalisateurs qui accompagnent leur film, intimidés ou galvanisés, c’est selon, par l’immense salle Cocteau susceptible d’accueillir 1400 spectateurs... Et que dire de ces longues files d’attente qui se forment toute la journée devant les salles ? On se croirait à Cannes, la neige en plus et l’hystérie et le tapis rouge en moins.

Pour cette 40e édition, environ 450 films étaient présentés, répartis dans les 3 compétitions, les rétrospectives et les différents focus. Certains des films les plus remarqués de 2017 étaient ainsi présentés, à l’image de The burden de Nikki Lindroth Von Bahr (qui a justement reçu le prix du Court métrage de l'année remis par l'association Short Film Conference à Clermont Ferrand), Des hommes à la mer de Lorris Coulon (tout récemment auréolé du prix du meilleur court métrage français 2017 décerné par le Syndicat de la critique), Ligne noire de Mark Olesa et Francesca Scalisi (Grand prix à Winterthur), Une nuit douce de Qiu Yang (Palme d'or à Cannes), Vilaine fille d'Ayce Kartal, Chose mentale de William Laboury, Gros chagrin de Céline Devaux (lion d'or à Venise), Le visage de Salvatore Lista, (Fool)Time Job de Gilles Cuvelier...

Nous avions déjà eu l'occasion de vous dire tout le bien qu'on en pense lors de notre grand bilan 2017 consacré au format court (à lire ici pour les films plébiscités en festival, ici pour les films français et ici pour les films étrangers).

Mais d’autres, plus récents, ou qui n’étaient pas encore parvenus jusqu’à nous, ont à leur tour plus particulièrement retenu notre attention. Petite liste (non exhaustive) de dix films qui ont fait notre festival.

Copa Loca de Christos Massalas


Copa-Loca est une station estivale grecque. Hors saison, il n'y a rien à y faire. Mais Paulina, elle, est toujours prête pour mettre un peu de baume au cœur des habitants. Raconté en voix-off dans un style faussement documentaire, et jouant précisément du décalage entre le récit et l'image, le film est une satire joyeuse et décomplexée dans laquelle le corps exulte quand bon lui semble.

Everything de David O'Reilly


A première vue, nous voilà dans une conférence scientifique à mi-chemin entre la spiritualité new age et la démonstration implacable de l'interconnexion du monde, animée par des extraits sonores enthousiastes et péremptoires du philosophe Alan Watts. Mais très vite on s’interroge non sur ce que l'on entend, mais sur ce que l'on voit, des images semblant empruntées à un jeu vidéo vintage, dans lequel les animaux se déplacent en roulant indéfiniment sur eux-même et où les décors sont si minimalistes qu'ils semblent avoir été conçus par des enfants. Et pour cause, puisque tout le film a été tourné dans le  jeu vidéo Everything, également créé par O'Reilly en 2017, dans lequel on peut littéralement incarner n'importe quel être vivant. Par défaut, le jeu est en mode "autoplay", c'est-à-dire que le joueur n'a rien à faire sinon suivre les péripéties de son personnage sur l'écran. Ce qui le place finalement dans une position de complète impuissance, devenu spectateur de son propre destin. Une idée qui traverse Everything, le film, de part en part, interrogeant à la fois les limites de l'animation elle-même, mais aussi celles du spectateur, du joueur, et par extension, de tout être vivant lancé dans cette absurde boucle infinie que l'on appelle l'existence.

L'intervalle de résonance de Clément Cogitore


Le festival de Clermont Ferrand propose sous forme d'un court métrage construit en trois parties la monumentale installation vidéo présentée par Clément Cogitore au Palais de Tokyo en 2016, dans laquelle l'artiste interroge nos croyances collectives. Mêlant différentes formes d'images très hétérogènes (des plus professionnelles aux plus amateurs), il croise deux récits de manifestations aux origines physiques mystérieuses, la mythologie existant autour de la perception de sons émis par les aurores boréales et l’apparition d’une étrange formation lumineuse en Alaska. D'une très grande beauté formelle, le film est un voyage fulgurant au croisement du fantasme, du rêve, de l'invisible, de la perception et de la rationalité scientifique.

J'attends Jupiter d'Agathe Riedinger


Reposant à 99% sur la performance habitée de l'actrice Sarah-Megan Allouch, J'attends Jupiter est à la fois la chronique naturaliste d'un moment de basculement et le portrait sensible d'une génération nourrie aux rêves de gloire et de célébrité. L'héroïne est ainsi persuadée, lorsqu'elle accède au second tour d'un casting de télé-réalité, que sa vraie vie va enfin commencer. On la voit alors se débarrasser sans état d'âme de tout ce qui composait cette "pré-existence", brossant un état des lieux cruel d'une société qui n'a plus grand chose à offrir à sa jeunesse.

Manivald de Chintis Lundgren


Quand un renard introverti et sous la coupe d'une mère étouffante s'amourache d'un beau loup sexy et pas farouche, cela donne une satire sociale irrévérencieuse et irrésistible. Entre absurdité et ironie, le film joue de son style graphique très classique pour faire passer l'humour et les situations les plus décalées.

Le marcheur de Frédéric Hainault

Le marcheur est un film coup de poing porté par une voix-off dense et habitée dont la diction précipitée trahit l'urgence et la colère. C'est l'histoire d'un homme qui, un jour, a décidé de ne plus se résigner. Qui s'est mis en route et n'a plus jamais cessé d'avancer, de marcher, de contester. Peu importe la complexité de sa pensée politique, peu importe la cause. Le marcheur refuse, en bloc, tout ce qui est injuste et laid, révoltant et insupportable. Il ne revendique rien, si ce n'est ce droit à marcher, et à ne plus courber l'échine. Les choix formels sont à l'unisson de cette démarche, refusant un esthétisme gratuit, une "beauté" qui ne collerait pas avec l'âpreté du ton et du sujet. On est à la fois assommé et conquis par cette oeuvre à la puissance politique concrète et immédiate.

Reruns de Rosto


Le dernier volet de la tétralogie de Rosto autour de son groupe de rock Thee Wreckers est une plongée hallucinée et fourmillante dans les méandres du passé. Le personnage incarné par le réalisateur lui-même est pris dans une sorte de boucle temporelle qui lui permet de se revoir simultanément à différents âges. Dans un montage saccadé et hypnotique, le réalisateur néerlandais interroge les effets du temps passé et des rêves brisés. Comme le bilan punk et trash d'une vie déjà écoulée. On est à la fois sidéré par l'esthétique du film (dans la droite ligne de l'oeuvre du réalisateur néerlandais) et emporté par la profondeur de la réflexion que cela éveille en nous.

Ugly de Nikita Diakur


Ne vous fiez pas au titre, qui dissimule mal un film singulier et joyeux dans lequel un chat fait la connaissance d'une sorte de gourou dans les décombres d'un monde en déliquescence. Tout est rose et bleu, les objets nous assaillent et se multiplient, les décors mutent, l'univers part à vau-l'eau (ou se reconstruit, selon les interprétations), et pourtant on a l'impression d'être devant un feel good movie (sous ecstasy). Le réalisateur a spécialement créé une technologie numérique pour obtenir ces effets de déconstruction et de bizarrerie (le ugly du titre), en exploitant notamment des erreurs générées dans le code, ce qui donne l'impression d'un film où les pixels ont pris le pouvoir,  échappant à tout contrôle humain. De quoi ouvrir de nouvelles perspectives.

Weekends de Trevor Jimenez


Sans pathos et avec une tonalité très tendre, Trevor Jimenez (qui travaille chez Pixar) raconte la nouvelle existence d'un petit garçon dont les parents viennent de divorcer. Le film le suit tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, dans des activités enfantines basiques, ou d'autres plus singulières, racontant tout en douceur, avec poésie et délicatesse, le temps qui passe et la vie qui change.

Wednesday with Goddard de Nicolas Ménard

Parti à la recherche de Dieu suite à une averse lui donnant envie d'avoir la foi, le personnage rencontrera l'amour, puis le désespoir. Ton décalé, scènes cocasses et humour loufoque sont au rendez-vous de ce Wednesday with Goddard irrévérencieux à souhait. Dissimulée sous une couche de premier degré volontairement simpliste, la quête pour trouver Dieu est notamment une succession de piques à l'égard de la religion (on adore la séquence de l'Eglise) et d'ironie mordante sur l'Humanité.