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3 raisons d’aller voir La Villa de Robert Guédiguian

Posté par kristofy, le 29 novembre 2017

Un vieil homme fatigué est victime d’un grave malaise. Tellement inquiétant que ses derniers jours vont arriver. Alors ses proches vont se retrouver autour de lui au seuil de la mort, et surtout entre eux pour un constat nostalgique de leurs vies… « Tous ces hommes et toutes ces femmes ont un sentiment commun. Ils sont à un moment de leur vie où ils ont une conscience aiguë du temps qui passe, du monde qui change... Ils savent que leur monde disparaîtra avec eux... Ils savent aussi que le monde continuera sans eux... Sera-t-il meilleur, pire ? Grâce à eux, à cause d’eux ?... »

La Villa est le 20ème film réalisé par Robert Guédiguian, et une nouvelle fois, le décor est une calanque près de Marseille, où ses comédiens fétiches Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan et Jacques Boudet sont rassemblés et entourés de la génération suivante d’acteurs de la troupe comme Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin ou Yann Trégouët. Les frères et la sœur, les parents, les amis, les amants, les voisins se retrouvent donc presque dans un huis-clos en bord de mer. C’est le moment de se faire des reproches, de confronter des convictions, peut-être de prendre un nouveau départ… Bref il faut faire le bilan.

Le temps qui passe : comme toujours chez Robert Guédiguian, le film est imprégné de nostalgie. Le capitalisme et l’individualisme, valeurs régnantes du présent, gagnent sur l’idéal de fraternité et de solidarité du passé. Les personnages s’en souviennent, et ils essaient de sauver les meubles et les apparences. Il se dégage un certain sentiment d’impuissance, mais faut-il s’en résigner ? Un court flashback sur l’insouciance de la jeunesse des personnages est en fait un extrait du film Ki lo sa ? tourné ensemble il y a déjà une trentaine d’année. Une petite audace narrative qui met en miroir deux époques et deux intentions de cinéma.

L’utopie : il y a toujours cet idéal du "vivre-ensemble", et de s’ouvrir aux autres. C’était mieux avant, mais on peut essayer que ça ne devienne pas trop pire demain. La Villa est avant tout un mélodrame familial, délicat et humble, mais le film s’ouvre aussi à l’actualité du monde avec la crise des migrants. La noirceur n'est jamais loin de la lumière provençale. Il y aurait quelques réfugiés arrivés dans les environs dont des enfants, alors que faire ? C'est le prétexte au débat, aux enjeux, aux questionnements. Entre la mort et l'art, l'amour et la vie, le film est une tragédie intime et délicate. Guédiguian veut encore croire au pouvoir des fleurs. Plutôt que d'acheter une couronne mortuaire pour ses rêves.

Le fil d’Ariane : ce n’est pas seulement le titre d’un autre film de Guédiguian, sa muse Ariane Ascaride est le moteur principal de cette histoire : elle revient pour quelques jours se reconnecter à ses racines et un douloureux secret. Dans le film c’est une actrice de théâtre renommée et son charisme sur scène avait fait forte impression. Robinson Stévenin, jeune pêcheur à la vie simple, se passionne lui aussi pour le théâtre et malgré la différence d'âge, il s’imagine lui déclarer sa flamme… Une romance ("macronienne") inattendue serait possible, et c’est d’ailleurs un souffle d’air frais dans ce film lourd de mélancolie.

Arras : rencontre avec Jean-Xavier de Lestrade

Posté par MpM, le 16 novembre 2008

Sur ta joue ennemieDans le cadre des avant-premières du Festival L’Autre cinéma d’Arras, le documentariste Jean-Xavier de Lestrade avait fait le déplacement afin de présenter son premier long métrage de fiction, Sur ta joue ennemie (sortie le 3 décembre), en compagnie de son interprète principal, Robinson Stévenin. L’occasion pour lui de rencontrer le public et de s’expliquer sur son envie de passer à quelque chose de radicalement différent après avoir reçu l’Oscar du meilleur documentaire 2002 pour Un coupable idéal. "J’avais l’impression d’être arrivé à maturité", explique-t-il. "Cela aurait été confortable de continuer à faire des documentaires, je n’avais aucun problème de financement. Mais on ne peut avancer que si l’on est en situation d’inconfort. J’étais curieux de me confronter à la fiction, de voir ce que je pouvais donner dans ce genre-là."

Frappé par un fait divers mettant en scène un adolescent ayant abattu ses parents et sa sœur sans raison apparente, il s’interroge sur l’avenir de ce jeune homme, sur ce qui arrivera à sa sortie, à lui et à l’unique survivante du drame. De là est née l’idée de Sur ta joue ennemie qui se déroule treize ans après des faits similaires, à la sortie de prison de l’assassin. "Le film aborde des choses qui me tiennent à cœur comme la complexité de l’être humain ou comment un être ayant commis des actes aussi terribles peut retrouver un visage humain", souligne-t-il. "Je voulais obliger le spectateur à aller dans cette zone-là, à faire ce cheminement personnel. D’où la nécessité de ne surtout pas expliquer le geste du personnage, ce qui serait rassurant. En réalité, la plupart des actes ne sont pas motivés. Les gens commettent souvent des actes qui ne leur ressemblent pas. Cela renvoie à notre propre mystère. Au fait que la limite entre une personne "normale" et une personne qui commet des actes irréparables est ténue."

Pour raconter cette histoire, Jean-Xavier de Lestrade a fait appel au scénariste Gilles Taurand qui a été lui-même professeur dans un établissement pour jeunes en difficulté et bénéficie ainsi d’une certaine expérience en terme de problématiques adolescentes. "On a passé plusieurs mois à parler des personnages, de qui pouvait être ce gamin, de quel serait le parcours de cette fille… Ca a vraiment été la plus grosse partie du travail", se souvient le réalisateur. "L’histoire, elle, a été écrite rapidement.  Moi, je cherchais des pivots dramatiques classiques, Gilles était plus dans une démarche d’épure. Il ne voulait pas surdramatiser des scènes qui étaient déjà très fortes par elles-mêmes et a tiré le film vers ce style."