Netflix s’offre Angelina Jolie et Rithy Panh pour un film sur les Khmers rouges

Posté par vincy, le 24 juillet 2015

angelina jolie pittAngelina Jolie Pitt (et oui, désormais ils sont mariés), va réaliser l'adaptation de D'abord, ils ont tué mon père, l'autobiographie de Loung Ung, une auteure d'origine cambodgienne et militante pour les droits humains qui a survécu à l’impitoyable régime khmer rouge. Le livre est paru il y a treize ans en France.

Le film sera diffusé sur Netflix fin 2016. Il sera proposé aux principaux festivals internationaux dès qu'il sera prêt. Co-produit par Rithy Panh, nommé à l'Oscar, césarisé et primé à Cannes pour L'image manquante, l'adaptation sera co-signée par Jolie Pitt et l'auteure du roman.

Loung Ung avait cinq ans quand les Khmers rouges ont pris le pouvoir au Cambodge en 1975. Ils ont régné par la terreur pendant quatre ans et se sont livrés à un génocide qui a coûté la vie à près de deux millions de Cambodgiens. Arrachée à son foyer à Phnom Penh, Loung a été forcée de devenir enfant soldat dans un camp pour orphelins, tandis que ses six frères et sœurs étaient envoyés dans d'autres camps de travail. La jeune femme a malgré tout survécu et est devenue une militante des droits de l'homme aux Etats-Unis, où elle réside.

Après l’avoir lu, Angelina Jolie Pitt a contacté Loung il y a plus de dix ans, et les deux femmes sont devenues amies. La réalisatrice et actrice explique que "Le livre de Loung [l]'a bouleversée." "Il m'a permis d'appréhender de l'intérieur la façon dont les enfants vivent la guerre et sont affectés par le souvenir émotionnel qu'elle laisse. Il m'a aussi rapprochée des Cambodgiens et du pays natal de mon fils. Pouvoir adapter ce livre au cinéma est un rêve devenu réalité. C'est un honneur pour moi que de travailler avec Loung et avec le cinéaste Rithy Pahn" ajoute-t-elle.

De son côté, Loung Ung explique qu'elle a rencontré la star en 2001 au Cambodge. Elle écrit actuellement son premier roman, après avoir signé deux autres livres, Lucky Child et Lulu in the Sky.

Le tournage de First They Killed My Father commencera cette année au Cambodge. Angelina tournera ensuite Africa sur le combat du Dr Richard Leakey, un paléo-anthropologue qui s'efforce depuis plusieurs décennies de sauver l'Afrique du trafic de sa faune et de sa flore. Africa a été retardé afin de laisser à l'équipe le temps de terminer le scénario et de préparer la production. Elle travaille actuellement à la postproduction de By the Sea, qui sortira d'ici la fin de l'année.

Cannes 2015: L’Oeil d’or, nouveau prix pour les documentaires

Posté par redaction, le 29 avril 2015

Le 68e Festival de Cannes accueille un nouveau prix, L'Œil d’or, chargé de récompenser un documentaire. À l'initiative de la Scam et de sa présidente, Julie Bertuccelli (La cour de Babel), il récompensera un film parmi tous les documentaires présentés dans toutes les sélections du Festival. Le jury remettra L'Œil d'or et sa dotation de 5000 € à l'auteur du film primé le samedi 23 mai au Palais des festivals.

Le premier jury est composé de Rithy Panh, président du jury, cinéaste franco-cambodgien souvent récompensé à Cannes, Nicolas Philibert, cinéaste français, Irène Jacob, comédienne française, Diana El Jeiroudi, productrice syrienne et Scott Foundas, critique américain du magazine Variety.

Parmi les documentaires présentés à Cannes (la liste n'est pas complète puisque la sélection Cannes Classics n'est toujours pas révélée), notons Amy, Ingrid Bergman: In Her Own Words?, Oka, Pauline s'arrache, Je suis le peuple, ...

L’image manquante, chef d’oeuvre de Rithy Panh ce soir sur Arte

Posté par MpM, le 9 octobre 2013

image manquante

L'image manquante, documentaire atypique sur les souvenirs impossibles du génocide cambodgien,  fut l'un des temps forts du dernier festival de Cannes, où il reçut le Prix Un certain regard.

Rithy Panh, à qui l'on doit déjà deux des films les plus saisissants sur la période khmer rouge au Cambodge : S21, la machine de mort khmère rouge et Duch, le maître des forges de l'enfer, s'y est cette fois penché sur son propre passé de déporté dans un camp de travail où il perdit une partie de sa famille.

Mais pas question de transformer le génocide cambodgien et toutes les horreurs qui l'ont accompagné en "fonds de commerce" pour documentariste en mal d'idées. "Je trouve qu'il faut qu'on soit aussi cinéaste, et pas seulement cinéaste de génocide", explique Rithy Panh dans une interview à l'AFP. "Il faut une proposition artistique. C'est elle qui doit permettre de transmettre et de s'approcher d'une certaine vérité."

C'est donc en gardant à l'esprit son devoir de cinéaste qu'il a abordé la complexité de ce nouveau projet. Comment raconter une histoire dont il n'existe pas d'images ? Comment transmettre, dans un film qui plus est, un passé qui n'existe plus que dans les mémoires ?

La démarche qui en résulte est d'autant plus passionnante qu'elle mêle souvenirs intimes, événements historiques et réflexion sur le cinéma. Puisqu'il n'a que très peu de matière à sa disposition (les images d'archives sont rares, de même que les documents sur sa famille), Rithy Panh décide de l'inventer et d'utiliser un pur procédé de fiction au service d'une réalité intangible.

L'idée, reconstituer avec des figurines d'argile ce passé à jamais disparu, confine au génie. Parce que ces petites statuettes sont à la fois enfantines, allégoriques et universelles, ce que n'auraient pu réussir des acteurs incarnant les personnages. Mais aussi parce qu'en restant figées, comme en retrait, elles accompagnent la tragédie sans prétendre la mimer artificiellement. Seul compte le récit, terrible et bouleversant, et pourtant d'une sobriété absolue, qui accompagne à la première personne cette reconstitution minutieuse.

On sort ébranlé de L'image manquante qui raconte les pires exactions dont est capable l'être humain. Mais grâce à ce procédé décalé, presque radical, qui permet d'incarner les fantômes du passé en personnages peints, c'est comme si, au final, les victimes finissaient par avoir le dernier mot, à l'image de cette séquence hallucinante où la figurine qu'on enterre resurgit encore et toujours de la terre.

Rithy Panh réussit ainsi l'exploit de livrer un récit intime bouleversant et de porter en même temps un regard critique sur ce qu'il fait. Ne laissant pas l'émotion le submerger tout à fait, il met des mots sur l'horreur, cherchant à l'expliquer pour mieux la comprendre, et réfléchit à son triple rôle d'acteur, de témoin et de narrateur d'un épisode insupportable de l'Histoire. C'est en cela qu'il agit en véritable cinéaste, soucieux d'interroger à la fois les images qu'il montre et la démarche qui l'anime.

Qu'un film aussi singulier, puissant et débordant d'humanité ne bénéficie pas d'une sortie en salles a quelque chose de profondément troublant. Mais peut-être touchera-t-il un plus vaste public lors de sa diffusion télé (mercredi 9 octobre à 20h50 sur Arte), en attendant sa sortie en DVD le 19 novembre prochain. Car quel que soit le support, il ne faut pas passer à côté de cette Image manquante qui invente une nouvelle forme de cinéma, à la frontière du poétique et du réel.

Cannes 2013 : Lettre à Jafar Panahi – jour 11

Posté par MpM, le 25 mai 2013

l'image manquante de Rithy PanhCher Jafar,

Tu étais le grand absent de ce festival 2013, et pourtant tu n'as pas été oublié. En recevant le grand prix Un Certain Regard pour son magnifique film L'image manquante, le cinéaste Rithy Panh te l'a dédié, dans un geste d'une élégance folle.

Si Asghar Farhadi reçoit lui aussi un prix pour le Passé, aura-t-il à son tour une pensée pour toi ? Jusqu'à présent, il n'a guère mentionné ton nom, mais avoue que ça aurait de la gueule en plein théâtre lumière, devant les médias du monde entier...

Ton autre compatriote Mohammad Rassoulof, qui a reçu le prix Fipresci pour Les manuscrits ne brûlent pas, a quant à lui rendu hommage à tous ceux qui ont pris le risque de travailler avec lui. En accord avec les membres de l'équipe restés en Iran, il n'a cité aucun nom. Toutefois, on a senti que cela lui pesait de récolter seul tous les honneurs pour un film qui, plus que tout autre, n'aurait pu se faire sans l'engagement, l'abnégation et la loyauté d'un groupe soudé de personnes prêtes à prendre tous les risques pour qu'il existe.

Cannes 2013 : le palmarès d’Un certain regard n’a pas manqué le génial film de Rithy Panh

Posté par vincy, le 25 mai 2013

L'image manquante de rithy panh

Le jury de Thomas Vinterberg a été conquis, comme nous, par l'excellent documentaire, aussi inventif que juste de Rithy Panh, L'image manquante. Le film reçoit le prix Un certain regard, la plus haute distinction dans cette sélection. Le cinéaste, dans son discours, n'a pas manqué de dédier son film à un autre habitué cannois, l'invité manquant Jafar Panahi.

Durant la cérémonie, bouclée en 40 minutes, Thierry Frémaux a fait applaudir l'ensemble du personnel de la sélection, Ludivine Sagnier a servi de traductrice anglas-français, Alain Guiraudie a failli oublier de remercier ses comédiens et Thomas Vinterberg a fait la synthèse : "L’une des plus belles choses de notre métier est de créer des moments inoubliables - des moments qui demeurent en nous et dans la mémoire collective, ce miroir commun de notre existence. Figurines d’argile, beauté extrême, violence, fellations homosexuelles, humiliation systématique de la nature humaine, jambes de Léa Seydoux, formidables imitations de Brando sont les images uniques qui vont nous poursuivre pendant longtemps. Cette sélection était férocement non sentimentale mais toutefois poétique. Elle était politique, hautement originale, parfois déroutante, variée, mais avant tout inoubliable" a-t-il expliqué en guise d'introduction à la soirée.

Et le jury de récompenser un documentaire qui cherche à combler l'absence d'archives visuelles par une petite invention de cinéma, un film où des mecs niquent en pleine nature, le Grand prix de Sundance sur l'histoire vraie d'une victime d'un abus policier... La variété était au rendez-vous. Un Certain regard continue de défendre les films fragiles, et, contrairement à la Quinzaine, prime ceux qui en ont le plus besoin.

Prix Un Certain Regard : L'image manquante de Rithy Panh (dédié à Jafar Panahi)
Prix du jury : Omar de Hany Abu-Assad
Prix de la mise en scène : Alain Guiraudie pour L'inconnu du Lac
Prix Un talent certain : pour l'ensemble des comédiens de La jaula de oro de Diego Quemada-Diez
Prix de l'avenir : Fruitvale station de Ryan Coogler

Mohamed Malas, Rithy Panh, Yuan Chan Song, Najwa Najar, Rashid Masharawi parmi les premiers lauréats des aides aux cinémas du monde

Posté par vincy, le 14 août 2012

Le CNC et l'Institut français ont révélé les premiers lauréats des aides aux cinémas du monde (voir notre actualité du 24 février). "Tous ont en commun de défendre une vision engagée, originale et sans concession du cinéma, promenant leurs regards à la fois crus et sensibles sur des réalités historiques, politiques et sociales intimement ressenties, parfois au péril de leur propres vies" explique le communiqué qui, salue "le courage et l’engagement récompensés".

Les réalisateurs Mohamed Malas (Syrie, Les rêves de la ville), Rithy Panh (Cambodge, Barrage contre le Pacifique), Yuan Chan Song (Chine), Najwa Najjar (Territoires palestiniens, Grenades et Myrrhe) ou encore Rashid Masharawi (Territoires palestiniens, L'Anniversaire de Leila) figurent dans cette première liste.

Au total, ce sont 14 longs-métrages dont deux documentaires qui ont été choisis. Des cinéastes issus de douze pays différents seront ainsi soutenus par ce dispositif d'aides français au titre de l’aide avant réalisation.

Le communiqué précise que "les aides proposées par le comité de chiffrage, tenu le 25 juillet, s’échelonnent selon les projets entre 60 000 et 150000 euros, pour un montant moyen de 100 000 euros et un engagement total de 1,4 millions d’euros, dès la première session."

La Commission des aides aux cinémas du monde est composée de personnalités étrangères et françaises. Elle s'est réunie pour la première fois les 23 et 24 juillet dernier sous la présidence de la productrice tunisienne Dora Bouchoucha, avec le concours notamment de deux vice-présidents, le réalisateur, scénariste et producteur argentin Santiago Amigorena et Georges Goldenstern, directeur de la Cinéfondation, atelier rattaché au Festival de Cannes.

Rithy Panh scrute un bourreau Khmer dans un documentaire et dans un livre

Posté par vincy, le 18 janvier 2012

Le film documentaire Duch, le maître des forges de l'enfer, de Rithy Panh, sort aujourd'hui sur les écrans. Panh continue d'explorer le passé tourmenté du Cambodge. Entre 1975 et 1979, le régime des Khmers rouges a causé la mort d'environ 1,8 million de personnes soit un quart de la population du pays. Le film s'intéresse à Kaing Guek Eav, dit "Duch", qui dirigeait alors le centre de détention et de torture S-21, dont personne ne sortait vivant. En juillet 2010, Duch fut le premier dirigeant Khmer à comparaître devant une cour de justice pénale internationale, qui le condamna à 35 ans de prison. Il fit appel du jugement.

Ici, il tente de se justifier en se racontant face caméra. Ou plutôt en face à face avec le spectateur. Un vieillard a priori banal, plutôt érudit, qui a été le responsable de la mort de 15 000 êtres humains, celui qui a traumatisé certains adolescents en les nommant bourreaux. C'est un complément au plus célèbre documentaire du réalisateur, et son film le plus primé, S21, la machine de mort Khmère rouge, sorti en 2002. Dutch clame qu'il n'était qu'un rouage d'un système. Un élément qui ne peut s'empêcher de sourire et de rire en lisant les interrogatoires, les aveux sous la torture qu'il annotait... Menteur et manipulateur, il est expert en rhétorique quitte à contredire ses engagements passés au nom d'une vérité plus grande contemporaine.

Il élimine. L'élimination est aussi le titre du livre qui accompagne le film, publié aujourd'hui et édité chez Grasset. Rithy Panh rédige un livre bouleversant où il raconte ces heures d'entretien avec le sanguinaire. Co-rédigé avec Christophe Bataille, le livre sonne juste. La pudeur l'emporte souvent. Panh en profite pour faire partager son attachement au Cambodge, et ses obsessions : le passé, la mémoire, l'enfance perdue, qu'on retrouve à travers toute son oeuvre cinématographique.

Le livre et le film sont ainsi hantés par la vision d'un enfer qui semble si loin et qui finalement reste si proche. "Je vois encore mes neveux et ma nièce, affamés, quel âge ont-ils, cinq et sept ans, ils respirent mal, regardent dans le vague, halètent. Je me souviens des derniers jours, du corps qui sait" écrit-il. Il se souvient de tous ces visages qui ont souffert autour de lui.

C'est sans doute pour Panh un douloureux exercice. Sa seule façon d'exorciser ses démons puisque Duch n'avoue jamais son crime. La vérité ne surgit même pas dans le regard. La dissimulation est le pire des mensonges. Le film épie le bourreau, tandis que le livre préfère se concentrer sur la victime, un garçon qui se retrouve orphelin à l'adolescence.

Rithy Panh continue de chercher, de comprendre. Endeuillé à jamais, en désarroi permanent, il évite les complaisances et les facilités, et explique comment ce totalitarisme a broyé un pays entier, en niant les individus, jusqu'à torturer une femme pour avoir écrire des lettres d'amour.

Le cinéaste a écrit sa lettre d'amour à un peuple. Malgré l'atmosphère mortifère qui règne aussi bien dans les plans du film que dans les pages du livre.

Vesoul 2011 : Rithy Panh et le Cambodge d’aujourd’hui

Posté par kristofy, le 12 février 2011

Le Cambodge est un des deux pays, avec la Corée, qui est à l’honneur du 17ème Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul. On y attendait son réalisateur emblématique, le plus connu à l'étranger, Rithy Panh, qui a une longue histoire avec le Festival, puisqu'il y avait présenté Un soir apèrs la guerre en 1999.

Un réalisateur occupé par son tournage

Mais il n’est pas encore arrivé pour cause de tournage de son nouveau film, Gibier d'élevage, produit par ARTE. Le film est issu de l'Atelier de la Cinéfondation à Cannes. Il a planté sa caméra au Cambodge pour raconter une histoire d'enfants. En 1972, un avion américain bombarde la piste Ho Chi Minh et s'écrase dans les montagnes cambodgiennes. L'unique survivant, un afro-américain, est capturé par les enfants d'un village isolé. Ils le cachent aux yeux des adultes et jouent avec cet homme comme ils le feraient avec un animal domestique jusqu'au jour ou des maquisards Khmers rouges découvrent leur secret... Il s'agit d'une parabole sur l'asservissement du peuple cambodgien par les Khmers rouges. Rithy Panh, dans sa note d'intention évoque une rencontre entre deux mondes : celui des enfants endoctrines par les Khmers rouges et celui d'un pilote noir tombe du ciel. Aux yeux des enfants, par sa nationalité, sa race, sa langue, il n'est pas qu'un ennemi, mais aussi une bête. Gibier d'élevage devrait être prêt pour le prochain Festival de Cannes.

Si Rithy Panh est le plus connu des cinéastes cambodgiens, il n'est cependant pas le seul réalisateur venu de ce petit pays coincé entre le Vietnam, le Laos et la Thaïlande.

Il faut savoir que la plupart des 400 films cambodgiens réalisés entre 1960 et 1975 sont perdus ; le cinéma est quelque chose qui a d’ailleurs presque disparu aujourd’hui : seuls une dizaine de films ont été produits en 2010, ils sont tournés en quelques jours avec du matériel vidéo. Il n’existe plus de lieux de projections au Cambodge (les écrans de cinéma se comptent sur les doigts de la main), et faute de lieu de diffusion, le 7e art est moribond; si quelques films sont piratés sur CD, les noms de Hitchcock, Truffaut ou Spielberg y sont complètement inconnus. A l'inverse, pour la plupart des touristes occidentaux qui visitent le Cambodge, le pays se résume souvent au temple d'Angkor. Le travail de Rithy Panh est de nous ouvrir les yeux sur les conséquences d'un carnage sur une civilisation.

Un pays de survivants

Le Cambodge porte toujours le poids de sa tragique histoire : entre 1975 et 1979 les Khmères rouges causeront un génocide où un quart de la population (près de 2 millions de personnes) trouva la mort. Les divertissement sont bannis (sauf quelques œuvres de propagande), et Rithy Panh est justement l’artisan majeur de la réappropriation de la mémoire détruite par ce régime tyrannique. Vesoul programme 7 films du réalisateur (et une dizaine d’autres réalisés dans les années 60, dont deux inédits, par Norodom Sihanouk, le seul cinéaste qui est aussi roi d’un pays). Parmi ces films :

S21, la machine de mort Khmère rouge, documentaire  qui revient dans l'enfer du camp S21, lieu où ont été déportés, torturés et tués plus de 17 000 personnes. Rithy Pan revient sur ces lieux avec un survivant qui se confronte à d’anciens bourreaux : les geôliers décrivent leur ‘travail’ de ‘destruction’ de prisonniers après les avoir forcé à avouer des complots invraisemblables de trahison. Avec une devise comme ‘mieux vaut arrêter par erreur que laisser l’ennemi nous ronger de l’intérieur’ les Khmères rouges obtenaient de chaque victime une cinquantaine de noms d’autres personnes à arrêter, l’endoctrinement était tel que des enfants ont dénoncé des parents… Les pratiques du camp S21 sont restées impunies faute de procès qui n’a jamais eu lieu.

Les artistes du théâtre brûlé (photo) : Le film s’intéresse aux conséquences du génocide, en particulier d’éradication d’une histoire culturelle avec une absence d’infrastructure. Il y a toujours des artistes mais aucune salle de spectacle, d’autant plus que la télévision est maintenant partout. Dans un théâtre en ruine des comédiens répète une scène sans espoir, trouver de l’argent pour se nourrir au jour le jour est un vrai problème.

Le papier ne peut pas envelopper la braise : Les témoignages déchirants des condition de (sur)vie de prostituées. Vendre son corps est le seul moyen pour certaines femmes pour se nourrir, et aider une partie de sa famille. Elles subissent les pires violences (des clients et des souteneurs), doivent faire face à des grossesses (avortements et naissances), sont victimes de maladies (dont le sida sans même le savoir) et de la drogue… La prostitution est à la fois assumée ("qui fait le bien reçoit le bien, qui fait le mal reçoit de l’argent") et insupportable, comme si cet échappatoire faisait reculer une absence d’avenir.

À travers chacun de ses films Rithy Pan s’intéresse aux différentes facettes du Cambodge en explorant la négation d’humanité par de multiples témoignages.

Une institution singulière : Bophana

En parallèle des films de Rithy Pan, Vesoul présente aussi une sélection de films issus du programme Bophana, qui coproduit le nouveau film du cinéaste. Le centre Bophana est une institution  initiée par Rithy Pan qui a pour objectif  de réunir toutes les archives audiovisuelles du Cambodge afin de sauvegarder (photo) et restaurer une partie du patrimoine culturel du pays. Il est charge aussi d'une éducation audiovisuelle, notamment avec des ateliers pour initier l’émergence de nouvelles œuvres, des diffusions de films...

En étant programmés à Vesoul, c'est la première fois que quatre de ses films sont vus à l'extérieur du pays.

A Blurred way of life de Soa Sopheark montre une jeune fille qui ne peut poursuivre des études car elle doit vendre des journaux pour rapporter un peu d’argent à ses petits frères et sœurs et sa mère malade du sida ; A pedal man de Yos Katank s’attache au quotidien d’un vieux chauffeur de cyclo (vélo-taxi) qui ne peut plus parcourir de longue distance : il gagne une misère et ça ne fera qu'empirer ; My yesterday night de Chan Lida montre le travail précaire d’une femme qui devient chanteuse dans des bars ; I can be who I am de Chhoun Sarin s’intéresse au ‘ladieboy’, ces garçons qui se sentent filles et qui se travestissent, avec la difficulté d’être compris ou non par leur famille et les insultes des autres, …

Ces différents films du programme Bophana reflètent la société actuelle du Cambodge avec une approche documentariste, ce sont en même temps les débuts de jeunes talents prometteurs, qui croient au témoignage par l'image, observent ce pays, certes cicatrisant toujours ses plaies ouvertes, mais poussé par l'énergie de sa mutation.

Vesoul 2011 : l’Asie n’a plus de frontières…

Posté par kristofy, le 8 février 2011

Le plus ancien festival de cinéma asiatique d'Europe se trouve à Vesoul (Haute-Saône, Franche-Comté, autant dire un coin perdu de la France moderne) et il ouvre ses portes aujourd'hui. On y  découvrira les films de toute l'Asie (c'est-à-dire du Proche à l'Extrême-Orient), même si cette 17ème édition du FICA, Festival International des Cinémas d’Asie, mettra particulièrement à l’honneur le Cambodge et la Corée.

Vesoul présentera environ 90 films partagés entre plusieurs sections thématiques, dont une vingtaine de films inédits en France qui seront appréciés par 6 Jurys (le jury International, le jury NETPAC, le jury Musée National des Arts Asiatiques Guimet de Paris, le Jury Langues O'-INALCO, un Jury Lycéen et un Jury Jeunes).

Pour le Cambodge le réalisateur Rithy Panh, artisan de la réappropriation de la mémoire détruite par les Khmers rouges, est attendu à Vesoul avec en même temps 23 oeuvres couvrant 1950-2010.

Le regard sur le cinéma coréen déroulera 65 ans de cinéma (1945-2010) en 27 films clés, avec la présence de Kim Dong-ho, directeur honoraire du Festival de Pusan, le plus important festival de cinéma asiatique.

Certains films sur le thème des "Familles d'Asie" composeront un tableau des familles d'hier et d'aujourd'hui vues par les cinéastes asiatiques. On rendra aussi hommage avec Paprika à Satoshi Kon, le génial cinéaste d'animation récemment disparu.

Enfin, le FICA de Vesoul affirmera son soutien au réalisateur et ami du festival Jafar Panahi, condamné en Iran à 6 ans de prison et 20 ans d'interdiction d'exercer son métier de cinéaste, en projetant son film Le Cercle (lion d'or à Venise) lors de la clôture du Festival.

Le 17e festival de Vesoul met le Cambodge et la Corée à l’honneur

Posté par MpM, le 22 décembre 2010

Parmi les rendez-vous que l'on retrouvera avec plaisir en 2011, il y a le Festival international des Cinémas d'Asie de Vesoul (FICA) dont Ecran Noir est partenaire depuis 2008.

Pour sa 17e édition, le plus ancien festival de cinéma asiatique d'Europe nous a concocté un programme qui répond parfaitement à sa devise : "piquer la curiosité du plus grand nombre, pour votre plus grand plaisir, et en mettant la qualité à la portée de tous". Ce sont ainsi 90 films, parmi lesquels une vingtaine d'oeuvres inédites, qui seront présentés aux festivaliers entre le 8 et le 15 février 2011.

Outre la compétition, qui oppose longs métrages et documentaires du Proche à l'Extrême-Orient, on retrouvera un "Regard sur le cinéma coréen" (65 ans de cinéma coréen en 25 films clés, en présence de Kim Dong-ho, le directeur honoraire du Festival de Pusan) ; une sélection thématique autour des "Familles d'Asie" ; une section Francophonie d'Asie : "Cambodge : Rithy Panh et Bophana, la mémoire retrouvée (1950-2010)" ; sans oublier un hommage à Satochi Kon et une programmation jeune public.

En parallèle sont organisées des journées professionnelles et des actions pédagogiques qui impliquent le tissu local et régional. Et puis bien sûr,  fidèle à ses habitudes festives, le FICA proposera de nombreuses rencontres, des temps de partage et des soirées ouvertes à tous. Pourtant, au milieu de cette bonne humeur et de cette passion cinéphile partagée, on peut être sûr qu'organisateurs et festivaliers trouveront le temps de penser à Jafar Panahi, invité d'honneur du festival en 2010, et qui, déjà, n'avait pu quitter le territoire iranien pour venir recevoir son Cyclo d'honneur.