Cannes 2017 : Nos retrouvailles avec Mark Hamill

Posté par wyzman, le 26 mai 2017

Présent sur la Croisette cette année, Mark Hamill a tout de ce grand-oncle que l'on connaît peu mais sur lequel tout le monde a de bonnes anecdotes. Repéré dans Le Cosby Show (1970) et le soap opera General Hospital (1972-1973), Mark Hamill est essentiellement connu pour son rôle de Luke Skywalker dans Star Wars. Pour rappel, les quatre films dans lesquels il a joué (Un nouvel espoir, L'Empire contre-attaque, Le Retour du Jedi, Le Réveil de la Force) ont rapporté pas moins de 3,5 milliards de dollars au box-office mondial.

Un score qui a fait de lui une star planétaire mais qui lui a sensiblement porté la poisse. Car outre Star Wars, ses rôles au cinéma ne sont pas ce qui ont fait sa renommée. Loin de là (addictions, dépression, etc...) ! Ceci dit, excellent conteur, l'acteur désormais âgé de 65 ans a prouvé qu'il n'était pas qu'une superstar branchée des années 1980 en faisant du doublage son dada. Films d'animation (Batman contre le fantôme masqué), séries animées (La Petite Sirène, Les Simpsons, Totally Spies!, Family Guy, Star Wars: The Clone Wars), jeux vidéo (Les Aventures de Batman et Robin, Batman: Arkham City) ou encore livres audio (Les Aventures de Pinocchio, Les Chroniques de Spiderwick, World War Z), Mark Hamill a tout fait ! Plus encore, il a tout réussi.

Mais on oublie trop souvent qu'il a eu des rôles secondaires voire vraiment éphémères à la télévision. De L'incroyable Hulk à Chuck en passant par Esprits criminels, Mark Hamill est constamment là où on ne l'attend pas. En 2015, il a ainsi repris le rôle de James Jesse (alias The Trickster) dans la série de The CW The Flash, un rôle qu'il tenait déjà dans la version de 1991 ! Et qu'elle ne fut pas notre surprise de le voir en professeur maboule dans Kingsman puis d'apercevoir son visage à la fin du Réveil de la Force, le 7ème volet de la saga Star Wars. Retour en force contractuel et rentable, Mark Hamill sera également dans Les Derniers Jedi - dont on ne cesse de se passer la bande annonce.

Et si l'on vous parle de lui aujourd'hui, c'est parce que la route de Mark Hamill a récemment re-croisé  celle de Dave McCarry, l'un des réalisateurs du Saturday Night Live pour lequel Mark a déjà figuré. Ensemble, ils ont ainsi tourné Brigsby Bear. Cette comédie dramatique s'intéresse aux aventures d'un jeune homme qui a toujours vécu avec ses parents et semble être le seul à connaître l'émission Brigsby Bear Adventures. N'ayant jamais eu de fin, il décide de lui en donner une en mettant en pratique les leçons délivrées par le programme. Brigsby Bear fera la clôture de la Semaine de la Critique , avec un casting très hollywoodien Claire Danes (Homeland), Andy Samberg (Brooklyn Nine-Nine) et Kyle Mooney (Parks and Recreation).

Cannes 2017 : nos retrouvailles avec David Lynch

Posté par MpM, le 25 mai 2017

On était prêt à aller beaucoup plus loin que Cannes pour retrouver David Lynch derrière une caméra, et accessoirement découvrir la 3e saison (attendue près de 25 ans) de Twin Peaks. Et finalement c'est bien sur la Croisette qu'aura lieu l'avant-première des deux premiers épisodes de la nouvelle série, juste avant sa diffusion sur Showtime et Canal Plus.

Le réalisateur américain, qui n'a plus tourné pour le cinéma depuis 2006 (Inland Empire), à l'exception de quelques courts métrages et d'un documentaire sur la méditation transcendantale, est un ancien habitué du Festival, avec lequel il a tissé une relation bien particulière.

C'est en 1990 qu'il fait sa première apparition à Cannes, certes identifié comme un réalisateur singulier et presque expérimental (Eraserhead), mais également auréolé d'une nomination aux Oscars et de plusieurs prix pour Elephant man et Blue velvet. Le relatif échec de l'adaptation du Dune de Frank Herbert en 1984 est déjà oublié.

Sailor et Lula est donc sélectionné en compétition et, pour un "coup d'essai", c'est un coup de maître avec Palme d'or à la clef, décernée par le jury de Bernardo Bertolucci. Il faut reconnaître qu'il y a dans le 5e long métrage de Lynch tous les éléments constitutifs de son cinéma si singulier: une atmosphère étrange, des personnages venimeux et troubles, une sensualité exacerbée, des références au film de genre comme au Magicien d'Oz... et une réappropriation toute personnelle de l'ensemble.

Au même moment, Lynch triomphe sur le petit écran avec la série Twin Peaks créée avec Mark Frost, et qui révolutionne durablement le genre. Pendant deux saisons, les spectateurs se rongent les sangs en suivant cette enquête policière pour le moins atypique dans la ville imaginaire et trouble de Twin Peaks. Savoir qui a tué Laura Palmer ne calme nullement les fans qui réclament une suite. Ils auront droit à un prequel, le long métrage Twin Peaks, Fire walks with me (1992), justement sélectionné à Cannes en 1992. Mais une 3e saison de la série culte semble compromise.

David Lynch fait à nouveau le voyage à Cannes avec Une histoire vraie en 1999, un road-movie tendre et léger en tondeuse en gazon qui tranche avec toute son oeuvre, puis le somptueux et trouble Mulholland drive en 2001, qui constitue sa dernière sélection en compétition.

Cette année-là, il remporte un Prix de la mise en scène (ex-aequo avec les frères Coen pour The Barber) qui ressemble à un lot de consolation. Le jury mené par Liv Ullman lui a (injustement) préféré le drame familial La chambre du fils de Nanni Moretti. C'est pourtant le polar inquiétant et mystérieux de Lynch qui a marqué les esprits. Pendant des mois, les esprits s'échauffent pour tenter de percer à jour les passages les plus cryptés du film.

L'année suivante, il préside le jury cannois et décerne la Palme au Pianiste de Roman Polanski. Dès lors, il se fait plus rare sur la Croisette comme ailleurs. On le retrouve dans le documentaire Films de minuit : de la marge au courant principal de Stuart Samuels (en séance de minuit en 2005) puis dans le film collectif Chacun son cinéma en 2007, dont il réalise un segment à l'occasion du 60e Festival. Il aura donc fallu attendre dix ans pour le retrouver sur le tapis rouge cannois, comme un retour aux sources.

Au fond, David Lynch aurait-il eu une telle aura sans Cannes ? Dans quelle mesure la Palme d'or de 1990 a-t-elle contribué à son succès ? C'est évidemment difficile à dire, mais on a l'intuition que les deux parties ont trouvé leur intérêt dans cette relation. Lynch en recevant une consécration par ses pairs, élevant son cinéma hybride au rang de cinéma d'auteur noble, le Festival en montrant sa capacité à faire une place à une nouvelle vague de réalisateurs plus audacieux et singuliers (Soderbergh, les Coen, Tarantino...).

C'est encore le cas cette année puisque Cannes s'offre le buzz lié au retour de la série culte, tout en surfant sur l'intérêt exponentiel et non démenti pour ce genre fictionnel depuis maintenant plus de dix ans. A l'heure où certains s'offusquent de retrouver Netflix en compétition, la présence cannoise de la série Twin Peaks parait, elle, complètement légitime. L'annonce n'a même pas vraiment surpris tant il était évident pour tout le monde que Cannes ne pouvait pas passer à côté de ce grand retour lynchien.

Alors, à quoi faut-il s'attendre ? Le mystère plane évidemment autant autour de ce nouveau Twin Peaks qu'à l'intérieur de la ville elle-même. David Lynch lui-même n'en dit pas grand chose : "certaines choses ont changé, d'autre restent identiques". On sait malgré tout qu'il s'agit bien d'une suite, réalisée par le cinéaste himself, et qu'elle est censée se passer effectivement 25 ans après les événements originaux. Le casting impressionnant compte notamment Kyle MacLachlan qui reprend son rôle de Dale Cooper, mais aussi des stars comme Naomi Watts, Monica Bellucci ou Tim Roth.

Vu le twist d'envergure sur lequel s'achevait le dernier épisode, on peut s'attendre à peu près à tout. Et c'est pour ça que l'on est aussi impatient de ces retrouvailles cannoises. D'autant qu'elles pourraient bien être les dernières sur la Croisette, Lynch ayant avoué au Sydney morning telegraph qu'il ne reviendrait probablement jamais au long métrage.

Cannes 2017 : Nos retrouvailles avec Séverine Caneele

Posté par kristofy, le 24 mai 2017

Le jury du Festival de Cannes 1999 présidé par David Cronenberg (entouré de George Miller, qui présida le jury en 2016, Holly Hunter, Jeff Goldblum, André Téchiné, Dominique Blanc, Barbara Hendricks…) est particulièrement séduit par deux films : Rosetta de Jean-Pierre et Luc Dardenne qui reçoit la Palme d’or, et L'Humanité de Bruno Dumont, qui hérite du Grand prix. L’humain est d’ailleurs tellement au centre de ces histoires que le jury décide de cumuler les prix : Prix d'interprétation masculine pour Emmanuel Schotté dans L'Humanité et Prix d'interprétation féminine ex-æquo pour Émilie Dequenne dans Rosetta et pour Séverine Caneele dans L'Humanité. On oublie Tout sur ma mère, Ghost Dog ou Une histoire simple? trois grands récits mélodramatiques signés d'immenses cinéastes. Le néo-réalisme voire le post-réalisme l'emporte.

Émilie Dequenne est belge, elle avait 18 ans et c’était son premier rôle au cinéma, et depuis elle a joué dans plus d’une trentaine de films et téléfilms. Elle s'est installée dans le paysage et a obtenu quatre nominations aux César.
Séverine Caneele est belge, elle avait 25 ans et c’était son premier rôle au cinéma, et depuis ? Alors que Emmanuel Schotté a préféré ne plus faire l’acteur, Séverine Caneele avait, de son côté, le désir de continuer ce métier et de peut-être quitter l’usine où elle travaillait. Mais le cinéma ne s’est plus vraiment tourné vers elle.

Elle a quand même été l’héroïne (une prisonnière) de Une part du ciel en 2002 réalisé par Bénédicte Liénard. Peut-être que Séverine Caneele était beaucoup trop humaine pour le cinéma et ses artifices… Certains cinéastes qui cherchent des ‘natures’ lui ont malgré tout permis de continuer d’apparaître dans quelques scènes en 2004 : dans Quand la mer monte... de Yolande Moreau et Gilles Porte et dans Holy Lola de Bertrand Tavernier. Mais rien par la suite. Jusqu’à cette année.

Depuis une quarantaine d’années déjà, le réalisateur Jacques Doillon ne cesse d’étudier les sentiments, il cherche justement à explorer la nature humaine en choisissant aussi bien des acteurs confirmés que des débutants. Pour son Rodin, le sculpteur est incarné par Vincent Lindon. Izïa Higelin y est sa nouvelle muse et l’un de ses maitresses Camille Claudel, prenant la suite d'Adjani et Binoche, et Séverine Caneele interprète celle qui fût son modèle favori avant devenir sa femme, Rose Beuret. Une forte femme, terrienne, sans artifice, justement.

18 ans après son Prix d'interprétation féminine, Séverine Caneele est donc de retour au Festival de Cannes dans un film en compétition. Cela fait 13 ans qu'elle n'a pas tourné. On va enfin se rendre compte de son talent. Dans L'Humanité, elle était apparue comme un corps avec quelques scènes de nudité (et une doublure) qui avaient fait beaucoup parler d'elles. Il aura fallu bien des années pour que le cinéma par l’entremise de ce Rodin de Jacques Doillon voit Séverine Caneele comme un visage. Un come-back aussi surprenant que fascinant. Sculpté à sa mesure.

Cannes 2017: Nos retrouvailles avec Al Gore

Posté par vincy, le 22 mai 2017

Il n'a rien à voir avec le cinéma. Al Gore est un politique. Pourtant c'est son deuxième passage à Cannes en sélection officielle. La première fois c'était il y a onze ans. Il venait présenter Une vérité qui dérange, documentaire édifiant sur le réchauffement climatique et ses conséquences.

Écologiste convaincu, adepte des nouvelles technologies, il a définitivement abandonné la vie politique au sens électoral du terme. Depuis qu'il a échoué (de façon contestable, rappelez-vous les bulletins de vote qu'il a fallu recompter en Floride) face à George W. Bush, il a entamé une série de conférences grand public où il expose les constats, les dangers et les enjeux du réchauffement climatique. Son film était une sorte de manuel "L’écologie pour les Nuls" avec une présentation pédagogique, ludique, didactique, et avouons-le brillante. Sa vision globale, intelligente, rigoureuse, utile, jamais démago faisait le « le tri entre la vérité et la fiction.»

Prix Nobel de la paix

Al Gore, 69 ans aujourd'hui, député durant 8 ans, sénateur pendant 7 ans puis vice-président de Bill Clinton durant ses deux mandats, a une vraie prestance physique. Il en impose. Diplômé de Harvard, où il partage sa chambre avec Tommy Lee Jones, il a été journaliste pour l'Armée au Vietnam, et a d'abord été un reporter dans un canard local du Tennessee avant d'embrasser une carrière politique. Grâce à lui, Internet est devenue une stratégie numérique aux Etats-Unis, devenant un outil grand public tout en étant une priorité politique.

Mais son dada c'est l'environnement. Il prend conscience de l'urgence planétaire lors de la ratification du Traité de Tokyo. Après avoir quitté la politique, il redevient simple militant de la cause. Mais avec les moyens que peut avoir un ancien Vice-Président. Acteur et orateur d'Une vérité qui dérange, il se met en scène et joue les professeurs. Le film reçoit deux Oscars (Oscar du meilleur film documentaire et Oscar de la meilleure chanson originale) et Al Gore est le lauréat en 2007 du Prix Nobel de la Paix.

Lanceur d'alerte

Il revient à Cannes avec la suite de son documentaire, Une suite qui dérange: le temps de l'action, prévu en salles le 1er novembre (en France). Le film, comme le premier documentaire, a déjà fait l'objet d'une avant-première à Sundance. Réalisé par Bonni Cohen et Jon Shenk, il reprend les faits survenus depuis dix ans qui donnent raison au cri d'alarme poussé dans le premier film. Mais il semble que celui-ci soit davantage politique, avec en toile de fond le Traité de Paris et les décisions de Donald Trump. Al Gore n'est plus élu. Mais il conserve sa colère, continue à répandre son message, veut croire à une révolution énergétique et citoyenne et attaque bille en tête l'actuel Président des Etats-Unis, coupable à ses yeux de crime contre l'humanité, la nature, bref la planète.

Il y a dix ans il alarmait sur le temps des conséquences. Aujourd'hui il alerte et réclame le temps de l'action.

Cannes 2017: Nos retrouvailles avec John Cameron Mitchell

Posté par vincy, le 21 mai 2017

11 ans que John Cameron Mitchell n'est pas venu fouler les marches cannoises. Certes, l'acteur-auteur-réalisateur est très rare. Pas un seul long métrage depuis Rabbit Hole en 2010. Le film avait révélé Miles Teller et donné l'un des plus beaux rôles à Nicole Kidman. Kidman, justement, est à l'affiche de son nouveau film, How To Talk to Girls at Parties, présenté hors compétition lors de cette 70e édition cannoise. John Cameron Mitchell est à sa place cette année: Cannes a rarement été aussi gay-friendly avec une forte présence de cinéastes ou films gays (Almodovar, Haynes, Téchiné et Nos années folles, 120 battements par minute).

JCM se souvient sans doute de son passage sur la Croisette. C'était avec Shortbus, en séance de minuit. Orgiaque et sexuel, ce décryptage analytique et sensuel des comportements amoureux et attirances charnelles, tous genres et toutes tentations confondues, avait remué les festivaliers. Film culte, Shortbus avait la force d'un film sulfureux, filmé comme une comédie de mœurs classique, banalisant ainsi ce qui aurait pu être subversif voire choquant pour certains.

Quand Cannes sélectionne Shortbus, JCM n'est pas un inconnu. Cinq avant on l'avait découvert au cinéma dans Hedwig and the Angry Inch, où il était tout à la fois acteur, scénariste, réalisateur. Le comédien fut nommé aux Golden Globes, le réalisateur fut couronné par un Teddy Award au Festival de Berlin, trois prix (Grand prix, prix de la critique, prix CinéLive) à Deauville, sacré à Sundance avec le prix de la mise en scène et le prix du public.

Pourtant l'artiste de 54 ans, à l'allure d'éternel jeune homme, a du surmonter pas mal d'obstacles pour en arriver là. Fils de militaire, à l'éducation catho assez stricte, il a transgressé un à un tous les tabous qui l'empêchaient de s'épanouir. Son premier rôle sur scène, à l'age de 11 ans, était la Vierge Marie dans un musical sur la nativité. Très vite, il a aimé la scène. A 22 ans, il décroche son premier rôle pro dans une comédie musicale. Rapidement, il se fait une jolie réputation dans le milieu théâtral new yorkais. On le croise aussi dans quelques épisodes de séries TV et en acteur auditionnant pour un film porno dans Girl 6 de Spike Lee. On l'entend donner sa voix à un kangourou dans une pub pour des cookies. Il est même du casting d'une sitcom (Party Girl). Faut bien remplir le frigo.

Sa vie change en 1998 lorsqu'il écrit une comédie musicale off-Broadway, sur une vedette de rock transsexuelle est-allemande poursuivant son ex-amant parce qu'il plagie ses chansons. Il fera d'Hedwig un phénomène de la scène new yorkaise (qui sera remonté plusieurs fois ces vingt dernières années, dont la dernière version, avec Neil Patrick Harris a remporté 4 Tony Awards) et qu'il adaptera au cinéma. John Cameron Mitchell est Hedwig.

Définitivement le plus queer des cinéastes américains, il s'aventure aussi dans le clip vidéo pour les discos-pop Scissor Sisters (clip censuré aux USA à cause de son contenu fortement sexuel) et la publicité en réalisant quelques courts pour Dior, avec Marion Cotillard et Jude Law en égéries, ou Agent provocateur. Entre deux films qu'il réalise, il retrouve son métier de comédien (les séries "Girls" et "Vinyl" où il incarne Andy Warhol). Les stars, il n'a pas envie de courir après, mais son style singulier séduit les plus affranchies. Nicole Kidman le retrouve ainsi pour la deuxième fois, passant d'une mère endeuillée dans Rabbit Hole à une femme au look punk. C'est l'un de ses trois films à Cannes cette année. Et le deuxième qu'elle partage avec Elle Fanning, avec Les proies.

Politiquement incorrect pour les Etats-Unis, cet héritier de John Waters et de Woody Allen (à ses débuts), du cinéma allemand des années 70 et de Cassavetes, veut réhabiliter la sexualité au cinéma. "Hollywood est trop souvent très timide à propos du sexe, ou alors ils ne savent qu'écrire des blagues d'ados sur le sujet. Le sexe est toujours quelque chose de négatif parce que les gens en ont peur" expliquait-il.

Lui qui a perdu la foi religieuse après les morts de son frère et de son compagnon, n'a pas perdu la foi amoureuse. Comme Hedwig, peut-être qu'il ne peut entrer dans aucune des structures sociales qui existent pour se réconforte. "Hedwig est complètement seule, tout en se rendant compte qu'elle ne veut pas être seule."

Cannes 2017: Nos retrouvailles avec Jeanne Balibar

Posté par vincy, le 18 mai 2017

Jeanne Balibar, ex-compagne de Mathieu Amalric, sera l'actrice devant incarner la chanteuse Barbara dans un biopic fictif, sous le regard de Mathieu Amalric. La comédienne ouvre Un certain regard, ce qui procure un certain plaisir. On avait cru Jeanne oubliée par le cinéma français. A Cannes, elle était du premier Desplechin en compétition, Comment je me suis disputé..., en 1996. Mais c'est en 2001, avec Va savoir, chez Jacques Rivette, toujours en compet, qu'elle a brillé, qu'elle nous a emballés, qu'elle tourbillonnait dans une fugue parisienne légère et théâtrale. Elle passe à Un certain regard l'année suivante avec 17 fois Cécile Cassard de Christophe Honoré et revient en 2004 en compétition grâce à Olivier Assayas dans Clean. Deux seconds-rôles. Elle est bien réapparue hors compétition par la suite, en voix de dessin animée ou "figurante" d'un gros casting international. Mais plus de quoi marquer les esprits.

C'est regrettable, car, avec sa silhouette de girafe, son timbre de voix envoûtant, son regard de biche, elle nous ensorcelait. Sa singularité dans le cinéma français la rendait séduisante et attachante. Aujourd'hui, Jeanne Balibar a 49 ans. Les hommes ont passé. Les fils ont grandi. Les combats sont toujours d'actualité pour cette femme engagée. Elle a eu ses galères.

Elle a débuté il y a 24 ans à la Comédie-Française et a joué dès ses débuts dans la cour d'honneur du Festival d'Avignon. Elle y fut Elvire. Quatre ans plus tard, elle quitte sa pension théâtrale pour se consacrer au cinéma, qui la sollicite de plus en plus. Le Desplechin l'a mise sur orbite. Elle devient l'une des égéries du nouveau cinéma français de la fin des années 1990. Elle tourne avec Laurence Ferreira Barbosa, Bruno Podalydès, Olivier Assayas, Benoît Jacquot, Jeanne Labrune, Raoul Ruiz, Guillaume Nicloux, et bien entendu Mathieu Amalric, qui en fait la muse de ses premiers films. On la voit aussi dans les téléfilms Balzac et Les Rois Maudits de Josée Dayan, Code 46 de Michael Winterbottom, Sagan de Diane Kurys (qui lui vaut sa quatrième nomination aux César), La Fille de Monaco d'Anne Fontaine et Le Bal des actrices de Maïwenn. Elle n'a jamais cessé de tourner. Mais elle était moins visible. Acceptant un rôle même mineur ou ne rencontrant pas le film majeur. Depuis près de dix ans, elle est même assez rare. Ses fidèles l'ont vue récemment dans la série télévisée Tunnel de Dominik Moll.

C'était au théâtre que cette intermittente savourait son travail. Molière, Duras, Genet, Corneille, Shakespeare, Tchekhov ou Claudel à ses débuts. Elle s'aventure ensuite chez Offenbach, Lem (une adaptation de Solaris), Olivier Py lui remettant le Soulier de satin à l'Odéon, Dumas en dame aux camélias, Handke à Avignon ou Dostoïevski à Berlin.

Et puis la cigale a chanté aussi, même quand l'hiver est venu. Deux albums au début des années 2000 et des chansons dans diverses compilations, en plus d'un duo avec un autre de ses ex, Philippe Katerine, intitulé "J'aime tes fesses".

Fiancée éternelle de pirates et flibustiers des arts et des lettres, Jeanne Balibar avait même essayé la co-réalisation avec Par exemple, Electre (mention spéciale au Jean-Vigo en 2012), film expérimental mettant en abime le processus de création théâtral et audiiovisuel.

Elle n'a pas été oisive, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais cela fait longtemps que Jeanne Balibar n'était pas au centre de l'intention. Ce qu'elle sera en ce jeudi 18 mai avec l'ouverture d'Un certain regard, où elle simulera une comédienne devant incarner la mythique Barbara. "Dis, quand reviendras-tu, Dis, au moins le sais-tu, Que tout le temps qui passe, Ne se rattrape guère, Que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus."

Cannes 2016: Nos retrouvailles avec Nicolas Cage

Posté par vincy, le 20 mai 2016

Il est loin le temps où Nicolas Cage nous emballait en amoureux passionné dans Sailor & Lula (Palme d'or), enchaînant les rôles romantiques et un peu déjantés chez tonton Coppola (Peggy Sue s'est mariée), les Coen (Arizona Junior), Norman Jewison (Eclair de lune), Mike Figgis (Leaving Las Vegas). Il y a 20 ans, l'acteur égérie d'un certain cinéma américain, pas forcément propre sur lui, a fait le choix de se compromettre dans des blockbusters hollywoodiens. Sexe, drogue, belle bagnole. La tentation du fric était grande. Le flambeur Cage, pas forcément belle gueule, mais acteur attachant a donc musclé ses biceps pour des films d'action de Michael Bay, Simon West, John Woo (le bon Volte/Face), Brian De Palma (le bon Snake Eyes), Joel Schumacher, Dominic Sena, Ridley Scott... On est évidemment un peu injuste car l'acteur a quand même fait un tour de New York chez Martin Scorsese et s'est dédoublé chez Spike Jonze. Mais depuis les années 2000, les navets deviennent plus importants que les bijoux (Lord of War faisant exception en 2005). De Benjamin Gates au remake de Bad Lieutenant, de Bangkok Dangerous à World Trade Center en passant par L'Apprenti sorcier et un nombre incroyable de séries B de type Ghost Rider, on l'avait perdu.

De temps en temps, il revient avec un beau rôle (Joe, de David Gordon Green, 2013). Et le plus souvent ses films sortent directement en vidé. pas un seul hit depuis 2007. Pas un seul démarrage honnête depuis 2012. Pourtant, ce lecteur de Jules Verne et de comics assume ses choix cinématographiques -) SF, fantasy, horreur, polars...-, ces "merdes" et n'a jamais arrêté de tourner. Il a même réussi à trouver quelques beaux personnages à défendre. On le croit toujours à terre et on salue à chaque fois une forme de rédemption. "Je me demande si le tournant n'a pas été Ghost Rider, un motard vendant son âme au diable. Une merde encore, qui avait le mérite de dire quelque chose de moi, avant que je traverse, plus tard, ma propre filmographie en fantôme" expliquait-il dans une interview il y a deux ans.

Consommateur compulsif qui s'achetait yachts, châteaux et belles voitures, collectionneur dans l'âme, il a été ruiné par le fisc américain. De quoi là aussi produire un déclic. Il a cherché de nouveaux projets, des films dignes. Le voici en clôture de la Quinzaine des réalisateurs avec Dog Eat Dog de Paul Schrader. Un film noir qui le remet dans la lumière avant qu'on ne le (re)découvre dans Snowden d'Oliver Stone et quelques autres films divers (comédie, guerre, thriller). A 52 ans, Nicolas Cage se dit qu'il a encore quelques bons films à faire, entre deux "merdes".

Cannes 2016 : Nos retrouvailles avec Paul Vecchiali

Posté par MpM, le 18 mai 2016

Le moins qu'on puisse dire est que Paul Vecchiali est un bel exemple de longévité patiente, puisque c’est son 50e film que l’on s’apprête à découvrir cette année à Cannes. Le cancre, présenté en séance spéciale, réunit Catherine Deneuve, Mathieu Amalric, Pascal Cervo, Françoise Lebrun, Annie Cordy, Françoise Arnoul et Edith Scob. Rien que ça.

Un casting quatre étoiles pour cet ancien critique (aux Cahiers du cinéma et à la Revue du cinéma) qui n’était plus revenu sur la Croisette depuis A vot’ bon cœur en 2004 (Quinzaine des réalisateurs). Un film dans lequel il brocardait d’ailleurs avec beaucoup d’humour le processus opaque de l’avance sur recettes du CNC, inspiré par sa propre expérience face aux nombreux refus de la commission : 47 projets refusés d’affilée, et une soixantaine de films qui ne se sont jamais faits. Pourtant, cela n’a jamais découragé cet esprit libre et débrouillard qui, à plus de 80 ans, tourne avec un Canon 5D et un iPhone.

Celui qui fut l’ami de Jacques Demy et le producteur des premiers films de Jean Eustache a réalisé son premier film en 1961. Les petits drames, un long métrage muet avec Danielle Darrieux (aujourd’hui perdu) attire immédiatement l’attention de François Truffaut qui voit en Vecchiali "le seul héritier de Jean Renoir".

"Indépendant, libre et rebelle"

Au fil des années, le cinéaste travaille en parallèle pour la télévision, le cinéma et le théâtre. Il produit, écrit (scénarios et romans), monte et réalise dans une sorte d’économie parallèle qui ne l’empêche pas de créer une œuvre solide et cohérente. Il finance lui-même son travail (il fondera même deux maisons de production, Diagonale puis Dialectique), tourne souvent dans sa propre maison (d’abord au Kremlin-Bicêtre puis au Plan-de-La-Tour), se forme une troupe fidèle de techniciens et de comédiens : Hélène Surgère, Sonia Savange, Jean-Christophe Bouvet, Nicolas Silberg… Et surtout, il tourne vite (mais bien), prépare tout en amont et garde intacte sa passion. "Faire du cinéma, c'est un métier, une responsabilité, un engagement" explique-t-il à Télérama en 2015.

De fait, Paul Vecchiali est devenu une sorte de contre-modèle qui inspire la jeune génération. "Indépendant, libre et rebelle", certes, électron libre du circuit traditionnel de production, bien sûr, mais pas non plus complètement hors système. "Je suis pratiquement le seul cinéaste français à avoir trouvé un fonctionnement comme ça, un pied dans le système et un pied dehors" explique-t-il à Télérama.

Ses films, eux, sont bien ancrés dans l’époque. Il aborde les thèmes du sida (Once more, Les larmes du SIDA), de la sexualité (Corps à cœur), de la peine de mort (La machine)… Et d’amour, bien sûr, comme dans ses derniers opus Nuits blanches sur la jetée (2015) ou C’est l’amour (2016). Avec Le cancre, il aborde en prime ce moment de la vie où l’on commence à faire le bilan de son existence. Une œuvre testamentaire alors que l’on célèbre seulement ses retrouvailles avec le Festival de Cannes ? Difficile à croire tant cet éternel jeune homme a de projets, de curiosité et d’envie en réserve.

Cannes 2016: Nos retrouvailles avec Sonia Braga

Posté par vincy, le 17 mai 2016

Pour ceux qui n'étaient pas nés, Sonia Braga, 65 ans, a été révélée au public français dans un soap brésilien, Dancin' Days, diffusé aux débuts de Canal +, au milieu des années 80. Lorsque l'actrice a tourné ce feuilleton, elle avait déjà dix bonnes années de carrière cathodique. Son nom s'était déjà imposée parmi les vedettes latino-américaines après la telenovela Gabriela (1975). Le cinéma s'était alors très vite intéressé à cette jeune femme, longiligne, aux allures de divas, et très talentueuse. Ainsi, en 1976, elle est l'héroïne de Dona Flor et ses deux maris, de Bruno Barreto. Film érotique censuré, ce fut un énorme succès au Brésil. Mais c'est en 1985 que Sonia Braga va se faire connaître d'un public international avec Le baiser de la femme araignée d'Hector Babenco. Film politique sulfureux, ce Baiser est en compétition au Festival de Cannes et vaut à Sonia Braga une nomination aux Golden Globes américains. L'année suivante elle est même invitée à être membre du jury du festival de Cannes. Femme fatale, elle séduit Hollywood (jusqu'à faire la couverture de Playboy tout de même) et devient l'une des rares actrices de son pays à exporter son talent chez les Gringos.

Ainsi on la retrouve dans Milagro de Robert Redford, Pleine lune sur Parador de Paul Mazursky (et deuxième nomination aux Golden Globes), La Relève de Clint Eastwood, et même quelques téléfilms pour la télévision américaine (dont The Burning Season de John Frankenheimer, qui lui vaut une nouvelle nomination aux Golden Globes). Durant presque dix ans, Sonia Braga ne tourne plus qu'aux Etats-Unis.

Hélas, au début des années 2000, elle se perd et nous la perdons de vue. On peut bien la croiser dans un épisode de Sex and the City, de Law and Order, des Experts: Miami ou d'Alias, le début de millénaire est fait d'apparitions, de seconds rôles, de séries B ou de films oubliés. Après une carrière flamboyante, la Braga s'éteint à petits feux. Elle commence à être honorée pour sa carrière, qui est loin derrière elle désormais. Sa volupté et sa séduction s'étiolent et n'attirent plus les cinéastes. Pourtant, elle-même l'avoue, sa beauté n'a jamais été un argument. Elle était "la moche" du cinéma brésilien" selon elle. Capable de perdre dix kilos pour obtenir le rôle de Titea do Agreste de Carlos Diegues (qu'elle a produit). Car, avouons-le, Sonia Braga est restée sexy, ne lui en déplaise. Et la revoir sur la Croisette, en compétition, avec le deuxième long métrage, Aquarius, d'un réalisateur de la nouvelle génération du cinéma brésilien, Kleber Mendonça Filho - nous ravit. Un rôle "moderne", réaliste, loin de l'image qu'elle a véhiculé tout au long de ses années.

Cannes 2016 : Nos retrouvailles avec Kim Basinger

Posté par MpM, le 15 mai 2016

Il suffit de prononcer son nom pour se sentir envahi par la nostalgie. Kim Basinger a incarné, durant une grosse décennie, le revival d’un glamour made in Hollywood dont on avait cru qu’il était définitivement enterré. Sublime, sexy, magnétique, les qualificatifs n’ont jamais manqué pour décrire celle qui fut révélée en 1983 dans Jamais plus jamais, atteignit le sommet de sa carrière en 1989 dans Batman, et connut un sursaut magnifique en 1997 avec L.A. confidential, en compétition à Cannes cette année-là.

Dans l’intervalle, elle a donné de sa personne dans 9 semaines et demi et joué avec son image dans Boires et déboires, mais a surtout fait quelques mauvais choix (elle refuse Basic Instinct, se désengage de Boxing Elena). Probablement trop souvent réduite à son physique et ne parvenant pas à se défaire des rôles iconiques que l’on voudrait lui faire endosser en boucle, l’actrice vacille et s’éloigne peu à peu d’Hollywood. On l’adore malgré tout dans Wayne’s World II, Prêt-à-porter ou encore 8 mile.

La suite des années 2000 ressemble à une traversée du désert. Les vrais fans continuent de guetter ses (trop rares) apparitions, parfois récompensés par une composition habitée (elle est extrêmement touchante dans le pourtant raté Loin de la terre brûlée), parfois déçu par le manque d’imagination des réalisateurs qui lui font jouer les utilités… On finit par la ranger dans la case "actrices à la retraite", voire l’oublier un peu.

Et voilà qu’elle réapparaît à Cannes, par le tapis rouge, pour une séance hors compétition où elle sera entourée de Russell Crowe, Ryan Gosling et Matt Bomer. Comme elle, on attend forcément beaucoup de The nice guys de Shane Blake, réalisateur connu pour avoir ressuscité Robert Downey jr en 2005 avec Kiss kiss Bang bang, et qui a lui aussi bien besoin de relancer une carrière en dents de scie. A à peine plus de soixante ans, l’actrice n’a rien à perdre à s’offrir enfin un vrai grand retour, avant de la revoir dans Cinquante nuances plus sombres l'an prochain.